Invisible / Secret pour secret, Charlotte Bousquet

invisible-330pxCes deux romans graphiques sont parus récemment chez Gulf Stream dans la collection Les Graphiques. Le premier s’adresse aux collégiens, le deuxième aux lycéens. Tous deux sont signés Charlotte Bousquet.

Invisible (illustré par Stéphanie Rubini)

En classe comme dans sa famille, Marie est invisible. Sa passion ? La couture et les bijoux faits main. Lorsqu’elle observe les autres filles, elle se trouve laide, grosse, inutile. Le seul qui la voit, c’est Soan. Mais ce regard est capable de faire éclore chez Marie une nouvelle confiance en elle. Une confiance bien fragile.

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La vacation, Martin Winckler

Présentation de l’éditeur :

La vacation«Tout en surveillant les mouvements du rideau, tu rabats les feuillets et tu poses le dossier derrière toi sur la paillasse.
Tu attends, les bras croisés, le bassin calé contre le plan carrelé, et parfois avec un peu d’impatience, que la femme se soit dévêtue et qu’elle apparaisse enfin en longue chemise de nuit ou en robe légère.
– Venez, Madame.
Tu lui souris, tu fais deux pas dans sa direction ; tu l’invites à s’approcher.»

Bruno Sachs, médecin généraliste, pratique des avortements lors de vacations hebdomadaires dans un hôpital.

Le premier roman de Martin Winckler.

 

Avec l’aveuglement de sa jeunesse, les hésitations de sa petite expérience, les maladresses du manque de distance, ce jeune médecin raconte. A l’hôpital où il fait ses vacations, on est priés de déposer ses armes ses larmes à l’entrée Lire la suite

Dix-sept ans, Colombe Schneck

Présentation de l’éditeur :

17-ans« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter.

J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager  avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? » C. S.

 

 

Colombe Schneck, écrivain, journaliste, issue d’un milieu aisé aux mœurs libres et à la communication facile, a avorté à dix-sept ans, à la veille de son baccalauréat. Trente ans plus tard, et pour la première fois, elle raconte « comment, par accident, [elle est] entrée dans le monde des adultes ».

 

Tout l’a préparé à ce que cela ne lui arrive pas, pas à elle, elle n’est pas de celles qui se laissent surprendre, pas de celles dont la route connaît un accident. Elle a d’autres ambitions. Et les enfants, ce sera le plus tard possible. Il y a tant à vivre avant.

C’est arrivé pourtant.

En douceur, elle raconte sa décision, l’intervention après laquelle on n’apporte ni fleurs ni chocolats, le monde autour, à l’heure où les slogans des années 70 ont été digérés par la société.

 

Une lycéenne qui avorte à la veille du bac, presque un non événement. Mais suffit-il de se débarrasser de la graine encombrante pour revenir au monde ?

 

En peu de pages, peu de mots, Colombe Schneck rappelle les souvenirs enfouis et donne sa version d’un événement qui n’est jamais banal, dont on ne sort jamais indemne, qu’on soit femme ou homme. Et revient sur les origines de la loi Veil, tout en s’adressant enfin à celui qui n’a jamais existé.

Un livre bref pour ne pas oublier qu’avorter n’est jamais anodin ni facile.

 

Editions Grasset, janvier 2015, 96 pages, 10 euros

 

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Entre guillemets :

 

« J’entrevois que mon monde peut se fissurer. » (page 34)

 

« Ce n’est pas mon genre d’être enceinte, de ne pas choisir, de ne pas être libre. » (page 41)

 

« Les problèmes, dans cette vie d’alors, partent aussi vite qu’ils sont arrivés. » (page 51)

 

« Avorter ce n’est pas une faute mais, comme tout accident, c’est quelque chose à soustraire dans nos vies. » (page 68)

 

« Il s’agit de mon corps de jeune fille. » (page 80)

 

« Et toi, tu es un mort de plus ou un mort de moins ? » (page 89)

Un tout petit rien, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

 

couv_anseaume_hd« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout petit rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

 

 

Ça n’était pas voulu, ça n’était pas prévu. Pourtant c’est là. Un clandestin. « Une tumeur », dit aussi Camille, la narratrice. Que faire ? Il n’y a pas trente-six solutions ; à vrai dire, il n’y en a même que deux. Or l’une la terrifie, et l’autre la panique.

 

D’après la loi, « la femme est seule juge de la situation de détresse » qui peut mener à la décision de l’IVG. La narratrice n’est pas certaine que cela l’arrange. Il n’y a rien de pire que d’avoir le choix. Elle voudrait pouvoir rompre avec ce qui grandit en elle comme on rompt avec un amant, et se prend à envier ceux qui sont contre l’avortement. Eux au moins n’ont pas à décider.

 

photo(2)Ce n’est pas le bon moment, se persuade Camille qui tente de réfléchir de façon pragmatique et se perd en tableaux comparatifs et autres rationalisations. « Noël en été ça n’a pas d’intérêt. » Mais qu’est, au fond, le « bon moment » pour avoir un enfant ? Existe-t-il seulement ?

 

La narratrice traverse comme elle peut « l’embargo des douze semaines », jalousant celles qui ont « le ventre plat et la vie devant elle ». Chez ses parents, son état est tabou – mais tout le monde s’affaire malgré tout pour prévoir les pyjamas nécessaires, tandis que Camille confie ses secrets d’adulte à sa chambre d’adolescente hélas sous dimensionnée pour les recevoir.

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Dans ce journal plein de tendresse et d’humour, Camille Anseaume dit les doutes, les refus, la colère et le bonheur qui accompagnent sa narratrice obligée de faire un choix lourd de conséquences. Elle raconte tout ce qui change, tout ce qui se rompt à jamais. C’est frais et juste, sincère et rythmé,drôle et imagé, et on s’attache très vite à cette pétillante narratrice pétrie de contradictions, petite sœur de Bridget Jones, héritière de valeurs judéo-chrétiennes ancestrales et fille de son époque.

 

Un très joli premier roman, et une belle promesse : car s’il est bien une naissance à laquelle on est certain d’assister dès le premier quart du livre, c’est celle d’un écrivain.

 

Éditions Kero, février 2014, 252 pages, 17 euros

 

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Échos :

 

rien« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. » (page 14)

 

« Les seules choses très graves, c’est celles sur lesquelles on ne peut plus agir. » (page 42)

 

« En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » (page 58)

 

« Je le connais comme si je l’avais aimé. » (page 105)

 

« Le monde est plus gai depuis qu’il te connaît. » (page 114)

 

« Je rattrape en quelques heures les mois d’amour que je te devais. » (page 115)

 

« Le bon moment n’est pas toujours celui qu’on croit. » (page 119)

 

« Tu es toujours mieux là que dans les couilles de ton père. » (page 150)

 

« Je suis devenue une chose divine, intouchable, une dépressive malgré elle, une malade imaginaire, une qu’on console, qu’on écoute et qu’on rassure, à qui on colle des pansements partout sur les mots. » (page 171)

 

« Ce qui est à la fois le plus beau et le plus fatigant quand on est enceinte et seule, c’est la conscience de la nécessité absolue de se souvenir pour deux. » (page 189)

 

« Tant d’amour qui se croise dans une si petite cage d’escalier, je n’aurais jamais pensé que ça pourrait rentrer. » (page 194)

 

« On ne peut avoir envie de fraises qu’avec quelqu’un près de soi pour nous les refuser ou aller les chercher. » (page 201)