Le Grand Cahier, Agota Kristof

Le Grand cahierIls sont deux. Ils sont jumeaux. Ils n’ont jamais rencontré leur grand-mère mais c’est chez eux que les mène leur mère, la fille de celle-ci, car la guerre fait rage et elle n’a plus les moyens de les garder avec elle.

Dans son village, la grand-mère est surnommée « la sorcière » car elle aurait empoisonné son mari. Elle n’a que faire de ces deux petits-fils arrivés de nulle part. Elle n’a en tout cas pas l’intention de les chérir et de prendre soin d’eux. En revanche, ils lui seront utiles pour les travaux de la maison et du jardin…

 

Ce roman, écrit en français par la Hongroise Agota Kristof, est une succession de chapitres très brefs qui correspondent chacun à une scène, un instantané de la vie des jumeaux. Décidés à étudier même sans école, les garçons ont fait l’acquisition d’un grand cahier dans lequel ils consignent tout – mais seulement ce qui est factuel, pas question de se laisser aller aux imprécisions ou aux sentiments. Chaque instantané est ainsi un moment objectivement rapporté dans ce grand cahier.

 

L’absence de pathos, délibérément choisie par les jumeaux, fait ressortir des scènes une glaçante cruauté. Déterminés à survivre et plus malins que les autres, ces garçons font des exercices afin d’apprendre à vaincre « la douleur, la chaleur, le froid, la faim, tout ce qui fait mal ». Indissociables, ces surdoués s’expriment à la première personne du pluriel. Après tout, rien ne devrait jamais les séparer.

 

Ce roman est un tour de force, dont le fond comme la forme fascinent. Les personnages des jumeaux forment un couple inoubliable, tandis que le point de vue adopté sur la guerre met en lumière ce qui, peut-être, en est l’élément le plus caractéristique : la cruauté des hommes.

 

Seuil, collection Points, 1995 (et grand format 1986), 192 pages, 6,50 euros

 

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Fragments :

 

« Le travail est pénible, mais regarder, sans rien faire, quelqu’un qui travaille, c’est encore plus pénible, surtout si c’est quelqu’un de vieux. » (page 17)

 

« À force d’être répétés, les mots perdent peu à peu leur signification et la douleur qu’ils portent en eux s’atténue. » (page 27)

 

« Le mot « aimer » n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. » (page 33)

 

« Pleurer ne sert à rien. » (page 45)

 

« La mort ne vient pas. Quand on l’appelle, elle ne vient jamais. » (page 145)

 

« Il ne faut pas déranger les morts. » (page 161)

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2 réflexions sur “Le Grand Cahier, Agota Kristof

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