Le Silence des rails, Franck Balandier

Le silence des railsJ’ai dit sur My Boox toute l’émotion ressentie à la lecture du roman de Franck Balandier (Flammarion, février 2014, 220 pages, 12 €).

Ci-dessous, en complément, un florilège de morceaux choisis.

 

 

« Nous sommes des sorcières. Des faiseuses d’anges dissimulées dans les placards à balais. Des soubrettes à plumeaux. La poussière de nos chiffons rouges. » (page 26)

 

« Tout finit ici. L’hiver des intestins. » (page 45)

 

« Tu sais Ernst, il faut que tu saches, le soleil s’accroche aux barbelés aussi, il voudrait se faufiler, déjouer tous les pièges des étoiles rouillées, s’installer entre les cris des suppliciés. J’ai dit « suppliciés ». Tu crois que le soleil a mal aussi, tu crois que les épines sont des taches d’encre sur la neige, comme toi et moi ? » (page 48)

 

« Juste avant qu’on ne l’emmène, Ernst m’a lancé un gentil sourire.

Le principal, c’était qu’ils nous séparent, qu’ils l’empêchent de recommencer. Et moi je restais là avec toutes ces déchirures, toute cette pluie de mots inutiles, et aussi les dernières larmes de sa cigarette, quelques cendres oubliées entre mes pieds. » (page 54)

 

« Ceux qui possèdent les armes ont toujours raison. » (page 60)

 

« J’ai pris l’habitude, depuis quelque temps, de noter, noter n’est pas le terme exact, il n’est rien à noter ici que la mémoire ne veuille retenir, il n’est plus temps des cahiers, des calepins en fraude, des feuilles volantes ou des tickets de métro sur lesquels on griffonne, à la hâte et en cachette, les mots essentiels pour témoigner, il n’est plus temps de rien, sinon des choses apprises par cœur, pour se souvenir bien plus tard, l’habitude, disais-je, de me rappeler de tous mes voyages courbés, le nez dans la pisse, s’il n’y avait que ça au creux de mes seaux, mais bien pire encore, de bloc en bloc, à force de les entasser, les seaux, on finit toujours par en évaluer la densité, par en déduire la fréquence, par en apprécier la qualité ou la rareté. Ce qui revient au même. » (pages 67-68)

 

« Pourquoi la mort est-elle sèche de toutes ses absences ? » (page 69)

 

« Le temps d’une cigarette. Suffirait-il de si peu de temps pour que nos guerres cessent ? » (page 75)

 

« Je me demande parfois pourquoi Mina fait cela. Je veux dire, pourquoi elle me livre, avec autant de facilité et de précision, presque ingénument, sans réaliser vraiment, le plan sommaire de ma future évasion. » (page 80)

 

« On prétend qu’il n’est d’issue que dans la mort consentie. Il suffit de franchir cette ligne, le fil à mes pieds qui court tout autour du camp, à quarante centimètres de hauteur, frontière symbolique, ça ressemble au jardin du Luxembourg, à n’importe quel parc aux pelouses interdites, un fil de fer dérisoire tendu entre des poteaux de bois que n’importe qui peut enjamber, à condition qu’il lui en prenne l’envie, je sais bien ce qui m’attend de l’autre côté, le gardien du square se tient là, en embuscade, avec son sifflet, pour me réprimander, je sais bien que si je lui désobéis, je n’atteindrai jamais les arbres. » (page 81)

 

« Je crois que nos rires sont comme les premiers edelweiss, encore sous la neige. En embuscade. » (page 84)

 

« Qui pourrait croire, devant tant d’immaculée beauté, dans cette accalmie cotonneuse qu’abandonne la nuit, qui pourrait croire que nous allons tous mourir ?

Tant de douceur aussi.

Tant de promesses ensevelies. En attente. Et pour quel dégel ? » (page 94)

 

« Après, le silence. Celui qui dure au creux de mes insomnies. L’indécence des heures quand le jour patiente encore à l’encoignure. Il y a la nuit encore installée. Vautrée sur nos divans de bois. Cette nuit à la gueule de bois, pleine de mauvais rêves. » (page 103)

 

« Il n’y a plus assez de couvertures. Alors, les corps nus, recroquevillés et froids, ceux qui cherchent la chaleur de l’autre, s’encastrent. Il ne s’agit pas d’amour, il n’y a plus de désir. Depuis longtemps nos sexes sont des parchemins, le mien est un palimpseste. » (pages 119-120)

 

« La neige ne se lave pas. » (page 126)

 

« Ce matin, il n’y a déjà plus de fleurs. Même en tendant la main. Ils ont tout cueilli durant la nuit. Plus de traces. Plus de couleurs. Plus rien. Ils ont tout supprimé. Le printemps interdit. » (page 135)

 

« Rien que des larmes de givre. Seulement des cristaux. La nuit dure longtemps. Trop longtemps. Ce matin. Je crois bien qu’il n’y a plus de matins. » (page 135)

 

« Ce serait ça la mort au bord du printemps, cet équilibre, quelque chose qui pousserait vers l’espoir. Nos brouettes encore fumantes, nous avançons dans la nuit qui recule. Des portes s’ouvrent devant nous, quelques mètres encore de cette liberté consentie, le temps de déverser notre chargement de corps calcinés, de le répandre avec délicatesse et mesure au bord de nos précipices.

Nous sommes les premiers à mourir, de ce que nous savons trop, de cette mort ramassée. » (page 140)

 

« On dirait une bibliothèque, sauf que les livres sont des urnes. Peut-être que le dictionnaire d’Ernst y figure. Ça serait bien un jour, quand cette guerre sera finie, de dresser la liste de tous les livres coupables. » (page 147)

 

« Je suis né vers les années qui se terminent. Je survis en montrant mes fesses. » (page 149)

 

« Personne ne me croira. J’en suis certain. Si je sors libre de cet enfer, personne ne me croira. » (page 188)

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Le garçon en pyjama rayé, John Boyne

pyjama rayeL’extrait :

« – Si c’est la campagne, comme tu dis, où sont les animaux ? Si c’était une ferme, il devrait y avoir des vaches, des cochons, des moutons et des chevaux, dit Bruno. Sans oublier des poulets et des canards.

– Et il n’y en a pas, reconnut doucement Gretel.

– Et si on faisait pousser des choses à manger, comme tu le prétends, poursuivit Bruno qui s’amusait comme un fou, alors le sol serait plus joli. Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire pousser dans cette poussière.

Gretel regarda à nouveau et acquiesça, car elle n’était pas assez bête pour prétendre avoir raison envers et contre tout quand il était évident que la discussion lui donnait tort.

– Alors, ce n’est pas une ferme, dit-elle.

– Non, approuva Bruno.

– Ce qui signifie que ce n’est pas la campagne.

– Non, dit Bruno.

– Ce qui signifie que nous ne sommes pas dans notre maison de vacances, conclut-elle.

– Je ne crois pas.

Bruno s’assit sur son lit avec l’envie fugace que Gretel vienne le prendre dans ses bras et lui dise que tout irait bien, qu’ils finiraient par aimer cet endroit tôt ou tard et ne voudraient jamais plus revenir à Berlin. Mais Gretel resta à la fenêtre, et, cette fois, elle ne regarda pas les fleurs, ni la bordure, ni le banc avec sa plaque, ni la haute barrière, ni les poteaux télégraphiques en bois, ni les rouleaux de fil de fer barbelé, ni le sol nu au-delà, ni les baraquements, ni les petits bâtiments, ni les nuages de fumée. Elle regarda les gens.

– Qui sont tous ces gens ? demanda-t-elle à voix basse, comme si la question ne s’adressait pas tant à Bruno qu’à quelqu’un d’autre, une personne susceptible de lui apporter une réponse. Et que font-ils là ? » (pages 39-40)

 

Comment faire pour parler de ce roman sans révéler son mystère – et ce qui fait sa puissance ? La quatrième de couverture même s’y refuse, qui indique : « Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre. On dira simplement qu’il s’agit de l’histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l’autre côté d’une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister. »

 

Le garçon en pyjama rayé est la rencontre de deux garçons de neuf ans dans des circonstances terribles qu’on ne tarde pas à découvrir. Deux garçons dont chacun, persuadé d’être du mauvais côté de la barrière, envie l’autre…

Cet inoubliable roman est publié dans une collection jeunesse, mais il s’adresse à tous, et résonne peut-être même davantage chez le lecteur adulte.

 

 

Traduit de l’anglais par Catherine Gibert

A partir de 12 ans

Folio junior, 2006, 205 pages, 6,45 €

 

 

Des phrases :

 

« Nous n’avons pas le luxe de penser. Certaines personnes prennent toutes les décisions pour nous. » (page 20)

 

« La guerre n’est pas un sujet de conversation. » (page 70)

 

« Où était la différence exactement ? se demandait Bruno. Et qui avait décrété que les uns porteraient un pyjama rayé et les autres un uniforme ? » (page 98)

 

« L’essentiel dans l’exploration est de savoir si la découverte que l’on fait en vaut la peine. Certaines découvertes sont des choses intéressantes qui se trouvent là, simplement, occupées à leurs propres affaires, en attendant d’être découvertes, comme l’Amérique. Et parfois, ce sont des choses qu’il vaudrait mieux laisser à leur place, comme une souris morte derrière un placard. » (page 111)

 

« Il y a beaucoup de garçons de ton côté ? demanda Bruno.

– Des centaines, répondit Schmuel.

Bruno écarquilla les yeux.

– Des centaines ? répéta-t-il stupéfait. C’est affreusement injuste. De mon côté de la barrière, il n’y a personne avec qui jouer. Personne.

– Nous ne jouons pas, dit Schmuel. » (page 125)

 

« Avec un bon costume, tu entres dans ton rôle. » (page 193)

Kinderzimmer, Valentine Goby

Présentation de l’éditeur :

Kinderzimmer“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?

– Je ne sais pas.

– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.

Mila se retourne :

– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?

– La même chose que toi. Une raison de vivre.”

 

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.

Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

 

Les femmes de ce roman sont des déportées politiques. Dans l’hiver de Ravensbrück, où elles sont des dizaines de milliers, elles se raccrochent à ce qui reste de la vie, les recettes qu’on connaît par cœur, qui réchauffent l’esprit à défaut de combler le ventre, elles se raccrochent à ce qui reste d’humain au milieu de l’inhumanité. Et celle que l’on nomme Mila, alors que la mort est tout autour, porte la vie dans son ventre. Un jour, avant Ravensbrück, Teresa, elle, a perdu un bébé. « Il a dû le sentir, que je n’étais pas une branche solide pour lui. » Mais l’enfant en Mila va naître. Le petit James l’ignore : lui aussi est une branche. De la mère et de l’enfant, qui maintient l’autre en vie ?

 

Connaître son histoire, c’est naître une seconde fois. Le roman de Valentine Goby (dont la note d’intention est reproduite ci-dessous) raconte le quotidien tel qu’il était avant que les êtres ne sachent qu’il allait faire partie de l’Histoire. Cette question de la temporalité dans cette période de notre passé, je la connais bien. En 1942, les enfants qui avaient survécu à la rafle du Vel d’Hiv ne connaissaient pas l’existence, ni même le nom, des camps de concentration. Tout juste ont-ils commencé à en entendre parler en allant parcourir les listes affichées au Lutetia, des mois plus tard. Dans l’intervalle, ils avaient reçu des cartes postales d’Allemagne assurant que la vie allait bien et qu’il y avait du travail en quantité. Cartes postales signées en 1943 de parents exterminés dès août 1942.

 

Il n’y aura jamais un livre, un film, une exposition de plus – ou de trop – sur les atrocités dont sont capables les hommes. « Vivre est une œuvre collective », écrit Valentine Goby. Transmettre aussi. Tout ce qui concourt à entretenir le souvenir et à empêcher d’oublier est nécessaire. Kinderzimmer est un roman nécessaire. Et un roman d’une grande force, servi par une écriture précise, ciselée, exigeante et – oui – lumineuse. Parce que la mort n’a pas gagné tant qu’il reste de la vie.

 

Actes Sud, 21 août 2013, 224 pages, 20 €

 

Note d’intention de l’auteur :

« D’abord, il y eut cette rencontre, un jour de mars 2010 : un homme de soixante-cinq ans se tient là, devant moi, et se présente comme déporté politique à Ravensbrück. Outre que c’est un homme, et à l’époque j’ignorais l’existence d’un tout petit camp d’hommes non loin du Lager des femmes, il n’a surtout pas l’âge d’un déporté. La réponse est évidente : il y est né. La chambre des enfants, la Kinderzimmer, semble une anomalie spectaculaire dans le camp de femmes de Ravensbrück, qui fut un lieu de destruction, d’avilissement, de mort. Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. C’était un point de lumière dans les ténèbres, où la vie s’épuisait à son tour, le plus souvent, mais résistait un temps à sa façon, et se perpétuait : on y croyait, on croyait que c’était possible. Cette pouponnière affirmait radicalement que survivre, ce serait abolir la frontière entre le dedans et le dehors du camp. Envisager le camp comme un lieu de la vie ordinaire, être aveugle aux barbelés. Et donc, se laver, se coiffer, continuer à apprendre, à rire, à chanter, à se nourrir et même, à mettre au monde, à élever des enfants ; à faire comme si. J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. Ces femmes n’étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l’accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu’ils fassent eux aussi leur travail d’humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l’une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière.»

 

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Pourquoi écrivez-vous, Valentine Goby ?

 

 

Citations choisies :

 

« Le camp est un lieu qui n’a pas de nom. » (page 11) (un lieu d’avant la géographie, écrit Charlotte Delbo)

 

« L’Allemagne plutôt qu’une balle en plein cœur. » (page 16)

 

« Il n’y a rien au-delà de l’instant. » (page 25)

 

« Lire les numéros cousus sur les manches, se demander combien de semaines séparent ton corps du corps d’en face. » (page 41)

 

« Sous leurs coudes pliés, les prisonnières françaises encaissent les coups et achèvent la Marseillaise. De toute façon, qu’ont à perdre des condamnées à mort ? » (page 75)

 

« Des poils d’homme, émouvants à pleurer. » (page 76)

 

« Toute belle image est une souffrance. » (page 79)

 

« Etre vivant c’est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c’est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. Vivre c’est ne pas devancer la mort. » (page 86)

 

« Tous les jours tu fais ton choix : tu continues ou tu arrêtes. Tu vis, tu meurs. » (page 90)

 

« Le ventre un lieu que personne, ni autorité ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s’accaparer tant que Mila garde son secret. Elle y est seule, libre, sans comptes à rendre, on peut bien prendre sa gamelle, voler sa robe, la battre au sang, l’épuiser au travail, on peut la tuer d’une balle dans la nuque ou l’asphyxier au gaz dans un camp annexe, cet espace lui appartient sans partages jusqu’à l’accouchement, elle les as eus, les Boches ; plus qu’un enfant, c’est bien ça qu’elle possède : une zone inviolable, malgré eux. Et comme disait son père, qu’ils crèvent ces salauds. » (page 95)

 

« Quand la pluie tombe je jure que j’y pense. Je me demande de quelle eau vient la pluie, si c’est la mer qui s’est évaporée parce que la mer c’est un peu la Wisła et la Wisła c’est chez moi. » (page 97)

 

« Vivre est une œuvre collective. » (page 99)

 

« Dans l’intervalle mince qui sépare la veille du sommeil, Teresa et Mila se faufilent dans les rues de Paris, de Cracovie, de Mantes, à défaut d’avenir elles ont un passé, lointain comme une enfance, territoire qu’elles dessinent, peuplent l’une pour l’autre dans le noir, avant l’inconscience. » (page 104)

 

« Dans le camp on compte maintenant plus de quarante-cinq mille femmes, les visages et les voix familières sont toujours un miracle. » (page 123)

 

« Etre utile ça maintient en vie. » (page 126)

 

« Un jour il est tombé, comme un fruit pourri. Je ne voulais pas avoir d’enfant. Il a dû le sentir, que je n’étais pas une branche solide pour lui. » (page 130)

 

« Ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on. » (page 142)

 

« Personne n’a de rêve de rechange. » (page 152)

 

« A Ravensbrück l’Allemagne a droit de vie et de mort sur toutes choses. Et aussi, et contre ça tu ne peux pas lutter à coups de mitraille et de phosphore, il y a : la maladie, le froid coupant, la faim. Une guerre dans la guerre. » (page 156)

 

« Adèle meurt, et toutes celles qui n’ont pas de noms : l’Allemagne n’aura jamais perdu.

Qu’est-ce que ça veut dire, gagner ou perdre ? Teresa répondrait : tu perds seulement quand tu abandonnes. » (page 162)

 

« L’espace est un vertige. » (page 176)

 

« Tenir pour eux, par eux, puisque le champ de l’ignorance rétrécit chaque jour, on pourrait même imaginer se projeter au-delà du blanc, du numéro cousu sur la manche, dans un flou nouveau mais sans terreur. » (page 191)

 

« Quand tu ouvres à la mésange la porte de sa cage, est-ce qu’elle déploie ses ailes tout de suite ? » (page 198)

 

« Cette fin de guerre ressemble tant à la guerre. » (page 202)

 

« L’errance est un long coma, une absence à soi. » (page 203)

 

« L’ennemi, c’est le temps, c’est l’espace, l’autre nom du temps. » (page 204)

 

« Chaque forêt, chaque village, chaque fleuve traversé, chaque frontière franchie tandis que l’enfant respire est une bataille gagnée, une de plus. » (page 206)

 

« Elle sait qu’elle va porter Ravensbrück comme elle a porté son enfant : seule, et en secret. » (page 209)

 

« La vérité est un bloc. » (page 213)

 

« Il faudra écrire des romans pour revenir en arrière, avant les événements, au début de tout. […] Il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. » (pages 213-217)