Génération X, Douglas Coupland

Generation XPrésentation de l’éditeur :

Ce roman est aux années 90 ce que fut L’attrape-cœurs aux années 50 et La conjuration des imbéciles aux années 80 : un livre culte, où la jeune Amérique a perçu l’écho de ses inquiétudes et de ses aspirations.

Ce n’est pas le livre d’une « génération perdue », moins encore « sacrifiée ». La jeunesse que décrit Douglas Coupland n’est obsédée ni d’argent ni de révolution. Devant l’avenir, elle fait le dos rond : courageuse mais non téméraire, elle avance masquée, refusant l’Histoire, élevant le rempart de l’humour et de la lucidité devant les débâcles du siècle.

Ainsi Andy. Ainsi Claire. Ainsi Dag. Trois antihéros suréduqués, sous-employés, livrés à eux-mêmes. Ensablés dans le désert de Californie, ils passent leur temps à s’inventer des fables d’amour et de haine au beau milieu des instituts de chirurgie esthétique et des bars à cocktail de Palm Springs. Leur bungalow est garni de meubles suédois semi-jetables, leur tête de déchets atomiques, de brides de pub, de flashes télévisés. De quoi rire – mais pas de quoi rêver. Le rêve, pour eux, ce serait une vie de tendresse, une vie qui ne fasse de mal à personne, ni aux autres ni à soi. Des sentiments simples, en somme. Lesquels constituent pourtant le cœur battant de ce livre singulier, déroutant, rare, émouvant. Et peut-être sont-ils la clé de son immense succès.

 

Andy, le narrateur, Claire et Dag sont des shin jin rui, des nouveaux êtres, de la génération X. Idéalistes, donc fatalement inadaptés à leur environnement – social, urbain, familial -, ils vivent leur vie au rythme des contes dont Génération X est le recueil.

 

Il y a du génie dans la très grande lucidité que Douglas Coupland prête à ses personnages qui ne se reconnaissent ni ne se retrouvent dans rien de ce que le monde leur propose. Face à un tel aveu de faiblesse, l’attachement, sinon l’identification, est immédiat. La succession des différents récits, inégaux si ce n’est dans leur caractère percutant, fait de ce roman un opus rythmé et facile à lire.

 

Mais il dresse surtout le portrait d’une génération qui ne me semble pas franchement différente de celle qui la suit, la fameuse « génération Y » dont on parle tant comme d’un phénomène inédit. Rien de nouveau sous le soleil, alors ? En tout cas, on passe quelques heures heureuses sous celui de Californie où nous entraîne Coupland dans ce roman, son premier, qui fit son succès.

 

 

traduit de l’anglais par Léon Mercadet

Editions Robert Laffont, 1993, 240 pages

 

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Flashs :

 

« Serait-ce que nous ne croyons plus au lieu ? ou peut-être nous avait-on promis le paradis dans nos vies antérieures et, en comparaison, le monde où nous sommes tombés ne tient pas la route. » (page 16)

 

« Il n’est pas sain de vivre la vie comme une succession de petits moments cool isolés. « Soit nous faisons de notre vie un roman, soit on ne s’en sortira jamais. » C’est pour ça, nous le savons, que nous avons tout plaqué pour venir dans le désert – pour nous raconter des histoires et faire de nos vies des romans qui tiennent la route. » (pages17-18)

 

« On emploie sa jeunesse à s’enrichir et sa richesse à rajeunir. » (page 20)

 

« Nous vivons des petites vies périphériques. Nous sommes marginalisés et il y a beaucoup de choses auxquelles nous avons choisi de ne pas collaborer. Nous voulions du silence et nous avons le silence. » (pages 21-22)

 

« Je ne vous comprends pas, vous les jeunes. Y a pas un boulot qui vous plaise. Vous déprimez, vous râlez que les boulots ne sont pas créatifs, qu’ils ne mènent à rien, et quand finalement on vous donne un bon poste vous fichez le camp pour aller faire les vendanges au Queensland ou Dieu sait quelle ineptie. » (page 33)

 

« Terrorisme consensuel : processus qui régit les comportements à l’intérieur de l’entreprise. » (page 35)

 

« Passer aux pertes et profits le naufrage psychique dû au boulot, avant que ça n’empire. » (page 40)

 

« J’étais un imposteur, et ma position finit par devenir intenable au point de déclencher ma Crise des vingt-cinq ans : tout devient pharmaceutique, vous touchez le fond, et les voix rassurantes commencent à s’éteindre. » (page 42)

 

« Assoiffé de tendresse, terrifié par la solitude, j’en arrivais à me demander si le sexe n’était pas au fond qu’un prétexte pour plonger son regard dans les yeux d’un autre être humain. » (page 44)

 

« Il m’est impossible de te dire combien de gens que je connais m’ont affirmé avoir fait leur crise de mi-vie très tôt dans leur vie. Le moment vient, inévitable, où la jeunesse te lâche ; où le lycée te lâche ; où Papa et Maman te lâchent. » (page 45)

 

« Ne pas parler avec des gens rend fou. Vraiment fou. » (page 100)

 

« Lâche à tes parents la moindre confidence et ils s’en serviront comme d’une pince pour te faire sauter les verrous et te réorganiser une vie sans aucune perspective. » (page 114)

 

« J’avais la nostalgie de l’événement au moment même où il arrivait. » (page 126)

 

« Il n’y a rien de bizarre à ne rien désirer. » (page 142)

 

« Ferme les yeux et pense bien à ce que tu as gaspillé. Sens l’odeur du futur. » (page 158)

 

« Et comme tous les vrais riches et/ou beaux et/ou célèbres, elle ne savait jamais si les gens s’intéressaient à elle, la minuscule lumière piégée dans sa capsule de chair, ou au gros lot qu’elle avait tiré à la naissance. » (page 160)

 

« Quoi qu’on fasse, pour les parents on n’a jamais plus de douze ans. » (page 177)

 

« Toutes les flammes se valent. » (page 181)

 

« Quand tu es classe moyenne, il faut s’habituer à ce que l’histoire t’ignore. » (pages 189-190)

 

« L’aventure sans risques, c’est à Disneyland. » (page 195)

 

Le soleil n'est pas ton ennemi Dans le nouvel ordre mondial La nostalgie est une arme Moins est une possibilité Pas de vrai changement possible Crise 25 ans Ketchup emotionnel Hyperplongee Souffrir et bosser 10 conseil-isme Erotiser l'intell ultra nostalgie blocage electoral minimalismes ton ego n'est pas toi paralysie reproduction folamour controler dime sur la personnalite

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Mange, prie, aime, Elizabeth Gilbert

Mange prie aimePrésentation de l’éditeur :

A trente et un ans, Elizabeth possède tout ce qu’une femme peut souhaiter : un mari dévoué, une belle maison, une carrière prometteuse. Pourtant, elle est rongée par l’angoisse et le doute.

Un divorce, une dépression et une liaison désastreuse la laissent encore plus désemparée. Elle décide alors de tout plaquer pour partir seule à travers le monde !

En Italie, elle goûte aux délices de la dolce vita et prend les « douze kilos les plus heureux de sa vie » ; en Inde, ashram et rigueur ascétique l’aident à discipliner son esprit et, en Indonésie, elle cherche à réconcilier son corps et son âme pour trouver cet équilibre qu’on appelle le bonheur…

Et qui n’a jamais rêvé de changer de vie ?

 

 

Avant de devenir un film avec Julia Roberts dans le rôle principal, Mange, prie, aime était un roman qui a connu un succès considérable dans le monde entier.

Elizabeth Gilbert, l’auteur, est née le 18 juillet 1969. Par une nuit de désespoir, elle décide qu’elle ne veut plus de la vie qui est la sienne.

« Je ne veux pas de bébé. Or, j’étais censée en vouloir un. J’avais trente et un ans. Mon mari et moi étions ensemble depuis huit ans, mariés depuis six, et nous avions construit toute notre vie autour de cette attente commune – à savoir que, passé le cap des trente ans et des atermoiements, j’aurais envie de me fixer et d’avoir des enfants. » (page 22)

 

Elle prend ses responsabilités et engage les démarches qui s’imposent. A commencer par un divorce, douloureux, au cours duquel elle perdra sept kilos. Puis elle décide d’entamer un périple d’un an dans –hasard – trois pays en i. L’Italie pour le plaisir, l’Inde pour la spiritualité, l’Indonésie pour l’équilibre.

Après avoir mangé beaucoup de pâtes à Rome, la narratrice plonge dans le yoga.

Elle raconte notamment son expérience du kundalini shakti, « un pouvoir qui ondule tel un serpent le long de la colonne vertébrale et qui, comme sous l’effet d’une détonation, perce dans la tête un trou par lequel les dieux peuvent entrer », « l’énergie suprême du divin ». Dans l’ashram où elle séjourne, « tout sort », elle évacue « comme du vomi » ses démons résiduels – nombreux.

Viendra enfin l’Indonésie et ses personnages hauts en couleurs où, libérée de ses chaînes, délestée de ses angoisses, la narratrice trouvera enfin ce qu’elle cherchait.

 

Mange, prie, aime est très accessible, trop peut-être. Forme comme fond auraient gagné à être poussés plus loin, mais sans doute que c’est cette simplicité qui a concouru au succès du livre. Cependant le message est là, et quel message ! Une invitation, une motivation, une confirmation…

 

Un parcours initiatique passionnant à réserver à celles et ceux qui sont déjà, ne serait-ce qu’un peu, engagés sur le chemin de cette quête intérieure – sous peine de passer complètement à côté du livre et de n’y trouver que le récit, peu intéressant en tant que tel, d’un an de voyages.

Mais pour celles et ceux-là, joies, révélations et perspectives garanties !

 

Le livre de poche, mai 2009 (et Calmann-Lévy, avril 2008), 512 pages, 7,10 euros

 

Extraits choisis (et nombreux !) :

 

« A la pleine lumière du jour, je barrais la route à cette pensée, mais la nuit, elle me consumait. » (page 24)

 

« Dieu ne vous claque jamais une porte au nez sans ouvrir une fenêtre. » (page 40)

 

« Une éternité durant, on peut se convaincre qu’on s’est simplement écarté de quelques pas du chemin principal, et qu’on va le retrouver d’un instant à l’autre. Et puis la nuit tombe, d’autres nuits lui succèdent, on ne sait toujours pas où l’on est, et là, il est temps d’admettre qu’on s’est fourvoyé si loin du chemin qu’on ne sait même plus dans quelle direction le soleil se lève. » (page 81)

 

« La culture de Rome ne cadre tout simplement pas avec celle du yoga, du moins pour ce que j’en ai vu jusque là. En fait, j’ai décidé que Rome et le yoga n’ont absolument rien en commun. » (page 92)

 

« Je disparais dans la personne dont je suis amoureuse. Je suis la membrane perméable. Si je suis amoureuse de vous, vous pouvez tout avoir. » (page 107)

 

« La tristesse est un lieu. Où les gens vivent parfois pendant des années. » (page 116)

 

« Quand je serai une vieille dame, je voudrais bien ressembler à Rome. » (page 118)

 

« Tout est pour le mieux, je le sais. Je suis en train de choisir le bonheur contre la souffrance, je le sais. Je fais de la place pour que l’avenir et son cortège d’inconnues remplissent ma vie avec de nouvelles surprises. Je sais tout cela. Mais tout de même… » (page 137)

 

« Est-ce si mal de vivre ainsi un petit moment ? Est-ce si terrible de traverser le temps, l’espace de quelques mois à peine dans toute une vie, sans ambition plus haute que celle de trouver où s’attabler devant son prochain festin ? Ou d’apprendre une langue étrangère uniquement parce que l’entendre est un ravissement pour l’ouïe ? Ou de faire la sieste dans un jardin, dans un rai de soleil, en pleine journée, à côté de votre fontaine préférée ? Et puis de recommencer le lendemain ? » (page 181)

 

« Dans un monde où règnent le désordre, le chaos et la fraude, parfois, on ne peut faire confiance qu’à la beauté. Seule l’excellence artistique est incorruptible. » (page 183)

 

« Nous avons reçu la vie ; il est de notre devoir de trouver un objet de beauté dans la vie, si insignifiant soit-il. » (page 184)

 

« Le yoga, c’est l’effort que consent un individu pour faire l’expérience de sa divinité, et pour ensuite se cramponner à jamais à cette expérience. » (page 194)

 

« Prier est l’acte de parler à Dieu, tandis que la méditation est celui de l’écouter. » (page 208)

 

« On passe son temps à excaver le passé, ou à scruter l’avenir, mais on se repose rarement dans le moment présent. » (pages 209-210)

 

« On ne devrait jamais s’autoriser à s’effondrer, car lorsqu’on le fait une fois, cela devient une habitude. » (page 213)

 

« Il va nous falloir un plus gros bateau. » (Les Dents de la mer, cité page 214)

 

« Dans la tradition yogique indienne, ce divin secret s’appelle la kundalini shakti, et celle-ci est dépeinte tel un serpent qui reste lové à la base de l’épine dorsale jusqu’à ce que, délivré par le contact d’un maître ou par un miracle, il la gravisse et franchisse les sept chakras, ou roues, pour enfin ressortir par la tête, et dans cette déflagration, s’unir à Dieu. » (page 224)

 

« Exactement comme il y a dans l’écriture une vérité littérale et une vérité poétique, il y a, dans l’être humain, une anatomie littérale et une anatomie poétique. L’une est visible ; l’autre ne l’est pas. L’une est constituée d’os, de dents et de chair ; l’autre, d’énergie, de mémoire et de foi. Mais les deux sont également vraies. » (page 225)

 

« Les gens pensent qu’une âme sœur est leur association parfaite, et tout le monde lui court après. En fait, l’âme sœur, la vraie, est un miroir, c’est la personne qui te montre tout ce qui t’entrave, qui t’amène à te contempler toi-même afin que tu puisses changer des choses dans ta vie. Une vraie âme sœur est probablement la personne la plus importante que tu rencontreras jamais, parce qu’elle abat tes murs et te réveille d’une claque. Mais passer sa vie avec une âme sœur ? Quelle idée ! Trop douloureux. L’âme sœur, elle ne débarque dans ta vie que pour te révéler une autre strate de toi-même, et ensuite, elle se casse ? Dieu merci. Ton problème, c’est que tu n’arrives pas à la laisser s’en aller. » (page 232)

 

« Lâcher prise est une entreprise effrayante pour ceux d’entre nous qui croient que le monde ne tourne que parce qu’il est doté d’en son sommet d’une manivelle que nous actionnons, en personne, et que, si jamais nous lâchions cette manivelle ne serait-ce qu’un instant, eh bien ce serait la fin de l’univers. » (page 242)

 

« Les expériences les plus violentes se produisent quand je déstocke quelques-unes de mes dernières appréhensions, et laisse une véritable turbine d’énergie se déchaîner le long de mon épine dorsale. » (page 247)

 

« La prière est une relation ; il m’incombe de faire la moitié du boulot. Si je veux une transformation, mais ne prends même pas la peine d’exprimer clairement ce que je vise au juste, comment pourra-t-elle se produire ? Le bénéfice de la prière réside pour moitié dans la demande elle-même, dans la suggestion d’une intention clairement posée et mûrement réfléchie. » (page 274)

 

« Ce que le tabac inflige au poumon, le ressentiment l’inflige à l’âme : même une seule bouffée est nocive. » (page 288)

 

« Je suis convaincue que si votre culture ou vos traditions n’offrent pas le rituel spécifique dont vous avez tant besoin, alors vous êtes entièrement autorisé à inventer votre propre cérémonial, et à réparer vos circuits émotionnels endommagés avec l’ingéniosité bricoleuse d’un généreux plombier-poète. » (page 291)

 

« A un moment donné, on est juste monsieur ou madame Tout-le-monde, en train de se coltiner sa vie banale, et puis soudain – qu’est-ce que c’est que ça ? – rien n’a changé, et pourtant, on se sent ébranlé par la grâce, dilaté d’émerveillement, inondé de félicité. Tout – sans aucune raison décelable – est parfait. » (page 304)

 

« D’après les mystiques, cette quête de la félicité divine constitue le but d’une vie humaine entière. » (page 305)

 

 

« La flexibilité est aussi essentielle pour la divinité que la discipline. » (page 318)

 

« C’est moi qui suis sur la sellette. C’est moi qui suis sous le feu des projecteurs. En train de me choisir ma religion. » (page 322)

 

« Mon chemin vers Dieu est une insurrection ouvrière,

Nulle paix ne se fera sans l’intervention du syndicat. » (page 324)

 

« Même dans ma culotte, je me sens différente. » (page327)

 

« Les petites filles qui sont une raison de vivre pour leur mère deviennent, en grandissant, des femmes très fortes. » (pages 393-394)

 

« Les gens, universellement, ont tendance à penser que le bonheur est un coup de chance, un état qui leur tombera peut-être dessus sans crier gare, comme le beau temps. Mais le bonheur ne marche pas ainsi. Il est la conséquence d’un effort personnel. On se bat, on lutte pour le trouver, on le traque, et même parfois jusqu’au bout du monde. Chacun doit s’activer pour faire advenir les manifestations de sa grâce. Et une fois qu’on atteint cet état de bonheur, on doit le faire perdurer sans jamais céder à la négligence, on doit fournir un formidable effort et nager sans relâche dans ce bonheur, toujours plus haut, pour flotter sur ses crêtes. Sinon, ce contentement acquis s’échappera de vous, goutte à goutte. » (pages 396-397)

 

« Tous les maux, tous les problèmes de ce monde sont causés par des gens malheureux. Tant dans une vision d’ensemble, à la Hitler et Staline, qu’au simple niveau individuel. Même à l’échelle de ma propre vie, je vois exactement où les épisodes malheureux que j’ai vécus ont créé souffrance, détresse ou (à tout le moins) désagréments dans mon entourage. La quête de la plénitude, par conséquent, n’est pas simplement une action dictée par notre instinct de conservation et pour notre seul bénéfice. Elle est aussi un cadeau généreux que nous offrons aux monde. » (page 397)

 

« Elle a énuméré sur ses doigts les six composants de son « remède infaillible pour guérir les cœurs brisés » : « Vitamine E, dormir davantage, boire beaucoup d’eau, partir en voyage loin de la personne qu’on a aimé, méditer et enseigner à son cœur que cela est le destin. » (page 402)

 

« Suis-je jeune et belle ? Je me croyais vieille et divorcée. » (page 41)

 

« Il faut avoir le cœur brisé, de temps en temps. C’est bon signe. Signe qu’on a essayé. » (page 422)

 

« – Que ferais-je si tu n’étais jamais venue ici ?

Mais j’avais passé ma vie à venir ici. » (page 428)

 

« Souvent, en amour, j’ai été victime de mon optimisme. » (page 435)

 

« me laisser tomber en chute libre dans l’amour » (page 446)

 

« La complicité physique avec le corps de l’autre n’est pas du ressort d’une décision. Et n’a guère de lien avec la façon dont l’autre pense ou parle, avec son comportement ou même son apparence physique. Soit le mystérieux aimant est là, enfoui quelque part profondément dans le sternum, soit il n’y est pas. » (page 449)

 

« Tout se résume à une simple question : « Est-ce que tu veux coller ton ventre contre le ventre de cette personne à jamais – ou pas ? » » (page 449)

 

« Perdre parfois l’équilibre pour l’amour fait partie d’une vie équilibrée. » (page 455)

 

« SI tu me le dis lentement, je peux comprendre vite. » (page 462)

 

« Parfois, on compte les jours, parfois, on les pèse. » (page 467)

 

« Tous ceux que je rencontre ici ont été quelque chose autrefois (« marié » ou « employé », en général). Aujourd’hui, leur point commun est l’abdication entière et définitive de toute ambition. Et (est-il besoin de le préciser ?) ça picole un maximum. » (page 475)

 

« Pourquoi est-ce que je m’inquiète de ça, au fait ? Pourquoi n’ai-je pas encore appris qu’il est vain de s’inquiéter ? » (page 477)

 

« Puis tout avait commencé à se manifester. Dans cet état de silence, il y avait maintenant de la place pour que tout ce qui m’inspirait de la haine, de la peur, traverse mon esprit vide. Je me sentais comme un junkie en cure de désintoxication, le poison qui faisait surface me donnait des convulsions. J’ai beaucoup pleuré. J’ai beaucoup prié. C’était dur, c’était terrifiant, mais j’étais au moins sûre d’une chose – j’étais là de mon plein gré, et jamais je n’avais souhaité qu’il y eut quelqu’un avec moi. Je savais que j’avais besoin de faire ça, et besoin de le faire seule. » (page 495)

 

« J’ai dit à mon esprit : « Voilà ta chance. Montre-moi tout ce qui te cause du chagrin. Laisse-moi tout voir. Ne me cache rien. » Un à un, pensées et souvenirs tristes ont levé la main, puis se sont dressés, pour se présenter. J’ai considéré chaque pensée, chaque élément de chagrin, j’ai reconnu leur existence et j’ai éprouvé (sans essayer de m’en protéger) leur horrible douleur. Puis je disais à ce chagrin : « C’est bon, je t’aime. Je t’accepte. Viens dans mon cœur, maintenant. C’est terminé. » » (page 498)

Les Roses de Somerset, Leila Meacham

Présentation de l’éditeur :

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« Une saga captivante qui n’est pas sans rappeler Autant en emporte le vent. » Publishers Weekly

« Une épopée sudiste digne d’un grand film. » The New Yorker

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Howbutker, Texas, 1916. A la mort de son père, la jeune Mary Toliver hérite de la plantation de coton des Toliver, l’une des familles fondatrices de Howbutker. La jeune femme devra-t-elle sacrifier son amour pour Percy Warwick, magnat de l’exploitation forestière, pour faire vivre le sol de ses ancêtres ? Confrontés aux trahisons, aux secrets et aux tragédies qui les entourent, renonceront-ils à ce qui aurait pu exister, non seulement pour eux, mais aussi pour les générations suivantes ?

Dans ce livre haletant, écrit comme on filme une série TV, Leila Meacham renoue avec les codes des grandes sagas historiques pour mieux les réinventer. Traduit dans vingt-cinq pays, ce roman d’amour et de sacrifice a déjà conquis les lectrices du monde entier. Lire la suite

Tout ça pour quoi, Lionel Shriver

 Présentation de l’éditeur : 

Après le choc d’Il faut qu’on parle de Kevin, la nouvelle bombe de Lionel Shriver. Toute sa rage, son audace et son humour au vitriol pour une radioscopie féroce et incisive du couple, de la famille, de la maladie et du rôle de l’argent dans notre vie. Un brûlot dévastateur.

Parfois, le soir, dans les embouteillages, Shep Knacker laisse son esprit divaguer : fuir les humiliations au travail, échapper aux jérémiades de son artiste de soeur, aux caprices des enfants, aux discours stériles de son meilleur ami. Quitter tout ça, partir sur cette île au large de Zanzibar, dormir, pêcher son poisson, lire, réfléchir… Vivre, tout simplement.
Un fantasme qu’il touche du doigt le jour ou il vend sa société et touche un petit pactole.
Sa décision est prise. Lire la suite

Le plus bel âge, Joanna Smith Rakoff

Présentation de l’éditeur :

Ils sont six amis d’université – quatre filles et deux garçons -, et ont choisi New York, la ville de tous les possibles, pour mener leur vie d’adulte. Mais au rythme des mariages, naissances, échecs professionnels et personnels, leurs rêves et ambitions ne tardent pas à se heurter à l’épreuve de la réalité. En mettant en scène leurs vies entremêlées, les amitiés et les amours qui se nouent et se dénouent, Joanna Smith Rakoff fait la chronique d’une génération perdue, qui, entre espoirs et désillusions, essaie de trouver sa place dans le monde.

Avec en toile de fond les bouleversements économiques et politiques de notre époque – du boom Internet au réveil brutal au lendemain du 11 Septembre -, ce roman d’apprentissage victorien dans l’âme, généreux et parfaitement maîtrisé, révèle une nouvelle voix de la littérature américaine contemporaine. Lire la suite

Féroces, Robert Goolrick

feroces« Quand j’ai rencontré ces gens, j’ai d’abord trouvé qu’ils étaient beaux et brillants, et leur maison, magique. Puis j’ai commencé à les trouver ordinaires puis, pour finir, pitoyables. » (page 92)

C’est ce qu’écrit un ami des Goolrick un jour, dans un album photo, sous un cliché de la maison familiale.

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Qu’avons-nous là ? La quatrième de couverture évoque un roman, le premier de l’Américain Robert Goolrick. Pourtant, tout laisse à penser que l’on tient entre les mains sinon les mémoires de l’auteur, du moins un ouvrage très fortement inspiré de sa propre expérience – sinon, pourquoi avoir gardé jusqu’au patronyme ?

Et puis… ce n’est pas un roman. Plutôt une série de clichés, comme des cartes postales en noir et blanc, floues ou de mauvaise qualité, vieillies en tout cas, qui laissent donc apercevoir une réalité bien différente de la pose. Un constat. Douloureux. Car les Goolrick ne sont pas féroces : Lire la suite

Au nom du sang versé, Pierre Simenon

Antoine Demarsands, à qui on laisse entendre que son défunt père a collaboré avec les nazis, refuse cette idée. Pour laver l’honneur paternel, il se lance dans une quête de vérité qui le mènera des Etats-Unis en Suisse, de la France à la Pologne, et qui s’avèrera bien plus complexe et mortelle qu’il ne l’avait imaginé. Car il en est versé, du sang : les rebondissements, innombrables, laissent bien souvent des cadavres sur le bord de la route…

Pierre Simenon est le fils de Georges. Suisse, il a été analyste financier à Genève avant de traverser l’Atlantique pour devenir avocat de cinéma à Los Angeles. Toute ressemblance entre l’auteur et le héros, qui a fui la Suisse et la banque familiale pour se reconvertir en… avocat de cinéma à Los Angeles n’est donc pas le fruit du hasard.
Première déception : ce roman, et alors que rien ne l’indique à l’extérieur de l’ouvrage, n’a pas été écrit en français mais en anglais, et donc traduit. Mais relu par Pierre Simenon, apprend-on dès les premières pages. La belle affaire !

Deuxième déception : pour son premier roman, Pierre Simenon cherche son style. Et comme il ne parvient pas à choisir, il mélange joyeusement les données industrielles au langage technique, les passages presque littéraires, la vulgarité et les plaisanteries les plus grivoises.

Malgré tout, son texte est efficace. Tellement qu’on en ferait bien un film, et qu’on se demande si ce livre-là tient plus du roman ou du scénario prêt-à-tourner. Pour un blockbuster hollywoodien haletant, aux ficelles un peu grosses, qui prend tellement le lecteur/spectateur par la main que celui-ci n’a pas à réfléchir (mais pour la plage, c’est appréciable). Et pour un résultat dont, malheureusement, il reste surtout une impression de déjà vu…

Les saisons de la solitude, Joseph Boyden

Le titre, l’image de la surcouverture, la quatrième de couverture, les 510 pages… J’avais plusieurs bonnes raisons de ne pas m’enthousiasmer pour Les saisons de la solitude ; de loin, cela semblait bien rimer avec ennui. Une histoire d’Indiens dans le nord du Canada… J’imaginais déjà les descriptions à n’en plus finir des plaines sauvages et autres paysages désertés par l’homme.
Erreur.

Will et Annie sont bien des Indiens, mais des Indiens du XXIème siècle. S’ils ont les cheveux longs, noirs et tressés, s’ils portent des mocassins rebrodés de perles pour avoir chaud dans les cabanes où ils vivent, les clichés s’arrêtent là.
Annie est une jeune femme moderne, quoique rurale, qui enfourche sa motoneige comme d’autres leur Vespa. Sa sœur Suzanne, devenue mannequin, a mystérieusement disparu. Tandis que leur mère la tient pour morte, Annie, qui n’y croit pas, part à sa recherche.
Son périple la mènera à Montréal, Toronto, Manhattan. A sa voix se mêle celle de son oncle Will, dans le coma après un accident. Après la mort de sa femme et de ses deux fils, ses nièces sont ce qu’il a de plus précieux.

Rivalités entre clans, liens du sang, amour, alcool, solitude, trappe, vie dans la nature (cela n’a pas été sans me rappeler le puissant Into the wild), superficialité du milieu du mannequinat… Tous ces thèmes sont abordés dans ce magnifique roman. Si la chronologie s’embrouille parfois, cela ne gâche rien. Et la traduction rend à merveille les subtilités et les nuances apportées par l’auteur. Les personnages d’Annie et de Will sont formidables de justesse, cœurs bruts et purs perdus, chacun à leur manière, dans un monde qui va trop vite… J’ai quitté à regret la famille Bird. J’aurais voulu que les 500 pages, pourtant déjà très denses, en soient 1000 !

Les saisons de la solitude est un très beau moment d’évasion.

Le prince de Central Park, Evan H. Rhodes

En plein New-York, Jay-Jay, un enfant de onze ans lutte pour sa survie. Orphelin, battu par sa mère adoptive alcoolique, il décide de s’enfuir en supprimant toute trace de son existence. Il trouve refuge dans le poumon vert de la ville, Central Park. Il y construit une cabane qui le protège des autres, dans un grand chêne. Chaque jour, il part explorer son nouvel environnement, devenu terrain d’aventures. Celui-ci est loin d’être sans danger : s’il y a des écureuils, on y trouve aussi des hommes qui rappellent que New-York est tout proche. , comme Elmo, le jeune drogué qui a pris Jay-Jay en grippe.

Destiné aux adolescents, ce roman, qui a reçu un accueil enthousiaste à sa parution en 1975, se lit avec plaisir à tout âge. Le jeune héros lutte contre le froid, la faim et les agressions. Il fait preuve de courage et d’imagination.

Les adolescents aimeront la cabane et les animaux, les adultes la capacité de Jay-Jay à s’adapter et sa détermination à détruire les dossiers scolaires ou médicaux qui font de lui un enfant connu de l’administration, persuadé qu’il est que le fait de brûler les papiers suffira pour que le monde extérieur l’oublie.

L’hirondelle avant l’orage, Robert Littell

Le poète et le dictateur, tel est le sous-titre proposé par l’éditeur. Car c’est bien de cela qu’il est question ici. Dans la Russie de Staline, en 1934, la liberté d’expression est une notion toute relative. Staline décrète que la culture doit devenir socialiste. Le poète Ossip Mandelstam, artiste apolitique, refuse l’idée d’une politisation de la culture. Lui-même écrit une épigramme, un texte critique à l’égard du dictateur, qui finit par arriver jusqu’à celui-ci, malgré les précautions de son auteur qui a privilégié l’oral à l’écrit pour ses mots dangereux.

Là commencent ses ennuis.
Une première arrestation, d’abord, pour laquelle Mandelstam bénéficie de l’appui d’alliés, ce qui lui vaut 4 ans d’exil plutôt que l’exécution. Une seconde, ensuite, quand le poète, décidé à se faire bien voir, décide de produire cette fois-ci une ode au dictateur.

Ce roman polyphonique, qui fait parler la femme du poète (qui l’accompagnera en exil pendant 4 ans), ses amis les plus proches, son codétenu, nous donne à réfléchir sur la condition des artistes dans les régimes répressifs. Le poète Mandelstam sera torturé et exilé pour n’avoir pas voulu se plier aux diktats.

L’histoire mélange réalité et fiction, traductions de poèmes et de courriers pour mieux nous plonger dans cette époque ; Littell a lui-même échangé avec la veuve de Mandelstam, qu’il a rencontré à Moscou en 1979.

Robert Littell, ancien journaliste à Newsweek, spécialisé dans les affaires russes et moyen-orientales, désormais passé maitre dans l’art du roman d’espionnage, est le père de Jonathan à qui l’on doit « Les Bienveillantes », prix Goncourt et Grand Prix du roman de l’Académie française en 2006.

Il y a parfois de la poésie dans les mots de Robert Littell, des longueurs aussi. Le premier quart du livre, notamment, n’est pas à la hauteur, ni en termes d’intrigue ni en termes de rythme, de la suite. Mais la fascination mutuelle qui existe entre le poète et le dictateur est… fascinante – et merveilleusement rendue.
L’important est de ne pas oublier que cette réalité n’est pas si éloignée de nous dans l’Histoire.