La désobéissante, Jennifer Murzeau

Présentation de l’éditeur :

la-desobeissante« En cette fin d’après-midi, l’épaisse pollution n’a pas eu tout à fait raison de l’éclat du crépuscule. Une douceur rose survit et se répand. Jeanne lui avait dit souvent la beauté des soirs d’été, la lumière qui décline, le rouge diffus qui se cache dans les nuages et s’étire dans leur souvenir. Bulle buvait les paroles, et jalousait. Car jamais elle n’avait pu contempler ce spectacle. Parce que ces soirs-là n’existaient plus, ils étaient obstrués. Le « secret des affaires » les avait étouffés. »

Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu’elle est enceinte. Autour d’elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent au-dehors, rendus inutiles par l’automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans… Pourtant le garder, c’est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.
C’est bien de notre époque dont il est question dans ce roman. Aussi acide et apocalyptique que lumineux et optimiste, il est une célébration du libre arbitre.

Dans une époque où la station immobile est interdite dans les espaces publics, où les pluies sont acides, où les viols et les agressions constituent la routine et où la consommation est une solution, Bulle aime Ernest. Et elle est enceinte de lui. Mais dans ce grand cirque, avoir un enfant est irresponsable. A l’heure où les hommes peinent à aimer la vie depuis que celle-ci, intenable sans psychotropes, a perdu toute sa valeur, Bulle, cette désobéissante parmi d’autres résistants, peut-elle sérieusement envisager de la donner ?

Jennifer Murzeau pousse à l’extrême nos dérives dans un grand réalisme – à ceci près que les humains continuent de se reproduire traditionnellement, tandis que je crois pour ma part que l’ectogenèse est le tristement inévitable avenir de la reproduction. C’est fascinant autant qu’effrayant – mais pas si étonnant, hélas. Le sel de son roman réside dans les personnages, dont les moindres comportements se révèlent politiques. Des personnages qui ne font pas que rêver d’un autre monde : ils mettent tout en œuvre pour le construire. Mais Bulle a beau fuir, elle emporte le chaos avec elle…

Ce roman dit qu’il faudra en passer par le pire pour revenir à une vie simple et essentielle au sens strict. Encore faudra-t-il que les protagonistes soient à la hauteur de la vie à laquelle ils aspirent. La désobéissante est une ode à la désobéissance civile, la seule qui sauvera l’humanité et la ramènera à ses plus essentielles valeurs.

[Merci pour l’épilogue qui en est un, de plus en plus rare : partout sont nommés ainsi des derniers chapitres.]

Editions Robert Laffont, janvier 2017, 270 pages, 18,50 €

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Trois phrases :

« Avoir un travail est un privilège pervers qui justifie tous les sacrifices. » (page 20)

 

« Trente ans avaient passé depuis le dernier steak. » (page 46)

 

« Vendre l’apocalypse plutôt que penser la renaissance. » (page 193)

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