Un hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel

Présentation de l’éditeur :

un hiver a parisJeune provincial, le narrateur débarque à la capitale pour faire ses années de classe préparatoire. Il y découvre une solitude nouvelle et un univers où la compétition est impitoyable… Confusion des sentiments, attirance pour la mort et pour la vie, succès gagné sur un malentendu, amertume et plaisir… On retrouve dans Un hiver à Paris tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel.

 

 

Victor, pas encore vingt ans, démarre sa deuxième année de classe préparatoire à Paris. Invisible, il se laisse porter et regarde la vie passer. Un jour, Mathieu saute, et l’ordre du monde s’en trouve bouleversé.

Pour Victor, le temps s’arrête alors que pour tant d’autres, la vie continue normalement.

Cependant que ne pas s’être tué ne signifie pas nécessairement rester vivant.

 

Mais Victor qui était transparent la première année, parce qu’il a vu la chute de Mathieu, parce qu’il lui avait déjà parlé, devient soudain l’objet de l’attention collective. Tout le monde s’intéresse à celui qui a connu le suicidé, qui était son ami. Peu importe que ce ne soit pas tout à fait exact : Victor ne parvient pas à refuser le beau rôle qui tout à coup s’offre lui, lui qui n’en cherchait ni n’en attendait aucun. Il choisit d’en profiter pour vivre enfin.

 

Jean-Philippe Blondel raconte les classes prépa, ces rites de dévalorisation qui perdurent chez les professeurs, tout comme les profils-type de certains élèves. Lui qui sait si bien saisir les instants minuscules, les silences et les attentes, lui qui met du Véronique Sanson dans ses romans, raconte aussi cette impression de décalage horaire quand l’étudiant revient en terres familiales et retrouve les camarades d’hier déjà entrés dans cette vie que l’on dit active.

 

Ce roman dit cet instant précis, précieux, où l’on découvre que l’on est un individu à part entière. Pas seulement un fils, une fille. Un individu à part entière. Apte à décider de la couleur à donner à son existence, et du chemin à prendre. Apte à désobéir, le cas échéant. Décevoir, si c’est nécessaire. Le poids et la culpabilité de la transgression sociale.

Etre adulte et vacciné ne suffit pas toujours pour être un individu à part entière.

 

Et si les meilleures décisions étaient celles qu’on prenait sur un coup de tête ?

Tandis que le père de Mathieu fait de Victor le suppléant du fils disparu, plane au-dessus de l’étudiant le fantasme de disparaître pour se réinventer une existence différente ailleurs. Certains l’ont fait, et il n’est jamais trop tard pour changer d’existence.

Il s’agit de penser au présent et pas seulement à l’avenir

 

Un hiver à Paris pose la question de sa place dans l’existence – celle qu’on se fait, éventuellement différente de celles que les autres envisagent pour soi. Il met des mots sur un rapport familial qui change, dépeint l’étudiant qui soudain a honte de ses parents, qui prend conscience de tout ce qui sépare les deux mondes – le sien et le leur -, du fossé qui se creuse irrémédiablement.

Les regrets des possibles sont lourds à porter. Et il y a mille façons de sauter par-dessus la rampe.

 

Ce roman doux-amer est aussi le portrait d’un jeune homme qui découvre son penchant pour le monde des vivants. Ecrire est le moyen qu’il a trouvé pour ne pas sauter. A chacun, à tout âge, d’inventer le sien.

 

Editions Buchet/Chastel, janvier 2015, 272 pages, 15 euros

 

 

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5 questions à Jean-Philippe Blondel

 

Instantanés :

 

« Nous sommes beaucoup plus résistants que nous ne le croyons. » (page 13)

 

« Vomir la jeunesse pour son inculture n’est qu’une ultime preuve de la détestation de soi. » (page 50)

 

« Au fond d’eux-mêmes, la sélection naturelle, ils y croyaient ; et ils étaient contents que quelqu’un d’autre se charge du sale boulot. » (page 53)

 

« Dehors, c’était jeudi. » (page 61)

 

« Je n’étais peut-être pas très sain, mais j’étais sauf. » (page 72)

 

« La vie d’un étudiant de classe préparatoire se résumait à une série d’anecdotes décalées. » (page 81)

 

« Je me suis entendu me taire. » (page 117)

 

« Un peu plus et je me serais cru vivant. » (page 143)

 

« Je ne pouvais pas changer d’existence. » (page 144)

 

« Est-ce qu’on pourrait passer une vie comme ça, à l’écart du monde, dans un no man’s land de confort et de chaleur, à regarder les autres s’échiner à trouver un sens à leur existence ? » (page 165)

 

« Les langues étrangères, vivantes ou mortes, apaisent la réalité. » (page 170)

 

« Parfois, on ne voit dans les promesses des autres que le chemin qu’on a fait soi-même. » (page 189)

 

« Mieux vaut devenir le maître des illusions que le jouet de ceux qui vous entourent. » (page 194)

 

« J’étais comme le milieu dont j’étais issu – populaire. » (page 200)

 

« Dans les familles où les sentiments s’expriment, les enfants doivent être moins enclins à escalader les rampes et à se jeter dans le vide. » (page 224)

 

« Vivant ou mort, cela ne faisait aucune différence. Alors autant vivre. » (page 226)

 

« Pourquoi se jeter dans la fiction quand on a la réalité en face de soi ? » (page 226)

 

« Le monde bouge imperceptiblement, la Terre tourne et ses habitants ne s’en rendent pas compte ; c’est la même chose, parfois, pour les êtres humains. » (page 251)

 

« Les Etats-Unis, ce pays où les couleurs sont si vives qu’elles délavent automatiquement les souvenirs européens. » (page 256)

 

« C’est le propre du roman d’amener le lecteur à renoncer au sommeil. » (page 261)

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Un tout petit rien, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

 

couv_anseaume_hd« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout petit rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

 

 

Ça n’était pas voulu, ça n’était pas prévu. Pourtant c’est là. Un clandestin. « Une tumeur », dit aussi Camille, la narratrice. Que faire ? Il n’y a pas trente-six solutions ; à vrai dire, il n’y en a même que deux. Or l’une la terrifie, et l’autre la panique.

 

D’après la loi, « la femme est seule juge de la situation de détresse » qui peut mener à la décision de l’IVG. La narratrice n’est pas certaine que cela l’arrange. Il n’y a rien de pire que d’avoir le choix. Elle voudrait pouvoir rompre avec ce qui grandit en elle comme on rompt avec un amant, et se prend à envier ceux qui sont contre l’avortement. Eux au moins n’ont pas à décider.

 

photo(2)Ce n’est pas le bon moment, se persuade Camille qui tente de réfléchir de façon pragmatique et se perd en tableaux comparatifs et autres rationalisations. « Noël en été ça n’a pas d’intérêt. » Mais qu’est, au fond, le « bon moment » pour avoir un enfant ? Existe-t-il seulement ?

 

La narratrice traverse comme elle peut « l’embargo des douze semaines », jalousant celles qui ont « le ventre plat et la vie devant elle ». Chez ses parents, son état est tabou – mais tout le monde s’affaire malgré tout pour prévoir les pyjamas nécessaires, tandis que Camille confie ses secrets d’adulte à sa chambre d’adolescente hélas sous dimensionnée pour les recevoir.

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Dans ce journal plein de tendresse et d’humour, Camille Anseaume dit les doutes, les refus, la colère et le bonheur qui accompagnent sa narratrice obligée de faire un choix lourd de conséquences. Elle raconte tout ce qui change, tout ce qui se rompt à jamais. C’est frais et juste, sincère et rythmé,drôle et imagé, et on s’attache très vite à cette pétillante narratrice pétrie de contradictions, petite sœur de Bridget Jones, héritière de valeurs judéo-chrétiennes ancestrales et fille de son époque.

 

Un très joli premier roman, et une belle promesse : car s’il est bien une naissance à laquelle on est certain d’assister dès le premier quart du livre, c’est celle d’un écrivain.

 

Éditions Kero, février 2014, 252 pages, 17 euros

 

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Échos :

 

rien« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. » (page 14)

 

« Les seules choses très graves, c’est celles sur lesquelles on ne peut plus agir. » (page 42)

 

« En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » (page 58)

 

« Je le connais comme si je l’avais aimé. » (page 105)

 

« Le monde est plus gai depuis qu’il te connaît. » (page 114)

 

« Je rattrape en quelques heures les mois d’amour que je te devais. » (page 115)

 

« Le bon moment n’est pas toujours celui qu’on croit. » (page 119)

 

« Tu es toujours mieux là que dans les couilles de ton père. » (page 150)

 

« Je suis devenue une chose divine, intouchable, une dépressive malgré elle, une malade imaginaire, une qu’on console, qu’on écoute et qu’on rassure, à qui on colle des pansements partout sur les mots. » (page 171)

 

« Ce qui est à la fois le plus beau et le plus fatigant quand on est enceinte et seule, c’est la conscience de la nécessité absolue de se souvenir pour deux. » (page 189)

 

« Tant d’amour qui se croise dans une si petite cage d’escalier, je n’aurais jamais pensé que ça pourrait rentrer. » (page 194)

 

« On ne peut avoir envie de fraises qu’avec quelqu’un près de soi pour nous les refuser ou aller les chercher. » (page 201)

Topologie de l’amour, Emmanuel Arnaud

Présentation de l’éditeur :

topologie-de-lamour-hd-300x460La mathématique, en particulier l’élégante topologie, peut-elle influencer toute une vie, un amour ? Comment Thomas Arville, la légende des prépas de Louis-le-Grand et de Normale sup, le successeur tout désigné de Cédric Villani, le futur lauréat de la médaille Fields, se retrouve-t-il à traîner sa peine comme prof de lycée dans une banlieue pourrie ?

Après être entré à l’École normale supérieure, au lieu de suivre la voie brillante toute tracée que lui permettait son génie des mathématiques, Arville est parti faire un stage au Japon. Là il a découvert l’amour d’Ayako, qui incarne la pureté qui le fascine tant et qu’il recherche avant tout dans le raisonnement mathématique.

Survient Fukushima. Impossible de laisser Ayako dont l’amour sans partage l’émeut. Il revient à Paris à la fin de son stage comme prévu, mais avec elle. Il doit donc chercher au plus vite un poste qui leur permette de vivre. Il finit épuisé dans un deux-pièces du xixe arrondissement, en butte au racisme ordinaire que subit sa femme qui ne parle pas français.

Dévoré par un quotidien harassant leur amour se défait. Sans relations sociales sa carrière scientifique avorte, tout rate.

Un roman dérangeant et brillant. Une vision lucide et désabusée de ce qui fait la réussite si on a les talents et les diplômes mais qu’on néglige les réseaux et les relations sociales. Une image troublante de la modernité.

« La topologie s’intéresse à des espaces, à des lieux, dans le sens le plus général du terme, et à leurs propriétés, quelles qu’elles soient. Elle permet de les classer, elle examine leurs déformations, selon telles et telles transformations, toutes plus formelles les unes que les autres. C’est une théorie très unificatrice, qui explique avec extrêmement peu d’axiomes un grand nombre de phénomènes. » (page 34)

Passionné de mathématiques, Thomas Arville exècre le calcul et vénère la topologie, cette forme de pureté qu’il décide d’étendre à son existence toute entière. En matière d’amour, il la rencontre en la personne d’Ayako, une Japonaise croisée dans un bus, une traduction des Illuminations de Rimbaud à la main, alors que lui est en stage au Japon. Comment renoncer à la pureté en amour quand la vie l’a placée sur son chemin ? La catastrophe de Fukushima le pousse à rentrer en France, mais il ne le fera qu’avec Ayako à son bras.

« Il avait transposé dans la vie réelle ce qu’il percevait en mathématiques. » (page 42)

De retour en France, le brillant Arville enseigne dans un collège de Goussainville et vit avec sa douce dans un logement social d’une cité du XIXème arrondissement où il ne fait pas bon sortir à la nuit tombée. Que reste-t-il dans tout cela de la pureté qui devait présider à l’existence de Thomas ? C’est dans le récit qu’il fait de son rapide parcours à Laurent Kropst, héros du précédent roman d’Emmanuel Arnaud qu’Arville croise au jardin du Luxembourg, que sa dégradation va éclater au grand jour. Et la dégradation enclenchée, par l’« effet de l’enchaînement mécanique des causes et des effets, lorsqu’ils ne sont contrés par aucune volonté un peu ferme », est-il possible d’éviter la chute ?

Dans ce bref roman, Emmanuel Arnaud interroge les choix qui se font pendant les études supérieures, dont dépend souvent toute la suite d’une existence, et questionne la façon dont on construit son ascension autant que sa chute sociale. Comment résiste-t-on contre ce que l’entourage attend de soi ? Qu’est-ce que la réussite ? Comment la société la mesure-t-elle ? A défaut de revenir en arrière, peut-on effacer un peu de son histoire et recommencer autrement ?

Un sujet tellement passionnant qu’on n’aurait pas détesté que lui soient accordées cent pages de plus.

Editions Métailié, septembre 2014, 140 pages, 15 € 

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