D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Quatrième de couverture :

Dapres une histoire vraie« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

Delphine, la narratrice, rencontre dans une soirée L., une femme qui « passe sa vie à écrire celle des autres », et qui devient son amie. Leurs points communs sont si nombreux que Delphine ne cherche pas à lutter : cette amitié s’impose comme une évidence. L., peu à peu, s’immisce dans la vie de Delphine, dans son quotidien, dans ses relations, et surtout dans son travail : le prochain roman de Delphine est pour L. un sujet de première importance. Le lien prend de plus en plus la forme d’un certain envahissement… Où s’arrête l’amitié et où commence l’emprise ?

Dans une écriture ample, souple, chaleureuse, qui happe si bien qu’on lui passe les longueurs (il y en a certaines au début), Delphine de Vigan raconte la naissance et l’évolution d’une relation quasi exclusive, un récit aux allures de thriller psychologique. Ce faisant, elle raconte aussi une histoire de l’écriture de soi et interroge la fiction. C’est forcément passionnant.

Car si l’écriture est une arme, s’agit-il d’une arme d’attaque ou d’une arme de défense ? Et l’écrivain a-t-il seulement le choix ? Mais que faire des réactions des lecteurs, quand les sujets traités sont personnels et rejaillissent inévitablement sur les proches de l’auteur ? Que faire dans la mesure où « les gens croient ce qui est imprimé » ?

D’après une histoire vraie a-t-il écrit d’après une histoire vraie ? La réponse n’a finalement pas tant d’importance. « L’écriture est un sport de combat. », et le match auquel le lecteur assiste au long de ces presque 500 pages est de haute tenue, efficace et palpitant.

A l’écrivain-lecteur, il laisse cependant cette entêtante et éternelle question : faut-il nécessairement en découdre avec le réel ?

Prix Renaudot 2015. Prix Goncourt des lycéens 2015.

Ce roman figurait dans les sélections des prix Goncourt, Renaudot et Médicis 2015.

Editions JCLattès, août 2015, 484 pages, 20 euros

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No et moi

Les heures souterraines

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Instantanés :

« La relation à l’Autre ne m’intéresse qu’à partir d’un certain degré d’intimité. » (page 30)

« La littérature ne doit pas se tromper de territoire. » (page 103)

« Rien de ce que nous écrivons ne nous est tout à fait étranger. » (page 103)

« Dès lors qu’on ellipse, qu’on étire, qu’on resserre, qu’on comble les trous, on est dans la fiction. » (page 105)

« Toute écriture de soi est un roman. » (page 105)

« Il n’y a d’écriture que l’écriture de soi. » (page 106)

« Le lecteur est toujours partant pour céder à l’illusion et tenir la fiction pour de la réalité. » (page 139)

« Peut-être est-ce cela, une rencontre, qu’elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent. » (page178)

« L’écriture ne répare rien, elle creuse, elle laboure, elle dessine des tranchées de plus en plus larges, de plus en plus profondes, elle fait le vide autour de toi.  Un espace nécessaire. » (page 233)

« L’écriture est un territoire retranché, interdit aux visiteurs. » (page 236)

« Je serais heureuse d’avoir de vos nouvelles si je n’avais pas besoin en échange de vous donner des miennes. » (page 240)

« Les gens croient ce qui est imprimé. » (page 270)

« Oui, les gens croient ce qui est écrit, et c’est tant mieux. Les gens savent que seule la littérature permet d’accéder à la vérité. Les gens savent combien cela coûte d’écrire sur soi, ils savent reconnaître ce qui est sincère et ce qui ne l’est pas. Et crois-moi, ils ne s’y trompent jamais. » (page 273)

« L’écriture est un sport de combat. » (page 274)

« N’est-ce pas, avant toute chose, ce qui lie une génération : une mémoire commune faite de tubes, de jingles, de génériques ? » (page 283)

« De certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. » (page 317)

« Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois dans sa vie, la tentation du saccage ? » (page 322)

« Le moment était venu de raconter la vraie vie. » (page 371)

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Le système Victoria, Eric Reinhardt

Le système VictoriaPrésentation de l’éditeur :

David Kolski est directeur de travaux de la future plus haute tour de France. Retards insurmontables, pressions incessantes : il ne vit que dans l’urgence. Alors qu’il s’apprête pour une fois à dîner en famille, son regard est happé par une femme à l’élégance austère, au rayonnement de reine. C’est Victoria, ambitieuse et intelligente, belle et indépendante. Directrice des ressources humaines d’une multinationale, elle dirige sa vie comme celle de ses salariés. Les amants sauront-ils faire face aux exigences de leur désir?

À travers le récit d’une passion dévorante, Éric Reinhardt poursuit avec brio l’étude de notre époque contemporaine. Chronique d’un monde du travail de plus en plus violent, Le système Victoria est une œuvre captivante, où la sensualité se mêle autant au plaisir qu’à l’assujettissement.

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La rencontre amoureuse, c’est la rencontre de deux fonctionnements. Deux « systèmes ». C’est une irruption réciproque, des interférences inévitables. Sans que cela soit forcément négatif pour autant.

 

Pour David Kolski, Victoria de Winter, DRH du puissant groupe Kiloffer, est « du côté de ceux qui fabriquent les problèmes ». Lui qui, marié, a pour habitude de ne jamais revoir une femme avec qui il passe une nuit, va pourtant entamer avec elle une relation suivie. Victoria est un aimant, et à son contact, David revit.

 

Mais l’aimant s’avère toxique. Victoria devient sa drogue, la plus pure à laquelle il ait jamais été donné à David de goûter. Elle est son héroïne. C’est elle qui mène le jeu. D’elle dépendent, outre leurs rendez-vous, les humeurs même de David. Le retard du chantier de la tour Uranus dont il est responsable augmente ou s’amenuise au rythme des montages russes que sont ses rapports avec cette femme insaisissable.

 

Et si la tour devenait son tombeau, ou du moins celui d’une certaine liberté ? A moins que ce ne soit cette relation, cette emprise qui sonne le glas définitif de l’insouciance ?

Et l’amour, a-t-il seulement sa place dans tout cela ?

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Eric Reinhardt a ce don de savoir ferrer son lecteur jusqu’à l’emprisonner. Il ne lui laisse pas le choix. Et c’est tout entier que le lecteur plonge dans l’univers des protagonistes, et les tréfonds de leur âme. De leurs histoires personnelle, familiale, sentimentale, Reinhardt ne lui épargne rien. Heureuse victime que ce lecteur. Les personnages deviennent des connaissances, leurs univers s’impriment pour longtemps dans le sien.

Ce qui, dans d’autres temps littéraires, faisaient que les personnages étaient personnages.

 

Eric Reinhardt propose un voyage fascinant dans les profondeurs d’une liaison amoureuse, d’un adultère intellectualisé, avec en toile de fond un monde dans lequel les nouvelles technologies alimentent les fantasmes et le capitalisme devient érotique.

Pour tout cela, ces 600 et quelques pages d’une grande densité ne sont pas de trop.

 

Folio, 2013 (et Stock, 2011), 624 pages, 8,40 euros

 

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L’amour et les forêts

 

Eclats de voix :

 

« Les femmes n’ont pas la possibilité, et c’est d’une grande injustice, d’aborder les hommes qui leur plaisent. » (page 108)

 

« Il avait ouvert les portes de son mental et les phrases qu’il prononçait résonnaient comme sous les voûtes d’une cathédrale. » (page 210)

 

« J’avais déjà commencé à avoir besoin d’elle. » (page 224)

 

« Le simple fait que je sois parvenu à rendre Victoria aussi dépendante de ma personne que je l’étais devenu de la sienne me suggérait l’idée que tout était possible désormais dans ma vie : être à ce point apprécié de cette femme-là m’avait rendu invulnérable. » (page 288)

 

« La perversité serait-elle l’unique destination, le seul apanage des passions parallèles ? » (page 475)

 

« Si j’avais eu l’assurance que ce projet d’architecture ne se ferait jamais, j’aurais rompu immédiatement. » (page 502)