Célibataire longue durée, Véronique Poulain

Présentation de l’éditeur :

celibataire longue dureeÀ la veille de ses cinquante ans, Vanessa Poulemploi, la bien nommée, va devoir relever un triple défi : trouver du travail, un sens à sa vie et… se marier. Autant vous dire que ce n’est pas gagné.

 

Assistante personnelle, Vanessa Poulemploi, la quarantaine bien entamée, se retrouve au chômage. Mère célibataire et désireuse de se trouver un Jules, elle se dit que c’est Lire la suite

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Le bomeur, Nathanaël Rouas

Le bomeurPrésentation de l’éditeur :

« Quand Lola m’a ajouté sur Facebook, elle a checké mon profil.
En 586 photos, 320 statuts et 1780 friends, elle en a déduit que j’étais un connard.
Un connard prétentieux.
Pour mes 1780 friends, j’ai une vie cool. Ils ne me voient pas bader le dimanche soir, seul chez moi devant mon ordinateur, une rediffusion de « Zone interdite » en fond sonore, et mon paquet de clopes vides sur la table basse. Je ne vais pas poster de photos de mon rendez-vous Pôle emploi à 9h30 à Belleville en plein hiver et de mon arrivée en scoot sous la pluie.
En fait, j’ai un statut social virtuel cool.
Et un vrai statut social de merde. »

Un portrait romanesque des 20-35 ans, génération qui n’a connu que la crise, mais qui n’a pas renoncé pour autant à la désinvolture.

 

 

Le narrateur est chômeur. Comme trois millions de personnes. Mais avec des indemnités supérieures à ce que gagnent 80% des Français qui travaillent. Du temps et de l’argent, donc. De quoi mener la belle vie. A condition de savoir s’occuper.

 

Et c’est bien là le problème. Notre bobo chômeur se connecte 4h52 par jour sur Facebook et enchaîne les apéros. Avant Pôle Emploi, il officiait dans la pub. Alors avec/devant les potes, les idées de projets fusent – mais pour les mettre en œuvre, on verra plus tard. Après sa soirée avec Anouk, par exemple. Qui lui plaît vraiment. Mais qu’il ne fait pas tellement rêver. Qui un bomeur peut-il faire rêver, en réalité ?

 

Quand on est au chômage plus que dans n’importe quel autre cas de figure, on sait ce qu’on a été mais pas ce qu’on va devenir. Comment exister aux yeux de l’autre quand on ne parvient plus à le faire aux siens ? Comment avoir le sursaut salvateur quand la confiance en soi est sacrément entamée ?

 

Sur un ton ultra léger, dans une langue plus orale qu’écrite, et avec des hein qui scandent un récit au rythme déjà rapide, Nathanaël Rouas pointe des situations absurdes qu’il saupoudre de réflexions bien senties sur ce que l’on peut et veut faire de sa vie. Ce livre, son premier et – est-il promis – aussi son dernier, dédramatise le chômage tout en incitant à donner quelques bons coups de pied au c*l. C’est drôle, et ça a aussi le mérite de rappeler qu’entre le chômage et le salariat, les alternatives existent. Un instantané de société et évidemment pas un objet à considérer sur le plan littéraire.

 

Même que le bomeur a un blog.

 

Robert Laffont, mars 2014, 264 pages, 18,50 euros

 

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Flashs :

 

« A Paris, c’est comme ça que ça se passe. Si t’es rentré dans le bon cercle, t’as accès à tout. » (page 14)

 

« Si on a confiance en moi, alors j’ai confiance en moi. Et je deviens un tueur. » (page 17)

 

« On ne se rend jamais compte de l’attachement des gens à leur job. » (page 35)

 

« Le dimanche soir, c’est pas un soir à plan cul. Le dimanche soir, c’est trop personnel. » (page 45)

 

« Une fille mignonne, faut toujours lui montrer que tu t’en bats les couilles d’elle pour qu’elle se mette à faire attention à toi. Sinon, t’es juste un chien de plus dans la meute. » (page 47)

 

« Pôle emploi devrait financer mes tickets resto, bah ouais, c’est comme ça que j’entretiens mon réseau. » (page 60)

 

« Tout est toujours plus beau quand c’est de l’imprévu. » (page 64)

 

« Rendre cool le fait d’être au chômage, c’est ça être un bomeur.

En fait, c’est surtout réussir à faire croire à l’autre que c’est cool d’être au chômage. » (page 81)

 

« Quand on ne connaît pas le chômage, on en a peur. » (page 109)

 

« Mon problème, c’est que je veux tout donner direct par peur qu’elle me donne rien. » (page 132)

 

« Je suis la flemme poussée à son paroxysme. » (page 137)

 

« J’ai toujours pensé qu’on a les amis qu’on mérite. Quand je vois les miens, je me dis que je suis un mec bien. » (page 145)

 

« Dans ma vie professionnelle, j’avais toujours une date butoir. Maintenant, je n’ai aucun dernier moment. » (page 157)

 

« J’ai toujours pensé que la créativité n’était pas réservée aux créatifs. Tout le monde peut avoir la bonne idée au bon moment. » (page 165)

 

« Quand quelqu’un de proche réussit, ça donne l’impression que nous aussi nous aurions pu réussir. Alors que ça n’a aucun lien. » (page 167)

 

« Peu de gens sont vraiment heureux pour le succès de leurs proches. Justement parce que ça les renvoie à leur condition personnelle. » (page 167)

 

« L’actualisation Pôle Emploi, c’est les cinq clics les plus chers du web. » (page 170)

 

« J’arrive à me faire virer de Pôle Emploi. C’est dur quand même de se faire virer d’un truc pour des gens qui n’ont pas de travail. C’est surréaliste comme situation. » (page 175)

 

« Quand tu n’as aucune raison de te lever, tu ne te lèves pas. » (page 218)

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas

Ouistreham

« La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J’ai décidé de partir dans une ville française où je n’ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail… J’ai loué une chambre meublée.

Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j’avais trop à faire là-bas. J’ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n’ai plus quitté mes lunettes. Je n’ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m’arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c’est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.

J’ai gardé ma chambre meublée. J’y suis retournée cet hiver écrire ce livre. »

Extrait de l’avant-propos

 

 

On pourra trouver la démarche discutable : se mêler aux petites gflorence-aubenas-cv_1267194180ens alors qu’on ne manque ni de ressources financières ni de travail. Cette démarche, pourtant, était sans doute la seule qui permettait d’obtenir un reportage de cette densité, de cette longueur et de cette justesse. Sans parler du travail qu’il a fallu réellement fournir, des semaines durant, et des humiliations, qui sont le lot de ces travailleurs précaires et dont l’auteur a eu sa part.

 

Le constat est implacable, le récit édifiant. Les aberrations imposées par le statut de demandeur d’emploi et les contradictions internes à Pôle Emploi sont consternantes.

 

On plonge en apnée, tristement fasciné, dans le monde des techniciens de surface de la région caennaise ; on monte à bord des bateaux qui s’arrêtent sur le quai de Ouistreham, pris d’une nausée qui n’a rien à voir avec le mal de mer. On tourne les pages tenu en haleine par le suspens dans lequel sont figées ces vies croisées.

 

Florence Aubenas s’en tient cependant au reportage, laissant le lecteur juger. Donner à voir plutôt que condamner. C’est ce qui fait la force de son ouvrage, ce qui explique son succès et ses nombreux prix sans doute, quoi que le livre ne contienne aucune raison de se réjouir.

 

Le quai de Ouistreham est paru en 2010. Il semble que rien n’ait changé depuis.

 

 

Points 2011 (et L’Olivier 2010), 240 pages, 6,50 euros

 

 

Trois citations :

 

« Mes relations de travail consistent, pour l’essentiel, à me faire oublier, tout en sachant doser les situations qui nécessitent de se faire totalement oublier et celles où il faut juste se faire un peu oublier » (page 137)

 

« Je me suis mise à calculer mes heures de sommeil avec autant de minutie que mes heures de travail. Je reviens du ferry à 23h30, je me lève à 4h30, pour le premier ménage. Dormir est devenue une obsession. » (page 173)

 

« Il paraît qu’en 2013, après l’élection présidentielle, Pôle Emploi pourrait à son tour faire l’objet d’un plan social et se mettre à licencier. » (page 230)