Une année particulière

tintin_beau_temps_pluie_meteo_optimismeUne fois n’est pas coutume : pas de nom d’auteur en titre de billet. C’est qu’il s’agit avant tout de Lire la suite

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Ben est amoureux d’Anna, Peter Härtling

Ben est amoureux d AnnaPrésentation de l’éditeur :

Si être amoureux, c’est penser tout le temps à la fille qu’on aime au point d’en avoir mal au ventre, alors c’est sûr, Ben est amoureux d’Anna. Il décide de lui écrire une lettre. Mais Anna ne répond pas. Elle ne dit rien. Ben ne comprend pas pourquoi…

 

Avec beaucoup de finesse, Peter Härtling dresse le portrait de deux êtres sensibles, très différents, issus de milieux et de cultures presque opposés, et que l’école va rassembler. Il raconte ce que c’est que d’être amoureux quand on va bientôt avoir dix ans. Et comment on l’exprime, alors qu’il y a le monde autour – les camarades prompts à se moquer, la famille prompte à désapprouver…

 

Une lecture rafraîchissante sur les premiers émois. Il n’est jamais trop tôt pour connaître ces sentiments forts qui font se sentir vivant – même si en grandissant on croit l’amour réservé aux adultes.

 

Un petit roman qui rappelle aussi, si besoin est, qu’en amour, on est toujours deux…

 

 

Traduit de l’allemand par Antoine Berman, illustré par Rosy

6-9 ans

Pocket jeunesse, 1995, 144 pages, 5,30 euros

 

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Il est de retour, Timur Vermes

Présentation de l’éditeur :

timurNous sommes à Berlin en 2011 et il est de retour. Qui ? Hitler. Tout à la fois hilarante et édifiante, une satire virtuose et prophétique sur nos sociétés fascinées par la célébrité et le culte de la personnalité, même si (ou a fortiori ?) ces « people » font, au mieux, preuve d’une bêtise crasse ou, au pire, professent des idées nauséabondes.

Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, Il est de retour est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.

Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n’est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L’Allemagne ne rayonne plus sur l’Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c’est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d’agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l’odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s’emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise…
Hitler est ravi, qui n’en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l’estocade qui lui permettra d’achever enfin ce qu’il avait commencé…

 

– » Et je dois dire aussi qu’en chemin j’avais rencontré plusieurs passants dont l’ascendance aryenne, pour dire les choses avec modération, semblait douteuse sans remonter jusqu’à la quatrième ou la cinquième génération, mais simplement au dernier quart d’heure. »

Il se réveille un matin dans un terrain vague de Berlin soixante-six ans après sa disparition, lui le petit brun moustachu qui amena le monde vers la guerre mondiale. Le monde a bien changé et vit visiblement en paix. Les gens le reconnaissent dans la rue mais le prennent pour un sosie. Sa première rencontre, un kiosquier à journaux, le prend sous son aile, lui le Führer, le guide du peuple allemand. Il découvre la téléréalité et les émissions de divertissement dont il deviendra l’un des personnages préférés. Lui, toujours dans sa folie, est prêt a remettre le monde à feu et à sang. Le peuple sera-t-il prêt à le suivre ?

L’auteur nous livre ici une satire drôle, grinçante, parfois émouvante, qui nous rappelle que face à l’extrémisme et la démagogie, nous devons rester vigilants.

 

[Une fois n’est pas coutume : chronique signée Monsieur]

 

Traduit de l’allemand par Pierre Deshusses

Belfond, mai 2014, 390 pages, 19,33 euros

 

 

 

La circoncision, Bernhard Schlink

« Toutes les utopies commencent par des conversions. » (page 70)

 

Andi et Sarah se rencontrent à New-York à la fin du XXème siècle. Lui est Allemand, bénéficiaire d’une bourse d’étude, elle est d’origine polonaise. Une partie de la famille de Sarah a été exterminée à Auschwitz. Ils s’aiment, et parce qu’ils s’aiment, Sarah présente Andi à sa famille. Le poids d’un passé dont ni Sarah ni Andi ne sont responsables se fait alors sentir. Les différences entre eux, qu’ils n’avaient jamais considérées comme des obstacles possibles, prennent soudain toute la place.

« Il est facile de voir des annonces, rétrospectivement. Dans la quantité de choses qu’on fait ensemble, il y a l’annonce de tout ce qui viendra plus tard – et aussi de tout ce qui ne viendra pas. » (page 21)

 

Bernhard Schlink développe en peu de pages un récit à la fois simple et complexe, qui met le doigt sur une problématique dont la portée est universelle. Lire la suite

La leçon d’allemand, Siegfried Lenz

Dans une maison de redressement, en 1943, un jeune garçon, Siggi Jepsen, rend copie blanche à une rédaction sur le thème des « joies du devoir ». Il sera puni.

Mais s’il n’a rien écrit, ce n’est pas faute de matière ; au contraire, il aurait même eu beaucoup à dire, mais il a passé le temps consacré à la rédaction à penser à tout ce que le thème lui évoquait. Car Siggi est le fils d’un policier sous Hitler, qui accomplissait avec joie son devoir, même quand celui-ci le faisait aller à l’encontre de ses amitiés ou de son bon sens…

La punition consiste à rester enfermé jusqu’à ce que la rédaction soit effectivement produite. Dans sa cellule, Siggi noircira plusieurs cahiers…

 

1943 est l’année de la désertion de l’armée allemande par Siegfried Lenz. La leçon d’allemand, publié en Allemagne en 1968 et en France trois ans plus tard, a connu un grand succès et une adaptation pour la télévision. Siegfried Lenz, né en 1926 en Prusse orientale rédacteur au journal Die Welt, s’est engagé politiquement en faveur de l’Ostpolitik de Willy Brandt, aux côtés notamment de l’écrivain Günter Grass, auteur du formidable Tambour. Le jeune Siggi lui ressemble certainement beaucoup…

Toujours est-il que ce roman, plein de finesse et de force, apporte sur l’Histoire un point de vue personnel qui ne laisse pas indifférent.

La Métamorphose, Franz Kafka

Coincée dans cette édition entre 23 autres récits, La Métamorphose est une longue nouvelle, peut-être l’œuvre la plus fameuse de Franz Kafka.

 

Gregor Samsa se réveille un matin comme tous les autres pour constater qu’il ne peut se lever comme d’habitude pour aller travailler : dans la nuit, son corps a changé, il est devenu un cancrelat, insecte monstrueux, carapace, ventre brun et pattes innombrables. D’abord, Samsa est aussi horrifié qu’incrédule face à ce corps qui est désormais – et de façon inexplicable – le sien. Puis il réussit à aller jusqu’à la porte de sa chambre où il découvre le fondé de pouvoir, venu chercher l’explication de son absence au travail ; il affronte alors les regards hallucinés et pleins de dégoût de sa famille, dans la pièce voisine. Car Gregor, s’il a changé d’apparence, n’a rien perdu de sa faculté de penser ; seule la parole lui manque. Sa famille prend peur, a honte, craint qu’on le découvre, l’enferme ; malgré tout la mère de Gregor, dont l’instinct maternel subsiste, demande à sa fille de nourrir son frère. Gregor se cache pour que sa sœur n’ait pas à subir la vision de l’énorme insecte qu’il est devenu. Dans son nouveau corps, Gregor, mourra bientôt de mort naturelle, au moment où sa famille envisageait de l’achever pour continuer à envisager sereinement l’avenir.

 

Maintes fois analysée, La Métamorphose, publiée en 1912, s’est vue attribuer tous les symboles, toutes les interprétations (plus de 130 d’après Stanley Corngold dans The Commentator’s Despair). Existentialisme, intolérance et mécanisme naturel de rejet entre les hommes, allégorie sexuelle, la mort comme inévitable conséquence de la solitude. Franz Kafka a reproché à son père, avec ce texte, leur relation faite de mépris, de différences, de répulsion mêlée d’attirance et de conflits. Les prémices en étaient apparues dans le texte Lettre au père (écrite en 1919 et publiée en 1952 sans que son destinataire n’ait pu la lire). Car la principale métamorphose, ici, est celle de la famille de Gregor face à la situation nouvelle.

 

Et en ces temps d’intolérance exacerbée, cela fait de La Métamorphose un conte résolument moderne.

Le joueur d’échecs, Stefan Zweig

Ce roman est si court que certains considèrent qu’il s’agit d’une nouvelle.

Avec une construction parfaitement maitrisée, il met en scène deux joueurs d’échecs qui vont s’affronter en mer, à bord d’un paquebot à destination de l’Argentine. Il y a le champion en titre, dont la réputation – mondiale – n’est plus à faire, et le challenger, un Autrichien qui n’a jamais joué mais à profité de son incarcération pendant la répression nazie pour apprendre tactiques et stratégies de ce jeu grâce au seul livre à sa disposition – un manuel d’échecs. Ce dernier, averti de la présence du premier, fait en sorte d’attirer son attention en battant d’abord d’autres joueurs présents sur le navire.

Le challenger a étudié chacune des parties qui figuraient dans son livre ; il les connaît par cœur. Cette connaissance va lui permettre d’affronter le champion du monde. Mais la schizophrénie à laquelle était en proie l’Autrichien dans sa geôle le guette à nouveau, réveillée par les parties d’échecs…

Ce roman publié en 1943, l’année qui suivit la mort de Stefan Zweig, est du grand art, à l’intrigue finement ciselée.
Et encore meilleur si on le déguste en allemand.

Les souffrances du jeune Werther, Goethe

Werther aime Charlotte, avec qui il se découvre nombre d’affinités, mais Charlotte est fiancée à un autre. Werther se rêve artiste, cherche sa voie mais n’obtient pas la considération attendue.

Le jeune Werther fait part du désarroi dans lequel il se trouve à son ami Wilhelm avec qui il entretient une correspondance. Il faut dire que Werther passe beaucoup de temps avec sa Lotte, dont il est éperdument amoureux ; cela n’adoucit en rien sa peine. Albert, le fiancé de Charlotte, passe progressivement d’ami à rival. C’en est trop pour Werther, il quitte la ville ; à son retour, les deux jeunes gens se sont mariés. Werther plonge alors dans un désespoir dont il ne sortira plus.

Teinté de scandale à sa sortie parce qu’il aborde le sujet tabou du suicide, ce roman épistolaire est avant tout une formidable étude de mœurs, et un ouvrage de référence en matière d’amour déçu.
La forme du récit en fait un texte dynamique et accrocheur, que l’on prend plaisir à (re)lire.

L’angoisse du gardien de but au moment du penalty, Peter Handke

« Le monteur Joseph Bloch, qui avait été un célèbre gardien de but, fut informé, quand il se présenta le matin à son travail, qu’il était congédié. Du moins Bloch interpréta-t-il ainsi le fait que seul le contremaître leva les yeux de son casse-croûte lorsqu’il ouvrit la porte de l’abri où les ouvriers faisaient la pause, et Bloch quitta le chantier. Dans la rue, il tendit le bras, mais jamais la voiture qui le dépassa — qu’il ait ou non tendu le bras pour appeler un taxi — n’avait été taxi. »
Joseph Bloch se croit donc licencié, et il erre. Il atterrit dans un cinéma et étrangle la caissière. Dès lors, son errance devient une fuite.
On peut sans problème lire ce court roman si l’on n’aime pas le foot : certes, Bloch est un ancien gardien de but, et certes, il va finir par assister à un match au cours duquel le penalty sera bel et bien stoppé. Mais ce n’est pas là le véritable objet. Handke pose de nombreuses questions dans cet ouvrage en forme d’itinéraire intérieur, il n’y répond pas toujours, ce qui peut dérouter.

Même les mots en perdent leur latin / leur allemand / leur français (cf. deuxième photo…).
Peter Handke a écrit en 1970, a 28 ans, ce roman qui sera adapté par le grand Wim Wenders deux ans plus tard. Et le titre génial a depuis été repris maintes et maintes fois, comme ici (aucun lien !).

Les désarrois de l’élève Törless, Robert Musil

Ceci est le premier roman de l’allemand Robert Musil (1880-1942), qu’il écrivit à tout juste 25 ans. Véritable roman d’apprentissage, il dépeint l’éveil du jeune Törless, élève interne du plus prestigieux collège de la vieille Autriche, qui fait la fierté de ses parents. Dans la confidentialité de l’internat, Törless apprend les rapports humains, brutaux et cruels, sentimentaux et charnels, et acquiert peu à peu une conscience. L’écriture recherchée de Musil nous permet de vivre les sarcasmes avec Törless, de comprendre la pression qu’il subit. Ce roman analyse avec précision cet âge où l’on est soit victime soit bourreau, et auquel tout est possible. De la grande littérature introspective.