Le sanglier, Myriam Chirousse

Présentation de l’éditeur :

Le sanglier« Ils se taisent. L’habitacle de la voiture se remplit d’un grésillement presque inaudible de grognements muselés, semblable au bruit blanc exaspérant des acouphènes. Il regarde droit à travers le pare-brise et elle sur le côté, par la vitre. Ils sont encore dans le parking, à attendre que la voiture de devant s’engage dans le rond-point. La circulation est dense, c’est samedi matin. »

Christian et Carole vivent dans une vieille bicoque délabrée et isolée. Une fois par mois, ces néo-ruraux, vivant « loin de tout » sur le Plateau, prennent la voiture pour faire leurs courses dans la zone commerciale la plus proche. À partir de rien, ce jour-là, tout part de travers.

Vingt-quatre heures dans la vie d’un couple.

Ce couple, c’est Christian, qui « préfère la compagnie des arbres à celle des humains », et Carole, spécialiste des choix par défaut. Ce samedi-là, comme d’habitude, Christian et Carole montent en voiture et prennent la direction du centre commercial. Mais rien ne se passera comme prévu.

L’histoire que propose Myriam Chirousse est banale, petite, presque sans intérêt. Mais ce qui rend ce roman fascinant – car Le Sanglier est un roman fascinant, et délicieux -, c’est la capacité de l’auteur à disséquer l’invisible, à mettre des mots sur les plus petites choses, les gestes les plus discrets, les regards les moins évidents ; ainsi, de ces petites choses à côté desquelles la plupart des gens passent, elle parvient à faire de grandes choses.

Sous sa plume, le moment de se garer sur le parking de la zone commerciale ou de décider si l’on prendra ou non une infusion après le dîner deviennent de grands moments. Écrivant cela, je réalise bien que mon propos n’est pas à la hauteur de ce très court roman, qui par certains aspects m’a évoqué la bienaimée Condition pavillonnaire de Sophie Divry. Il faut le lire…

Dans Le Sanglier, Myriam Chirousse donne aussi à voir une certaine France, celle des petites gens, des gens sans éclat s’il en est, si peu présents en littérature, si nombreux pourtant dans le paysage réel.

Ce roman du rien, ou du si peu, est un pur délice.

Buchet/Chastel, août 2016, 160 pages, 14 euros

A lire aussi sur Sophielit :

La condition pavillonnaire, Sophie Divry

Tous les romans de la rentrée littéraire 2016

Bruits :

« Quand l’obscurité prend cette épaisseur, on oublierait presque qu’il y a des réveils ensoleillés. » (page 7)

« Les théories ne manquent pas pour expliquer la malchance. » (page 30)

« L’homme qu’elle aime est un trompe-l’œil. » (page 59)

« C’est bizarre comme les gens ont besoin d’être regardés pour se sentir écoutés. » (page 66)

« Dans le ventre d’une femme enceinte, disait-elle, il y a un esprit extraterrestre en train d’enfiler le scaphandre biologique adapté aux conditions de vie spirituelles de cette planète, qui possède un champ vibratoire très bas, très matériel, pas comme là-bas, où tout est plus pur et plus heureux. » (page 83)

« Ses journées sont un champ de mines. » (page 90)

« Est-ce le destin de tous les couples de devenir un jour une maison abandonnée où ne bruisse que le vent de l’habitude ? (page 101-102)

« Il ne suffit pas de ne pas être méchant pour être gentil. » (page 118)

« C’est étrange, pendant des années vous galérez pour réussir à vivre de la façon qui vous plaît et quand, avec beaucoup d’efforts et énormément de chance, vous y arrivez enfin, ça ne vous comble pas. » (page 129)

« Il n’y a pas d’orthodontie sociale. » (page 130)

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