Pourquoi écrivez-vous, Eric Valmir ?

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Éric Valmir est journaliste (Partout ailleurs sur France Inter) et écrivain. Son premier roman, Toute une nuit (Robert Laffont, 2005), a été suivi d’un livre d’entretiens sur la religion et d’un ouvrage sur l’Italie.

Magari, son deuxième roman, est paru aux éditions Robert Laffont en août 2012.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Écrire apaise. Très loin du mythe qui sous-entend que la souffrance génère l’inspiration, je puise une grande sérénité dans le travail d’écriture. C’est un besoin, une urgence, une vitalité du quotidien que l’on peut assimiler à une pratique sportive. Après quelques exercices, le corps apparaît détendu.

Or, chercher les mots, construire les situations, assembler les idées éclaircit la journée et facilite la respiration. Je ne pourrais vivre sans. Dans cette première approche, la pensée d’être publié ou lu n’est jamais présente à l’esprit. La seule préoccupation est d’élever un niveau d’exigence par rapport à soi-même. Ecrire, c’est un rapportValmir 1 à l’imagination, à la création, à l’esthétique, à l’élévation. Ensuite, on laisse l’encre sécher dans un carnet, les documents Word macérer dans un ordinateur, on écrit ailleurs et puis le temps passant, on revient sur ces textes. A cet instant, nous voilà lecteur et seuls les défauts apparaissent à la lueur. Il faut s’y atteler. C’est de la sueur, mais aussi une des phases les plus intéressantes. Le premier jet n’est que jaillissement avec toutes les imperfections qu’il suppose. La réécriture polit, modèle, façonne. Elle requiert distance et concentration. C’est ici qu’on va puiser au fond de soi les ressources qu’on ne soupçonne pas toujours. Se dépasser, être son premier critique, le plus intransigeant qui soit. Se dire sans cesse que la marge de progression est encore immense, et continuer sur ce chemin avec cette part de doute qui loin de paralyser libère les énergies.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Valmir 2Je suis bien mal placé pour donner un conseil et je ne crois pas qu’il existe d’aspirant écrivain. Aspirer à écrire, c’est la première étape. Concrétiser cette envie consiste à taper sur son clavier et se laisser guider par l’instinct. C’est un exercice solitaire. Dans ce registre, il n’existe aucune règle. Chaque histoire, chaque expérience sont différentes.

 

 

Précédent rendez-vous : Sonia David

Prochain rendez-vous : Christophe Carlier

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Magari, Eric Valmir

MagariPrésentation de l’éditeur :

Quand Lorenzo sort de chez lui ce matin-là, flottent sur Rome toutes les promesses de l’été. Nous sommes le 19 juin 2001. Silvio Berlusconi est redevenu quelques jours plus tôt chef du gouvernement. Pour la plus grande joie de ses tifosi, l’AS Roma vient de remporter le troisième scudetto de son histoire. Et Lorenzo est heureux : certainement pas à cause du retour aux affaires du Cavaliere – la politique, il en a soupé. Peut-être même pas grâce à la victoire de son équipe, et Dieu sait pourtant s’il a rêvé de revivre une telle liesse… Non, Lorenzo est heureux parce que Francesca l’aime. Parce que, dans quelques mois, naîtra leur premier enfant, une fille, il en est certain. Parce que, à l’abord de la trentaine, l’ombre du petit garçon naïf et malhabile, celle de l’adolescent irrésolu ballotté par tous les vents contraires, n’est plus si lourde à porter. Aujourd’hui, sa vie a un axe, un socle, une direction. Alors, il traverse la rue sans faire attention. Et ne voit pas la voiture qui surgit au même moment…

Étendu sur le bitume, Lorenzo remonte le fil de sa vie. Celle d’un jeune Romain qui a grandi écartelé entre l’intransigeance d’un père communiste ultra militant, les migraines d’une mère rongée par un drame familial et l’amour d’un grand-père cachant tant bien que mal son passé mussolinien. Un parcours chaotique marqué par ce sentiment d’incertitude, de désirs, de rêves enfouis et aussi de résignation qu’exprime le mot « magari » (« si seulement… »), comme un état d’âme qui se décline à l’infini.

 

Ce roman, le deuxième d’Eric Valmir, commence par une explication du mot « magari », Inch’Allah italien intraduisible en français :

« Magari est une richesse de la langue italienne qui ne peut se traduire par un seul mot.

C’est un sentiment d’incertitude, de désirs, de rêves cachés, mais qui peut aussi porter en lui la négation et la résignation. Le célèbre dictionnaire franco-italien de Raoul Boch en propose plusieurs définitions: si seulement, j’aimerais bien, qu’il plaise à Dieu, quand bien même, ça ne viendra pas mais attendons quand même, sans doute, probablement, peut-être pas…

Magari, c’est un état d’âme qui se décline à l’infini. » (page 11)

 

 

Éric Valmir a été correspondant de Radio France à Rome pendant cinq ans. Ce séjour prolongé lui a fourni la matière de Magari, grande fresque de l’histoire récente de l’Italie portée par la voix de Lorenzo, né au début des années 70, passionné de football que son père, un communiste très militant, tente désespérément d’intéresser à la politique. Lorenzo grandit pendant les années de plomb, s’habituant comme il peut aux fusillades et aux attentats.

Son père et sa mère s’affrontent à propos du passé mussolinien du grand-père : pour le père, c’est une raison pour que Lorenzo n’aille plus chez son papi adoré en Ombrie ; pour la mère, son propre père est avant tout un bon grand-père dont elle ne veut pas priver son fils – et réciproquement.

Tandis que tout est politique, que tout est combat pour les parents de Lorenzo, les rapports de l’enfant à son grand-père sont basés sur des choses simples – les légumes, les oiseaux, la nature.

C’est malgré ce tiraillement que Lorenzo tente de se construire.

 

Magari commence au début des années 2000. Lorenzo vient de se faire renverser par une voiture. Allongé au sol, il déroule le fil de ses souvenirs. Son modèle, son référent, c’est Pinocchio, qui s’en sort toujours. Comme lui ?

 

Avec talent, Eric Valmir raconte l’histoire d’un pays, sur une période donnée – trois décennies environ – par le prisme des souvenirs d’une seule famille. Long de près de 400 pages, son ouvrage est un livre plein d’images et une plongée en profondeur dans la société italienne de la fin du XXème siècle. C’est enfin le roman d’apprentissage d’un héros attachant et inoubliable.

 

Mention spéciale au récit (véridique), impossible à lâcher, des dernières très longues heures d’Alfredo Rampi, ce petit garçon tombé dans un puits près de Rome en 1981, et qui n’a pas été sans m’évoquer l’agonie d’Omayra Sanchez, cette Colombienne de treize ans prisonnière de la boue après l’éruption du volcan Nevado del Ruiz en 1985, et qui est morte elle aussi « en direct » sur les écrans du monde entier.

 

Editions Robert Laffont, août 2012, 384 pages, 20 euros

 

 

Quelques citations :

 

« Les gens sont toujours en train d’imaginer le pire devant un corps étendu au sol. Ce raisonnement ne tient pas debout. A ras de terre, les perspectives ne sont pas aussi mauvaises qu’on le pense. » (page 17)

 

« Toi aussi, tu devrais avoir des pensées fortes auxquelles t’accrocher quand les autres essaient de faire du mal. Un personnage, un poète, un dieu. Tu dois bien avoir quelque chose en tête qui te fasse tenir ?

Bien sûr. Pinocchio, qui s’en sort toujours à la fin. Mais ça, je ne pouvais pas l’avouer à Youness. » (pages 58-59)

 

« Les rivières sont comme les hommes. Elles subissent le temps, ses accidents, ses épreuves et ses erreurs de parcours. » (page 62)

 

« La famille, c’est sacré, paraît-il. En regardant celles qui vivent dans le quartier, à Rome, je me dis que ça doit être vrai. Il y a des cris, des embrassades, des rires, de la musique.

Chez nous, on ne s’embrassait pas, ça gueulait politique et j’étais toujours tenu à l’écart. » (page 71)

 

« Un but de la Roma est toujours une revanche sur le quotidien qui nous écrase. » (page 132)

 

« J’ai demandé à Youness ce qu’était un communiste. Il m’a expliqué que c’étaient les types qui se battaient contre les fascistes. Alors, j’ai pensé que mon père devait effectivement être communiste même si je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait. » (page 138)

L’Envolée des livres de Châteauroux, 4 & 5 mai 2013

Chtx 2013 - CopieJ’ai une affection particulière pour L’Envolée des livres. Châteauroux, j’y ai des attaches familiales, et ce salon, j’y allais par plaisir, en visiteuse, avant d’être publiée.

Il a ainsi fait l’objet d’un billet en 2010 et en 2012, tandis qu’en 2011 j’avais profité du salon pour « flasher » tout un tas d’auteurs (18 en tout)….

 

Cette année, le salon se tiendra à nouveau dans le splendide cadre du couvent des Cordeliers, et à nouveau j’y signerai mes ouvrages – au nombre de 7, désormais.

France Bleu Berry

Parmi eux, mon Louis de Funès sera en bonne place, et j’en dirai quelques mots ce vendredi 3 à 16h sur les ondes de France Bleu Berry (95.2 à Châteauroux), dans l’émission de Thierry Chareyre.

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Signatures donc, mais pas que.

 

Dimanche 5 à 16h30, j’anime une rencontre sur le thème « Souvenirs de famille » à l’espace Jean-Charles de Fontbrune. Autour de la table, quatre invités : Serge Joncour, Sandra Reinflet, Tristane Banon et Eric Valmir.

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Du côté des dédicaces, sous le parrainage de Daniel Picouly, sont annoncés entre autres Sébastien Acker, Jérôme Attal, Lilian Auzas, Tristane Banon, Alma Brami, Patricia Darré, Mercedes Deambrosis, Bertrand Guillot, Stéphanie Hochet, Krystel Jacob, Serge Joncour, Virginie Jouany, Kévin Juliat, Erwan Larher, Maryline Martin, Stéphane Michaka, Marc Molk, Eric Naulleau, Sophie Noël, Sandra Reinflet, Jean Rouaud, Sandrine Roudeix, Fanny Salmeron,
(liste complète – plus de 160 auteurs en tout, excusez du peu !)
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Horaires du salon (entrée libre) :

Samedi : 14h-19h
Dimanche : 10h-19h
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Rodolphe Macia et François Alquier n’en sont pas cette année.
Alors forcément, ils font la gueule…
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