Une poupée au pays de Daech, Eli Flory

Présentation de l’éditeur :

une-poupee-au-pays-de« Qu’est-ce que c’est, les taches aux murs ?

– Ce qu’il reste des pendules, répondit Dammia. On les a ôtées. Les aiguilles ne trottaient plus.

– Comment sait-on l’heure, alors ?

– On compte les appels à la prière. »

 

Plaquée par Ken, Barbie broie du noir dans sa villa de Los Angeles : elle a grossi, vieilli et la Reine des Neiges – nouvelle idole des jeunes – lui fait de l’ombre. Pour se requinquer, la star se rend dans un club de remise en forme au bord de la Méditerranée. Dès qu’elle croise le regard de Beau Gosse, le professeur d’aqua-fitness-biking, elle oublie la consigne n° 1 de son guide de voyage : « Attention, les hommes d’ici sont parfois de beaux parleurs. » Cet oubli vaut à Barbie de nombreuses mésaventures au pays de Daech, mais aussi une prise de conscience de sa propre aliénation.

 

Bienvenue dans le monde fantasmé des utilisateurs de Photoshop. Un monde dans lequel se faire vomir est un régime à la mode. Au pays des femmes-objets, au royaume des plastiques irréprochables, Barbie intello lit Poupée actuelle en se disant qu’il est temps qu’elle reprenne son corps en main.

L’épisode d’après propulse Barbie bronzette sur la plage d’un paradis artificiel, dans un pays non identifié du Proche-Orient. Là, alors qu’elle croit participer à un de ces programmes de téléréalité dont elle est fan, Barbie maillot se retrouve voilée de la tête au pied et enfermée avec des femmes afin de devenir esclave sexuelle…

 

Le roman d’Eli Flory est d’abord diaboliquement drôle. A Los Angeles puis au soleil de la Méditerranée, le portrait qui est brossé d’elle est prétexte à une critique du règne de l’apparence, de l’appétit pour le matériel, du culte du corps et de la minceur des plus savoureuses. Puis le rire se fait jaune dès lors que le lecteur comprend ce que Barbie naïve n’envisage pas encore.

Ce premier et très court roman est une fable, voire une farce, sur la condition de la femme, qui pose cette question : est-on moins libre parce qu’on ne porte pas de voile ? Barbie siliconée et est-elle moins objet sexuel que l’esclave de ce pays d’Orient ? Audacieuse idée que celle de se servir d’opprimées pour mieux dire les prisons dans lesquelles s’enferment celles qui se croient libres. Eli Flory a choisi l’humour et la provocation pour servir son propos – féminisme sain, alarmiste autant que nécessaire. Elle s’en tire avec brio, nous laissant à notre opinion sur ce monde qu’elle met en scène, dans lequel le corps de la femme appartient « à la terre entière sauf à elle-même ». Un monde qui existe déjà, et qui fait partie du nôtre.

Alma éditeur, 2016, 128 pages, 14,90 euros

 

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Trois phrases :

 

« « Tu es enceinte ou tu as bu un Perrier ? » » (page 29)

 

« Elles entraient dans la guerre comme on entre au couvent, pour échapper aux servitudes d’être femme. » (page 78)

 

« C’est toujours le regard que l’on floute quand on veut plonger un visage dans l’anonymat. » (page 97)

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