La baleine thébaïde, Pierre Raufast

Présentation de l’éditeur :

la-baleine-thebaideFraîchement diplômé, Richeville, jeune homme timide et idéaliste embarque au nord de l’Alaska, sur un bateau. Objectif : retrouver la fameuse « baleine 52 », qui chante à une fréquence unique au monde. Mais l’équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a d’autres desseins.
Au menu : l’inquiétant Dr Alvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui entraînent Richeville dans un tourbillon d’aventures extraordinaires.

Pierre Raufast, le roi de l’ingénierie littéraire, poursuit dans son troisième roman sa veine épique. Mêlant la science et la fantaisie, le roman d’éducation et d’aventures, il démontre avec brio sa capacité inépuisable d’imagination et son talent jubilatoire. Nous sommes ici en présence d’un délire imaginatif qui n’a d’égal qu’une arborescence narrative travaillée au nanomètre près. De sorte que, ahuri, le lecteur ne voit pas qu’il a affaire à un véritable programmeur.

Les titres des deux premiers romans de Pierre Raufast m’ont tenue à distance de son Lire la suite

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Une poupée au pays de Daech, Eli Flory

Présentation de l’éditeur :

une-poupee-au-pays-de« Qu’est-ce que c’est, les taches aux murs ?

– Ce qu’il reste des pendules, répondit Dammia. On les a ôtées. Les aiguilles ne trottaient plus.

– Comment sait-on l’heure, alors ?

– On compte les appels à la prière. »

 

Plaquée par Ken, Barbie broie du noir dans sa villa de Los Angeles : elle a grossi, vieilli et la Reine des Neiges – nouvelle idole des jeunes – lui fait de l’ombre. Pour se requinquer, la star se rend dans un club de remise en forme au bord de la Méditerranée. Dès qu’elle croise le regard de Beau Gosse, le professeur d’aqua-fitness-biking, elle oublie la consigne n° 1 de son guide de voyage : « Attention, les hommes d’ici sont parfois de beaux parleurs. » Cet oubli vaut à Barbie de nombreuses mésaventures au pays de Daech, mais aussi une prise de conscience de sa propre aliénation.

 

Bienvenue dans le monde fantasmé des utilisateurs de Photoshop. Un monde dans lequel se faire vomir est un régime Lire la suite

Jupe et pantalon, Julie Moulin

Présentation de l’éditeur :

Jupe et pantalonOù va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras. A. chute dans un aéroport, le mari s’en va, la cacophonie guette. Au bord de la crise de nerfs, la jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.

Inspirée par le cinéma d’Almodóvar autant que par l’œuvre de Boulgakov, Julie Moulin compose avec brio la saga d’une jeune femme dont la vie mécanique se dérègle joyeusement.

 

Que se passe-t-il dans la tête des jambes ? En une succession de chapitres courts et à un rythme trépidant, Julie Moulin propose d’abord d’adopter le point de vue des guiboles sur l’être auquel elles appartiennent – une dénommée Agathe -, et sur le monde qui les entoure. C’est drôle, rafraichissant et inédit, si l’on parvient à dépasser la surprise de cette position hors du commun.

Mais ça n’est pas que cela. Dans ce premier roman, Julie Moulin pose la question de la féminité, du regard des hommes sur ses attributs – parmi lesquels les jambes se trouvent en bonne place -, des diktats imposés par la mode, la société, l’environnement professionnel et la maternité.

Agathe est une femme qui concilie famille et poste à responsabilités dans un monde d’hommes. Mais à quel prix peut-on tout mener de front ? Pour ses premiers pas en littérature, Julie Moulin interroge la condition féminine à l’épreuve de la vie moderne.

La plume est alerte et fait appel à toutes ces expressions du langage courant qui mentionnent les parties du corps – jamais par hasard (tellement tentant qu’on y cède aussi ici). Prenant son sujet à bras le corps, Julie Moulin l’explore dans le détail pour mieux servir son propos. Le corps parle pour son héroïne, et quand le corps parle, l’on sait qu’il vaut mieux chaussette-haute-raye-multicolorel’écouter…

Une découverte aussi intéressante et enthousiasmante que l’envie de suivre l’auteur d’une telle idée est forte.

 

Alma éditeur, février 2016, 304 pages, 18 €

 

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Dans le dressing :

 

« Marcher : le rêve de toute jambe ! » (page 33)

 

« La douleur n’est pas toujours visible. » (page 52)

 

« Un tas de feuilles est subversif sans agrafes pour le contenir. » (page 65)

 

« La fatigue est un handicap plus lourd que des talons hauts. » (page 96)

 

« Quand s’arrête le besoin ? Quand commence le désir ? » (page 104)

 

« L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour. Avant que l’amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l’envie de mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves. » (page 135)

 

Au début, François Bégaudeau

Présentation de l’éditeur :

au-debutAu début, il y a d’abord le ventre rond, empli de vie, gros de promesses. Promesses mais aussi appréhensions, réflexions, bonheurs, souvenirs… Et déjà une foule de sentiments contradictoires face à l’ « heureux évènement »,  car c’est souvent pour les futurs parents l’occasion de faire le point sur leur propre existence.

 

Au début est un roman de femmes écrit par un homme, qui nous entraîne dans l’infini mystère de la gestation : telle jeune femme n’y avait pas songé et puis c’est arrivé, telle autre a dû avoir recours à la fécondation in vitro, telle autre encore aurait sans doute voulu un enfant mais se voit confrontée aux réticences de son partenaire. À ce chœur féminin se mêle la voix d’un père qui recourt à une mère-porteuse.

Avec son œil sagace et son joyeux sens du verbe, François Bégaudeau transforme l’expérience humaine à la fois la plus banale et la plus essentielle en une tendre aventure pleine de suspense et d’amour. Et d’humour.

 

 

Au début, il y a l’envie d’un enfant, ou une rencontre, ou un miracle, ou un concours de circonstances. Ou encore un accident. Ou encore l’amour. Ou encore le poids des générations antérieures.

 

Au début, il y a un test de grossesse, des vomissements, du déni, des complications, des larmes, de l’espoir, du bonheur, des projets, des promesses.

 

Au début, il y a une réalité tout à fait différente de ce qu’on avait imaginé. Les choses se passent rarement comme prévu.

 

« Au début », ce sont les deux mots par lesquels s’ouvrent chacune des treize nouvelles de ce recueil jubilatoire. Des textes féroces et drôles, une écriture acérée et exigeante. Rien d’inutile. Du concentré de vie(s) autour de celles avortées ou à venir.

 

Au début, c’est un petit livre réjouissant au possible sur cet évènement incroyable, supposé heureux, le plus naturel qui soit pourtant, et extraordinaire autant que d’une banalité affligeante. Du grand art. On en redemande.

 

Alma éditeur, 2012, 216 pages, 18 euros

 

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Trois phrases :

 

« On peut raconter les choses sans les comprendre. Le récit c’est justement la parole d’avant la maîtrise. La zone franche entre le silence et le savoir. » (page 186)

 

« Certains fondent une famille pour racheter la leur. » (page 187)

 

« Si les gens devaient attendre d’avoir du fric pour devenir parents, il n’y aurait que des gosses de riches. » (page 190)