Sélection été 2016

lire chapeauCe rendez-vous est désormais récurrent : deux fois par an, avant Noël et avant les vacances d’été, je rassemble selon un ordre très personnel des ouvrages présentés sur mon blog au cours du semestre écoulé, et à côté desquels je considère qu’il serait dommage de passer.

Voici donc ma sélection de 13 livres à glisser dans vos bagages, quelle que soit la destination – que du bon, pour plonger dans le bleu.

 

les-mijaurc3a9esICI

Les mijaurées, Elsa Flageul

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel

Les échoués, Pascal Manoukian

Venus d’ailleurs, Paola Pigani

 

 

eldoradoAILLEURS

Eldorado, Laurent Gaudé

J’ai toujours ton cœur avec moi, Soffía Bjarnadóttir

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

L’Arabe du futur 2, Riad Sattouf

 

 

A L’INTÉRIEUR

le-choeur-des-femmes-folioLe chœur des femmes, Martin Winckler

Bellevue, Claire Berest

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, Éloïse Lièvre

Barbe rose, Mathieu Simonet

La vacation, Martin Winckler

 

Bonnes lectures, bonnes vacances !

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Bellevue, Claire Berest

Présentation de l’éditeur :

BellevueAlma se réveille à quatre heures du matin. Dans un hôpital psychiatrique.

Deux jours plus tôt, elle fêtait ses trente ans. Écrivain prometteur, Alma est une jeune Parisienne ambitieuse qui vit avec Paul depuis plusieurs années ; tout lui sourit. Et, d’un coup, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices.

Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?

 

Il y a la rencontre entre Alma, jeune femme malheureuse dans un couple dont elle n’arrive pas à sortir, qui se raccroche à sa mythologie – ce n’est pas suffisant – et l’écrivain Thomas B., animal « nourri malgré lui par sa notoriété ». Il y a l’alcool pour horizon, et Alma qui n’est plus Lire la suite

14 livres pour Noël

2 sapins à livresPour Noël 2014, voici une sélection de 14 livres avec, pour chacun d’eux, une bonne raison de l’offrir plutôt qu’autre chose (au-delà du principe de base selon lequel le livre reste le cadeau le plus personnel, le plus intentionné, le moins démodable – bref, le meilleur cadeau au monde, quelles que soient les circonstances).

 

Pour accéder au billet sur chaque livre, cliquez sur son titre.

 

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L’Amour et les forêts, Eric Reinhardt

Parce que les romans dont on ne sort pas indemne sont rares et que celui-ci en fait partie.

Sous les couvertures, Bertrand Guillot

Parce que ce livre contient peut-être tous les romans de la rentrée dont on peut se dispenser.

 

Les hommes meurent les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles

Parce que ce roman choral est une invitation réussie à penser autrement le corps et à replacer l’amour au centre de l’existence.

 

Fake, Giulio Minghini

Parce que ce premier roman, qui sonne le glas de l’implication amoureuse et l’entrée dans l’ère du plaisir solitaire à deux, est tristement contemporain.

 

Mange, prie, aime, Elizabeth Gilbert

Parce que rien ne compte plus que ces trois choses (ordre à discrétion) et que ce récit peut parler à tous ceux qui sont, ne serait-ce qu’un peu, engagés sur le chemin de la quête intérieure.

 

Ferdinand et les iconoclastes, Valérie Tong Cuong

Parce que ce fascinant portrait d » « inadaptés », cette plongée vertigineuse dans l’univers du marketing pose des questions fortes et essentielles.

 

Génération X, Douglas Coupland

Parce qu’il y a du génie dans la très grande lucidité que Douglas Coupland prête à ses personnages qui ne se reconnaissent ni ne se retrouvent dans rien de ce que le monde leur propose.

 

Enfants perdus, Claire Berest

Parce qu’il est nécessaire de se demander ce que l’on fait de nos jeunes, et si le pire n’est pas encore à venir.

 

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Maus, Art Spiegelman

Parce qu’il n’y a pas un livre de trop sur l’holocauste et que cet album incomparable interroge en particulier la notion de « survivre aux camps ».

Homme/femme mode d’emploi, Yang Liu

Parce que cet imagier du sexisme ordinaire prête à sourire, à rire, à réfléchir, à se révolter.

 

Y comme Romy, Myriam Levain & Julia Tissier

Parce que c’est drôle et moins léger que les illustrations colorées de Louison ne le laissent supposer de loin. Et que Romy, c’est presque nous.

 

Cet été-là, Jillian Tamaki & Mariko Tamaki

Parce que ce roman graphique réveille chez le lecteur les parfums et les souvenirs de ses propres vacances adolescentes.

 

Autour de moi, Nathalie Seroux

Parce que cet imaginer pas comme les autres prouve qu’il n’est jamais trop pour habituer les enfants à la réalité plutôt qu’à sa retranscription/transformation/édulcoration.

 

Surfing, Jim Heimann

Parce que ce bel objet, presque aussi lourd qu’une planche, donne envie de plonger… et aide à traverser l’hiver.

 

 

Noel-orPour la veillée de Noël, ajoutez les incroyables contes d’Hans Christian Andersen ou ceux, non moins formidables, de la rue Broca (signés Pierre Gripari).

Pour les non-lecteurs (mais pas que), jetez donc un œil aux kits grigris doudous de Markus14

Et si Noël n’est pas votre truc, pensez Tronchet et Houppeland !

Pourquoi écrivez-vous, Claire Berest ?

Claire BEREST

Claire BEREST à Paris le 26 mars 2013

Claire Berest est née en 1982. Elle est l’auteur de deux romans, Mikado (2011) et L’Orchestre vide (2012), et de deux essais, La Lutte des classes. Pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale (2012) et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs (2014).

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 Photo (c) Philippe Matsas

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je réalise, depuis que Sophie Adriansen m’a posé cette question pour son blog, que je ne sais pas depuis quand je ne me la suis plus posée. Peut-être jamais ? Peut-être me l’étais-je posée des milliers de fois mais avant d’avoir publié mon premier livre ? Peut-être qu’après avoir publié un livre puis plusieurs, j’ai cessé de m’arrêter sur cette question, dans l’urgence de produire, de remplir l’espace tant attendu, celui où j’avais le droit d’écrire, la possibilité, l’opportunité, et puis un devoir, que je décidais, envers moi-même. Et alors j’ai oublié que je me l’étais déjà posée.

BerestIl n’y a pas de réponse adéquate, car il n’y a pas de décision raisonnable d’écrire.

J’ai un souvenir d’enfance extrêmement précis. J’étais à l’école primaire, je devais avoir autour de huit ans. Nous avions pris une habitude avec quelques camarades durant les mois de l’année où il faisait très froid. Il y avait dans la cour de cette école de petits renfoncements qui abritaient les portes ouvrant sur la cour carrée de récréation, à l’image d’un grand patio. Cela formait de petites niches, où quatre petites filles pouvaient se lover parfaitement coude à coude, pour bloquer le froid. Nous organisions ces nichées animales à chaque récréation, les corps serrés les unes contre les autres, les jambes entremêlées, formant probablement un gentil petit paquet d’enfants, et alors je leur racontais une histoire.

Toujours la même, sous forme de feuilleton, il y avait des personnages principaux, d’autres secondaires – c’était probablement des enfants ? On parle toujours de soi – je ne sais plus, ils étaient dans une vieille maison perdue je crois, et ils leur arrivaient toutes sortes de péripéties, d’aventures. Ce dont je me rappelle avec acuité, c’est que cela faisait peur, c’était assez terrible, et j’organisais systématiquement un climax, un cliffhanger avant que la cloche ne sonne : une porte qui s’ouvre, une trappe qui se révèle, un ennemi qui se dessine. Nous retournions en classe. Puis nous reprenions, à la récréation suivante, ainsi pendant des mois. La même histoire, jamais interrompue. Une petite routine qui nous tenait chaud.

Ce que je sais avec clarté, c’est que je ne préparais rien, je n’y pensais pas, en dehors de ces récréations, cela cessait d’exister. Alors l’histoire naissait au rythme de mes paroles, et des réactions immédiates de mon public.

En repensant du haut de ma trentaine passée à la petite fille que j’étais alors, j’admire son absence d’angoisse.

C’était dénué de calcul, de stratégie, de préparatifs. C’était évident. Je ne sais plus comment cela avait commencé, j’étais devenue une raconteuse d’histoires pour faire passer l’hiver. Et quand mes jeunes amies me demandaient : « Mais tu connais la suite ?! », je répondais, mystérieuse : « Bien sûr, vous verrez. » Et j’avais conscience nettement que, bien que ne connaissant pas la suite, puisque créant cette histoire à chaque fois dans l’instant, je devais garder cette ficelle pour moi, je leur devais cette illusion, car la magie résidait précisément à cet endroit là.

Ce que je ressentais dans ces moments où je tenais mon audience, où je laissais vivre une histoire qui s’échappait de moi, histoire qui m’apparaissait tout aussi réelle et tout aussi valable que la réalité, c’était d’être à un endroit juste, où j’étais bien et où j’étais au chaud.

Voilà peut-être pourquoi j’écris.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Le premier conseil serait : Mais fais-le donc !

Le deuxième conseil plus pragmatique serait le suivant :

Accepte tranquillement et par avance que tu vas écrire cinquante pages, et qu’en les relisant, quarante-neuf trois quarts seront mauvaises, clichées, à côté de la plaque, ennuyeuses, immatures, trop influencées par tes modèles, ridicules, pathétiques, voire grotesques…

Accepte de tout couper et de tout recommencer.

Accepte que les quelques lignes gardées, échappées de la guillotine, donnent un délicieux sens à ta vie.

Accepte que tu ne pourras pas répondre à la question « Pourquoi écris-tu ? ».

 

 

 

Précédent rendez-vous : Olivier Steiner

Prochain rendez-vous : …

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A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs

La lutte des classes

L’orchestre vide

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Enfants perdus, Claire Berest

enfants-perdus-enquete-a-brigade-mineurs-1493170-616x0Présentation de l’éditeur :

Claire Berest a suivi pendant des mois le travail des policiers de la brigade des mineurs de Paris. En immersion, à travers de longs entretiens, elle est partie à la découverte de leur métier, de cette mission unique qui fait d’eux les témoins privilégiés de la vie des adolescents d’aujourd’hui, de ce qu’ils subissent et font subir.

Une évidence s’est imposée à elle en écoutant leurs histoires : de plus en plus de jeunes sont, toujours plus tôt, emportés dans une dérive où la violence tient lieu de lien social, où la pornographie remplace la sexualité, balayant au passage tous les acquis du féminisme. À ces enfants perdus, rien ne semble plus permettre de se construire, de se projeter dans l’avenir.

Pour comprendre ce phénomène, elle a poursuivi son enquête auprès de magistrats, d’enseignants, d’un homme politique, d’un pédopsychiatre. À tous elle a posé la même question : qu’est-il en train de se passer dans la jeunesse française ?

Les réponses pourront effrayer. Mais on ne pourra plus dire, après avoir lu Claire Berest, qu’on ne savait pas.

 

Ceux que Claire Berest nomme les « enfants perdus », ce sont « nos adolescents égarés ou blessés par d’autres, par les institutions, par eux-mêmes. Et d’abord, peut-être, par notre époque. » Des enfants « qui se perdent en étant trop pressés de grandir. »

L’adolescence est cet âge passionnant « où il y a en même temps un risque d’aller très mal et des chances d’aller très bien. », selon la formule qu’emploie un pédopsychiatre. A l’adolescence en 2014, on est connecté en permanence et on envoie en moyenne 84 SMS par jour. Ainsi c’est une « jeunesse surexposée » dans une société où se mettre en scène a pris le pas sur vivre que Claire Berest donne à voir dans cette enquête à la brigade des mineurs. Ce qu’on expose d’abord, dans une schizophrénie de plus en plus fréquente, c’est son enveloppe. L’acte sexuel est banalisé, les corps sont consommés. A la brigade des mineurs, toutes les affaires touchant à la sexualité sont liées aux réseaux sociaux d’une manière ou d’une autre.

 

« Peut-être faut-il, pour essayer de saisir tout ce qui, chez ces adolescents, nous échappe, aller interroger leur réalité là où la rupture est la plus brutale, dans l’espace où elle s’exprime avec le plus de violence – la brigade des mineurs. » (page 25)

 

Claire Berest a pénétré un univers peu connu avant que le film Polisse ne le mette en lumière. Ce sont des enquêteurs qui passent davantage de temps avec les enfants des autres qu’avec les leurs, au sein d’une brigade qui joue aussi les standards téléphoniques sur l’enfance et l’adolescence.

En œuvrant pour le progrès, l’on court à notre perte. Internet est une avancée mais il concourt aussi, dans certains cas, à faire reculer la civilisation. A empoisonner les rapports réels. On recense de plus en plus de cas de suicides liés à la cyberintimidation.

Et les jeunes inculpés, eux préfèrent les semaines de prison aux heures de travaux d’intérêt général. En prison au moins, la paresse est autorisée.

 

Dans cette enquête, l’auteur s’implique. C’est aussi ce qui fait la force de son livre. Elle est un personnage à part entière. Des difficultés apparaissent sur le chemin de l’écriture de ce livre « conçu comme un exercice de lucidité sur des réalités habituellement masquées ». Des difficultés logistiques – les rendez-vous avec les enquêteurs de nuit annulés au dernier moment car il y a une urgence à gérer – mais pas seulement.

« Ecrire ce livre devient une gageure un peu vertigineuse. Je malmène mes propres tabous pour dévoiler un dévoilement qui me répugne. » (page 73)

« La vérité que je suis venue chercher s’est révélée plus brutale encore que ce dont j’avais l’intuition, et cette enquête née d’une colère n’aura fait que l’amplifier. » (page 86)

 

L’on suit, tristement fasciné, les pérégrinations de l’écrivain qui se perd en rencontrant, directement ou indirectement, tous ces enfants perdus.

Et l’on se demande ce que l’on fait de nos jeunes, et si le pire n’est pas encore à venir.

Un ouvrage nécessaire, au style très personnel, dont on ne sort pas indemne.

 

 

Editions Plein jour, janvier 2014, 192 pages, 18 euros

 

A lire aussi sur Sophielit :

La lutte des classes

L’orchestre vide

 

Phrases choisies :

 

« A la brigade des mineurs, il y a toujours de la lumière. » (page 33)

 

« On sait que l’on est au bon endroit quand on est dépassé par son objet de recherches. Débordé. » (page 43)

 

« A force de nier le réel, il va nous exploser au visage. » Un enquêteur (page 58)

 

« La droite va privilégier l’efficacité, la gauche la justice, et à chaque fois au détriment de l’autre exigence. » (page 92)

 

« Ce qui n’a pas encore été scientifiquement étudié peut cependant exister, et que vaut une pensée qui refuse le réel ? » (page 101)

 

« A 14 ans, on tombe en amitié aveuglément, absolument, avec la très vague conscience que certaines de ces amitiés naissantes vous suivront peut-être toute votre vie. » (page 127)

 

« Des copains morts avant 20 ans, qui resteront éternellement adolescents. » (page 128)

 

« La jeunesse est une permanence. » (page 129)

 

« Internet échappe à toute maîtrise, telle est son effrayante beauté. » (page 133)

 

« L’écran permet de se libérer de la normalité éthique et sociale. » (page 139)

 

« Le féminisme est un combat toujours recommencé. » (page 149)

La lutte des classes, Claire Berest

La lutte des classes est sous-titrée « Pourquoi j’ai démissionné de l’Education nationale ».

C’est un petit livre en deux parties, vif et percutant.

Dans la première partie, Claire Berest, qui a démissionné après une année de stage et cinq semaines en tant que titulaire, raconte ses désillusions et son combat quotidien pour faire cours dans le collège de ZEP où elle a été affectée. Morceaux choisis.

 

« J’essayais chaque matin d’être en avance, non par patriotisme scolaire, mais pour me laisser le temps de revêtir l’armure psychologique indispensable, aménager le délai nécessaire pour trouver du courage voire un peu d’allant.

Je vivais un paradoxe intéressant : la terreur et le soulagement. Lire la suite

L’orchestre vide, Claire Berest

 « Il m’avait rencontrée, et nous sentions tous les deux que cela était irrémédiable. » (page 28)

Au hasard d’un festival, Alma fait la connaissance de John, leader d’un groupe de rock. Il lui demande de le suivre et, sans trop savoir pourquoi, comme par défaut – ou défi ? – elle accepte. Cela implique de s’envoler pour l’autre côté de l’Atlantique, et de vivre par, pour, dans la musique.

« La musique devint les jours, la conversation, le repos, l’angoisse. » (page 82)

 

Vivre sur la route, aussi. Car après le studio, la vie se résume à la tournée. Et le confinement, la proximité extrême se meut en road-trip, transit permanent.

« La route est belle, mais le fait de n’habiter nulle part pose la question de l’existence elle-même. » (page 140) Lire la suite