La vie d’un bébé, François Weyergans

Présentation de l’éditeur :

la-vie-dun-bebeIl était une fois un charmant petit fœtus qui s’amusait beaucoup dans le ventre de sa mère.
Il commençait à bouger. Ses sourcils étaient bien développés et ses cheveux poussaient déjà. Son menton n’était plus enfoncé dans son thorax. Il sucerait bientôt son pouce.
Quand ils naissent, contraints à une survie immédiate, les bébés sont si occupés par le travail qu’ils ont à faire, qu’ils oublient tout. C’est bien dommage. C’est pour cela qu’il est toujours intéressant, quand on en a l’occasion, de se renseigner auprès d’un fœtus. Les fœtus réservent le meilleur à ceux qui les questionnent. Ils ne sont ni méfiants ni menteurs.

 

 

D’abord, le début. Le big-bang, donc. La naissance de l’univers, racontée de l’intérieur, en ouverture du roman.

Ensuite, un autre commencement : le coït originel, celui qui permet la conception de l’enfant. Mais en termes scientifiques, anatomiques, que le lecteur aura la charge de traduire lui-même s’il veut y trouver une quelconque sensualité. A défaut d’être sensuel, cela s’avère intellectuellement réjouissant. Très.

Un deuxième big-bang, en somme.

Qui se concrétise en un fascinant récit : celui du chemin par lequel le spermatozoïde féconde l’ovocyte. Là encore, l’usage d’un vocabulaire technique rend le récit étonnamment délectable.

Enfin, le fœtus prend la parole. Le postulat de départ est que l’être en formation est omniscient. De son immense savoir, il ne possèdera cependant plus rien à sa naissance : en l’espace de neuf mois, il aura troqué ses connaissances contre des neurones, telle ou telle partie de son développement moteur, la fabrication de son système digestif…

Nous, les fœtus, au fur et à mesure que notre corps se développe, et si nous tenons à nous épanouir, nous sommes obligés d’échanger nos souvenirs contre des cellules.

François Weyergans prend un malin plaisir à faire parler ce fœtus de ce qu’il est mais aussi de ses géniteurs et du monde dans lequel il s’apprête à naître. Une délicieuse fantaisie, surmontée d’une bonne couche de lucidité et d’une cerise-cynisme.

 

Gallimard, 1986, 192 pages, 70 francs (18,80 euros)

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Échos :

 

vie-dun-bebe-poche« L’homme et la femme utilisaient leurs appareils génitaux pour continuer à être amoureux l’un de l’autre. » (page 31)

 

« Naître n’est jamais une affaire gagnée d’avance. » (page 55)

 

« Naître n’est pas vivre mais survivre. » (page 68)

 

« Devenir soi-même n’est pas rien et les fœtus savent bien qu’ils n’y arriveront jamais, intoxiqués dès la première heure par les idées que se font les parents à leur propos. » (page 83)

 

« Nous, les fœtus, au fur et à mesure que notre corps se développe, et si nous tenons à nous épanouir, nous sommes obligés d’échanger nos souvenirs contre des cellules. » (page 84)

 

« Il faut l’énergie de nombreux morts pour faire un seul vivant. » (page 85)

 

« Où finit le passé ? Où commence la vie ? » (page 85)

 

« Que je me dépêche de devenir l’enfant qu’ils sauront dresser. » (page 90)

 

« Où le père a passé, passera bien l’enfant. » (page 110)

 

« Ceux qui sont nés passent leur temps à regretter leur vie intra-utérine et à en chercher des substituts. » (page 124)

 

« Ce qu’elle ignore, c’est qu’un fœtus ne meurt que si c’est lui qui le décide. Elle ne l’ignore pas, elle refuse de l’admettre. Elle est touchante à vouloir se donner un rôle là-dedans. Si j’étais sans-cœur, je dirais qu’elle cherche à se rendre intéressante. Qui n’en est pas là ? » (page 128)

 

« Quand je bouge dans tous les sens, pour ainsi dire au faîte de la frayeur, je réussis à la faire s’exclamer : « Il bouge ! Qu’il est mignon ! » C’est une application de la théorie du malentendu fondamental. » (page 132)

 

« Il faut profiter de la vie tant que je suis encore un fœtus. La suite est trop incertaine. » (page 132)

 

« J’envie ceux qui disent du mal de leurs parents : ce sont des gens lucides et perspicaces. » (page 140)

 

« Dans l’aïkido, il n’y a pas de compétition. Mon maître disait à ses adversaires : « Je suis heureux pour vous que vous vous sentiez plus fort que moi. » » (page 141)

 

« Les rapports qu’un fœtus entretient avec sa mère sont aussi incomparables que simples : chacun des deux tend à devenir l’autre. » (page 155)

 

« Les enfants nés par césarienne sont plus affectueux que les autres. Leurs mères les embrassent davantage. » (page 167)

 

« Qui n’est pas né, n’est pas sûr de naître. » (page 177)

 

« Les gens font semblant d’aller vite pour cacher que rien ne bouge. » (page 180)

 

« Quand on aime quelqu’un, on doit être capable de changer d’avis à cause de lui. » (page 188)

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