Pourquoi écrivez-vous, Elsa Flageul ?

Flageul

Elsa Flageul est née en 1979.
Avant de se lancer dans l’aventure romanesque, elle a d’abord étudié le cinéma et travaillé sur l’œuvre de Jacques Demy. 
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Aux Éditions Julliard, elle a publié J’étais la fille de François Mitterrand, Madame Tabard n’est pas une femme et Les Araignées du soir.
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Paru en février 2016, Les mijaurées est son quatrième roman.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Dans mon dernier roman, Les mijaurées, un des deux personnages principaux se met à écrire du jour au lendemain suite à un chagrin d’amour et « tombe en écriture », comme on tombe amoureux. C’est exactement ce qui m’est arrivé. L’écriture est entrée dans ma vie comme une passion amoureuse, avec la même nécessité, impérieuse, avec la même énergie, lumineuse et Flageul1douloureuse aussi, avec la même sensation que la vie commence enfin, que la vie est là. J’écris parce que ça me remplit, parce que je me sens incomplète, désincarnée quand je n’écris pas, parce qu’il me semble que ma vie n’a réellement sa forme, sa respiration que quand j’écris, que quand ce qui me traverse, me bouleverse devient des mots, une histoire, des personnages. Comme s’il fallait nécessairement que l’écriture filtre la vie pour la compléter, l’achever et surtout la comprendre. Je ne comprends qu’avec les mots écrits, qu’avec cette matière très concrète, presque physique. Bizarrement, l’écriture n’a pour moi rien d’intellectuel. Elle est une matière presque palpable. J’ai la sensation que l’écriture fait entrer la lumière en soi, et je l’espère chez les autres aussi. C’est un double mouvement : j’écris d’abord pour moi, dans une sorte de conversation intérieure, je dois d’abord me plaire à moi, je suis ma première lectrice. Mais j’écris évidemment pour être lue par les autres ! Je crois que je cherche dans ce double mouvement à trouver ce qui, dans l’intime, nous rassemble.

Il me semble inenvisageable d’arrêter un jour d’écrire mais si je n’écrivais pas, je crois que j’aimerais travailler dans le cinéma, non pour le faire nécessairement mais plutôt pour le regarder, l’étudier. Mais je ne suis pas sûre que ce soit un métier…

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Le premier conseil, c’est d’écrire bien entendu. Cela peut paraître un peu idiot mais c’est la chose la plus difficile à faire quand on n’est pas publié et qu’on rêve de le devenir. Aller au bout d’un texte, se confronter à cette solitude-là, qui est à la fois un refuge et une mise en danger, sur la longueur, ne pas lâcher, ne pas abandonner au premier écueil, aux premières relectures, qui sont souvent difficiles. Mais surtout, accepter le fait qu’écrire consiste surtout à réécrire, qu’on n’est pas bon du premier coup, qu’on ne trouve pas toujours le mot juste, la phrase parfaite au premier jet. Il me semble qu’il faut cette humilité associée à une nécessité absolue, impérieuse d’écrire. Parce que c’est trop difficile sinon, trop ingrat même si, et c’est ça la vraie récompense, on connaît en écrivant des moments de plénitude totale, de bonheur d’une rare intensité quand la phrase sonne parfaitement en soi, quand les mots sont justes, précis, qu’ils sont des flèches au cœur de la cible.

Et sinon, il me semble qu’il faut lire, beaucoup lire, et vivre, vivre très fort. Être très à l’écoute des autres, de soi, de ce qu’on ressent, comprend.

Flageul2Et enfin, d’un point de vue pratique, je crois très fort au fait qu’il faut écrire tous les jours, ne pas attendre l’inspiration, l’éclair de génie : les mots attirent les mots, l’écriture crée l’écriture, plus on écrit et plus les mots viennent facilement, se désacralisent. Il faut s’y plonger et s’astreindre, à mon sens, à un rythme quotidien, ou tout du moins régulier, même qu’on n’a pas envie, même quand on se sent asséché, vide de mots justement. Il faut donner rendez-vous à son manuscrit et être à l’heure. Je crois beaucoup en une forme de discipline d’écriture, qui va complètement à l’encontre de l’idée que l’on se fait de l’écrivain foutraque qui écrit quand une inspiration quasi divine lui tombe dessus. Il faut travailler sans avoir peur de soi mais surtout, sans avoir peur des autres, de leur réaction, de leur regard. Écrire comme si on n’avait rien à perdre, ni personne. Avoir ce courage. Il en faut pour écrire !

 

Précédent rendez-vous : Julien Jouanneau

Prochain rendez-vous : Éloïse Lièvre

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Les mijaurées

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

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2 réflexions sur “Pourquoi écrivez-vous, Elsa Flageul ?

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