Comme frère et sœur, Clémence Guinot

Présentation de l’éditeur :

comme-frere-et-soeurCléo et Marin ont l’un et l’autre traversé des tempêtes, quand le père de Cléo tombe amoureux de la mère de Marin. Lorsque le couple décide de s’installer sous le même toit, leurs cinq enfants se retrouvent embarqués dans l’aventure. Mais vivre dans une famille recomposée n’est pas toujours évident. Les premiers temps sont électriques entre les deux aînés de quinze et seize ans, qui n’ont absolument pas envie de ces changements.

Cléo passe tout son temps avec ses deux amis de toujours, Nayla et Thibault. Elle a surtout un rêve : jouer Antigone dans la pièce du collège. Quant à Marin, il peint et dessine en secret. Pour réussir à passer l’audition, Cléo doit se résoudre à demander de l’aide à Marin, alors qu’ils sont comme deux étrangers sous le même toit. C’est ainsi que tout commence. Peu à peu, ces deux cœurs fragiles apprennent à se connaître, à partager leurs passions, leurs amis, à découvrir leur nouvelle « fraternité ». Un peu comme dans la tragédie grecque, quand le destin s’en mêle !

 

Alternant les voix de Lire la suite

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Le Syndrome de la vitre étoilée

Le Syndrome de la vitre étoilée« – Alors, cette soirée ?

Je n’ose pas regarder Guillaume.
– Maeva est enceinte.

Mon ventre à moi n’est gonflé que de bière. Fausse, de surcroît. »

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre.

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Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

nos-vies-d-saccord-es_9782746731448Présentation de l’éditeur :

« Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu’aujourd’hui, ni plus serein peut-être. »
François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu’il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver.
Confronté à un univers inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, jusqu’au basculement.
La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ?

J’attendais (j’espérais ?) un coup de cœur, il n’est pas venu. Preuve qu’on ne décide pas de l’effet que les livres ont sur soi.

De cette lecture me reste surtout une collection de jolies phrases – on a fait pire souvenir.

« Sait-on réellement ce que l’on donne ? » (page 8)

« Il faut savoir apprécier cette minuscule et intense satisfaction de situer un amer dans un espace inconnu, de croire un instant que l’on a toujours vécu là, simplement parce qu’en deux jours on est entré trois fois dans le même café. » (page 34)

« On croit la passion intacte, mais qu’en est-il lorsqu’elle se déplie sur trois ou quatre années d’agenda, entre des aéroports, des chambres d’hôtel, des cocktails, des valises et des taxis, des studios d’enregistrement, des loges et des salles de concert ? » (page 35)

« Donner un récital, c’est aller chercher chacun, sur chaque note, au fond de son fauteuil. » (page 35)

« Le talent est une chose, la chance en est une autre, et leur rencontre aléatoire. » (page 36)

« L’ennui réside dans une absence d’attente, de tension, de désir. » (page 50)

« Je crois appartenir à la confrérie de ceux qui regardent par-dessus leur épaule lorsqu’on s’avance dans leur direction avec un bouquet de fleurs. » (page 66)

« Elle m’a enfin regardé. Le moment qui a suivi appartient à mes heures éblouies. » (page 68)

« J’étais jaloux. […] Le moindre geste envers autrui me dépossédait d’une présence dont je n’étais jamais rassasié. J’aurais voulu la soustraire aux yeux du monde. » (page 72)

« Par la musique, je remplissais ses jours et ses heures, chaque note comme un infime maillon d’une chaîne dont je ne savais si elle l’aidait à vivre ou l’en empêchait. » (page 98)

« On m’a trouvé la grâce, la puissance, l’intériorité. Je ne sais pas comment je joue. Je joue, c’est tout. Je suis heureux que cela touche d’autres cœurs. » (page 112)

« Ensemble ils apprennent qu’il y a des larmes sans partage possible, et que rien n’est juste. » (page 113)

Editions Autrement, mars 2012, 13 euros

Je ne veux pas d’une passion, Diane Brasseur

Présentation de l’éditeur :

je ne veux pas dune passion-couvIl est parti, il a enfilé son caban avant de mettre son bonnet.

Pourquoi n’ai-je pas essayé de le retenir ?

Quand il s’est levé, j’ai gardé les mains dans les poches de mon manteau.

J’hésitais à lui proposer d’aller chez moi pour faire l’amour une dernière fois. Un à un, il fermait les boutons de son caban que, d’habitude, il ne ferme pas. Celui du milieu, frappé d’une ancre de bateau, était tombé depuis longtemps.

« Je vais rester un peu. »

J’ai commandé une coupe de champagne.

Elle pensait que c’était le bon, mais il la quitte. Restée seule dans un café, une jeune femme revit les derniers mois de son histoire d’amour, et la relation fusionnelle qu’elle entretient avec son père depuis l’enfance. Deux passions très différentes, qui vivent dans un seul cœur.

Ce roman est une alternance de souvenirs égrenés comme des gouttes de pluie qui glisseraient sur une vitre, vitesse, rythme et taille variables. Les souvenirs concernent les deux hommes de la vie de la narratrice, son père, ce héros, et son amoureux, qui vient de la quitter. Elle remonte dans le désordre le fil de ces deux histoires, y trouve des correspondances. Loin de s’apitoyer sur son sort, la narratrice, qui a l’impression d’être « tombée du mauvais côté de l’amour », constate, revit, s’émeut, comme pour mieux se préparer pour la suite.

Mais peut-on avoir dans sa vie deux hommes de sa vie ?

Après le dilemme épouse/maîtresse, Diane Brasseur s’attaque dans ce deuxième roman à un autre cliché, les points communs entre son père et l’homme aimé – et à nouveau, s’en sort avec brio, évitant les écueils et la facilité. C’est frais et juste, tout en délicatesse, servi par une écriture légère et sensible, pleine de respirations. C’est aussi un portrait de la fragilité des jeunes femmes modernes lorsqu’elles sont à jamais les filles de leur père.

Une réussite.

Allary Editions, août 2015, 240 pages, 17,90 euros

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Pourquoi écrivez-vous, Diane Brasseur ?

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Fragments :

« Il n’y a rien de plus triste que les amours fabriqués. » (page 15)

« Il n’y a pas de désir sans un peu d’inconfort. » (page 40)

« Les rencontres les plus importantes n’ont rien de spectaculaire. » (page 46)

« J’ai l’impression d’être tombée du mauvais côté de l’amour. » (page 70)

« Tous les hommes dont je tombe amoureuse portent la barbe pour que mon désir s’y accroche comme à la bande Velcro d’une fermeture à scratch. » (page 88)

« A la fin de chacune de mes histoires, j’ai fait un test HIV pour m’en libérer. » (page 100)

« La vieillesse des autres ne l’intéresse pas, la sienne est scandaleuse. » (page 105)

« Alors je sors de la salle de bains blanche comme je voudrais sortir de l’enfance, en claquant la porte. » (page 131)

« Nous attentions nos cafés comme les trois coups au théâtre pour commencer. » (page 133)

« Les amoureux ne se méfient pas, ils s’embrassent les yeux fermés. » (page 143)

« La nuit, tout est plus grave. » (page 165)

« Au cinéma, je change de rang dans la pénombre en pleine séance, mais les décisions importantes je les prends vite et sans regrets. » (page 173)

« Trop près on se dispute, trop loin on se manque. » (page 181)

« Le risque quand il y a tant d’amour, c’est de se rater. » (page 181)

Le facteur émotif, Denis Thériault

Présentation de l’éditeur :

 

ob_2d6dd1_facteur-emotifBilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mène une existence tranquille. À l’ère des mails et des téléphones portables, il n’a plus souvent l’occasion d’acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il lui fait faire un petit détour et, le soir venu, ouvre l’enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire.

Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène, qui écrit régulièrement de beaux haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour la belle grandit à l’abri du réel, un étrange coup du sort va lui offrir une opportunité providentielle. Mais le destin ne favorise que les audacieux. Bilodo va devoir devenir poète et abandonner tout espoir de tranquillité, en laissant entrer dans sa vie l’intrigue et le sentiment.

 

 

Bilodo est un facteur indiscret. Déçu par les lettres qu’il s’est adressé à lui-même, il a commencé à lire celles des autres et à vivre par procuration. Découvrant la correspondance entre Grandpré, un de ses voisins de quartier, et Ségolène, qui vit à la Guadeloupe, il se passionne pour le haïku, cette forme poétique qui « vise la juxtaposition de l’immuable et de l’éphémère »qui nourrit leurs échanges.

 

« Etre une grenouille

et respirer par la peau

meilleur des deux mondes » 

 

Grandpré disparu, Bilodo va se glisser dans sa vie, dans son kimono, dans sa peau… Passant du haïku au tanka, il poursuit la correspondance avec Ségolène. Mais se faire passer pour un autre est un jeu dangereux…

 

Si l’écriture est le reflet de l’âme, que dit-elle de ce facteur qui s’est imprégné de la personnalité d’un autre ? Ce court roman captivant est une fable, un conte qui, en écho à la poésie japonaise, mêle le contemporain et l’éternel amoureux, le quotidien et le mythe. Une délicieuse découverte, une friandise truffée d’haïkus, qui met le fantasme né de l’épistolaire à l’épreuve de la réalité.

Et si tout n’était qu’un éternel recommencement ?

 

 

Editions Anne Carrière, avril 2015, 176 pages, 16 euros

 

 

Bribes :

 

« Un simple facteur pouvait-il s’improviser poète ? Attendait-on d’une autruche qu’elle se mette à jouer du banjo ? Un escargot faisait-il de la bicyclette ? » (page 32)

 

« La poésie n’était-elle au fond qu’une affaire d’estomac ? » (page 78)

 

« On ne saurait planer à jamais. » (page 147)

 

« Existe-t-il réellement une possibilité de vie après la mort ou, mieux encore, avant ? » (page 162)

Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans), Gaëlle Renard

40 ansPrésentation de l’éditeur :

 

On dit que 40 ans, c’est le nouveau 30. Certes, mais c’est quoi avoir 40 ans pour une femme aujourd’hui ? Un livre désopilant sur vous, les jeunes quarantenaires, mais aussi un peu sur vos hommes (l’ancien et le nouveau), votre belle-mère (ou ex.), vos copines qui s’appellent toutes Véronique ou Virginie… Sans oublier vos enfants qui grandissent, votre banquier, votre cher patron, votre panier à provisions, la CPAM, l’URSSAF, votre miroir, votre self-control, votre estime de vous-même, votre crème de jour… Et la question qui taraude l’héroïne : et si je faisais un dernier bébé pour la route ?

Drôle et sensible, un livre qui dresse le portrait d’une génération de femmes, et de toutes les femmes.

 

 

Véronique, « celle qui porte la victoire » en grec, voit soudain venir la quarantaine au moment où elle divorce du père de ses deux garçons. Elle décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et, de psys en dîners avec les copines, de dédramatiser son statut de quadragénaire. La voilà qui part en quête du nouvel homme de sa vie…

 

Dans ce livre qui se situe quelque part entre le roman et le journal intime, l’album photo et le carnet fourre-tout, Gaëlle Renard raconte ce que c’est que d’avoir quarante ans quand cet âge a toujours paru lointain, vaguement inaccessible. Car quand on passe de jeune dynamique à pré-senior, presque has been, ça ne fait pas de bruit, il n’y a pas d’avertissement. On se réveille un matin en en prenant conscience, et le choc est brutal.

 

Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans) raconte un quotidien de femme moderne, Parisienne, qui n’échappe pas à certains clichés, avec le spectre effrayant de la ménopause qui rôde et l’enfance qui file, le désir de nouvelle maternité in extremis et l’amour qui n’a pas d’âge… Révélation : Bridget Jones a 40 ans (depuis 4 ans), elle a deux enfants et elle vit à Paris !

 

L’humour est le moyen que la narratrice a choisi pour compenser sa fragilité, qui oscille entre détermination et fatalité. Gaëlle Renard use et abuse des jeux de mots, s’adresse directement à son lecteur (sa lectrice, plus certainement) et atteint l’objectif supposé de son livre : partager sa situation et ses états d’âmes pour les rendre moins lourds à porter.

 

Un roman à offrir à celles qui approchent des quarante ans, celles qui ont passé le cap et ne s’en remettent pas, et à celles qui, tant elles ont cru ne jamais atteindre cette décennie canonique, ne savent toujours pas s’il faut dire quadragénaire ou quarantenaire…

 

Editions Charleston, mai 2015, 224 pages, 17 euros

 

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Sept phrases choisies :

 

40« La thérapie de couple est à l’homme d’aujourd’hui ce que la machine à laver était à l’homme des années soixante : une promesse, un symbole pour tout arranger, une façon de dire : tu vois bien que j’en fais, des efforts ! » (page 17)

 

« C’est comme le sexe quand ça fait du bien et du mal en même temps, j’ai envie que ça continue et que ça s’arrête bientôt. » (page 39)

 

« Ce n’est pas parce que l’autre est jeune que toi, tu deviens vieille. » (page 47)

 

« A quel moment a-t-on donné aux bébés les prénoms de nos pépés et mémés ? » (page 88)

 

« Le jeunisme m’énerve. Surtout depuis que je ne suis plus jeune. » (page 98)

 

« A quel moment ai-je attrapé l’âge des amis de mes parents ? » (page 113)

 

« Dans mon corps de femme adulte, épanouie, y a une petite fille pas très gaie qu’est coincée. » (page 131)

Pétrouchka, Claude Clément & Beppe Giacobbe

PetrouchkaPrésentation de l’éditeur :

C’est Mardi gras. Sur la grand-place d’une ville russe, un théâtre de marionnettes s’est installé. Pour faire rire petits et grands, Pétrouchka le pantin de paille saute toujours plus haut. Il espère que la jolie ballerine, qui partage la scène avec lui, le préférera à son rival, l’homme au turban d’or.

Mais les histoires d’amour finissent mal en général…

 

 

 

En quelques jets de mots dansants et tourbillonnants, Claude Clément adapte cette histoire classique du folklore russe, dont Igor Stravinsky a fait un ballet au début du XXème siècle. On retrouve dans ces phrases qui virevoltent les mouvements des danseurs des Ballets russes.

 

« En composant cette musique, j’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné qui, par ses cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel, à son tour, lui réplique par des fanfares menaçantes. »

a raconté Stravinsky à Serge de Diaghilev en 1910.

 

C’est une histoire d’art et d’amour, mais surtout une histoire de liberté.

 

« J’adore faire des recherches, comparer les versions plus anciennes avant de concocter la mienne, éplucher les intentions du librettiste et du compositeur, les circonstances de la création du ballet, les innovations des différents chorégraphes, celles des grands danseurs interprètes, tels que Nijinski ou Rudolf Noureev dans Pétrouchka. Je suis même allée jusqu’à lire attentivement le journal intime de Nijinsk, alors qu’il était devenu fou… » raconte Claude Clément en 2015.

 

Nijinsky Photographs and PhotographersLe très grand format des doubles pages laisse éclater les couleurs des fantastiques illustrations de Beppe Giacobbe. Un esthétisme dans lequel le texte trouve très harmonieusement sa place, pour le bonheur des petits mais aussi (surtout ?) des grands lecteurs.

 

Un album splendide.

 

Seuil jeunesse, octobre 2014, 32 pages, 18 euros

 

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Igor Stravinsky avec Vaslav Nijinsky en costume pour Pétrouchka

programme des Ballets russes, juin 1911

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Le système Victoria, Eric Reinhardt

Le système VictoriaPrésentation de l’éditeur :

David Kolski est directeur de travaux de la future plus haute tour de France. Retards insurmontables, pressions incessantes : il ne vit que dans l’urgence. Alors qu’il s’apprête pour une fois à dîner en famille, son regard est happé par une femme à l’élégance austère, au rayonnement de reine. C’est Victoria, ambitieuse et intelligente, belle et indépendante. Directrice des ressources humaines d’une multinationale, elle dirige sa vie comme celle de ses salariés. Les amants sauront-ils faire face aux exigences de leur désir?

À travers le récit d’une passion dévorante, Éric Reinhardt poursuit avec brio l’étude de notre époque contemporaine. Chronique d’un monde du travail de plus en plus violent, Le système Victoria est une œuvre captivante, où la sensualité se mêle autant au plaisir qu’à l’assujettissement.

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La rencontre amoureuse, c’est la rencontre de deux fonctionnements. Deux « systèmes ». C’est une irruption réciproque, des interférences inévitables. Sans que cela soit forcément négatif pour autant.

 

Pour David Kolski, Victoria de Winter, DRH du puissant groupe Kiloffer, est « du côté de ceux qui fabriquent les problèmes ». Lui qui, marié, a pour habitude de ne jamais revoir une femme avec qui il passe une nuit, va pourtant entamer avec elle une relation suivie. Victoria est un aimant, et à son contact, David revit.

 

Mais l’aimant s’avère toxique. Victoria devient sa drogue, la plus pure à laquelle il ait jamais été donné à David de goûter. Elle est son héroïne. C’est elle qui mène le jeu. D’elle dépendent, outre leurs rendez-vous, les humeurs même de David. Le retard du chantier de la tour Uranus dont il est responsable augmente ou s’amenuise au rythme des montages russes que sont ses rapports avec cette femme insaisissable.

 

Et si la tour devenait son tombeau, ou du moins celui d’une certaine liberté ? A moins que ce ne soit cette relation, cette emprise qui sonne le glas définitif de l’insouciance ?

Et l’amour, a-t-il seulement sa place dans tout cela ?

 .

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Eric Reinhardt a ce don de savoir ferrer son lecteur jusqu’à l’emprisonner. Il ne lui laisse pas le choix. Et c’est tout entier que le lecteur plonge dans l’univers des protagonistes, et les tréfonds de leur âme. De leurs histoires personnelle, familiale, sentimentale, Reinhardt ne lui épargne rien. Heureuse victime que ce lecteur. Les personnages deviennent des connaissances, leurs univers s’impriment pour longtemps dans le sien.

Ce qui, dans d’autres temps littéraires, faisaient que les personnages étaient personnages.

 

Eric Reinhardt propose un voyage fascinant dans les profondeurs d’une liaison amoureuse, d’un adultère intellectualisé, avec en toile de fond un monde dans lequel les nouvelles technologies alimentent les fantasmes et le capitalisme devient érotique.

Pour tout cela, ces 600 et quelques pages d’une grande densité ne sont pas de trop.

 

Folio, 2013 (et Stock, 2011), 624 pages, 8,40 euros

 

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Eclats de voix :

 

« Les femmes n’ont pas la possibilité, et c’est d’une grande injustice, d’aborder les hommes qui leur plaisent. » (page 108)

 

« Il avait ouvert les portes de son mental et les phrases qu’il prononçait résonnaient comme sous les voûtes d’une cathédrale. » (page 210)

 

« J’avais déjà commencé à avoir besoin d’elle. » (page 224)

 

« Le simple fait que je sois parvenu à rendre Victoria aussi dépendante de ma personne que je l’étais devenu de la sienne me suggérait l’idée que tout était possible désormais dans ma vie : être à ce point apprécié de cette femme-là m’avait rendu invulnérable. » (page 288)

 

« La perversité serait-elle l’unique destination, le seul apanage des passions parallèles ? » (page 475)

 

« Si j’avais eu l’assurance que ce projet d’architecture ne se ferait jamais, j’aurais rompu immédiatement. » (page 502)

Ben est amoureux d’Anna, Peter Härtling

Ben est amoureux d AnnaPrésentation de l’éditeur :

Si être amoureux, c’est penser tout le temps à la fille qu’on aime au point d’en avoir mal au ventre, alors c’est sûr, Ben est amoureux d’Anna. Il décide de lui écrire une lettre. Mais Anna ne répond pas. Elle ne dit rien. Ben ne comprend pas pourquoi…

 

Avec beaucoup de finesse, Peter Härtling dresse le portrait de deux êtres sensibles, très différents, issus de milieux et de cultures presque opposés, et que l’école va rassembler. Il raconte ce que c’est que d’être amoureux quand on va bientôt avoir dix ans. Et comment on l’exprime, alors qu’il y a le monde autour – les camarades prompts à se moquer, la famille prompte à désapprouver…

 

Une lecture rafraîchissante sur les premiers émois. Il n’est jamais trop tôt pour connaître ces sentiments forts qui font se sentir vivant – même si en grandissant on croit l’amour réservé aux adultes.

 

Un petit roman qui rappelle aussi, si besoin est, qu’en amour, on est toujours deux…

 

 

Traduit de l’allemand par Antoine Berman, illustré par Rosy

6-9 ans

Pocket jeunesse, 1995, 144 pages, 5,30 euros

 

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Tout ce que je sais de l’amour, Michela Marzano

Tout ce que je saisPrésentation de l’éditeur :

Le titre de ce récit autobiographique, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela Marzano, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson :That Love is all there is, is all we know of Love.

Partant de sa propre vie autant que de ses lectures, l’auteur évoque la recherche du Prince Charmant – un objectif qui se révèle inaccessible –, le désir d’enfant, la maternité, l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, l’acceptation des limites de cet amour. Tournant un regard compréhensif pour chacun mais souvent impitoyable envers elle-même, elle aboutit à un constat personnel, où se reflète toute expérience humaine : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si je perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

 

 

Michela Marzano a 44 ans. Elle a connu des hommes. A été épouse, maîtresse. Pas mère. De son parcours sentimental et amoureux, elle tire les leçons. Sa dernière histoire en date, celle qui dure, l’actuelle, avec l’homme à qui elle dédie le livre, est esquissée avec pudeur entre des intermèdes plus théoriques sur l’amour, basés sur des textes d’autres.

 

Avec une plume très douce, Michela Marzano interroge des notions sinon qu’on a tendance à oublier, du moins auxquelles la société moderne fait qu’on accorde moins d’importance – l’attachement, le renoncement. Elle partage ce qu’elle a appris, ce qu’elle a compris. Accepter l’inévitable altérité de l’autre, l’envisager comme un cadeau plutôt que comme une contrainte. Admettre l’incapacité à survivre à la perte. Tout sonne juste. J’ai l’impression que j’aurais pu écrire chaque ligne ou presque.

 

L’amour est la réponse, la quête, mais l’amour ne suffit jamais.

 

Dans ce beau roman, Michela Marzano livre tout ce qu’elle sait de l’amour et, brossant le portrait de l’amour à l’épreuve de cette vie si rapide que l’on mène au XXIème siècle, où l’on consomme de plus en plus les êtres, où l’on s’investit de moins en moins faute de temps ou de courage, nous invite à réfléchir à sa puissance, à sa magie, à son caractère merveilleux, à sa simple existence même. Et à y croire encore. Ouf.

 

Editions Stock, août 2014, 214 pages, 18,50 €

 

L’extrait :

« Ma relation avec Jacques a commencé sans grande conviction. Un soir de juin, un peu par hasard.

J’ai beau chercher, je n’arrive même pas à me souvenir de ce qui m’avait incitée à me rendre à cette fête. Moi qui ne sors presque jamais. Moi qui, à cette époque, étais avec quelqu’un d’autre. Qui sait ?

Certes, je n’étais pas parfaitement heureuse. Mais qui peut se vanter de l’être ? Surtout en amour.

[…] Ce soir-là, pourtant, Jacques n’en avait rien à faire des bonnes manières. Au contraire. L’existence d’un autre homme dans ma vie, au fond, lui convenait parfaitement. Il venait de se séparer. Pourquoi aurait-il dû se lancer dans une histoire sérieuse ?

Une aventure parmi d’autres, juste avant de partir en vacances. Une histoire sans lendemain, bien à l’abri des remords et des justifications. Cela lui allait très bien. » (pages 16-17)

 

Le billet de Leiloona, qui m’a donné envie de découvrir le roman.

 

 

Passages choisis :

 

nous seuls« L’amour est ce qui reste quand on pense avoir tout perdu. » (page 24)

 

« Il ne faudrait jamais parler d’un projet de livre à ses amis avant d’avoir commencé à écrire. Leurs critiques et objections risquent de nous enlever le courage de poursuivre. » (page 40)

 

« L’amour est le seul risque qui vaille la peine d’être pris. » (page 42)

 

« Le monde de l’enfance est minuscule. » (page 56)

 

« L’amour ne commence qu’après la perfection. Lorsque l’ordre se brise et que l’on comprend qu’il nous faut repartir du désordre. » (page 62)

 

« Ce que nous n’acceptons pas de nous-mêmes est ce qui nous agace le plus chez l’autre. » (page 64)

 

« Quand on a grandi convaincu que, pour survivre, il faut payer la dette d’une faute qu’on n’a peut-être pas commise, la joie paraît étrange. » (page 70)

 

« A force de partager le présent, le bruit du passé devient moins assourdissant. » (page 70)

 

« Le vide ne peut jamais être comblé. On peut seulement le traverser avec un autre. » (page 83)

 

« Notre amour repose en grande partie sur ce que nous sommes seuls à connaître l’un de l’autre. Et qui exclut tous les autres. » (page 96)

 

« Si on aime une personne, on ne cesse jamais de l’aimer. » (page 162)