Une femme au téléphone, Carole Fives

Présentation de l’éditeur :

une-femme-au-telephone«Tu viens quand alors? Bientôt quand? Ton frère dit ça aussi mais je ne vous vois plus que pour Noël… Pourquoi tu ne demandes pas ta mutation? Si vous viviez plus près, je vous inviterais à manger, j’irais chez vous faire le ménage… Si par malheur vous n’aviez plus d’argent, je m’occuperais de vous. Je pourrais même vous aménager la cave, y installer le chauffage pour l’hiver, elle est grande, vous auriez toute la place. Tatata, tu verras quand tu auras mon âge. Tu penseras à moi, à tout ce que je te disais. Tu diras, eh oui, maman avait raison et j’avais tort, et maintenant elle n’est plus là… Une mère, on n’en a qu’une, vous devriez en profiter…»

Charlène, la soixantaine, est restée jeune. Mais quand le vide l’envahit soudain, elle enchaîne les appels téléphoniques à sa fille. Mère touchante et toxique à la fois, elle l’atteint toujours là où ça fait mal.

Étonnant texte que celui-ci, constitué exclusivement d’interventions de Charlène, une mère de 63 ans, adressées par téléphone à sa fille de 20-25 ans de moins.

Une femme au téléphone, une seule, une voix unique. Par le prisme de cette seule voix, Carole Fives donne à entendre les autres, celle de la fille qui répond au téléphone comme celles des tiers évoqués, le fils et la belle-fille, la petite-fille adorée ou détestée, Colette, l’amie de toujours, etc. Elle aussi adorée ou détestée selon les jours, car la femme au téléphone est bipolaire, et elle ne se prive pas de brandir sa pathologie en étendard.

Ce court roman est drôle, même lorsque la femme au téléphone raconte son quotidien à l’hôpital où elle fait sa chimiothérapie, quand elle ne séjourne pas en service psychiatrique, même lors qu’elle fait le récit de ses rencontres avec des hommes, réels ou virtuels, mais le rire est jaune car ce monologue révèle plus que tout autre chose une impossibilité à communiquer à laquelle les NTIC ne peuvent rien. Toxique, la femme au téléphone n’hésite pas à faire du chantage affectif, cependant que percent dans sa voix le poids des regrets et la peur de ne pas profiter du temps qu’il reste.

Avec Une femme au téléphone, Carole Fives poursuit la construction d’une œuvre bâtie notamment autour d’âpres relations familiales – déjà évoquées notamment dans Que nos vies aient l’air d’un film parfait.

Ce roman doux-amer est un exercice de style réussi pour le plaisir de lecture qu’il procure sur l’instant autant que pour la trace que laisse l’uppercut.

Gallimard L’Arbalète, janvier 2017, 112 pages, 14 euros

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5 questions à Carole Fives

Toute la rentrée d’hiver 2017

Échos :

« Aimer c’est souffrir et je suis trop douillette à mon âge. » (page 15)

« Et ce pauvre garçon, ce qu’il était gêné ! Il est adorable en plus, très posé, très poli, plein d’attentions pour moi, le contraire de toi. Tu n’en trouveras pas beaucoup des comme ça : il m’a lavé la voiture, m’a réparé mon imprimante, tu te rends compte ! Je l’aime vraiment beaucoup. Si tu n’en veux pas pour toi, je le prendrais bien pour moi. Et ce qu’il est grand, bien bâti, et ces cheveux ! C’est rare pour un homme d’avoir encore des cheveux à son âge, tu sais, non vraiment il est épatant. Et puis tu n’es pas un prix de beauté non plus, que veux-tu trouver de mieux ? » (page 77)

« Des disputes ? Mais il faut faire des efforts pour garder un homme voyons, ça ne va pas de soi. Mets-toi à la place de ce pauvre garçon, tu ne repasses pas, tu ne cuisines pas, tu vis dans un foutoir monstrueux, quel avantage a-t-il à vivre avec toi ? Maintenant que vous attendez cet enfant, tu ne peux plus tout envoyer bouler comme avant. Il faut mettre de l’eau dans ton vin, bien sûr la vie à deux ce n’est pas toujours drôle, on préfèrerait rester seule bien tranquille, profiter de sa maison, manger une connerie quand on en a envie, regarder le programme qu’on préfère à la télé… Le couple c’est dur, mais il faut s’accrocher, pour ne pas finir toute seule. » (page 83)

« C’est le grand cycle de la vie : ce qu’on a fait pour vous, il faut le rendre. Sinon ça serait trop facile. » (page 87)

« Tu as les grands-parents que tes ovaires méritent. » (page 91)

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