L’année du flamant rose, Anne de Kinkelin

Présentation de l’éditeur :

lannee-du-flamant-roseLouise, Ethel, Caroline. Trois amies, joyeuses mais solitaires, partagent tout, leurs peines et leurs bonheurs, leur passion aussi pour les belles choses. Toutes trois sont des créatrices, des faiseuses de rêves, dans leurs ateliers qui se font face dans un passage parisien.

Louise, joaillière, crée des bijoux qui réjouissent le cœur et les yeux. Ethel, corsetière, réveille les sentiments et les sens des amoureuses éperdues (et des autres). Caroline, relieuse, redonne vie aux livres anciens, tout en rêvant la sienne. Toutes trois, passionnées, sont amoureuses de l’amour, mais celui-ci leur semble inatteignable…

Le jour où Louise s’entiche d’un flamant rose empaillé, superbe et quelque peu étrange, qu’elle installe dans son atelier, son regard sur la vie semble changer. Après sa rupture, elle est face à un défi : se relever, tenir debout, comme le flamant sur une patte, pour sa petite fille, Rose, malgré sa fragilité et les obstacles.

Cette année, les trois femmes sauront-elles trouver la force de se reconstruire ?

Entre Louise, qui pense ses bijoux comme des sentiments, Ethel, pour qui chaque corset est un rendez-vous à venir, Caroline et Jeanne Lire la suite

Eloge du miséreux, Mabrouck Rachedi

Eloge du miséreuxPrésentation de l’éditeur :

Véritable manuel de survie en milieu hostile qui vous enseignera l’art de bien vivre avec rien du tout, cet Eloge du miséreux est aussi un pamphlet qui prend à rebrousse-poil les discours moralisateurs et larmoyants sur les méfaits de l’assistanat et les dégâts collatéraux engendrés par les minima sociaux. Selon l’auteur de cet ouvrage, disciple de Proudhon, le miséreux représente une résistance salutaire face à la société du travail et de la consommation. C’est le ventre fécond d’où naîtra l’espoir d’une vie basée sur le désir et la passion plutôt que sur la productivité et la compétition.

On peut être miséreux et heureux ! Mais, à une condition : au lieu de se mettre au service de la société, le miséreux doit mettre la société à son service.

 

A quoi bon travailler si c’est pour s’oublier ? Pourquoi perdre sa vie à la gagner ? A l’ère de la grande vitesse, que risque-t-on à lever le pied ? A stationner durablement sur le côté de la voie rapide ?

Federico Fellini, docteur ès dolce vita, affirmait que pour être créatif, il faut être disponible. Mabrouck Rachedi en fait la démonstration au fil de pages qui sont aussi une ode au temps libre, « ce luxe inégalable dans le monde d’aujourd’hui. ».

Dans cet essai court et très accessible, Mabrouck Rachedi use et abuse d’un humour et d’un sens de la formule que l’on a déjà pu apprécier dans ses romans. Rien cependant n’est gratuit dans ses propos, et il se révèle d’une justesse délicieuse – en particulier dans son art de croquer les pique-assiettes dont les cocktails (littéraires, mais pas que) regorgent.

Cet Eloge du miséreux invite à une vraie réflexion sur son rapport personnel au travail.

A lire pour mieux saisir ce qu’il en coûte de gagner sa vie.

 

Michalon, 2007, 172 pages, 14 euros

 

A lire aussi sur Sophielit :

Pourquoi écrivez-vous, Mabrouck Rachedi ?

Le petit Malik, Mabrouck Rachedi

La petite Malika, Mabrouck Rachedi & Habiba Mahany

Mabrouck Rachedi flashé

5 questions à Mabrouck Rachedi & Habiba Mahany

Sortie de La petite Malika

Gagner sa vie, Fabienne Swiatly

 

Phrases choisies :

 

« Le chômage et les minima sociaux, c’est la continuation de la vie par d’autres moyens que le travail. » (page 14)

 

« Etre miséreux, ça se mérite, il faut être motivé ! » (page 52)

 

« Dans notre société, le travail est le thermomètre de la réussite – non seulement professionnelle, mais aussi sociale. » (page 68)

 

« Les petits arrangements avec la vérité sont souvent des grands dérangements évités. » (page 91)

 

« Le miséreux est à la bonne conscience de « gôche » ce que la drogue est au dealer : une came pérenne qui rapporte gros. En plus, c’est un business légal et valorisé par la société. » (page 103)

 

« L’habit ne fait pas le moine, mais il fait le travailleur. » (page 104)

 

« Le travailleur renvoie au miséreux l’image de son oisiveté, qu’il assume plus ou moins. Le miséreux renvoie au travailleur l’image de son exploitation, qu’il n’assume pas du tout. Le travailleur possède l’argent que le miséreux n’a pas, le miséreux s’arroge le temps dont le travailleur manque. » (page 111)

 

« Les activités culturelles sont comme les muscles : plus on les entraîne, plus elles se développent. » (page 125)

 

« Le buffet est l’urne la plus anti-démocratique, les premiers arrivés sont les premiers servis, c’est l’archétype de la méritocratie […] Les pauvres, même affamés, se comportent plus civilement que les nantis, même repus. » (page 127)

 

« Le cocktail est le seul marché de concurrence pure et parfaite dont le miséreux ne soit pas exclu, alors il se venge. » (page 130)

 

« Le miséreux, c’est la mauvaise conscience d’une société mal dans sa peau. » (page 161)

[Il y a un mois…] Festival Encres vives à Provins : littérature et création

Provins est une charmante petite ville de 12 000 habitants, à 77 kilomètres à l’est de Paris, connue pour ses vestiges du Moyen-Âge qui lui valent d’être inscrite depuis 2001 au patrimoine mondial de l’humanité. Une fois par an, la cité fait un bond dans le passé et se pare de couleurs médiévales. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

 

Provins1Une fois par an aussi, lorsque le printemps pointe son nez, a lieu le salon du livre. Lorsqu’il a été imaginé par la dynamique association Encres Vives, il était très modeste : quelques tentes plantées dans un village voisin. Avec le temps, la manifestation a pris de l’ampleur : le salon attirant chaque année plus de visiteurs que la précédente, les auteurs se passant le mot quant à la bonne humeur sous lesdites tentes, bientôt les tentes se sont trouvées trop petites pour accueillir tout le monde et il a fallu déménager.

 

Le salon est devenu festival et se tient désormais au centre culturel Saint-Ayoul où il reçoit quelque quatre mille visiteurs au cours d’un week-end très festif. Il est précédé en fin d’hiver d’évènements culturels (spectacles, projections de films, débats…) dont les acteurs se retrouvent souvent aussi au salon du livre.

 

Le salon en lui-même réunit des écrivains répartis selon quatre thématiques : littérature générale, polar, bande dessinée, littérature jeunesse. Un parrain médiatique (cette année, Patrick Poivre d’Arvor), de très jolis noms (Irène Frain, Valérie Tong Cuong, Mercedes Deambrosis, Viviane Moore…), des stars bien connues du jeune public (Geronimo Stilton, Maureen Dor, Sophie Forte…), des auteurs publiés depuis moins longtemps mais déjà auréolés de distinctions prestigieuses (Christophe Carlier, Prix du premier roman 2012, Arthur Dreyfus, Prix Orange du livre 2012…), d’autres à la production plus confidentielle mais que les visiteurs retrouvent avec le même plaisir d’année en année… Car là est la clé de l’ambiance chaleureuse qui fait le succès du salon du livre de Provins : si les visiteurs reviennent, les auteurs aussi, et il règne entre les murs du centre culturel une délicieuse impression de familiarité.

 

Le festival est également marqué par des animations en tous genres : ateliers pour les plus petits, conférences, spectacles ou projections au petit théâtre situé au sein même du centre culturel.

 

Provins2Les ateliers donnent le sourire à toute la famille, le petit théâtre ne désemplit pas. Cette année, la conférence sur les tueurs en série donnée par Stéphane Bourgoin, expert en la matière, a passionné l’assistance.

 

Samedi soir, Mathieu Simonet, à qui a été donnée en 2013 la traditionnelle carte blanche à un écrivain, a mis en scène un concert littéraire : chansons de Clarika, de Benoît Rault (composées uniquement à partir de phrases de romans) et de l’écrivain Arthur Dreyfus (qui se produisait pour la première fois), lectures de lettres écrites par les lycéens de Provins à Marc Beltra, cet étudiant disparu en Amazonie il y a dix ans et à propos de qui Mathieu Simonet a fait un livre, projection d’un film mêlant photos et voix des mêmes lycéens autour de ces lettres, adaptation en langue des signes d’une nouvelle érotique, lecture par Judith Magre d’un passage d’un roman de Nicolas Clément à paraître… Une soirée d’une grande diversité, riche en émotions, et un spectacle finalement inclassable, une expérience, jusqu’à sa toute fin – chaque spectateur est reparti avec une lettre différente donnée par un lycéen à la sortie de la salle.

 

C’est aussi cela, le festival Encres vives : beaucoup de liberté, une belle place accordée à la création, et une exigence artistique qui ravit visiteurs et intervenants.

 

affiche Provins 2013Le dimanche, la convivialité se double des liens créés, d’une manière ou d’une autre, lors du spectacle. On partage plus encore que la veille autour d’intérêts communs. Les visiteurs n’hésitent pas à revenir, car la plupart des écrivains sont conviés pour une seule journée. Les plateaux ainsi renouvelés, la nouveauté se mêle à l’habitude. François Alquier, l’animateur du salon, passe de table en table, micro à la main, pour des interviews express : le projecteur se pose ainsi sur chaque invité, pour le bonheur des lecteurs.

 

Lorsque le week-end s’achève, personne ne l’a vu passer. On repart avec qui des livres dédicacés, qui des impressions de lecture, qui des contacts pour après. On repart avec des souvenirs, des sourires, du soleil à l’intérieur. C’est beau ce que les livres permettent, ce qu’ils transmettent, dans un sens comme dans l’autre. C’est sur les salons que cela prend tout son sens.

 

S’il fallait caractériser le salon du livre de Provins en deux mots, je retiendrais convivialité et fidélité. D’ailleurs, j’ai déjà prévu d’y retourner en 2014.

 

Sophie Adriansen

 

Crédit photos : Luc Doyelle http://www.luc-doyelle.com/

Un compte-rendu en images chez François Alquier