Pour qui écrivez-vous, Delphine Bertholon ?

Delphine Bertholon (c) Sophie Adriansen 1

Delphine Bertholon est l’auteur de Cabine commune (2007), Twist (2008), L’Effet Larsen (2010), Grâce (2012), Le soleil à mes pieds (2013) et Les corps inutiles (2015), tous parus chez Lattès, ainsi que d’un roman jeunesse, Ma vie en noir et blanc (Rageot, 2016).

 

Vous qui publiez en littérature générale, comment êtes-vous arrivée à la littérature jeunesse ?

Dans Twist, mon deuxième roman chez Lattès, le grand-père de l’héroïne est atteint d’achromatopsie. C’était un “second rôle” mais les recherches que j’avais effectuées m’avaient donné envie d’approfondir et de raconter une histoire dont cette maladie, réelle mais atypique, serait le cœur. Je voulais écrire pour la jeunesse depuis longtemps, sans savoir comment m’y prendre, sans trouver le sujet adéquat… C’est ainma vie en noir et blancsi qu’entre deux romans pour adultes est née l’histoire d’Ana, la-fille-qui-voit-en-noir-et-blanc. J’ai proposé le texte à Bayard, qui l’a publié dans le magazine Je Bouquine. Un autre a suivi, “Casting d’enfer”, toujours pour Je Bouquine. Quelques années plus tard, à la faveur d’une rencontre, une éditrice de chez Rageot m’a proposé de faire une version longue de Ma vie en noir et blanc, ce que j’ai accepté avec enthousiasme.

Cette tranche d’âge – 10/14 ans, disons – me convient très bien. Je ne saurais pas écrire pour des enfants plus jeunes, pas pour l’instant. J’ai essayé à plusieurs reprises, mais c’est une forme d’écriture plus codée, un type d’humour très différent, je ne connais pas d’illustrateur/trice avec qui travailler, etc. Quant aux grands ados, ils font déjà partie de mon lectorat, l’adolescence étant l’un de mes thèmes préférés. Si j’ai l’habitude de rencontrer des lycéens, je suis en revanche très curieuse, heureuse – et flippée ! – de rencontrer ces nouveaux lecteurs que seront, je l’espère, les collégiens…

 

Littérature générale et littérature jeunesse ; pour qui écrivez-vous ?

Étrangement – ou pas ?! – je n’ai pas vraiment pensé différemment en écrivant pour la jeunesse, hormis peut-être concernant le choix du sujet, moins sombre que d’habitude. D’ailleurs, dans Ma vie en noir et blanc, on retrouve mes thèmes de prédilection : le secret de famille, la solitude, la perturbation sensorielle, l’inadaptation au monde… J’ai peu d’expérience en littérature jeunesse et, Pour qui Bertholoncerise sur le gâteau, je n’ai pas d’enfant ; mais instinctivement, j’ai le sentiment que le « truc » est là – ne pas penser différemment (même si, pour un lectorat de moins de dix ans, l’exercice serait tout autre). Cela évite, me semble-t-il, une autocensure sans fondement, ou d’appauvrir un texte que de jeunes lecteurs sont parfaitement aptes à saisir. La construction de Ma vie en noir et blanc n’est pas tout à fait linéaire, je n’ai pas (ou peu) limité le vocabulaire, les figures de style ou l’emploi des temps… J’ai essayé de créer une histoire prenante, des personnages attachants, de transmettre de l’émotion, exactement comme quand j’écris pour les « grands ». Certes, j’ai privilégié des dialogues plus naturalistes, une écriture plus ludique (jeux de mots, métaphores rigolotes, expressions inventées…) et introduit des éléments culturels qui pourraient susciter la curiosité des ados (ici, le cinéma des années 50/60, par exemple). Mais à bien y réfléchir, je fais un peu la même chose dans mes romans pour adultes… La principale différence résiderait plutôt dans une attention accrue à délivrer le juste message (je me refuse à parler de « morale »), le texte s’adressant à des lecteurs dont l’esprit critique n’est pas encore affirmé. En littérature générale, je crée souvent des personnages avec des comportements, des pensées ou des paroles contestables, ce que je ne ferais pas pour un public qui n’a pas forcément les armes ou le recul nécessaires pour interpréter des caractères tordus… C’est, je crois, la seule limite. Ah, si, je rajeunis mes références ! Pour l’anecdote, il y avait dans le texte original cette phrase : « Autant de chance d’être achromate que de rencontrer Madonna en justaucorps lamé dans sa cuisine ». Mon éditrice chez Rageot m’a fait changer – à raison – Madonna pour Rihanna, la Madone étant devenue ringarde pour les enfants d’aujourd’hui. J’ai eu le sentiment d’avoir quatre-vingt ans, c’était assez marrant !

J’ai adoré écrire puis retravailler ce texte, et je réitérerai probablement l’expérience. En revanche, que j’écrive pour les « grands » ou pour les « petits », je suis très exclusive. Je suis incapable d’écrire deux romans en même temps, j’ai besoin d’être à 100% dans le projet. J’ai un rapport très fusionnel avec mon histoire et mes personnages. En ce moment, je travaille sur un roman pour adultes. Mais quand je l’aurai terminé, qui sait ?! Ma vie en noir et blanc va déjà être, je l’espère, une belle aventure.

Prochain rendez-vous : Jean-Philippe Blondel

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Ma vie en noir et blanc

Les corps inutiles

Pourquoi écrivez-vous, Delphine Bertholon ?

Le soleil à mes pieds

5 questions à Delphine Bertholon

L’effet Larsen

Cabine commune

Pour qui écrivez-vous ?

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3 réflexions sur “Pour qui écrivez-vous, Delphine Bertholon ?

  1. Merci Sophie pour cette belle interview qui permet de connaitre un peu mieux l’univers littéraire de Delphine Bertholon. Un auteur que j’apprécie beaucoup et que je regrette vraiment de n’avoir pas pu rencontrée lorsqu’elle est venue à Valence lors du dernier Festival des scénaristes au printemps.

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