Vacances-surprises, Marc Bernard

Présentation de l’éditeur :

vacances-surprisesUn immeuble dans un quartier populaire, à Paris, dans les années 50. Voilà le décor. La concierge, Madame Hortense, connaît son monde : la dactylo du deuxième, le plombier du troisième, et sous les toits un écrivain, Marc Bernard, sa femme et ses canaris. C’est Paris, c’est animé, ça râle, ça court, ça bavarde. L’écrivain observe, amusé, et raconte. Parfois, il boucle ses valises, et c’est l’Espagne, l’Angleterre, le Portugal :

« C’est d’une façon innocente, sans mesurer l’impor­tance de mes paroles, que j’avais dit à Else : “ L’amusant dans le voyage devrait être la surprise, de partir, mais sans savoir où l’on va. Une affiche aperçue au coin d’une rue, un nom de ville aux sonorités étranges décideraient du prochain but. On pourrait faire ainsi le tour du monde. ” J’étais loin d’imaginer ce qu’il pouvait y avoir d’imprudent dans un tel vœu. Le voici réalisé, au-delà de tout espoir. »

Des « surprises » savoureuses et pleines de fraîcheur. C’est drôle, c’est enlevé, c’est beau comme du Henri Calet.

 

Ces « surprises », en voyage ou à Paris, sont des récits – qui se lisent comme des nouvelles. Des chroniques de quatre pages, à quelques lignes près, comme autant de Lire la suite

Bienvenue au monde, Anna Roy

Présentation de l’éditeur :

Bienvenue_au_monde__confidences_d_une_sage-femme_c1_largeUn jour ordinaire pour une sage-femme, c’est l’extraordinaire sans cesse répété.

Des naissances particulières, des rencontres avec des jeunes mères émerveillées, des femmes enceintes inquiètes en consultation, sans oublier ces « nouveaux pères »… Le quotidien d’une sage-femme est extraordinaire, chaque nouvelle journée, unique.

Tel un journal intime, Anna Roy nous livre à travers des histoires vécues inoubliables, tantôt drôles, tantôt émouvantes, des bribes de son quotidien, la réalité des naissances. Elle nous fait revivre page après page le miracle de la vie.

Une lecture que vous n’oublierez pas de sitôt.

 

 

« On n’oublie pas ses premières fois. » Anna Roy en vit tous les jours. Et au quotidien, cette jeune sage-femme prend des notes pour consigner les épisodes heureux comme ceux Lire la suite

Quand Hitler s’empara du lapin rose, Judith Kerr

Présentation de l’éditeur :

Hitler lapin roseImaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort.

C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite.

Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres. Odyssée pleine de fatigues et d’angoisses mais aussi de pittoresque et d’imprévu – et toujours drôles – d’Anna et de son frère Max affrontant l’inconnu et contraints de vaincre toutes sortes de difficultés – dont la première et non la moindre: celle des langues étrangères! Ce récit autobiographique de Judith Kerr nous enchante par l’humour qui s’en dégage, et nous touche par cette particulière vibration de ton propre aux souvenirs de famille, quand il apparaît que la famille fut une de celles où l’on s’aime…

Ce récit autobiographique est celui d’une enfance en exil. Judith Kerr est née en 1923 à Berlin. Dans le roman, Judith devient Anna. Les années 30 s’ouvrent dans la joie. Mais bientôt, Hitler accède au pouvoir. Le père d’Anna est un écrivain et journaliste dont les textes ne plaisent pas à tout le monde. La famille est juive. Elle n’est plus en sécurité en Allemagne.

Anna et les siens quittent leur confort berlinois pour la chambre d’une petite auberge en Suisse. De là, ils partiront pour Paris, puis quand Paris ne sera plus sûre non plus, pour Londres.

« Eh bien alors, dit-elle, si vous ressemblez à tout le monde et que vous n’allez pas à une église spéciale, qu’est-ce qui te dit que vous êtes juifs ? Comment pouvez-vous en être sûrs ? » 

Judith Kerr raconte les constantes adaptations requises par la vie que mènent Anna et sa famille : les coutumes suisses, différentes des allemandes, la vie à l’hôtel plutôt que dans une maison, la nouvelle école ; puis la France, de nouvelles coutumes encore, un appartement exigu, un nouveau langage surtout ; enfin l’Angleterre, où il faudra à nouveau tout réapprendre.

La vie est rude mais les enfants ne sont pas si malheureux : ils se savent et se sentent aimés, et surtout la famille reste unie. Judith Kerr livre des tranches de vie délicieuse au sein de cette famille attachante, faisant de son roman une pépite pleine d’humour et de tendresse. En arrière plan se dessine l’ombre menaçante du conflit mondial qui éclatera bientôt. Mais son récit fera l’objet d’un autre livre, le deuxième des trois romans autobiographiques de l’auteur.

24 dessins de Judith Kerr, dont l’un d’eux figure en couverture de cette édition, ouvrent les 24 chapitres de cet inoubliable roman.

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, médium, 1985, 236 pages, 7,70 euros

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C., Lolita Sene

Présentation de l’éditeur :

C lolita seneC’est la Chandeleur. Deux amies, que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois, viennent passer l’après-midi chez moi. J’ai préparé des crêpes, on a ouvert une bouteille de cidre. Tout pourrait être tranquille, une partie de cartes ou simplement bavarder, mais je les sens ailleurs.
Très vite, la cocaïne s’invite au centre de la discussion.

Elles racontent combien elle était bonne, le premier dealer qui n’est pas venu, l’argent qu’elles se doivent. Je ne dis rien, je n’ai plus rien à dire sur le sujet. Muette, je les considère en sirotant mon verre.

Elles finissent par sortir la poudre.

« Ça te dérange si on se fait une ligne ? »

À travers le personnage de Juliette, Lolita Sene raconte ses années d’addiction à la cocaïne.

De sa province natale à Paris ou elle travaille dans l’événementiel, du monde euphorique de la nuit aux soirées en appartement, de son cercle d’amis à ses histoires d’amour, Juliette rencontre de la cocaïne partout. Soutien factice de la confiance en soi, celle-ci s’est considérablement banalisée. Comme les autres, Juliette sombre dans la dépendance.

Portrait d’une génération sans cesse en représentation, avide de rêves mais désorientée, C. montre toute la détermination qu’il faut pour s’affranchir de cette drogue dure et redonner un sens à sa vie.

Sous-titré « La face noire de la blanche », ce premier livre de Lolita Sene, qui se cache derrière le prénom de Juliette pour se raconter, est le récit d’une descente aux enfers qui prend les allures d’une intégration pétillante et joyeuse dans le monde parisien de la nuit.

Les journées de Juliette deviennent de plus en plus courtes, ses nuits de plus en plus longues, elle se met à mépriser ceux qui occupent les leurs à dormir – les nuits blanches n’ont jamais aussi bien porté leur nom. « J’ai toute la vie », pense-t-elle avec l’insouciance de son âge. Mais quelle est la véritable consistance du présent quand tout est biaisé ?

La cocaïne, cette drogue qu’on a aimé faire rimer avec réussite, performance et créativité, que certains milieux ont totalement banalisée, qui donne l’impression de maîtriser son corps et sa vie alors que c’est précisément l’inverse, se fait festive avant de devenir un antidépresseur lorsque l’organisme s’y est habitué.

Lolita/Juliette raconte l’accoutumance qui s’installe imperceptiblement, le craving, cette furieuse envie de coke qui vient avec l’alcool, les descentes qui empirent, de plus en plus vertigineuses, les chemical relationships, amitiés ou amourettes nées autour de la drogue et qui ne tiennent que par elle, la prise de conscience, la décision d’arrêter qui se heurte à l’incompréhension de l’entourage, la honte tenace de ne plus rien prendre, de passer pour une fille rangée, une oie blanche, et les rechutes, les « juste une » qui refont plonger dans la spirale infernale, la blanche qui noircit tout.

Son livre est aussi la peinture du milieu dans lequel évolue la narratrice, celui de l’événementiel, des soirées, de la musique, où l’on paye tout naturellement une jeune femme en cocaïne pour qu’elle pose nue sur la pochette d’un disque.

C. est la trajectoire d’une jeune femme qui grandit une paille à la main, qui en quelques années « vieillit avec fulgurance », et c’est aussi un avertissement quant à cette drogue dont on oublie facilement qu’elle en est. Édifiant.

Robert Laffont, mars 2015, 216 pages, 17 euros

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Flashs :

« A vouloir se démarquer, ils se ressemblent tous. » (page 34)

« Quand tu consommes, je suis ton âme. » (page 77)

« On avait perdu ces corps brûlants, j’aurais dû m’en apercevoir plus tôt. » (page 84)

« Quand la nuit te happe, c’est comme une couverture sombre qui t’enveloppe. Au début, tu t’y sens bien parce que c’est chaud, moelleux. Et puis un jour, tu commences à avoir froid. » (page 139)

« Existerait-il une hiérarchie de la dépendance dans laquelle je ne serais pas assez gradée ? » (page 160)

« S’il en prend seul, il n’y a plus le même enjeu. S’il en prend seul, il reconnaît qu’il est dépendant. » (page 165)

« Paris est vêtue de nuit. » (page 168)

« Je suis un trou qui s’est creusé. » (page 185)

« Depuis la fin de mon sevrage, il ne m’est pas venu une seule fois l’envie de mourir. » (page 203)

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda

Présentation de l’éditeur :

dans la mer il y a des crocodilesDix ans, ou peut-être onze. Enaiat ne connaît pas son âge, mais il sait déjà qu’il est condamné à mort. Être né hazara, une ethnie persécutée en Afghanistan, est son seul crime. Pour le protéger, sa mère l’abandonne de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. Commence alors pour ce bonhomme « pas plus haut qu’une chèvre » un périple de cinq ans pour rejoindre l’Italie en passant par l’Iran, la Turquie et la Grèce. Louer ses services contre un bol de soupe, se dissimuler dans le double-fond d’un camion, braver la mer en canot pneumatique, voilà son quotidien. Un quotidien où la débrouille le dispute à la peur, l’entraide à la brutalité. Mais comme tous ceux qui témoignent de l’insoutenable, c’est sans amertume, avec une tranquille objectivité et pas mal d’ironie, qu’il raconte les étapes de ce voyage insensé.

Ce récit est « l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari », qui a quitté l’Afghanistan à l’âge supposé (on n’est jamais certain de son âge quand on n’a pas de date de naissance officielle) de dix ans, a passé plus d’un an au Pakistan, trois en Iran, avant de traverser la Turquie et la Grèce pour enfin arriver en Italie.

A Fabio Geda, Enaiatollah raconte son périple. L’Afghanistan, où retourner est bien plus facile que d’en sortir. L’Iran où, quand on expulse quelqu’un, c’est lui qui doit payer son retour. La Turquie, où le groupe dont il fait partie part à 77, à pied, à destination d’Istanbul, en passant par la montagne, et arrive avec douze personnes de moins, mortes en chemin.

Il raconte les mésaventures, la peur, la nécessité d’avancer la nuit, de dormir le jour. Et ce moment où l’on décide qu’on ne reviendra pas en arrière.

Partir est facile et donné à (presque) tout le monde ; arriver, en revanche, est plus incertain. Ce court livre, qui a été traduit dans de nombreuses langues, est le récit par un adolescent, fort et sans pathos, de cette quête ultime, celle d’un endroit qu’il puisse enfin appeler « chez lui ».

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Liana Levi, collection Piccolo, 2011 (et grand format 2012), 176 pages, 8,50 €

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En chemin :

« Il faut toujours avoir un désir devant soi. » (page 12)

« Sur les trottoirs tellement de gens qu’il ne devait plus y avoir personne dans les maisons. » (page 20)

« La peur est attirante quand on ne sait pas la reconnaître. » (page 28)

« Mon corps a dormi, mais dans mes rêves j’étais éveillé. » (page 33)

« Pour vivre nous sommes disposés à faire des choses qui ne nous plaisent pas. » (page 48)

« Je n’ai pas envie de parler des gens. Je n’ai pas envie de parler des lieux. Ce n’est pas important. Les faits sont importants. L’histoire est importante. Ce qui change ta vue, c’est ce qui t’arrive, pas les lieux ni les gens. » (page 50)

« Je me sentais à la maison, ou du moins j’espérais y être, avoir trouvé un endroit où on me traiterait bien, ce qui revient au même. » (page 65)

« Destin et destination, ça se ressemble, pas vrai ? » (page 68)

« J’ai changé mes billets en pièces ; ainsi, j’avais l’impression d’en avoir beaucoup plus. » (page 73)

« Un cadeau, ce cahier à la couverture noire dans lequel j’oubliais des choses que je pouvais ensuite oublier, vu que je les avais notées. » (page 75)

« Je commençais à penser que dormir était une erreur. Qu’il valait peut-être mieux rester éveillé la nuit, pour éviter que les gens dont j’étais proche disparaissent dans le vide. » (page 75)

« Quand on n’a pas de famille, les amis sont tout. » (page 76)

« Le choix d’émigrer naît du besoin de respirer. » (page 83)

« Même à quelqu’un qui n’a rien, on peut prendre quelque chose. » (page 92)

« Pour savoir les choses, il suffit parfois de demander. » (page 96)

« A partir d’un certain moment, j’ai cessé d’exister. » (page 112)

« Il faut toujours avoir des vêtements neufs quand tu arrives dans un endroit où tu comptes pour rien. » (page 118)

« Au bout d’un moment, mon estomac a commencé à gronder plus fort que mon orgueil. » (page 144)

« De temps en temps, les immigrés sont une arme secrète. » (page 146)

« La patience sauve la vie. » (page 153)

« Le temps ne passe pas à la même vitesse dans toutes les parties du monde. » (page 167)

« Tu deviendras un homme dans une langue que tu n’as pas apprise par ta mère. » (page 169)

Des milliers de places vides, Alain Wagneur

Présentation de l’éditeur :

places videsRentrée des classes, automne 1942. Des enfants manquent à l’appel, laissant des milliers de places vides sur les bancs des écoles de France. Arrêtés lors de la grande rafle de juillet, ils seront portés absents, souvent sans autre commentaire.
Alain Wagneur, directeur d’école à Paris, a cherché dans les comptes rendus des conseils des maîtres, les registres d’inscription et les circulaires administratives de l’époque, comment ses collègues avaient réagi face aux lois antijuives et à l’arrestation de leurs élèves.
À travers ce récit, qui se lit comme un roman de l’enquête, il retrouve le souvenir de ces écoliers “partis sans prévenir” et interroge une institution scolaire encore insuffisamment confrontée à son histoire. Il rend aussi hommage aux enseignants qui ont contribué à sauver leurs élèves menacés.
Ce texte qui entre en résonance avec notre époque pose inlassablement la question de l’attitude que nous aurions eue en ces heures tragiques, et de celle que nous pourrions avoir si le racisme et la xénophobie devaient gagner la partie sur les principes de la République et de son École.

Lors de la rafle du Vel d’Hiv’, en juillet 1942, 4 115 enfants ont été arrêtés. Cela correspond aux effectifs de plus de cent classes. Mais dans les faits, ils appartenaient à bien plus de classes, dans des écoles de toute la capitale.

A l’école de la rue des Hospitalières-Saint-Gervais, dans le 4ème arrondissement de Paris, seulement quatre enfants se présentent le jour de la rentrée de septembre 1942. Les autres ont été arrêtés pendant l’été – ils seront au total 260 élèves de cette école à disparaître.

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. », affirme Alain Wagneur. Directeur d’école à Paris, il a fouillé dans les archives, consulté les registres, cherchant à savoir comment l’institution, et ses collègues prédécesseurs, avaient réagi et agi.

La tache n’est pas simple. Wagneur livre ici le récit de ses recherches, de ses espoirs, raconte l’absence de documents ou d’indications à laquelle il se trouve trop souvent confronté. Par le biais de ses recherches, Wagneur rencontre ceux qui se sont tus – mais se taire ne signifie pas nécessairement oublier pour autant.

Quand les enfants arrêtés sont mentionnés dans les registres, on les découvre radiés en juillet 1942, avec ce commentaire : « Israélite. Parti sans prévenir. »

Ce livre est passionnant. Il se lit comme une enquête dont on connaît depuis toujours le coupable. Depuis soixante-dix ans, du moins. C’est aussi un hommage rendu à la laïcité et cette institution de la République, de plus en plus malmenée, qui reste un lieu de protection où l’enfant est la priorité.

Il est admirable qu’Alain Wagneur ait eu l’idée, et l’énergie, de mener à bien ce travail de fourmi.

Et, alors que l’écrivain-directeur d’école souligne que les plaques qui ornent les écoles de Paris donnent un monument funéraire à ces enfants qui n’en avaient pas, le lecteur sait que ce livre aussi.

Actes Sud, octobre 2014, 256 pages, 22, 80 €

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Au tableau :

« Des bâtiments historiques tellement réhabilités qu’ils en ont perdu leur passé. » (page 15)

« On passe sa vie à passer des examens, sans même le savoir. » (page 39)

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. » (page 102)

« C’est toujours un peu dangereux, une bibliothèque. La connaissance n’est pas sans risques. » (page 203)

« Eduquer, c’est semer à tout vent. Sur quel terrain ces graines tomberont-elles ? Qu’importe ! » (page 233)

« Ça fait près de cinquante ans que je redouble mon CM2. » (page 253)

« Pour nous, la mort existe un peu comme ces trains que l’on ne prend pas. » (page 260)

Les mots qu’on ne me dit pas, Véronique Poulain

Présentation de l’éditeur :

 

poulain« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.

Son père, sourd-muet.

Sa mère, sourde-muette.

L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.

Le quotidien.

Les sorties.

Les vacances.

Le sexe.

D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.

D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

 

 

Petite fille, la narratrice est en constant décalage horaire, navigant entre les étages de son immeuble : « Au troisième, avec mes grands-parents, j’entends et je parle. Beaucoup. Très bien. Au deuxième, avec mes parents, je suis sourde. Je m’exprime avec les mains. » La petite-fille vit avec ses grands-parents ce qu’elle ne peut vivre avec ses parents ; les grands-parents, eux, rattrapent avec elle ce qu’ils n’ont pas pu vivre avec leurs enfants.

Elle aurait préféré avoir des parents entendants ; elle comprend en grandissant que ses parents, eux, auraient préféré avoir un enfant sourd. Aucun d’eux n’aime le fossé, infranchissable, qui les sépare définitivement.

 

Elle qui parle est habituée au silence. Elle a grandi avec lui. Elle en a besoin. Ce qui rend complexes également ses rapports aux autres entendants, qui ont poussé dans le bruit.

 

Dans une prose brute, Véronique Poulain dépeint un univers auquel les entendants ne connaissent rien, Son livre est une succession de situations parfois cocasses – comment distinguer, par exemple, le mot « escalope » d’ « interprète », qui nécessite les mêmes mouvements des lèvres ? –, parfois d’une tristesse infinie, souvent touchantes. Si l’auteur ne se montre pas toujours tendre avec les siens, c’est pour mieux dire qu’elle les aime.

 

Les mots qu’on ne me dit pas est un livre différent et inclassable. Le récit d’un choc de culture. D’un dialogue de sourds.

 

Et une mise en lumière nécessaire, également, de la langue des signes, si expressive, si différente de la nôtre aussi : pas de conjugaison, pas de temps. Seul le mouvement du corps, vers l’arrière ou vers l’avant, distingue le passé du futur. De quoi considérer autrement le langage non-verbal de tous, y compris des entendants.

 

Editions Stock, août 2014, 144 pages, 16.50 €

 

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Mots dits :

 

« Les regards et les gestes remplacent les mots. » (page 14)

 

« Je décide que ma différence sera un atout. » (page 28)

 

« Ce sont les autres qui regardent mes parents comme s’ils étaient débiles. Ce sont les autres qui pensent qu’avoir des parents sourds, c’est dramatique. » (page 30)

 

« Le rêve prend toute la place et la réalité m’ennuie. » (page 33)

 

« Je dévore les mots qu’on ne me dit pas. » (page 45)

 

« C’est parfaitement injuste et injustifié mais quoi qu’ils fassent, ils m’énervent. » (page 60)

 

« On n’imagine pas à quel point les sourds sont bruyants. » (page 67)

 

« Les émotions des sourds s’entendent. » (page 76)

 

« Entre la couleur et la musique, je choisis la couleur. » (page 87)

 

« Dans la famille, la vraie muette, c’est moi. » (page 137)

Les grandes villes n’existent pas, Cécile Coulon

Les grandes villes n existent pasPrésentation de l’éditeur :

« Quelle horreur d’être jeune dans ce coin ! » Cette remarque, Cécile Coulon l’a entendue pendant toute son adolescence. Jolis mais invivables, ces petits villages du fin fond du Massif central, qui disparaissent de la carte une fois la nuit tombée ? L’auteure et ses amis d’enfance ont pourtant su en faire leurs terrains de jeux et d’apprentissage. Entre le stade, l’école, l’unique boutique, la salle polyvalente et l’église, il semble, à lire la romancière, qu’il soit possible de grandir heureux dans l’ignorance la plus totale des grandes villes. Ce portrait collectif d’une génération se veut aussi réhabilitation de la jeunesse à la campagne.

Ces espaces, on y habite pour rêver d’en partir, on les quitte pour rêver d’y revenir.

 

Ce récit est l’un des titres de « Raconter la vie », nouvelle collection des éditions du Seuil, dont voici l’intention :

Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.

Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. En faisant sortir de l’ombre des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective.

Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples – celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature.

Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit.

 

 

Dans ce court livre à la couverture orange, la jeune romancière Cécile Coulon raconte comment l’on grandit à la campagne. Elle raconte les territoires oubliés, les frontières qui sont avant tout psychologiques, le voisinage qui fait de l’anonymat « une conquête perdue d’avance », les choses qui changent un peu moins vite qu’ailleurs.

Le cimetière annonce la couleur : « Nous avons été ce que vous êtes, et vous serez ce que nous sommes, pensez-y. »

 

Cécile Coulon raconte le stade municipal, dont le cœur bat en permanence ; l’église, ce lieu social ; le bar-tabac qui symbolise l’âge adulte ; la salle des fêtes qui, si le stade et l’école sont les deux poumons du village, en est le foie ; et les rues, les routes, où l’on ne craint pas l’agression mais qui tuent. « Dans les zones d’habitation éloignées des grandes villes, la première cause de décès chez les jeunes, ce sont les accidents de la route. Même chez ceux qui n’ont pas encore l’âge de conduire. »

 

Les grandes villes n’existent pas est le portrait tendre et lucide d’une génération qui a grandi avec la forêt et les volcans pour horizon – plutôt que le béton.

C’est aussi, et c’est ce qui en fait tout le charme, une certaine vision de l’émancipation et de « ce moment terrible où il faut choisir entre vivre sa vie ou celles des autres ».

 

Le début du livre est à télécharger ici

 

Seuil, janvier 2015, 112 pages, 7,90 euros

 

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Carnets de campagne :

 

vache« Ceux qui n’ont pas le permis dans les campagnes sont soit trop jeunes, soit malades. » (page 22)

 

« Nous avons été élevés en plein air, comme les poules du voisin. » (page 27)

 

« A Paris, les gens vivent à quatre dans trente mètres carrés, on appelle ça « la bohème » ; à la campagne, tu vis seul dans soixante mètres carrés, on appelle ça « la misère ». » (page 27)

 

« Généralement, plus les animaux sont petits, plus ils effraient les habitants. » (page 37)

 

« Le stade municipal, c’est comme le bistro du coin, avec plus d’espace et de pelouse. Et parfois, plus d’alcool. » (page 47)

 

« Quand on habite une commune de moins de mille habitants, on passe son adolescence à chercher des heures de sommeil là où il n’y en a pas. » (page 58)

 

« A la campagne, on ne devient pas adulte le matin de son dix-huitième anniversaire, mais lorsqu’on reçoit la feuille de papier rose qui donne officiellement le droit d’aller faire ses courses, et surtout la course, au volant d’une voiture. » (page 65)

 

« Les routes ne pardonnent pas. » (page 68)

 

« Ici, l’adolescence commence quand on comprend qu’on ne peut échapper à l’imagination des autres, surtout des aînés, à qui l’on doit le respect. » (page 75)

 

« Dieu a fait la campagne, et l’homme a fait la ville. » (William Cooper, cité page 77)

 

« La campagne est une somme d’exigences familières, quotidiennes. » (page 85)

 

« Une boulangerie qui ferme et le village meurt. » (page 86)

 

« Même avec la plus mauvaise volonté du monde, on participe à la vie du village, aux rires de nos voisins. » (page 93)

 

« Un enclos est parfois le moyen idéal pour donner l’envie de partir. » (page 99)

Journal d’un intellectuel en chômage, Denis de Rougemont

journal_intellectuel_chomage_couve.Présentation de l’éditeur :

De 1930 à 1933, à peine arrivé à Paris, Denis de Rougemont assure la direction littéraire des éditions Je sers (qui publiaient entre autres Soren Kierkegaard et Nicolas Berdiaeff). La faillite de ces éditions fin 1933 le contraint à deux ans de chômage, de 27 à 29 ans, qu’il passera en grande partie à l’île de Ré.

Il y rédige un journal non-intime, un journal des choses et des idées d’un jeune homme qui vient de quitter Paris faute de travail et d’argent et qui réfléchit en profondeur sur la société et sur lui-même.

Si il appartenait à la mouvance des non-conformistes des années 30 qui souhaitait une révolution différente de celle soviétique, il n’y a rien de proprement politique dans ce journal. Après avoir vécu à Paris un rôle d’intellectuel qui fait le lien entre l’Histoire contemporaine de son pays et le peuple, il souhaite comprendre ce rôle en profondeur. Il tente ainsi surtout d’apporter des réponses neuves à ce qu’est « le peuple », ce qu’est le chômage et comment vivre dans la précarité.

Ses questionnements tournent donc autour du chômage, mais aussi de l’anti-intellectualisme, de l’apathie face à la culture, des façons de vivre et de penser des ouvriers, des paysans et les commerçants. Il aborde aussi des questions plus personnelles sur le paradoxe de sa situation et de ses inspirations en temps qu’écrivain. Il est au chômage mais il travaille et il écrit sur des gens qui risquent de ne pas pouvoir ou vouloir le lire.

 

« ce journal n’aura rien d’intime. J’ai à gagner ma vie, non pas à la regarder. Toutefois, noter les faits précis qui me paraîtront frappants ici ou là, c’est une sorte de contrôle amusant et utile. »

 

 

Ce journal est un document fascinant. Le narrateur chômeur arrive à Ré avec sa femme « à la saison où il convient plutôt de la quitter quand on le peut » (l’île, pas sa femme) ; ces Parisiens y passeront une petite année avant de déménager pour A., près de Nîmes, où l’on compte 400 chômeurs pour 2.300 habitants. Le chômage est alors une condition partagée par 300.000 individus en France.

Denis de Rougemont consigne soigneusement ses réflexions comme ses dépenses et le moindre de ses tracas matériels. A Ré, tout est plus cher qu’à Paris. Affranchir un manuscrit est pour le postier un acte inédit. Dans le budget de l’écrivain, les cigarettes correspondent à la ligne « faiblesse humaine ».

 

De Rougemont est chômeur mais pas désœuvré. Il écrit des articles, traduit des livres allemands. Il écrit également un livre sur la crise de la culture. Il dit cette culpabilité constamment ressentie dès lors qu’il n’écrit pas, ne produit pas.

Il note dans son journal ses réflexions sur le contraste entre Paris, où les indiscrétions des voisins franchissaient les murs peu épais des petits appartements, et l’île de Ré, où c’est dans la rue qu’on se sent observé ; sur son intégration dans son nouvel environnement et sa rencontre avec « le peuple » qu’il réalise ne pas connaître, tout intellectuel parisien qu’il est ; sur la religion et le rapport au culte dans les villages ; sur la politique, à l’heure de la montée du fascisme en Europe ;sur la littérature aussi, ce que l’on doit aux penseurs allemands, à Goethe en particulier ; sur le travail des éditeurs enfin, et sur ce qu’attendent les lecteurs.

 

Denis de Rougemont regarde les hommes et les trouve laids. Il découvre les causeries de village, ces conférences contradictoire où l’on parle politique et religion – l’époque est à la propagande – et y participe.

Le Journal d’un intellectuel en chômage est une formidable peinture d’époque, une chronique de la vie locale, la photographie d’un territoire où les habitudes sont peut-être plus âpres à changer qu’ailleurs. On y voit des poules et des parties de pêche aux crevettes. On y ressent le machisme bienveillant qui sied à l’époque. On assiste au travail du jardin qui rassure car lui, au moins, donne des résultats immédiats.

 

Denis de Rougemont a écrit ce journal entre 1933 et 1935. Il y livre une vision de la pauvreté qui est toujours d’actualité. Et un point de vue sur la condition de l’intellectuel précaire qui, à peu de détails près, reste valable en 2015.

De Rougemont devient en lui-même un personnage intéressant, à la fois utopiste et réaliste ainsi que le permet son esprit et que l’impose sa situation. Et qui ne cesse de se demander comment l’homme peut à la fois être présent au monde et à soi-même.

Et sous les yeux du lecteur, peu à peu, l’auteur tombe amoureux de sa vie.

 

Editions de la Baconnière, 2013, 268 pages, 15 euros (20 CHF)

 

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Passages choisis :

 

« Posséder, ce n’est pas avoir. » (page 11)

 

« « Ecrire », qu’est-ce que cela signifie ? » (page 19)

 

« Je ne puis pas les persuader que je travaille vraiment en écrivant. » (page 27)

 

« Je voudrais exprimer un maximum d’humanité lorsque j’écris, et c’est précisément parce que j’écris que je me vois séparé de beaucoup d’hommes, du plus grand nombre. » (page 30)

 

« On est très bien, dans les cuisines, pour travailler. » (page 37)

 

« On se sent réfléchir avec une énergie particulière en pédalant contre le vent dans l’obscurité. » (page 46)

 

« Nous avons tout à apprendre de Goethe. » (page 48)

 

« La liberté ne s’improvise pas. Il faut la conquérir avec méthode, et organiser à l’avance un plan d’attaque, prévoyant à un jour près la date d’arrivée des renforts. » (page 56)

 

« La solitude rajeunit. » (page 60)

 

« Je m’aperçois que je ne savais plus, ou ne pouvais plus, « perdre » une soirée, depuis six mois que je n’ai plus de travail fixe. » (page 61)

 

« Le loisir n’est pas simplement la cessation du travail pour un repos nécessaire. Il se définit psychologiquement non par rapport au travail, mais par rapport à la sécurité matérielle qu’assurent soit le travail, soit la fortune, soit, dans mon cas particulier, l’amitié. Un chômeur intellectuel peut encore travailler – et c’est cela qui le différencie profondément d’un chômeur industriel, par exemple – mais il ne connaît plus de vrais loisirs. » (page 61)

 

« Ou bien l’on est dans le chômage, et l’on n’a pas les moyens de s’analyser, de s’exprimer. Ou bien l’on est hors du chômage, et l’on a toutes les raisons de ne pas trop s’en approcher. » (pages 63-64)

 

« Reste le cas tout à fait particulier de l’intellectuel chômeur. Il semble que cet homme-là soit à peu près le seul qui ait à la fois le droit et les moyens d’étudier de l’intérieur le « fait du chômage ». » (page 64)

 

« Il y a une immense libération intérieure dans la certitude que la seule force qui compte est celle de la Providence (ou du destin). » (pages 69-70)

 

« Certains jours on donnerait beaucoup pour une bonne raison de désespérer. » (page 70)

 

« Dictature ou éducation, voilà le dilemme. » (page 75)

 

« La littérature moderne en France n’a guère à donner à ceux qui ont faim de nourriture solide, élémentaire. » (page 99)

 

« L’art est une question de virgules. » (Léon-Paul Fargue, cité page 100)

 

« Plus je travaille de mes mains, plus il me vient d’idées fermes et utilisables. » (page 102)

 

« La première condition pour vivre peu est de gagner peu. » (page 103)

 

« Serons-nous assez forts pour penser les yeux bien ouverts ? » (page 108)

 

« Le romantisme s’évapore de nos vies. » (page 111)

 

« Bien voir, c’est accorder son âme aux dimensions des choses vues. » (page 115)

 

« L’homme est un animal raisonnable. » (page 126)

 

« La maturité, c’est le moment où l’on découvre que le monde ne comporte pas d’autres réponses que celles qu’on a le courage de lui donner. Qu’il n’y a rien à en attendre, sinon ce qu’on peut y apporter. Qu’enfin les seules questions réelles sont celles que l’existence nous pose, et non point celles que nous posions pour éviter de répondre au présent. » (page 138)

 

« La santé spirituelle d’un peuple n’est pas totalement compromise quand il fait encore des enfants en dépit de toute raison. » (page 151)

 

« Comment fait-on pour s’arrêter de penser ? » (page 160)

 

« La nuit ne pose pas de questions immédiates. » (page 162)

 

« Le monologue du journal intime est un artifice qui veut se faire prendre pour de la sincérité, alors qu’il n’est au vrai que la manière la plus facile de jouer la comédie : sans spectateurs. » (page 163)

 

« La vérité de l’homme est dans le dialogue. » (page 163)

 

« D’une manière générale, les gens ne sont pas conscients de porter la responsabilité des accidents qui leur arrivent. » (page 165)

 

« Les femmes sont la part la plus civilisée de la population. » (page 166)

 

« On a coutume d’attendre d’autrui beaucoup plus que l’on n’est disposé à lui donner. » (page 198)

 

« En somme, vous n’êtes pas un vrai chômeur, puisque vous avez la possibilité de travailler. » (page 211)

 

« Vous avez l’air très satisfait de votre situation. Ce n’est fichtre pas le cas des vrais chômeurs ! » (page 212)

 

« Quand tu es parmi les hommes, oublie tout ce que tu vois ou entends, et tiens-toi seulement à ce qui s’est révélé à ton être intérieur. » (Henri Suso, cité page 263)

 

« Le métro considéré dans sa réalité sentimentale, sensuelle et sensible est l’expression architecturale et mécanique de l’état de fièvre. » (page 264)

 

« L’ennui sera la condition des hommes qui auront tout sauf la seule chose nécessaire. » (page 267)

 

« La pire injustice du chômage : il vous oblige à prendre la première place qu’on vous offre, fût-elle la plus contraire à votre vocation, sous peine de passer pour un feignant et de se voir refuser toute espèce d’aide ou de considération amicale. » (page 267)

 

« Que rien ne soit à moi, qui puisse être à un autre. » (page 267)

Dix-sept ans, Colombe Schneck

Présentation de l’éditeur :

17-ans« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter.

J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager  avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? » C. S.

 

 

Colombe Schneck, écrivain, journaliste, issue d’un milieu aisé aux mœurs libres et à la communication facile, a avorté à dix-sept ans, à la veille de son baccalauréat. Trente ans plus tard, et pour la première fois, elle raconte « comment, par accident, [elle est] entrée dans le monde des adultes ».

 

Tout l’a préparé à ce que cela ne lui arrive pas, pas à elle, elle n’est pas de celles qui se laissent surprendre, pas de celles dont la route connaît un accident. Elle a d’autres ambitions. Et les enfants, ce sera le plus tard possible. Il y a tant à vivre avant.

C’est arrivé pourtant.

En douceur, elle raconte sa décision, l’intervention après laquelle on n’apporte ni fleurs ni chocolats, le monde autour, à l’heure où les slogans des années 70 ont été digérés par la société.

 

Une lycéenne qui avorte à la veille du bac, presque un non événement. Mais suffit-il de se débarrasser de la graine encombrante pour revenir au monde ?

 

En peu de pages, peu de mots, Colombe Schneck rappelle les souvenirs enfouis et donne sa version d’un événement qui n’est jamais banal, dont on ne sort jamais indemne, qu’on soit femme ou homme. Et revient sur les origines de la loi Veil, tout en s’adressant enfin à celui qui n’a jamais existé.

Un livre bref pour ne pas oublier qu’avorter n’est jamais anodin ni facile.

 

Editions Grasset, janvier 2015, 96 pages, 10 euros

 

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Entre guillemets :

 

« J’entrevois que mon monde peut se fissurer. » (page 34)

 

« Ce n’est pas mon genre d’être enceinte, de ne pas choisir, de ne pas être libre. » (page 41)

 

« Les problèmes, dans cette vie d’alors, partent aussi vite qu’ils sont arrivés. » (page 51)

 

« Avorter ce n’est pas une faute mais, comme tout accident, c’est quelque chose à soustraire dans nos vies. » (page 68)

 

« Il s’agit de mon corps de jeune fille. » (page 80)

 

« Et toi, tu es un mort de plus ou un mort de moins ? » (page 89)