Les journalistes se slashent pour mourir, Lauren Malka

Présentation de l’éditeur :

malkaInternet a-t-il tué le journalisme ?

À l’heure de la révolution numérique, le journalisme vit des bouleversements profonds. Faire simple, faire court et, de préférence, « faire anglais » via les hashtags et les tweets, dans une langue friendly, tel semble être le credo du nouveau journaliste.

Google, en formatant à l’extrême le contenu des articles, fait-il réellement peser une menace sur l’identité de la profession ? Le journalisme héroïque, libre et engagé, à la manière d’Albert Londres, a-t-il vécu ? Ou atteint-on aujourd’hui le stade ultime d’une évolution à l’œuvre depuis les origines d’un métier dont l’objectif principal est d’être lu par le plus grand nombre ? Enfant de Kessel et du Web, Lauren Malka déconstruit les nombreuses mythologies qui s’attachent à une vision souvent idéalisée de cette profession qui n’a sans doute pas fini de se réinventer.

 

Nous vivons une époque étonnante. Ce n’est plus sa carte de presse mais son code wifi que brandit le journaliste, cet « enfant mal élevé qui se croit tout permis ». Ce qui distingue le site d’un journaliste d’un blog d’amateur n’est pas son contenu ou le statut de son auteur, mais l’audience du média. Dans les rédactions web, la course à l’audience pousse à l’autocensure. Ici le Google Circus, en piste ! Ces rédactions en ligne jouent la carte du tout collaboratif, sans que le professionnalisme n’ait plus sa place nulle part – ou presque. Tous journalistes !

Pourtant une profession ne naît pas de son simple exercice. Lorsque le journalisme a commencé à être enseigné, on le présentait comme « art, science et métier ». Sauf qu’en août 1937 déjà, Le Figaro invitait son lecteur à devenir « le meilleur reporter », ouvrant le temps d’un été « une compétition du meilleur reporter amateur ». Tous journalistes, une tendance, un écueil ? Rien de neuf sous le soleil, en réalité.

Le journaliste moderne aurait-il la nostalgie de quelque chose qui n’a jamais existé ?

Mais alors, quelle direction pour le journalisme, à l’heure où « le chemin moderne est superficiel » cependant que « les voies anciennes ne mènent plus nulle part » ? Le web a-t-il favorisé voire provoqué la déprofessionnalisation du journalisme ? Le journaliste moderne aurait-il la nostalgie de quelque chose qui n’a jamais existé ?

Autant de questions que (se) pose Lauren Malka dans ce petit volume passionnant (se poser des questions, n’est-ce pas là le propre du journalisme ?), fournissant données et références afin que chacun bâtisse ses propres réponses. Passée par la presse écrite et la web-rédaction, l’auteur interroge l’héritage des journalistes d’aujourd’hui et « la relation tumultueuse entre les chiffres et les lettres ». Dans ce qu’on a coutume de nommer la « mutation numérique », que gagne le journalisme, et que perd-il ? Des milliers de lecteurs – et son âme ? Pas aussi simple…

Dans cette « mutation numérique », que gagne le journalisme, et que perd-il ?

Lauren Malka s’attache à identifier ce qui change et ce qui perdure. Pour cela, elle propose un conte et invite son lecteur à l’accompagner d’une conférence à la chambre de bonne d’un étudiant qui prépare une thèse sur le journalisme, d’un café où traînent d’indiscrètes oreilles à une plongée au cœur d’une passionnante correspondance entre deux générations (on y apprend même, au détour d’une phrase, ce qui a mené à la création de la Société des gens de lettres). Ce qui perdure au moins, c’est que le cas du journaliste divise…

C’est frais autant que documenté, le ton est aussi badin que le propos est sérieux, et la prose de l’auteur se déguste, faisant de ce petit opus, qui inaugure la collection « Nouvelles mythologies » des éditions Robert Laffont, une friandise délicieuse qui vient nourrir la réflexion sur cette question d’actualité.

Éditions Robert Laffont, avril 2016, 168 pages, 10 €

 

A lire aussi : l’extrapolation de Bertrand Guillot, qui a lu l’ouvrage, sur son blog Second Flore

 

 

A Twitter :

 

« Ne dites pas à ma mère que je travaille sur le Web, elle croit que je suis journaliste… » (page 40)

 

« Une profession ne naît pas de son simple exercice. » (page 85)

 

« Ne plus se contenter de signaler la poudre, mais y mettre le feu. » (page 117)

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Une réflexion sur “Les journalistes se slashent pour mourir, Lauren Malka

  1. A ce titre, sur le journalisme, je peux vous conseiller la lecture de « Apologie du livre » de Robert DARNTON, ainsi que « Illusions perdues » de BALZAC dans lequel les deux auteurs décrivent le fonctionnement du journalisme.

    Merci à Vous pour vos chroniques des plus précieuses.

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