Au-delà des lignes

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« Au-delà des lignes », c’est le nom du concours d’écriture organisé par la fondation M6, l’Education nationale et l’Administration pénitentiaire. L’objectif : faire entrer l’écriture en prison pour rompre l’exclusion des détenus et lutter contre la récidive.

Recueil_couvADDL2019En tant que jurée de ce prix pour la région Grand Ouest, je me suis rendue en détention, au centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur puis à la maison d’arrêt de Vannes, au cours de l’hiver. Mes co-jurés et moi avons ensuite délibéré à Rennes afin de présenter notre sélection au jury national. Enfin, les détenus lauréats ont reçu leur prix la semaine dernière à Orléans-Saran puis à Paris.

Le palmarès complet sur le site du groupe M6

 

Cette expérience m’a inspiré quelques mots… Les voici :

 

LP.jpg– Vous écrivez sur des sujets pas franchement légers, me dit O., qui sont tous liés à des expériences personnelles. Est-ce que vous cherchez à les provoquer, ces expériences ? Est-ce que c’est pour ça que vous êtes là aujourd’hui ?

– Vous voulez dire, est-ce que je fais en sorte de me fabriquer des frissons ?

Hochement de tête. Je suis contente qu’il pose la question. Qu’il me demande, comme un détenu hier mais d’une autre manière, ce que je fais là. Pourquoi j’ai franchi les grilles. Si je suis venue au zoo – et si non, ce qui m’a poussée à entrer pour passer trois heures en détention quand eux n’aspirent qu’à retourner durablement de l’autre côté.

J’espérais autant que je redoutais la question. Elle désamorce la méfiance, à partir du moment où je commence à y répondre. Je me suis plusieurs fois demandé, moi aussi, pourquoi. Pourquoi des détenus plutôt que des lecteurs conquis ou les élèves auxquels je suis habituée. La réponse tient en une phrase, bancale : parce que les mots. Qui permettent de s’évader, qui libèrent, dit-on en d’autres lieux, là où l’on n’a pas peur d’utiliser le champ lexical de l’enfermement. Qui peuvent sauver, aider à se reconstruire, à croire en l’avenir, à le dessiner. Les mots béquilles, les mots médicaments, les mots refuges. Des alliés si on ne se laisse pas impressionner. Voilà ce que je suis venue dire. Voilà pourquoi je suis là. Je ne suis pas venue me fabriquer des frissons. Je n’écrirai peut-être jamais rien se déroulant dans l’enceinte d’une prison. Mais j’aimerais que tout le monde le sache, et peut-être plus encore ceux dont l’horizon est griffé de barbelés : on peut compter sur les mots.

Sophie Adriansen
mars 2019

LP2

 

 

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4 réflexions sur “Au-delà des lignes

  1. Bonsoir, de plus en plus d’auteurs se rendent dans des centres pénitentiaires; ils ont à y gagner autant que les prisonniers. René Frégni a beaucoup parlé de ses rencontres ; les mots ont une importance considérable! Je ne suis entrée que dans deux prisons mais cela m’a marquée.

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