La Ligue des auteurs professionnels

Ce 6 septembre 2018 a été fondée, à la maison de Balzac, la Ligue des auteurs professionnels. J’en suis l’une des administratrices. Les auteurs que nous Lire la suite

Sélection de Noël 2016

noel-2016

Cette année encore, souhaitons que les livres soient nombreux sous les sapins. Il n’est pas de cadeau plus précieux ! Voici ma sélection personnelle de 4 x 4 romans parus récemment. Lire la suite

Ma vie en noir et blanc, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

ma vie en noir et blancAna, 14 ans, écrit son futur roman pendant les cours et adore les films des années cinquante. Normal, ils sont en noir et blanc ! Achromate de naissance, elle ne distingue pas les couleurs et rêve donc sa vie en gris, en noir et en blanc. En quête de son père, inconnu, elle file à Paris avec Kylian, son ami black, afin de rencontrer un célèbre photographe fasciné par le N&B. Qui sait, peut-être pourra-t-elle comprendre pourquoi la vie l’a affublée de cet étrange gène ?

 

Ana a une particularité rare, qui ne touche qu’une personne sur 33.000 Lire la suite

Les corps inutiles, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

Les corps inutile« Elle avait décidé d’aller à la fête. Ne savait pas où aller, en fait. Elle avait pleuré tout son saoul sur le bord du trottoir, pleuré et pleuré encore, puis les larmes s’étaient taries, séchées par le vent. Le ciel passait de bleu à noir, il était vingt heures trente (pile, comme un signe) sur la Casio vintage.
Elle avait quinze ans depuis quelques jours.
Elle avait mille ans depuis quelques minutes. »

Ce soir, Clémence doit fêter la fin du collège avec ses amis. Le sort en décidera autrement. Mauvaise rencontre.
Quinze ans plus tard, la jeune femme, solitaire et sauvage, travaille à la Clinique, une étrange usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour les hommes esseulés…
Mais que peut la vengeance sur nos blessures les plus secrètes ?

Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les Corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

Clémence, chevelure rousse flamboyante et yeux vairons, est, à ceci près, une adolescente comme les autres lorsque tout bascule. Dès lors, elle rêve à l’impossible – revenir au temps d’avant la catastrophe. Et les années passent.

A trente ans, la narratrice ne survit que par le désir des autres, celui des hommes en particulier, qu’elle valide le 29 de chaque mois. Clémence, expatriée de son propre corps, souffre d’un coma sensoriel. Son agresseur a durablement pris ses quartiers au fond de sa conscience. Les choses resteront toujours ce qu’elles sont, croit-on. C’est compter sans quelque bienveillance, une ou deux bonnes rencontres qui viennent contrebalancer la mauvaise, et une certaine envie de vivre, peut-être inavouée. Peu à peu, à mesure que la culpabilité disparaît, Clémence redevient humaine sous les yeux du lecteur fasciné.

Les corps inutiles est un roman à la fois dense et aérien. L’écriture riche et imagée, presque cinématographique, de Delphine Bertholon, nous entraîne à un rythme trépidant au cœur d’un parcours initiatique au bout duquel il faudra bien se pardonner. Un chemin que l’on fait aux côtés d’une formidable héroïne, à la personnalité détonante, aux fragilités inoubliables. Une renaissance enfermée dans un livre qu’on ne lâche pas.
Les corps inutiles est le magistral récit d’une reconstruction, d’un combat pour retrouver sa place dans le monde. Et une nouvelle preuve qu’on ne peut aimer que lorsqu’on a cessé de se haïr.

Éditions JCLattès, février 2015, 358 pages, 19 euros

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Fragments :

« Les choses qu’on ne dit pas restent-elles à tout jamais vivantes ? » (page 45)

« Elle ne savait pas encore qu’il fallait quelquefois se méfier de ses désirs. » (page 64)

« Les couleurs du monde s’estompaient peu à peu, grisaillaient, linges mal lavés, trop lavés, passés au détergent. Elle était une victime et, désormais, allait les attirer, tous les tarés du monde, limaille de fer contre un aimant, battue d’avance. Ne serait plus tranquille, ne vivrait plus en paix et ne siffloterait plus. Chaque pas serait ainsi cadenassé par la trouille, son visage à jamais marqué du signe de la proie, enseigne écarlate vissée au-dessus du front (attaquez-moi, violez-moi, tuez-moi, il a ouvert une brèche et je suis là pour ça, allez-y, allez-y donc, qu’est-ce que vous attendez ?). » (page 66)

« Avouer l’agression, dans cette famille-là, ce serait se condamner à la perpétuité. » (page 70)

« Nous n’avions plus grand-chose en commun, mais nous nous ressemblions assez pour nous aimer. » (page 98)

« En famille, on ne sait que mentir. » (page 110)

« Vous êtes notre progrès. » (page 151)

« J’aime beaucoup mes parents, davantage en prenant de l’âge, sans doute parce qu’ils deviennent peu à peu des personnes et plus seulement ces gens qui m’ont fabriquée, à qui j’en ai voulu, contre qui je me suis battue, non, juste des êtres humains – discutables, merveilleux. » (page 190)

« Je ne parviens pas à déterminer si je trouve tragique ou rassurante l’idée que ceux qui m’ont engendrée soient également ceux qui me connaissent le moins. » (page 190)

« Nul besoin de pull rouge, de pantalon en cuir ; le rouge était en elle, implanté dès la naissance. » (page 197)

« Elle n’était plus personne ; mais sans les garçons, elle ne serait plus rien. » (page 203)

« Je m’étais trompée de perpétuité. » (page 275)

« On a l’abri qu’on mérite. » (page 298)

« Parler, ce n’est pas toujours la meilleure solution. » (page 321)

« Les âmes sœurs n’émergent pas toujours dans les histoires d’amour. » (page 338)

Pourquoi écrivez-vous, Delphine Bertholon ?

Delphine Bertholon (c) Sophie Adriansen 1

 

Delphine Bertholon est l’auteur de Cabine commune (2007), Twist (2008), L’Effet Larsen (2010), Grâce (2012) et Le soleil à mes pieds (2013), tous parus chez Lattès.

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Pourquoi écrivez-vous ?

C’est idiot, peut-être, mais j’ai envie de répon-dre : parce que je ne sais rien faire d’autre.

Parce que, dès l’enfance, la seule chose qui m’intéressait dans la vie, c’était de raconter des histoires ; d’en lire, et d’en inventer. Parce que les mots étaient plus drôles à manipuler que les cubes ou les petits Poneys.

Sûrement ai-je toujours eu du mal avec la réalité, toujours eu du mal à exprimer, dans la « vraie vie », mes sentiments. Sans les émotions transmises par les livres (ceux que j’écris comme ceux que je lis), j’aurais sans doute implosé. Et puis, soyons franche : parce que je m’amuse. Parce que la langue est un jeu sans fin, plein de règles, certes, mais finalement sans loi.

BertholonJe n’ai pas de message social, moral ou politique à transmettre ; je n’ai qu’un univers qui, de fait, véhicule ma vision du monde – laquelle est, comme pour chacun d’entre nous, intrinsèquement sociale, morale et politique… Mais au fond, je crois que j’ai simplement envie de comprendre l’âme humaine (d’essayer, disons), envie de partager, de faire de l’instant une chose universelle. En tant que lectrice, c’est pareil : tomber sur une phrase et, tout à coup, avoir les larmes aux yeux – parce qu’en cela, je me reconnais. Parce qu’en lisant cela, enfin, je ne suis plus seule au monde. Avec un livre, on n’est jamais seul – qu’on l’écrive, ou qu’on le lise. Et c’est sans doute, précisément, la dimension la plus extraordinaire de la littérature.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De lire, d’écrire, de lire, d’écrire, et de lire encore ; la plupart des auteurs sont aussi de grands lecteurs. De commencer par des formes courtes, moins complexes à structurer qu’un roman. De ne pas se décourager, ne pas vouloir aller trop vite, prendre le temps, son temps – différent pour chacun. N’avoir pas peur de jeter, sans vergogne, sans état d’âme, et de recommencer, encore et encore. Peu d’écrivains (à ma connaissance, aucun, en fait !) n’a pondu du premier coup une phrase imparable, moins encore un texte imparable. L’art, comme le reste, c’est aussi du travail – avant tout, peut-être, du travail. Comme disait ma grand-mère (et beaucoup d’autres grands-mères !), c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Par expérience, le poncif s’applique particulièrement bien à l’écriture… Et moi qui suis arrivée par la Poste, je crois qu’un bon livre, tôt ou tard, trouvera preneur. Si ce n’est pas le cas, c’est que le texte n’est pas abouti – ou pas encore. J’en ai fait les frais ; mais aujourd’hui, c’est une quasi-certitude. Alors : se remettre en question, et persévérer…

 

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Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon

Le soleil à mes piedsPrésentation de l’éditeur :

Il y a la petite, 22 ans, un âge comme deux cygnes posés sur un lac. Fragile et ravissante, elle peine à se jeter dans le grand monde et se réfugie dans la solitude de son appartement.

La grande, 24 ans, s’agite dans la ville : nymphomane, tyrannique et machiavélique, fascinée par la mort, elle se nourrit de la dépendance affective qu’elle impose à sa cadette.

Deux sœurs qui ont grandi avec un terrible secret et qui, dix-huit ans plus tard, se démènent pour tenter d’exister.

Le sort semblait avoir scellé leur destin, mais les rencontres quelquefois peuvent rebattre les cartes.

Le soleil à mes pieds est, avant tout, l’histoire d’une résurrection.

 

On ne sait pas tout de suite où Delphine Bertholon nous emmène mais on y va confiant. Son univers – celui de ces deux sœurs perdues, si touchantes – s’impose et on y plonge. Très vite, notre quête devient celle de ce secret qui lie les héroïnes autant qu’il les éloigne. On le devine épouvantable – il l’est. Que faire d’une réalité qui nous dépasse ? Que faire d’un drame survenu dans la solitude des 4 et 6 ans qu’avaient respectivement la petite et la grande à l’époque ?

 

Grandir avec, évoluer sans, avancer malgré, se construire contre. Et vivre, enfin.

 

Delphine Bertholon a dans l’écriture de ces fulgurances qui soufflent le lecteur. Elle aborde ici les thèmes de l’enfance et de la solitude, de l’apprivoisement de soi et du monde, de la sororité qui n’est pas que complicité et réjouissances. Son roman ne se lâche pas, il se lit vite mais restera longtemps en mémoire. Car à l’intérieur, comme dans le titre et sur le bandeau qui orne la couverture, se trouve du soleil, lumineux comme l’espoir qui nous accompagne une fois l’ouvrage refermé : il n’est jamais trop tard pour renaître à soi et au monde.

 

JCLattès, août 2013, 188 pages, 16 euros

 

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Extraits choisis :

 

« Quand on a une sœur, on n’est plus jamais seule. » (page 10)

 

« On dit que les souvenirs s’estompent, que les visages se floutent, on suppose la mémoire soluble dans le temps. Mais concernant Maman, l’image reste précise comme marquée au fer rouge. » (page 28)

 

« Quelquefois, elle tente en boucle de se rassurer : un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance.

Peut-être les humains ont-ils une réserve de bonheur, une sorte de batterie ? On en utilise un petit bout de temps en temps et à force, ça s’épuise. Mais sa batterie est neuve alors un jour, oui, elle aura de la chance. Elle ne croit pas en Dieu, c’est juste de la logique : ça ne peut pas toujours tomber sur les mêmes. » (pages 28-29)

 

« Elle se désole qu’il faille travailler pour vivre. » (page 32)

 

« Voir sans être vue, un oiseau sur une branche. » (page 46)

 

« Elle se demande pourquoi le simple fait d’exister coûte si cher. » (page 56)

 

« Elle a beau être en vie, elle est comme Maman morte – pleine d’occasions manquées. » (page 68)

 

« Les enfants ne se lavent pas sans y être obligés. » (page 87)

 

« Si je croyais en Dieu, j’aurais au moins quelqu’un à qui m’en prendre… » (page 105)

 

« Elle aimerait cesser d’être tellement Alice, un coup immense, un coup minuscule, toujours inadaptée, jamais dans la bonne maison ni de la bonne dimension – et la Reine de cœur en forme de grande ! » (page 109)

 

« Si j’étais seule au monde, les secrets seraient mieux gardés. » (page 131)

 

« Elle allume une cigarette. En quelques minutes, trois personnes viennent lui en piquer une. Fumer rend visible… » (page 139)

 

« Elles sont un fait divers sans coupable et s’il n’y a pas de coupable, il n’y a pas de victimes. C’était la faute au caillot, la faute à l’anévrisme, la faute à pas de chance. Mais elles seront toujours coupables d’avoir fait comme si de rien n’était. » (page 145)

 

« Debout face au miroir, elle se cherche des rides, mais elle n’en trouve aucune ; à croire que le réel refuse de l’imprimer. » (page 146)

 

« Elle ne cherche personne. Elle ne veut pas combler un vide, mais vider un trop-plein. » (page 149)

 

Les adolescents, « ces adultes en instance, ces possibles humains qui n’ont rien d’autre à faire que de grandir encore. » (page 164)

 

« Il n’y a pas de risques à trop grandir… sauf de se noyer dans ses propres larmes. » (page 173)