Lise et les hirondelles

Lise.jpgOn peut la voir comme la « grande soeur » de Max, le narrateur de Max et les poissons. Lise découvre les affres de l’adolescence en même temps que les drames et les injustices de la guerre… Ce roman est dédié à la mémoire d’Hélène, née en 1926, qui il y a quelques années a partagé avec moi ses souvenirs.

 

Une adolescence dans la tempête de la guerre
À treize ans, Lise a une passion pour les hirondelles. Mais lorsqu’elle les voit revenir à Paris en cet été 1942, les oiseaux ne parviennent pas à lui faire oublier les conséquences de l’Occupation : le rationnement, les alertes, la fermeture de l’atelier de confection familial, l’attitude de ses amis depuis qu’elle porte une étoile jaune sur ses vêtements.

Le 16 juillet, la vie de Lise bascule lorsqu’elle assiste impuissante, de la fenêtre de ses voisins, à l’arrestation de toute sa famille…

Nathan, février 2018

L’illustration de couverture est l’oeuvre de Tom Haugomat, qui avait déjà illustré Max et les poissons.

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Invisible / Secret pour secret, Charlotte Bousquet

invisible-330pxCes deux romans graphiques sont parus récemment chez Gulf Stream dans la collection Les Graphiques. Le premier s’adresse aux collégiens, le deuxième aux lycéens. Tous deux sont signés Charlotte Bousquet.

Invisible (illustré par Stéphanie Rubini)

En classe comme dans sa famille, Marie est invisible. Sa passion ? La couture et les bijoux faits main. Lorsqu’elle observe les autres filles, elle se trouve laide, grosse, inutile. Le seul qui la voit, c’est Soan. Mais ce regard est capable de faire éclore chez Marie une nouvelle confiance en elle. Une confiance bien fragile.

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Comme frère et sœur, Clémence Guinot

Présentation de l’éditeur :

comme-frere-et-soeurCléo et Marin ont l’un et l’autre traversé des tempêtes, quand le père de Cléo tombe amoureux de la mère de Marin. Lorsque le couple décide de s’installer sous le même toit, leurs cinq enfants se retrouvent embarqués dans l’aventure. Mais vivre dans une famille recomposée n’est pas toujours évident. Les premiers temps sont électriques entre les deux aînés de quinze et seize ans, qui n’ont absolument pas envie de ces changements.

Cléo passe tout son temps avec ses deux amis de toujours, Nayla et Thibault. Elle a surtout un rêve : jouer Antigone dans la pièce du collège. Quant à Marin, il peint et dessine en secret. Pour réussir à passer l’audition, Cléo doit se résoudre à demander de l’aide à Marin, alors qu’ils sont comme deux étrangers sous le même toit. C’est ainsi que tout commence. Peu à peu, ces deux cœurs fragiles apprennent à se connaître, à partager leurs passions, leurs amis, à découvrir leur nouvelle « fraternité ». Un peu comme dans la tragédie grecque, quand le destin s’en mêle !

 

Alternant les voix de Lire la suite

Treize, Aurore Bègue

Présentation de l’éditeur :

TreizeAlice, treize ans, part en vacances en famille sur la côte méditerranéenne.

Durant cet été, elle observe sa sœur aînée, Marie et son comportement face aux hommes. Les trois ans qui les séparent lui semblent être désormais un fossé infranchissable.

Elle porte aussi un regard lucide sur sa mère fragile psychologiquement et son père qui surjoue la normalité pour rassurer ses filles.

A treize ans, on est parfois plus réaliste que les autres. Alice sent avant tout le monde le drame qui se noue pendant ces vacances et va bouleverser toute son existence.

Un premier roman à l’atmosphère tendue et envoûtante. Un texte poignant et juste sur la collision entre les attentes de l’adolescence et les lâchetés du monde adulte.

 

 

L’adolescence, cet âge si particulier où l’on se construit, où l’on se cherche, où l’on essaye. Cet âge aussi où « se faire remarquer [revient] à se faire juger. »

L’adolescence d’Alice, la narratrice, la mène au bord de Lire la suite

Ma vie en noir et blanc, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

ma vie en noir et blancAna, 14 ans, écrit son futur roman pendant les cours et adore les films des années cinquante. Normal, ils sont en noir et blanc ! Achromate de naissance, elle ne distingue pas les couleurs et rêve donc sa vie en gris, en noir et en blanc. En quête de son père, inconnu, elle file à Paris avec Kylian, son ami black, afin de rencontrer un célèbre photographe fasciné par le N&B. Qui sait, peut-être pourra-t-elle comprendre pourquoi la vie l’a affublée de cet étrange gène ?

 

Ana a une particularité rare, qui ne touche qu’une personne sur 33.000 Lire la suite

Les mijaurées, Elsa Flageul

Présentation de l’éditeur :

Les mijauréesEn 1992, Lucile et Clara entrent en quatrième dans le même collège parisien. Parce qu’elles se sentent différentes des autres, elles vont se rapprocher, jusqu’à devenir inséparables. Les années 1990 s’achèvent, un nouveau siècle voit le jour, et Lucile et Clara cherchent à se faire une place dans ce monde qui ne les attend pas et que la crise et l’arrivée du sida fragilisent. Leur duo, aussi incandescent, aussi amoureux que le sont les amitiés adolescentes, est une armure pour se jeter dans ce siècle tout neuf, pour découvrir l’amour et s’inventer une vie qu’elles imaginent ensemble, toujours. En 2001, les tours jumelles s’effondrent, la vie est là, avec ses échardes, avec ses blessures, avec la maladie, la passion, la mort, avec aussi parfois des rêves qui se réalisent… Lucile et Clara, ensemble, oui, mais jusqu’à quand et, surtout, comment ?

 

A treize ans, Clara tombe en amitié pour Lucile. La petite brune et la grande blonde deviennent inséparables. Chaque été les vacances en Suède, dans la famille de Lucile, amènent une apaisante distance à un quotidien où l’émotion l’emporte souvent. L’adolescence est un âge qui se porte Lire la suite

Les corps inutiles, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

Les corps inutile« Elle avait décidé d’aller à la fête. Ne savait pas où aller, en fait. Elle avait pleuré tout son saoul sur le bord du trottoir, pleuré et pleuré encore, puis les larmes s’étaient taries, séchées par le vent. Le ciel passait de bleu à noir, il était vingt heures trente (pile, comme un signe) sur la Casio vintage.
Elle avait quinze ans depuis quelques jours.
Elle avait mille ans depuis quelques minutes. »

Ce soir, Clémence doit fêter la fin du collège avec ses amis. Le sort en décidera autrement. Mauvaise rencontre.
Quinze ans plus tard, la jeune femme, solitaire et sauvage, travaille à la Clinique, une étrange usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour les hommes esseulés…
Mais que peut la vengeance sur nos blessures les plus secrètes ?

Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les Corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

Clémence, chevelure rousse flamboyante et yeux vairons, est, à ceci près, une adolescente comme les autres lorsque tout bascule. Dès lors, elle rêve à l’impossible – revenir au temps d’avant la catastrophe. Et les années passent.

A trente ans, la narratrice ne survit que par le désir des autres, celui des hommes en particulier, qu’elle valide le 29 de chaque mois. Clémence, expatriée de son propre corps, souffre d’un coma sensoriel. Son agresseur a durablement pris ses quartiers au fond de sa conscience. Les choses resteront toujours ce qu’elles sont, croit-on. C’est compter sans quelque bienveillance, une ou deux bonnes rencontres qui viennent contrebalancer la mauvaise, et une certaine envie de vivre, peut-être inavouée. Peu à peu, à mesure que la culpabilité disparaît, Clémence redevient humaine sous les yeux du lecteur fasciné.

Les corps inutiles est un roman à la fois dense et aérien. L’écriture riche et imagée, presque cinématographique, de Delphine Bertholon, nous entraîne à un rythme trépidant au cœur d’un parcours initiatique au bout duquel il faudra bien se pardonner. Un chemin que l’on fait aux côtés d’une formidable héroïne, à la personnalité détonante, aux fragilités inoubliables. Une renaissance enfermée dans un livre qu’on ne lâche pas.
Les corps inutiles est le magistral récit d’une reconstruction, d’un combat pour retrouver sa place dans le monde. Et une nouvelle preuve qu’on ne peut aimer que lorsqu’on a cessé de se haïr.

Éditions JCLattès, février 2015, 358 pages, 19 euros

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Fragments :

« Les choses qu’on ne dit pas restent-elles à tout jamais vivantes ? » (page 45)

« Elle ne savait pas encore qu’il fallait quelquefois se méfier de ses désirs. » (page 64)

« Les couleurs du monde s’estompaient peu à peu, grisaillaient, linges mal lavés, trop lavés, passés au détergent. Elle était une victime et, désormais, allait les attirer, tous les tarés du monde, limaille de fer contre un aimant, battue d’avance. Ne serait plus tranquille, ne vivrait plus en paix et ne siffloterait plus. Chaque pas serait ainsi cadenassé par la trouille, son visage à jamais marqué du signe de la proie, enseigne écarlate vissée au-dessus du front (attaquez-moi, violez-moi, tuez-moi, il a ouvert une brèche et je suis là pour ça, allez-y, allez-y donc, qu’est-ce que vous attendez ?). » (page 66)

« Avouer l’agression, dans cette famille-là, ce serait se condamner à la perpétuité. » (page 70)

« Nous n’avions plus grand-chose en commun, mais nous nous ressemblions assez pour nous aimer. » (page 98)

« En famille, on ne sait que mentir. » (page 110)

« Vous êtes notre progrès. » (page 151)

« J’aime beaucoup mes parents, davantage en prenant de l’âge, sans doute parce qu’ils deviennent peu à peu des personnes et plus seulement ces gens qui m’ont fabriquée, à qui j’en ai voulu, contre qui je me suis battue, non, juste des êtres humains – discutables, merveilleux. » (page 190)

« Je ne parviens pas à déterminer si je trouve tragique ou rassurante l’idée que ceux qui m’ont engendrée soient également ceux qui me connaissent le moins. » (page 190)

« Nul besoin de pull rouge, de pantalon en cuir ; le rouge était en elle, implanté dès la naissance. » (page 197)

« Elle n’était plus personne ; mais sans les garçons, elle ne serait plus rien. » (page 203)

« Je m’étais trompée de perpétuité. » (page 275)

« On a l’abri qu’on mérite. » (page 298)

« Parler, ce n’est pas toujours la meilleure solution. » (page 321)

« Les âmes sœurs n’émergent pas toujours dans les histoires d’amour. » (page 338)

Les grandes villes n’existent pas, Cécile Coulon

Les grandes villes n existent pasPrésentation de l’éditeur :

« Quelle horreur d’être jeune dans ce coin ! » Cette remarque, Cécile Coulon l’a entendue pendant toute son adolescence. Jolis mais invivables, ces petits villages du fin fond du Massif central, qui disparaissent de la carte une fois la nuit tombée ? L’auteure et ses amis d’enfance ont pourtant su en faire leurs terrains de jeux et d’apprentissage. Entre le stade, l’école, l’unique boutique, la salle polyvalente et l’église, il semble, à lire la romancière, qu’il soit possible de grandir heureux dans l’ignorance la plus totale des grandes villes. Ce portrait collectif d’une génération se veut aussi réhabilitation de la jeunesse à la campagne.

Ces espaces, on y habite pour rêver d’en partir, on les quitte pour rêver d’y revenir.

 

Ce récit est l’un des titres de « Raconter la vie », nouvelle collection des éditions du Seuil, dont voici l’intention :

Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.

Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. En faisant sortir de l’ombre des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective.

Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples – celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature.

Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit.

 

 

Dans ce court livre à la couverture orange, la jeune romancière Cécile Coulon raconte comment l’on grandit à la campagne. Elle raconte les territoires oubliés, les frontières qui sont avant tout psychologiques, le voisinage qui fait de l’anonymat « une conquête perdue d’avance », les choses qui changent un peu moins vite qu’ailleurs.

Le cimetière annonce la couleur : « Nous avons été ce que vous êtes, et vous serez ce que nous sommes, pensez-y. »

 

Cécile Coulon raconte le stade municipal, dont le cœur bat en permanence ; l’église, ce lieu social ; le bar-tabac qui symbolise l’âge adulte ; la salle des fêtes qui, si le stade et l’école sont les deux poumons du village, en est le foie ; et les rues, les routes, où l’on ne craint pas l’agression mais qui tuent. « Dans les zones d’habitation éloignées des grandes villes, la première cause de décès chez les jeunes, ce sont les accidents de la route. Même chez ceux qui n’ont pas encore l’âge de conduire. »

 

Les grandes villes n’existent pas est le portrait tendre et lucide d’une génération qui a grandi avec la forêt et les volcans pour horizon – plutôt que le béton.

C’est aussi, et c’est ce qui en fait tout le charme, une certaine vision de l’émancipation et de « ce moment terrible où il faut choisir entre vivre sa vie ou celles des autres ».

 

Le début du livre est à télécharger ici

 

Seuil, janvier 2015, 112 pages, 7,90 euros

 

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Carnets de campagne :

 

vache« Ceux qui n’ont pas le permis dans les campagnes sont soit trop jeunes, soit malades. » (page 22)

 

« Nous avons été élevés en plein air, comme les poules du voisin. » (page 27)

 

« A Paris, les gens vivent à quatre dans trente mètres carrés, on appelle ça « la bohème » ; à la campagne, tu vis seul dans soixante mètres carrés, on appelle ça « la misère ». » (page 27)

 

« Généralement, plus les animaux sont petits, plus ils effraient les habitants. » (page 37)

 

« Le stade municipal, c’est comme le bistro du coin, avec plus d’espace et de pelouse. Et parfois, plus d’alcool. » (page 47)

 

« Quand on habite une commune de moins de mille habitants, on passe son adolescence à chercher des heures de sommeil là où il n’y en a pas. » (page 58)

 

« A la campagne, on ne devient pas adulte le matin de son dix-huitième anniversaire, mais lorsqu’on reçoit la feuille de papier rose qui donne officiellement le droit d’aller faire ses courses, et surtout la course, au volant d’une voiture. » (page 65)

 

« Les routes ne pardonnent pas. » (page 68)

 

« Ici, l’adolescence commence quand on comprend qu’on ne peut échapper à l’imagination des autres, surtout des aînés, à qui l’on doit le respect. » (page 75)

 

« Dieu a fait la campagne, et l’homme a fait la ville. » (William Cooper, cité page 77)

 

« La campagne est une somme d’exigences familières, quotidiennes. » (page 85)

 

« Une boulangerie qui ferme et le village meurt. » (page 86)

 

« Même avec la plus mauvaise volonté du monde, on participe à la vie du village, aux rires de nos voisins. » (page 93)

 

« Un enclos est parfois le moyen idéal pour donner l’envie de partir. » (page 99)

Cet été-là, Jillian Tamaki & Mariko Tamaki

Cet été-làPrésentation de l’éditeur :

Rose et Windy se connaissent depuis l’enfance. Elles se retrouvent chaque été au lac Awago où leurs familles louent des cottages. Cet été là, elles ont 13 ans et 11 ans et demi, passent leurs journées à se baigner, à faire des barbecues en famille et regardent des films d’horreur en cachette. Mais surtout, elles partagent les mille questions de l’entrée dans l’adolescence. Une étroite différence d’âge, suffisante à cet étape charnière pour que leurs préoccupations diffèrent : Rose suit avec beaucoup d’intérêt les démêlés d’un groupe d’ados plus âgés, Windy aime encore jouer. Chacune d’elle se débat en parallèle avec ses problématiques familiales. Une plongée toujours fine et juste dans l’adolescence.

 

Ce qui se passe pendant les étés adolescents reste gravé à jamais. Dans ce très bel album, tout en langueur, en douceur, en légèreté et en profondeur aussi, deux attachantes héroïnes à la croisée des âges et des chemins composent comme elles le peuvent avec ce qui leur arrive. On les accompagne avec délice le temps d’un été en pente douce.

 

L’ambiance estivale est palpable jusque dans le rythme du récit, et ce roman graphique réveille chez le lecteur les parfums et les souvenirs de ses propres vacances au bord de l’eau – et peu importe qu’elles se soient déroulées loin d’Awago.

 

Un objet d’une grande justesse et d’une belle sensibilité ; des pages pleines d’émotion à lire, de préférence, au cœur de l’été.

 

traduit de l’anglais par Fanny Soubiran

Editions Rue de Sèvres, 2014, 320 pages, 20 €
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A l’arrache, Patrick Goujon

A l'arrachePrésentation de l’éditeur :

« J’avais fumé ma cigarette sur le balcon, tandis que les enfants tuaient le temps, au milieu des feuilles entortillées des tilleuls. Un froid humide gelait les sinus et marquait avec retard le cycle des saisons. Les voix des gamins se mélangeaient leurs chamailleries à propos de qui a dit quoi tapé qui gagné quoi, des récits à dix gorges d’épopées minimales. »

Le narrateur et Fred, deux éducateurs, emmènent en vacances cinq jeunes de banlieue pour quelques jours.

Patrick Goujon donne à sentir la réalité d’une certaine frange de la jeunesse des banlieues. Les vies sont observées au ras du quotidien, sans complaisance ni cruauté.

 

Faire du cheval (ou du double poney). S’entendre raconter au bord du sommeil des histoires fantastiques avec des princes plus ou moins charmants. Oublier, un temps, le quotidien dont la cité est le triste décor. Pour ces deux filles et ces trois garçons en pleine adolescence, ce séjour est une bouffée d’oxygène. Pour Fred et le narrateur, qui les encadrent, c’est un moyen différent de les accompagner, dans cette noble ambition qui est la leur de les empêcher d’échouer, et de semer de ces graines dont on a toujours l’espoir qu’elles germent sans savoir ni quand, ni comment, ni si.

 

Quel enfant une cascade n’a-t-elle jamais fait rêver ? Pour montrer à la petite Fatou de l’exceptionnel plus exceptionnel encore, le narrateur va l’entraîner dans une fugue qui va réveiller des souvenirs.

Car avant d’être un éducateur, le narrateur est un adulte. Un être humain qui essaye de l’être, au moins. Un ancien enfant, en tout cas. Mais, rappelle Fred, « il faut essayer de ne pas confondre les rôles, tout comme il est dangereux de mélanger nos histoires et les leurs. » Celle du narrateur qui s’évertue à sauver les enfants à sa manière (il en existe tant) prend sa source dans cette banlieue qu’il ressent le devoir de ne pas quitter. Une mission. Et au-dessus de lui plane le spectre de Claire, l’amoureuse qui le lui a si souvent reproché, et dont il s’est séparé. « J’ai été eux », se justifie-t-il. On l’avait compris – en même temps qu’on avait saisi sa grande fragilité.

 

PGPatrick Goujon fait le choix de la tendresse plutôt que du jugement, celui de la bienveillance en toute lucidité plutôt que de l’apitoiement. Il livre des tranches de vie plus vraies que nature qui échappent aux clichés, des échanges pleins d’enthousiasme, dans une langue riche d’images et de musicalité qui donne à la banlieue d’autres couleurs.

Donnez-lui un micro et il en fait du slam.

 

Patrick Goujon dit aussi l’admiration dans le regard de l’autre qui donne une telle force – l’admiration du quotidien, l’admiration des petits pas, petits riens faits avec conviction, riens pleins de sens, pas décrocher le Nobel de littérature. Et puis il dit l’admiration qui un jour s’est évaporée, et avec elle les tremblements internes, tout ce qui fait qu’on vibre de la peau de l’autre, partis on ne sait où (mais loin) sans crier gare (et partis à jamais). Cruel mais tellement juste – et inévitable ?

 

A l’arrache est un roman citoyen à fleur de peau, pétri de colère et d’amour ; pour écrire, quoi d’autre ?

 

Gallimard, 2011, 160 pages, 14,10 euros

 

Passages choisis :

 

« Avant de fumer une deuxième cigarette, qui commençait à agir enfin, donnait l’illusion que tout le temps qui compte était à venir. » (page 25)

 

« Fatou tenait Caddie par le cou. Assises dans la piscine, l’eau quasi à hauteur des épaules, elles formaient un deux avec leurs doigts, ou un V, ce sourire de quand on les surprend devant la vitrine de la boulangerie au centre commercial, devant les bonbons, des piécettes dans la poche, elles se tenaient chaleureusement l’une contre l’autre et un instant tout ça était parfaitement ensemble, accordé, les yeux d’enfance ravie, l’explosion des gerbes d’eau, la démultiplication des gouttes et leur tracé graduel sur le noir de la peau. » (pages 41-42)

 

« La lumière se couche aussi sur les parkings. » (page 56)

 

« Si seulement on pouvait troquer la douleur contre la douleur. » (page 70)

 

« Claire me regardait toujours et c’était comme si dans ma vie j’étais en train de changer le monde. » (page 86)

 

« Eminem aura beau être disque de platine et Obama être président, le blanc et le noir ça fera jamais du gris. » (page 126)

 

« C’est pas parce que t’es bon à quelque chose que t’es obligé de le faire. » (page 132)

 

« Quitte-moi, voyage, engage-toi, déconne, écris, va élever des écureuils au Canada, mais par pitié, si t’es en colère, et tu l’es c’est pas imaginable comment, fais-en quelque chose, mets-la quelque part ta colère, recycle-la en quelque chose de bon. » (pages 133-134)

 

« Tu restes là et rien ne se passe, parce que t’auras beau faire des sorties au musée, aider les mômes à faire leurs devoirs, tu changeras pas le monde. Lâche tout et vois ce qui sortirait si tu laissais tout sortir. » (page 134)

 

« Avoir le courage de sa colère » (page 137)

 

« Le plus difficile dans une histoire je me dis, et je suis au bord de m’endormir à cet instant, le plus difficile, pas la première phrase d’un texte à trouver le tout début où ça commence qu’est-ce qu’on en sait le premier cri d’une histoire qu’on tient […]. » (page 147)

 

« quand je mourrai j’emporterai avec moi la synthèse d’un monde qui n’existe plus, une atlantide » (page 150)

 

« […] et elle me fixe, la prof de français, Le plus important c’est qu’il devienne ce qu’il doit et ma mère ne décèle pas, ne sent pas dans mon cœur les éruptions majeures, ce que l’on est parfois une sorte de maladie ça peut, l’amour l’engagement la peur de rater […] » (page 155)

 

« Si on y prend pas garde, en un claquement de doigts, un rien de temps engloutit ce qu’on avait encore de foi, de jeunesse, de raison » (page 157)