Uniques, Dominique Paravel

Mise en page 1Présentation de l’éditeur :

Jour de l’Épiphanie, rue Pareille, à Lyon. La vieille Elisa, émigrée italienne, erre entre les rayons du supermarché, Élisée épie sa voisine depuis la fenêtre, Angèle cherche à vendre des forfaits téléphoniques, Violette souffre d’exclusion à l’école, tandis que Jean-Albert procède à des licenciements. Vies fragmentées, parallèles, que rassemble dans son regard d’artiste Susanna, originaire elle aussi de cette rue Pareille qui fait songer à la rue Vilin de Georges Perec.

Dans ce premier roman subtil et audacieux, Dominique Paravel met à nu les mécanismes sociaux : discours creux pour justifier les licenciements, robotisation des standardistes, inepties proférées sur l’art contemporain… Uniques se fait satire sociale et révèle la solitude d’êtres brisés par le monde d’aujourd’hui. Une pointe d’humour, quelques échappées oniriques et une sourde révolte apportent aux habitants de la rue Pareille un peu d’espoir, une humanité certaine et peut-être un autre destin.

 

 

La rue Pareille est le lieu-source, le centre du monde des ces anonymes ou presque, égarés ou pas loin de l’être. Dominique Paravel nous les présente « Un à un » dans la première partie (dont c’est le nom) de ce roman à la construction méthodique. Elle nous les présente et nous les donne à aimer. Pétris de défauts, de faiblesses, de névroses, ils nous sont instantanément attachants. On regrette même de ne pas passer davantage de temps avec chacun d’eux. Leur vie à tous est un roman.

 

« Une », la deuxième partie du livre, est le regard de Susanna qui a fait une œuvre de l’artère lyonnaise et des vies qui la traversent. La rue Pareille est le sujet et le lieu de son exposition, le révélateur aussi de ce qu’on achète en achetant de l’art, de ce qu’on en attend par rapport à soi et aux autres – l’image, encore et toujours.

Dans « Multiples », enfin, qui clôt l’ouvrage, on revient aux sources de la rue, décidément personnage principal du roman.

 

 

NouvTcn2elliste primée en 2012 pour Nouvelles vénitiennes, son premier recueil (l’auteur a vécu vingt ans à Venise), Dominique Paravel signe avec Uniques un premier roman captivant qui réhabilite la vie de quartier. Elle-même a passé son enfance à Lyon, et c’est l’âme du lieu qu’elle transmet par une écriture virtuose, légère et profonde à la fois. Son roman est aussi un vibrant hommage à ceux que la société, toute à sa folie des grandeurs, laisse sur la chaussée.

 

Une remarquable découverte doublée d’une formidable promesse pour les livres à venir.

 

Un extrait sur le site de l’éditeur

 

Serge Safran éditeur, 22 août 2013, 168 pages, 15 €

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Dominique Paravel récompensée lors de la Fête de la nouvelle 2012

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Citations choisies :

 

« Ces inconnus à l’orée du jour entendent-ils comme elle une petite voix obstinée leur répéter que leur vie insignifiante ressemble pourtant à un destin ? » (page 23)

 

« La petite voix intérieure ment, le film de ma vie raconte une histoire dont je ne suis pas l’héroïne, juste une figurante à l’arrière-plan. » (page 25)

 

« Sur l’écran de la vie aussi il y a, en haut à droite, une croix blanche dans un petit rectangle rouge, sur laquelle on peut cliquer pour tout fermer. » (page 32)

 

« Dès la première étreinte elles veulent être aimées. Si on amorce un retrait elles en demandent aussitôt la raison. Contraint d’avouer la vérité – je ne suis pas amoureux de toi – on espère que la question sera archivée. Elles exigent alors de savoir la raison profonde de cette négation d’amour. La raison étant toujours blessante – trop jeune, trop vieille, trop bête, trop hystérique – on biaise, on dit pieusement c’est moi qui suis incapable d’aimer. Elles insistent, elles ont toujours dans leur sac le remède qui va allumer ce cœur sec ou panser ce cœur blessé, elles insistent jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’évidement du cœur. Sourdes, aveugles, le mystère de la réciprocité leur échappe. » (pages 60-61)

 

« Dès qu’elle est atteinte la perfection disparaît. » (page 66)

 

« Pour l’artiste la statue était déjà à l’intérieur du marbre, il suffisait de la tailler jusqu’à ce qu’elle apparaisse. » (page 74)

 

« Je sors, épuisée par l’effort qu’exige la vie quand elle n’est pas apprivoisée par le Lexomil. » (page 87)

 

« Il manquait à la métaphore de quitter la province, d’échapper à la honte futile et cuisante de n’être pas née au bon endroit. » (page 100)

 

« Les noms sont des faussaires, entre eux et l’image il y a contrefaçon, je ne voulais pas découvrir quelle imposture ils cachaient. » (pages 100-101)

 

« Longtemps après, encore, je m’évanouissais au souvenir de lui, je lâchais les rampes, les bras, je tombais. Cette blessure-là je l’avais attendue toute ma vie, je marchais vers ça depuis l’enfance, ce foudroiement, cet abandon. » (page 102)

 

« Nous ne sommes bons qu’au rêve, le reste n’est que grossière couture du temps. » (page 104)

 

« Ces hommes, j’avais si peur de les voir partir que je les voulais noués à moi, plusieurs tours de corde, jambes entremêlées, souffles aspirés. Ils ont tous fui, dénoué tous les liens, je suis restée avec une corde coupée dans les mains. » (page 105)

 

« Aujourd’hui je suis quitte de l’amour, tout ce que j’avais à donner et à recevoir a été soldé. » (page 109)

 

« La rue Pareille est devenue le tronçon d’une route immense qui fait maintenant le tour de la Terre. » (page 117)

 

« Etrange comme l’amour nous conduit droit à notre peur, toujours. » (page 135)

 

« L’univers n’est peut-être que la projection d’un désir. » (page 140)

 

« Privées de la charpente verbale qui les étaie, les œuvres peut-être s’effondreraient. » (page 149) 

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Vous mettre en appétit

Rentree litt1Dans quelques jours démarrera officiellement la rentrée littéraire 2013. Temps de crise oblige, la déferlante est moindre cette année : 555 romans seulement, contre 626 en 2012 (17 chroniqués ici), 654 en 2011 (24 chroniqués ici) et 701 en 2010 (25 chroniqués ici).

 

Dans les prochaines semaines, je vous parlerai de plusieurs romans incontournables de cette rentrée, et aussi de titres plus confidentiels qui méritent – à mon humble avis – le détour. Certains de leurs auteurs répondront aussi à mes questions dans la rubrique « Pourquoi écrivez-vous ? ».

 

555 romans, évidemment, c’est insensé et inhumain, particulièrement quand on aime autant découvrir de nouvelles plumes que retrouver celles que l’on affectionne et qui nous réjouissent en septembre de nouveautés.Rentree litt2

 

Mais c’est aussi une période de frénésie littéraire (preuve en est le beau livre 40 ans de rentrée littéraire de Pierre Jourde et Ulf Andersen, publié en 2010 par feux les éditions Anabet) et le meilleur grand bain dans lequel plonger après les vacances.

 

Alors pourquoi lutter ?

 

 

 

Cinq passages-teasers :

 

« Il arrivait un jour où l’un des protagonistes, se sentant mourir sous le poids du ressentiment, se levait et disait tout haut ce que chacun savait mais ne voulait pas entendre. C’est ce que j’avais fait avec mon autobiographie, dans un réflexe de survie, nVertigese mesurant pas la haine que je susciterais en retour ni les ruptures qui en découleraient, et leurs conséquences, comme des maladies incurables avec lesquelles il faudrait composer. »

Lionel Duroy, Vertiges, page 220 >> billet sur My Boox

 

« Dès la première étreinte elles veulent être aimées. Si on amorce un retrait elles en demandent aussitôt la raison. Contraint d’avouer la vérité – je ne suis pas amoureux de toi – on espère que la question sera archivée. Elles exigent alors de savoir la raison profonde de cette négation d’amour. La raison étant toujours blessante – trop jeune, trop Mise en page 1vieille, trop bête, trop hystérique – on biaise, on dit pieusement c’est moi qui suis incapable d’aimer. Elles insistent, elles ont toujours dans leur sac le remède qui va allumer ce cœur sec ou panser ce cœur blessé, elles insistent jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’évidement du cœur. Sourdes, aveugles, le mystère de la réciprocité leur échappe. »

Dominique Paravel, Uniques, pages 60-61 >> billet en ligne

 

« Le ventre un lieu que personne, ni autorité ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s’accaparer tant Kinderzimmerque Mila garde son secret. Elle y est seule, libre, sans comptes à rendre, on peut bien prendre sa gamelle, voler sa robe, la battre au sang, l’épuiser au travail, on peut la tuer d’une balle dans la nuque ou l’asphyxier au gaz dans un camp annexe, cet espace lui appartient sans partages jusqu’à l’accouchement, elle les as eus, les Boches ; plus qu’un enfant, c’est bien ça qu’elle possède : une zone inviolable, malgré eux. Et comme disait son père, qu’ils crèvent ces salauds. »

Valentine Goby, Kinderzimmer, page 95 >> billet en ligne

 

« La ganja a toujours eu une importance considérable dans mon existence. Depuis mes 15 ans, j’ai eu quasiment en parce que tu me plaispermanence un joint dans la bouche, et cela a pas mal modifié mon approche de la vie d’adulte.

En gros, à force de plus ou moins tirer mon épingle du jeu sans rien foutre, je comprenais de moins en moins ceux qui s’obstinaient à rester dans le circuit, alors qu’ils y échouaient.

Si ce n’était pas pour prendre de la grosse oseille et le confort qu’elle procure, à quoi bon ? A quoi bon se faire chier dans un boulot de merde, à bosser juste assez pour ne pas se faire engueuler, à attendre le week-end et les cinq semaines de congés comme un con ? Et quelle est la suite ? Rentrer chez soi le soir, retrouver son tromblon qui fait la gueule pour regarder Les Experts en VF ? »

Fabien Prade, Parce que tu me plais, page 20 >> billet en ligne

 

La voix impitoyable« Quant à son âme, fatiguée, malheureuse et vieillie, elle n’avait plus la force de lutter contre la petite voix qui existe en chacun de nous. Cette toute petite voix qui, sans cesse et avec férocité, nous rappelle à l’ordre. Celle-là même qui se moque, qui félicite, qui fustige et qui décide de tout. »

Lilian Auzas, La voix impitoyable, page 40 >> billet en ligne