Trafiquants d’hommes, Andrea Di Nicola & Giampaolo Musumeci

Présentation de l’éditeur :

Wet Eye Glasses« Chaque année des milliers de clandestins jouent leur vie pour rejoindre l’espace Schengen. Via Lampedusa, la Grèce, la Tunisie, la Turquie ou la Slovénie. À pied ou en camion, dans la cale d’un bateau ou en avion avec un billet de première classe. Pour chaque migrant parvenu à bon port, quelqu’un a empoché entre 1000 et 10000 euros. Le chiffre d’affaires global de ce business est estimé entre 3 et 10 milliards de dollars par an, juste après celui du trafic de drogue. Au sommet de la pyramide, d’insaisissables et puissants criminels orchestrent de vastes réseaux d’intermédiaires. Qui sont ces trafiquants d’hommes, comment travaillent-ils, comment échappent-ils aux contrôles? Depuis 2012, nous avons parcouru des milliers de kilomètres, interrogé des dizaines de magistrats et de policiers, rencontré des passeurs et des trafiquants en prison ou dans les bistrots des ports de transit. Nous avons recueilli leurs confidences, analysé leurs méthodes et leurs livres de comptes. Notre enquête décrit la plus grande et la plus impitoyable “agence de voyages” du monde. »

A.D.N. et G.M.

Lampedusa, la porte de l’Europe – l’une d’elles en réalité – est sous les feux de l’actualité. Les images et les reportages racontent les migrants, leur arrivée en masse, leur absorption par le tissu local impossible. Ils les dépeignent rarement comme les victimes d’un trafic à très grande échelle, qui engrange chaque année des milliards, taisent leur voyage et leur départ, et évoquent encore plus rarement les trafiquants, ceux par qui tout cela est possible.

Ce sont ces histoires individuelles que présentent Andrea Di Nicola, criminologue, et Giampaolo Musumeci, reporter, dans Trafiquants d’hommes, les mettant en perspective du trafic global, dont les chiffres donnent le vertige. Ce convoyeur qui, pendant des années, a transporté dans son camion du millet et du sel avant de les remplacer par des hommes. Ce restaurateur dont chaque commission représente plus que ce qu’il gagne en un mois avec son restaurant. Ces maillons de la chaîne, tenanciers de boutiques ou de cafés Internet, qui officient tout en gardant leur commerce. Ces hommes de l’ombre qui empochent chaque année plusieurs millions d’euros.

L’enquête ne se limite pas à Lampedusa, cette île italienne au large de la Sicile. Les auteurs ont aussi rencontré des trafiquants à Calais, qui en 2015 est l’endroit d’Europe le plus rentable pour les passeurs. Malgré les surveillances de plus en plus étroites, quelque trente migrants en partent avec succès chaque jour. Des sacs de couchage remplis de glace avant que les aspirants à l’exil ne s’y glissent aux clients emballés dans du papier aluminium de cuisine, les trafiquants rivalisent d’imagination pour contrer le scanner thermique. Ils évoquent également les enclaves de Melilla et de Ceuta, objets de fréquents abordages de la part de migrants subsahariens (les 17 & 18 septembre 2013, ils étaient plusieurs centaines à la fois ; depuis 2005, 13 migrants ont été tués, dont 4 à Ceuta, par les polices espagnole et marocain).

En quelques années, la tendance s’est inversée : ce ne sont plus les trafiquants qui cherchent des migrants, ce sont les migrants qui cherchent des trafiquants pour les faire passer. « Les migrants valent moins que la poudre blanche. Car le monde est rempli de clients potentiels désirant se rendre en Europe : l’offre est inépuisable. » (page 48)

Cette enquête tristement fascinante dresse le portrait de petits et grands trafiquants, d’individus qui exploitent les failles des législations, d’autres qui exploitent leurs concitoyens, des hommes et des femmes (mais surtout des hommes) qui évaluent l’acceptabilité à l’aune de l’argent à gagner, se vantant souvent d’être des presque bienfaiteurs, qui rendent possible le rêve de changer de vie, tout en racontant des parcours sinistres de migrants désespérés, que l’on cache parfois pendant des mois quelque part avant de leur faire poursuivre un voyage mouvementé, et dont l’arrivée à destination n’est jamais garantie.

Des trafiquants dont la retraite est dorée et anticipée plus souvent qu’elle ne se déroule derrière des barreaux.

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Liana Levi, avril 2015, 192 pages, 18 €

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Venus d’ailleurs

Dans la mer il y a des crocodiles

Toute la rubrique Documents

Bruits :

« L’occasion, ou plutôt les occasions, font le trafiquant. » (page 68)

« Le trafiquant est un homme dont la principale qualité est de savoir saisir les occasions. » (page 70)

« Les capacités criminelles sont une condition nécessaire mais pas suffisante. » (page 70)

« A chaque fois qu’un nouveau pays rejoint l’Union, les points chauds où opèrent les trafiquants se déplacent en même temps que les frontières. » (page 95)

« Tant qu’il y aura des groupes armés, tant qu’il y aura des rebelles tutsis, tant que naîtront de nouvelles milices Maï-Maï, il y aura de nouveaux réfugiés à qui voler leur précieuse identité et leur histoire tragique. » (page 126)

« Aucune frontière n’est infranchissable pour les marchandises. C’est la même chose pour les êtres humains. » (page 134)

« Tout métier comporte des risques. » (page 167)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s