« 89 mois » : le roman d’un premier roman

Caroline Michel

89 mois, le premier roman de Caroline Michel, est paru au printemps aux éditions Préludes.

Elle nous confie l’histoire de la naissance de ce roman autour du sujet…

Photo © Tom Sanslaville

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Comment est né 89 mois ?

En mai dernier, quelque chose comme 2015, j’étais à Tallinn en vacances, une idée de mon compagnon et un combat perdu contre Lisbonne. Une agréable surprise cependant. Bref, c’était dépaysant, je m’aérais, comme on nous conseille souvent de le faire, et c’est là que l’idée est venue. Cela faisait déjà plusieurs mois que j’étais en contact avec celle qui est devenue mon éditrice. Elle m’avait repérée sur mon blog et attendait que je me lance. Beaucoup de tentatives, aucune idée claire ou évidente à mes yeux, jusqu’à celle-ci, en Estonie : et si je contais les aventures d’une femme qui décide de faire un bébé toute seule ? Un déclic né de plusieurs discussions avec des copines les mois précédents. Trente ans, célibataires, l’appréhension de ne jamais fonder une famille. A force de parler de ça, de ce 89 moisschéma auquel on s’attend – la belle rencontre, la maison que l’on achète, les enfants que l’on fait – je me suis interrogée. Peu importe que ce schéma soit bon, pas bon, qu’il pue l’obligation ou le romantisme, l’essentiel reste de mener sa barque à sa guise. Sauf que voilà, dans la barque, il manque parfois l’homme. On fait comment, sans cette pièce au puzzle ?

Un déclic né de plusieurs discussions avec des copines…

Jeanne est née quand je suis rentrée à Paris. D’abord, elle s’est appelée Cédrine, c’est comme ça que je l’ai présentée à mon éditrice. Cette dernière a été séduite par l’idée (moins par le prénom) et je me suis lancée. Juin, soleil, j’ai commencé à écrire. Beaucoup dehors, en terrasse, les après-midis, histoire de changer de mon appartement, dans lequel je travaille le matin. J’ai écrit en sept mois. Il y a eu plusieurs versions. La première était bouclée en septembre, et tenait son lot de défauts. Un peu trop rapide, pas assez d’humour. Il ne s’agissait pas de modifier une phrase par-ci, une phrase par-là, mais de revoir le ton, les rebondissements. Et un soir, j’ai croisé D., une ancienne collègue qui lorsque nous nous étions rencontrées trois ans auparavant désirait faire un enfant toute seule. Quand nous nous sommes revues, elle était lancée, elle avait rendez-vous en Espagne dans quelques semaines et moi j’avais rendez-vous avec la nouvelle version du roman à retravailler. D. m’a appris beaucoup de choses concernant les démarches d’insémination artificielle avec don de sperme anonyme. Son témoignage a été précieux dans ma réécriture.

En parallèle, la maison d’édition travaillait sur la couverture. Trouver la définitive a été plutôt rapide. Et quand vous la voyez, votre projet prend forme. Bien sûr, il prend forme lorsque vous écrivez, il prend forme quand vous signez, il prend aussi forme quand vous touchez les épreuves et que vous vous voyez en librairie. C’est étrange. Il n’y a pas de premier bisou, réflexion que je m’étais déjà faite quand Camille Anseaume me parlait de la sortie de son premier roman (http://www.cafedefilles.com/2013/08/ne-me-pince-pas-je-reve/). Ou alors, c’est un premier baiser qui ne s’arrête jamais vraiment (truc d’ado).

Le jour de la sortie, je me suis levée tôt, parce que je voulais que ce jour soit long…

C’est vrai que pendant toute cette période, du début de l’écriture jusqu’à la sortie et même les jours suivants, on est un peu ailleurs, complètement obsédée par l’aventure, les personnages. On vit cette histoire, en parallèle de notre quotidien. Alors nos humeurs sont changeantes, enfin faut déjà voir mes humeurs chaque jour, mais effectivement, je me sentais bien quand Jeanne était bien, moins bien quand Jeanne doutait. Ou alors c’est elle qui prenait de moi, je n’en sais rien. Parfois mon héroïne m’agaçait, parfois je l’aimais, l’encourageais. Son roman, on l’aime. Non pas parce qu’on le trouve bien, pas bien, mais parce qu’on l’accouche. Qu’il nous habite. On a envie de parler de lui, souvent. Après l’avoir envoyé à D., je l’ai envoyé à ma mère, sage-femme, pour avoir son regard de professionnelle, plus que de maman, même si son retour était plutôt celui d’une maman que d’une professionnelle. Quelques amis aussi ont lu par la suite, elles me donnaient leurs avis, elles me confiaient leur désir de grossesse ou l’absence de désir de grossesse. La maternité est devenue une de nos sujets d’apéro.

Le jour de la sortie, je me suis levée tôt, parce que je voulais que ce jour soit long, grand, je voulais créer le plus de souvenirs possible, du café au soleil jusqu’à la recette de cakes que j’allais faire pour la soirée. Une petite fête, l’envie que ce soit bien. A ce moment-là, je ne pensais pas à l’avenir de mon livre, je ne voulais pas me dire que tout commençait, plutôt me dire que j’avais accompli quelque chose. Car voir cela comme le début d’une aventure, ça questionne quant à l’éventuelle suite : est-ce que j’écrirai encore ? Est-ce que les gens veulent me lire ? On écrit pour partager. Aujourd’hui, j’avance. Mes personnages sont là, je les déroule en terrasse, mois d’août parisien, au calme. J’espère que cette nouvelle histoire prendra forme bientôt. Dans moins de 89 mois.

 

Précédent rendez-vous : Aurore Bègue

Prochain rendez-vous : Florent Oiseau

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