Le cosmonaute, Philippe Jaenada

Présentation de l’éditeur :

philippe-jaenada-le-cosmonaute-9782757825518Nous vivions quelque chose d’extraordinaire. Nous nous aimions. Et puis Pimprenelle, si imprévisible, si aérienne, est devenue obsessionnelle et jalouse. Heureusement, j’ai adopté une méthode pour affronter la vie en toute sérénité : celle du chameau sauvage d’Australie. Lors des duels, il décide lui-même s’il a gagné ou non, et il se couche sur le flanc, sans se soucier de son adversaire.

 

Hector, le narrateur, a trouvé la femme de sa vie. Après deux ans d’amour, la dénommée Pimprenelle est enceinte, et bientôt Oscar agrandit le cercle. Dès lors, rien ne va plus pour Hector. Sa dulcinée, sa princesse rencontrée dans une forêt d’Allemagne, le transporte « dans une prison qu’elle a construite elle-même et dont elle a établi toutes les lois ». Voilà désormais ce qu’est le couple Lire la suite

Le sanglier, Myriam Chirousse

Présentation de l’éditeur :

Le sanglier« Ils se taisent. L’habitacle de la voiture se remplit d’un grésillement presque inaudible de grognements muselés, semblable au bruit blanc exaspérant des acouphènes. Il regarde droit à travers le pare-brise et elle sur le côté, par la vitre. Ils sont encore dans le parking, à attendre que la voiture de devant s’engage dans le rond-point. La circulation est dense, c’est samedi matin. »

Christian et Carole vivent dans une vieille bicoque délabrée et isolée. Une fois par mois, ces néo-ruraux, vivant « loin de tout » sur le Plateau, prennent la voiture pour faire leurs courses dans la zone commerciale la plus proche. À partir de rien, ce jour-là, tout part de travers.

Vingt-quatre heures dans la vie d’un couple.

Ce couple, c’est Christian, qui « préfère la compagnie des arbres à celle des humains », et Carole, spécialiste des choix par défaut. Ce samedi-là, comme d’habitude, Christian et Carole montent en voiture et prennent la direction du centre commercial. Mais rien Lire la suite

Le Syndrome de la vitre étoilée

Le Syndrome de la vitre étoilée« – Alors, cette soirée ?

Je n’ose pas regarder Guillaume.
– Maeva est enceinte.

Mon ventre à moi n’est gonflé que de bière. Fausse, de surcroît. »

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre.

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Où je suis, Valérie Tong Cuong

Présentation de l’éditeur :

Ou je suisAgnès est une chasseresse. Séductrice avisée, elle appâte, piège, capture, vampirise, puis prépare le sacrifice : « C’est aujourd’hui qu’on tue le cochon ». Elle n’a qu’une seule idée : faire payer aux hommes l’obscur drame qui a refroidi son âme quinze ans auparavant.

Seulement voilà, c’est elle qui succombe. Juste. Ce prénom raisonne en elle comme une promesse. Et Agnès se met à croire qu’elle peut renaître à la vie…

 

 

La vie d’Agnès, c est d’être invisible la plupart du temps, et de se faire remarquer quand elle le décide. Mais la rencontre avec Juste a modifié les règles. Durablement ? Définitivement ? Agnès aurait-elle enfin trouvé chaussure à son pied ? Lire la suite

Vertiges, Lionel Duroy

VertigesJ’ai dit sur My Boox tout le bien que je pensais du roman de Lionel Duroy paru le 22 août dernier (Julliard, 480 pages, 21 € – voir aussi la présentation sur le site de l’éditeur).

Pendant sa lecture, j’ai relevé des petites phrases ou des extraits plus longs en quantité. Parce que Lionel Duroy, qui « passe son temps à se décortiquer » comme il l’écrit, réussit par les mots à s’approcher au plus près de l’indicible.

Ci-dessous, un florilège de ces morceaux choisis.

 

 

 

« Est-ce qu’une femme, croisant un homme, peut être soudain traversée d’un tel pressentiment – celui-ci est l’homme de ma vie ? » (page 35)

 

« Cécile n’avait pas le pouvoir d’effacer le mal que m’avait fait notre mère, mais elle avait celui de me distraire d’elle, de m’emmener de l’autre côté du mur, dans une vie que je ne soupçonnais pas. » (page 69)

 

« Nous nous engageons poussés par des sentiments confus et indicibles, et donc inévitablement sur des malentendus. » (page 69)

 

« Tout le monde n’a pas la chance d’être orpheline. » (page 91)

 

« Je suis un homme en morceaux, mais c’est un secret que je ne livrerais pour rien au monde car je suis bien conscient qu’il en va de ma survie. Quelle femme voudrait d’un homme en morceaux ? » (page 96)

 

« Ce qui m’est le plus précieux dans notre histoire, c’est l’amour et l’intérêt que tu me portes. Je me sens si petite, si misérable quand tu n’es pas là. » (page 97)

 

« Je reste, comme si quelqu’un en moi se souvenait que mieux vaut être transparent dans le regard de la femme de la maison qu’abandonné et perdu. » (page 105)

 

« Est-ce que ce n’est pas ça le courage – aller au-devant des choses et les observer, puis les mettre en mots, jusqu’à ce qu’elles existent en nous et cessent de nous atteindre ? Ne pas les fuir, les mettre en mots. » (page 141)

 

« Comment ai-je pu perdre Cécile, ne pas trouver les mots pour construire une maison indestructible autour de nous ? Les mots, je les trouvais après, quand tout était fini, et alors j’en faisais des livres et des livres. » (pages 163-164)

 

« Elle contient en elle les promesses d’un bonheur trop immense pour être simplement envisagé, et en même temps jamais je n’ai haï une femme comme je la hais, à part peut-être notre mère. » (page 185)

 

« – Tu n’as pas voulu reconstruire ta vie avec moi simplement par ce que tu m’as trouvée jolie dans le contre-jour d’un matin de septembre.

– Non, bien sûr. Il me faudrait tout un livre pour expliciter le reste. » (page 197)

 

« C’est rarement léger de vivre avec Augustin, l’avais-je entendue expliquer. Il souffre, et il veut comprendre pourquoi il souffre, si bien que de livre en livre il tente de remonter à l’origine des choses, son enfance, sa mère, ses frères et sœurs, ses ruptures… Il n’en a jamais fini, inlassablement il fouille. C’est assez lourd, oui. En même temps, je crois qu’écrire le maintient dans la vraie vie. Peut-être que s’il cessait d’écrire il partirait je ne sais où, dans un autre monde, dans la folie peut-être, je ne sais pas. Et disant cela, elle avait eu un mouvement du bras en direction du ciel, comme si j’avais pu m’envoler d’un moment à l’autre si par hasard j’avais arrêté d’écrire, et ne plus jamais redescendre parmi les hommes. Disparaître en somme. » (page 205)

 

« Il arrivait un jour où l’un des protagonistes, se sentant mourir sous le poids du ressentiment, se levait et disait tout haut ce que chacun savait mais ne voulait pas entendre. C’est ce que j’avais fait avec mon autobiographie, dans un réflexe de survie, ne mesurant pas la haine que je susciterais en retour ni les ruptures qui en découleraient, et leurs conséquences, comme des maladies incurables avec lesquelles il faudrait composer. » (page 220)

 

« J’ai tant de livres à écrire, tant de livres en retard. Mais parfois aussi je suis rattrapé par le désespoir, le sentiment de mon impuissance à vaincre le chaos par des mots, par des livres et, dans ces moments fugitifs, l’idée que je pourrais être tué m’apparaît comme une libération. » (page 222)

 

« Nous, notre famille, nous ne sommes pas des gens normaux, nous vivons dans la guerre tandis que le monde autour de nous est en paix. […] Tout cela pour dire qu’à dix ou douze ans, mon rêve le plus captivant, celui dont je me repassais le film au moment de m’endormir, était d’imaginer que la guerre allait enfin s’abattre sur la France et qu’ainsi nous ne serions plus les seuls à en supporter tout le poids. » (pages 224-225)

 

« J’ai mis des années à me débarrasser d’eux, je suis encore très loin d’avoir exprimé tout le mal qu’ils nous ont fait, et aujourd’hui j’irais plomber notre petite fille avec ce couple effrayant ? » (page 238)

 

« Les arbres du jardin sont comme nous, les humains, après l’amour, ils sont las et sans force, laissant pendre leurs longs bras, et ils semblent sourire malicieusement de tout le plaisir qu’ils viennent de prendre. » (page 265)

 

« Esther à qui j’offre un sac de voyage pour son anniversaire et qui me demande du regard, dès que la vendeuse a le dos tourné, si elle peut en voler un autre, pourquoi volerais-tu un sac, ma chérie, puisque nous avons les moyens de l’acheter ?

– Mais parce que je n’ai jamais cessé d’être la petite voyou que j’étais à treize ans, aurait-elle pu me répondre et je l’aurais aussitôt prise dans mes bras. » (page 266)

 

« Roubaix, la seule ville de France à offrir le visage de la guerre au milieu de la décennie 1990. » (page 266)

 

« J’ai besoin d’écrire sur ce qu’il y a d’infiniment douloureux dans une disparition, l’interruption, sans que rien ne soit formulé, de désirs et de sentiments qu’on imaginait éternels dans notre bêtise, ou notre ingénuité. Bien sûr, il y a la souffrance de ne plus pouvoir se toucher, de ne plus pouvoir s’embrasser ni faire l’amour, mais le plus cruel, le plus mystérieux aussi, c’est le basculement du souci permanent qu’on avait de l’autre dans un vide abyssal où l’on doit s’accoutumer à ne même plus savoir s’il est vivant ou mort. Huit jours plus tôt, on tremblait si l’autre avait une heure de retard en regardant par la fenêtre la pluie qui tombait dans le crépuscule hivernal, pourvu qu’il n’ait pas eu un accident, et maintenant on doit continuer de vivre, de manger et de dormir sans rien savoir de ce qu’il traverse. Est-ce que ça n’est pas la chose la plus stupéfiante qui soit ? Celle qui nous renvoie le mieux l’image de notre insignifiance, de la précarité de nos attachements, et sur laquelle nous n’aurons jamais fini d’écrire ? » (page 267)

 

« La mort nous humilie sans cesse – avant de nous anéantir, elle nous prend tout ce que nous avons vécu au fur et à mesure que nous avançons et je ne connais qu’un moyen de lui tenir tête, c’est de mettre en mots ce qu’elle nous vole car elle est impuissante face aux livres. » (page 268)

 

« On ne se refait pas du jour au lendemain, mais aujourd’hui je sais qu’à force d’autodiscipline et de volonté on parvient à corriger sa nature, à étouffer des mouvements de rejet, ou de colère, sur lesquels on s’appuyait autrefois pour garantir son intégrité, jusqu’à devenir petit à petit un homme de compromis. » (page 273)

 

« Ce n’est qu’en écrivant que j’en viendrai à me demander : mais pourquoi est-ce que je ne me suis jamais laissé aller dans ses bras, comme si la tendresse immense qu’elle avait au début représentait une menace ? » (page 274)

 

« Je ne veux pas lui dire combien je suis fatigué de moi, de mes livres qui tournent toujours autour du même désastre, et combien mettre en mots la vie des autres me fait du bien. J’ai soudain le sentiment d’être accueilli comme un on docteur, un homme capable d’apaiser les tourments en leur donnant du sens, d’apporter la sérénité à mon interlocuteur (que je suis tenté d’appeler mon patient), moi qui suis complètement détruit à l’intérieur, hérissé de barbelés, assiégé, inlassablement occupé à me reconstruire une maison avec les débris de mes propres ruines, livre après livre. » (pages 300-301)

 

« Un écrivain est un type qui décide un jour de monter sur la table pour dire une chose. La plupart du temps personne ne l’écoute dans le brouhaha ambiant, mais il peut arriver qu’à un moment certains tendent l’oreille et demandent aux autres de se taire pour pouvoir vous entendre. » (page 301)

 

« On ne peut jamais savoir comment un livre sera reçu. » (page 312)

 

« La tentation risque d’être grande de m’éloigner petit à petit de la véritable Esther pour en inventer une autre, certes mystérieuse comme son modèle, mais offerte et lisse, de sorte qu’elle n’éveillerait en moi aucune appréhension. » (pages 317-318)

 

« Tous mes livres se construisent ainsi, malgré moi, dans un mélange hasardeux de leurres et de vérités, comme si le trompe-l’œil était indispensable à la manifestation de la vérité. » (page 320)

 

« Il éprouve pour elle un désir insatiable et devine que derrière son assiduité à lui faire l’amour se cache l’obscur dessein d’atteindre son âme, de découvrir son mystère. » (page 327)

 

« Le type qui sera capable de l’enfermer dans un livre pour la posséder n’est pas encore né. » (page 333)

 

« Ce qui est étonnant, c’est que je ne m’étais pas vu fourrant mes pas dans les siens [Toto] et mettant ainsi Esther à la place de notre mère. A moins que je m’y sois vu, si, et que j’y sois allé avec la prétention de réussir là où il avait lamentablement échoué. » (page 348)

 

« Je lui appartenais, certes, mais elle était impuissante à me distraire de mon travail, de sorte qu’elle pouvait constater combien ce qui nous reliait demeurait fragile et changeant. » (page 351)

 

« Je vais me remettre à écrire, et je sais bien quel livre, celui qui tentera d’expliquer les ressorts secrets de nos vies, de quels héritages nous sommes faits et comment, nous débattant à tâtons pour inventer notre propre destin nous progressons si peu, si mal, quand nous ne disparaissons pas tout simplement, emportés par le poison des générations qui nous ont précédés, emportés par le poison des nôtres et n’ayant même pas eu le temps de laisser sur la terre une trace de notre passage. » (page 353)

 

« Nous avons toujours la même conversation au début, j’ai besoin qu’il sache que je démarre un livre pour avoir le sentiment de ne pas être absolument seul, mais je ne lui dis jamais rien du livre, ça ne nous intéresse pas d’en parler, il existera ou n’existera pas dans les cinquante premières pages, ce qu’on peut bien en dire avant n’a aucune importance. » (pages 355-356)

 

« Le livre ne tient qu’à un cheveu, ces trente lignes que je n’ai même pas relues, qui ne valent peut-être pas grand-chose, or il me semble qu’à partager mon secret j’ai affaibli la confiance qui me portait. » (page 357)

 

« Pour la première fois, je vais tenter de tout rassembler dans un livre, de dire l’indicible, d’où je viens, qui ils étaient, ce que j’ai fait de ce qu’ils nous ont donné à voir, à entendre, leur chagrin, leur folie, ce que j’ai fait de leur héritage, à tâtons dans les ténèbres, n’est-ce pas, sans cesse à tâtons comme nous allons tous, mais soucieux malgré tout de faire mieux qu’eux, d’être moins malheureux qu’eux. » (page 358)

 

« Il y a une grande différence entre soupçonner la vérité et la voir écrite, établie. Une fois les choses écrites, il n’y a plus d’échappatoire. » (page 385)

 

« Là, tout de suite, je me fiche bien de ne pas écrire, je me fiche bien de tout, d’ailleurs, je veux juste sauver ma peau, trouver quatre murs et un toit entre lesquels je pourrais me mettre à l’abri et laisser reposer mon cœur. » (page 390)

 

« Je songerais en m’endormant à mon tour à la pelote de nœuds qu’était devenue ma vie avec Esther et je me féliciterais de m’être enfui sans chercher à dénouer les fils. Et je recommencerais une autre pelote avec toi. » (page 406)

 

« Je vais peut-être mourir d’Esther mais je vais m’entêter à découvrir pourquoi je suis devenu l’ombre de moi-même en l’aimant. Je vais m’entêter, et plus tard j’écrirai ce que j’ai compris de nous. » (page 406)

 

« Pour ne pas m’avouer l’inavouable, qu’Esther est bien l’objet de ma peur, de ma phobie, oui (le mot n’est pas trop fort), je continue de m’accrocher à une prétendue maladie mentale que m’aurait léguée notre mère, à moins, me dis-je, que ma peur d’Esther soit l’écho dévastateur de la terreur que m’a inspirée notre mère au lendemain de l’expulsion et jusqu’à sa mort, mais ça revient à peu près au même. » (page 438)

 

« Il ne faut pas chercher à découvrir ce qui nous porte à nous enflammer, nous sommes si petits, si perdus à l’intérieur de nous-mêmes. Si décevants en vérité. » (page 445)

 

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Vertiges, mon conseil lecture sur My Boox

Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

PlongerPrésentation de l’éditeur :

« Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. »

Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon.

Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe.

Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour – leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Des trésors de la vieille Europe aux mégapoles du Nouveau Monde, du marbre des musées au sable des rivages où l’on se lave de tout, Plonger est l’histoire d’un couple de notre temps. En proie à tous les vertiges d’une époque où il devient de plus en plus difficile d’aimer.

 

César, le narrateur, écrivain (un peu) et journaliste (surtout) de son état, s’adresse à Hector, son fils de 4 ans, et lui raconte sa mère et leur amour alors qu’il part identifier le corps de la première – cependant qu’il autopsie le second. Au prétexte de s’adresser à son fils, il joue un peu trop les professeurs. La tendance de Christophe Ono-dit-Biot à verser dans le didactique (quel besoin de préciser à quelles fins le Lutetia a été investi pendant la guerre, ce qu’est la Carte du Tendre, de donner des explications de textes des – nombreuses – références littéraires ou autres auxquelles il fait appel, de reproduire les photos des statues citées ?) est très agaçante. D’autant que ces leçons dont on se serait bien passées n’auraient pas enlevé de puissance à l’ensemble, bien au contraire.

 

Ainsi Christophe Ono-dit-Biot m’a fortement agacée sur la forme – à son érudition que je lui accordais a priori et qui ne nécessitait pas de démonstration, à ces photos de sculptures que je ne veux pas qu’on m’impose s’ajoutant longueurs et répétitions – alors même que je relevais nombre de phrases jolies et très justes, efficaces même lorsqu’elles s’avéraient convenues.

 

 

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Et pourtant, son intrigue m’a happée. J’ai été emportée dès le début par la spirale de sa quête, par ce mouvement cherchant à remonter le temps, et si j’ai cru abandonner en cours de route, l’auteur m’a finalement rattrapée in extremis – et je n’ai plus lâché son roman. J’y ai plongé, en apnée, et je me suis laissée envahir par le bleu. Trop tentant d’utiliser ce champ lexical-ci.

 

Parce que Christophe Ono-dit-Biot, écrivain et journaliste de son état, met des mots sur ce qui se joue silencieusement entre deux êtres qui se rapprochent passionnément avant de s’éloigner tout doucement, il décrit ce que les attitudes disent quand les paroles font défaut, il avance à tâtons dans le mystère de l’amour, le plus grand de tous, inépuisable sujet, beau, mystérieux et dangereux comme ces abysses dont on peut ne jamais remonter entier. Plonger ressemble à un vrai roman d’amour.

 

Une lecture en demi-teinte donc, mais quand l’impression finale est excellente, c’est sur celle-là que l’on reste, en oubliant tous les petits désagréments qui ont jalonné la lecture (ou alors, on écrit un billet de blog pour s’en souvenir – et puis, il y a comme ça des choses qu’on adore détester).

 

Plonger figure sur la première liste du prix Renaudot 2013 annoncée cette semaine.

Edit : Plonger a été récompensé par le Grand prix de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

 

Gallimard, août 2013, 448 pages, 21 €

 

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Morceaux choisis :

 

« Un couple c’est la guerre. » (page 18)

 

« Certaines minutes durent des vies. » (page 23)

 

« Certains couloirs sont des tunnels. » (page 24)

 

« Notre corps ne s’arrête pas à notre corps. » (page 38)

 

« Les plaisirs qu’on a eus sont tout ce qui reste d’une vie qui s’achève. Les grands chagrins se dissipent. » (page 41)

 

« J’aimais l’Entreprise. L’ambiance y était bonne, malgré les coups de poignard et les coups de langue serviles. J’y avais des amis, et mon métier me passionnait. Il impliquait beaucoup de travail, de savoir à peu près tout sur tout, de ne jamais fermer les yeux, d’essayer malgré la tension permanente de laisser une place à l’enthousiasme. Il avait du sens. » (page 48)

 

« Je me sentais vivant quand la beauté de la vie me vrillait la rétine. » (page 56)

 

« J’ai écrit une quinzaine de lignes sur son travail, destinées à être publiées dans le prochain numéro du journal. Je sais ce que tu vas te dire, que je me sers de mon statut public pour des motivations privées. Je te rappelle seulement que dans le domaine de l’art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres qu’elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous. » (page 59)

 

« Je ne crois pas que notre époque puisse se raconter sous la forme d’un roman. » (page 79)

 

« Mon métier, c’est de l’interprétation. Ce n’est que ça. Avec un peu de style pour faire passer notre manque d’instinct… » (page 82)

 

« Le narcissisme devrait être obligatoire : il vous empêche de vous laisser aller et d’être une charge pour les autres. » (Karl Lagerfeld, cité pages 85-86)

 

« Pourquoi les adultes ne peuvent-ils se retenir de transmettre aux enfants ce qui ne passe pas, comme s’il fallait entretenir le feu de la vengeance ? » (page 90)

 

« Quelqu’un qui fait pour vous la cuisine vous veut forcément du bien. » (page 96)

 

« ces bilans de santé professionnelle qu’on appelait les dîners en ville » (page 112)

 

« Il est ridicule de se priver de nouveaux paradis. » (page 171)

 

« Quelle que soit la façon dont les gens font l’amour, quelles que soient les configurations qu’ils choisissent, la géométrie de leurs corps, l’acte repose toujours sur un même mouvement : un va-et-vient fluide, répété, régulier, ample. Comme s’il fallait pour aller vers l’autre descendre d’abord en soi, en tirer le meilleur. Comme s’il fallait d’abord chercher le mystère qui nous fait tels que nous sommes, afin de l’unir au mystère de l’autre. » (pages 187-188)

 

« Parfois, les œuvres ne servaient que de médiation entre les humains. Un vecteur inerte pour leurs attractions magnétiques. » (page 219)

 

« L’exotisme, cette drogue pour enfants gâtés d’Europe qui ne mesurent pas ce qu’ils ont entre les mains. » (page 255)

 

« On s’aimerait et on se quitterait. Et tant que ce ne serait pas le cas, on ferait la guerre au monde entier pour s’aimer encore. » (page 290)

 

« Il va me falloir descendre pour comprendre. » (page 362)

 

« Il semble que l’être humain s’épuise aux yeux de l’autre comme s’épuisent les gisements d’or. » (page 405)

 

« Notre tsunami est sans vague mais me ravage autant. » (page 419)

Tout ça pour quoi, Lionel Shriver

 Présentation de l’éditeur : 

Après le choc d’Il faut qu’on parle de Kevin, la nouvelle bombe de Lionel Shriver. Toute sa rage, son audace et son humour au vitriol pour une radioscopie féroce et incisive du couple, de la famille, de la maladie et du rôle de l’argent dans notre vie. Un brûlot dévastateur.

Parfois, le soir, dans les embouteillages, Shep Knacker laisse son esprit divaguer : fuir les humiliations au travail, échapper aux jérémiades de son artiste de soeur, aux caprices des enfants, aux discours stériles de son meilleur ami. Quitter tout ça, partir sur cette île au large de Zanzibar, dormir, pêcher son poisson, lire, réfléchir… Vivre, tout simplement.
Un fantasme qu’il touche du doigt le jour ou il vend sa société et touche un petit pactole.
Sa décision est prise. Lire la suite