15 livres pour l’été

Reading a book at the beach.

Pour cet été 2015, 15 livres – et pas un de plus. Mais que du bon !

15 romans récents, dont 12 parus au cours du premier semestre de cette année, qui méritent que l’on s’y attarde, même s’ils ne sont plus sur les tables des libraires.

Présentés par nombre de pages, pour simplifier votre choix en fonction de votre destination.

 

Faites vos valises ! Et passez un bel été, avant la déferlante de la rentrée littéraire.

Crédit photo (creative commons) : Simon Cocks

LA COTE 400, SOPHIE DIVRY : 66 pages

LE PUITS, IVÁN REPILA : 112 pages

C’EST DIMANCHE ET JE N’Y SUIS POUR RIEN, CAROLE FIVES : 160 pages

DEBOUT-PAYÉ, GAUZ : 192 pages

LE CAILLOU, SIGOLÈNE VINSON : 200 pages

Aurore disparaitAURORE DISPARAÎT, AMINA DANTON : 208 pages

LA GAIETÉ, JUSTINE LÉVY : 216 pages

MON AMOUR, JULIE BONNIE  : 224 pages

UN TOUT PETIT RIEN, CAMILLE ANSEAUME : 252 pages

JOURNAL D’UN INTELLECTUEL EN CHÔMAGE, DENIS DE ROUGEMONT : 268 pages

UN HIVER À PARIS, JEAN-PHILIPPE BLONDEL : 272 pages

LA CONDITION PAVILLONNAIRE, SOPHIE DIVRY : 272 pages

JE SUIS UN DRAGON, MARTIN PAGE : 288 pages

LA POLITESSE, FRANÇOIS BÉGAUDEAU : 304 pages

PARDONNABLE, IMPARDONNABLE, VALÉRIE TONG CUONG : 340 pages

 

Cliquez sur les liens pour savoir ce que j’ai pensé de chacun.

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Pourquoi écrivez-vous, Amina Danton ?

Danton

Titulaire d’une thèse de doctorat en littérature française et d’un Capes de lettres modernes, Amina Danton se consacre depuis 2011 à l’animation d’ateliers d’écriture et à des activités de coaching littéraire (romans, récits, thèses).

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Elle est l’auteur de deux romans : La tangente (Gallimard, 2009) et Aurore disparaît (Mercure de France, 2014).

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Son site : http://am.danton.free.fr/wordpress/

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Photo © Catherine Hélie

Pourquoi écrivez-vous ?

Je pense aussitôt à ce titre de Nina Simone : I sing just to know that I’m alive. I play just to feel that I’ll survive.

Quand j’étais jeune, « écrire » était un mot un peu magique, incantatoire, que je brandissais en moi comme un totem, un bouclier, une prière aussi parfois. Il ne voulait rien dire, il résumait tout, il ouvrait à tout, il permettait d’aller partout. Il conjurait toutes mes peurs. Je croyais aussi beaucoup dans la célèbre phrase de Proust, lue dans Le temps retrouvé. La vraie vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie réellement vécue, c’est la littérature. Je la cite de mémoire, telle que je me la redis encore A Dantonaujourd’hui. J’ai su, très tôt, que lire était une façon d’être en vie, « le pourquoi-écrire » se trouve dans la réponse à cette « vie ». Je la mets entre guillemets car elle est paradoxale, je lisais trop, je m’absentais, mais je rejoignais la vraie vie, une vie dont je rêvais, et dont je désespérais, que la lecture me redonnait de plein fouet. Ecrire est une promesse que je tiens vis-à-vis de ces premières lectures, de mes premières amours.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De se laisser traverser, de ne pas avoir peur de perdre, d’accepter que l’écriture les perde. Ne pas se situer par rapport à des considérations liées à la publication, à l’image, l’affirmation de l’amour propre, le souci de réussir, d’être dans le coup.

Ecrire n’est pas lié à une carrière, ni même à un métier. C’est une pratique, qui engage un amour inconditionnel. Rilke le disait au jeune poète. Lire. Lire. Apprendre sans cesse à lire. Ce qui a été lu, de même que tout ce qui a été vécu réellement, ne craint ni l’oubli ni le silence, tout ressurgit en temps voulu dans l’écriture.

Précédent rendez-vous : Gaëlle Renard

Prochain rendez-vous : Marie-Sabine Roger

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Aurore disparaît

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Aurore disparaît, Amina Danton

Présentation de l’éditeur :

auroreElle se sentait de plus en plus légère depuis qu’elle le connaissait, et plus forte. Elle retrouvait des contours. Quand ils allaient dîner au restaurant, elle se pendait à son bras, elle le respirait, le cri des mouettes et celui des corbeaux se mélangeaient sur les quais de la Seine où les façades de l’île Saint-Louis ressemblaient aux falaises de Normandie, blanches, poreuses et crayeuses, accrochant la lumière. Le ciel était lavé par la pluie. Roland accompagnait le mouvement, très doucement. Il l’encourageait à trouver sa voie.

 

Quand Mme Damian est sauvagement assassinée dans une villa voisine de la sienne, Aurore est obligée de sortir de la solitude qu’elle s’était choisie et qu’elle avait rendue presque parfaite. Retirée au bord de la mer, où elle se consacre à la peinture, elle vit un grand amour, qu’elle continue de porter en elle et de protéger. Une hésitation au téléphone dans la voix de son mari, le souvenir d’une après-midi vieille de quinze ans chez Maud Nancy, les visites insistantes de sa voisine Irène B. viennent déranger le bel édifice de son intimité avec l’espace et l’infini.

 

 

Aurore a bâti des remparts tout autour d’elle afin de rendre la vie moins violente, et s’est réfugiée au Moulinet, sur le bassin d’Arcachon, lieu de villégiature pour la bonne société qui a construit entre les villas des remparts d’autres sortes.

Mais les remparts sont fragiles, la mer, le vent, le temps les rendent poreux, et aucun n’est indestructible.

 

Dans son deuxième roman, Amina Danton dépeint un monde dans lequel le silence est fracassant, la représentation sociale un devoir, l’ennui une activité à temps plein, la rêverie un luxe, les regrets des compagnons de solitude animés de mauvaises intentions, et où la peinture ouvre des fenêtres. « Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » Avec une justesse implacable, elle met en mots l’absurdité des jeux sociaux, des bavardages, des maquillages, des chemisiers à fleurs, la lumière blanche et la mélancolie – et tant d’autres non-dits.

 

Aurore disparaît est l’histoire d’une femme qui a toujours pensé qu’elle n’avait pas droit à l’existence. L’histoire de ceux qui s’effacent et de ceux qui en profitent – à moins que ce ne soit l’inverse. L’histoire d’enfants qui n’ont pas grandi à l’intérieur des êtres qui pourtant sont devenus adultes. Et l’histoire de ce que peuvent faire les éternelles petites filles pour remonter sur les épaules de leur papa.

L’histoire de rendez-vous avec des fantômes, et de vies qui avancent à reculons.

 

L’écriture d’Amina Danton, superbe d’exigence, donne de la densité à ces vies dont on croit qu’elles en manquent. Sa prose ne contient pas un mot de trop, les digressions même font avancer.

Et la disparition, surtout, qui se révèle au fil des pages, qui n’est pas celle qu’on imaginait, éclate de manière inattendue et fait chavirer le lecteur, achevant d’emporter sa totale adhésion.

 

Mercure de France, avril 2014, 208 pages, 17 euros

 

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Trois phrases :

 

« Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » (page 98)

 

« Vivre était devenu un exil. » (page 159)

 

« Elle n’aurait jamais su comment le lui dire, comment exprimer ce bizarre sentiment d’avoir été à lui tout en étant sans lui. » (page 190)