Par amour, Valérie Tong Cuong

Présentation de l’éditeur :

par-amourPar amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout, pour l’autre plus encore que pour soi-même.

V.T.C.

Valérie Tong Cuong a publié dix romans, dont le très remarqué Atelier des miracles. Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie, elle trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire.

À l’automne 1941, 110 petits Havrais ont voyagé vers l’Algérie où les attendaient des familles d’accueil. Un convoi qui en suivait d’autres… Autour de ce fait peu connu Lire la suite

Publicités

Eldorado, Laurent Gaudé

Présentation de l’éditeur :

EldoradoGardien de la citadelle Europe, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d’intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Mais plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission.
Dans le même temps, au Soudan, deux frères (bientôt séparés par le destin) s’apprêtent à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l’Eldorado européen…
Parce qu’il n’y a pas de frontière que l’espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s’inventer une terre promise.

 

 

Il y a Piracci, commandant à qui la fonction confère sur la vie des hommes un pouvoir dont il ne veut plus, et qui rêve que brille dans ses yeux l’éclat de la volonté qu’il a si souvent lu dans les yeux des migrants. Au même moment, il y a deux frères partis du Soudan, Jamal, malade, et Soleiman, qui porte des espoirs doublés.

Mais que l’on soit migrant ou commandant, quitter sa vie n’est pas si simple, et il peut s’écouler un temps infini avant que celui qu’on a été nous paraisse étranger – si tant est que cela se produise jamais…

 

Gaudé parle des émigrants et nous fait nous demander quand on leur a enlevé leur préfixe. Il raconte l’enclave de Ceuta et les gestes que l’on fait pour se sauver soi plus que pour sauver l’autre, pour pouvoir se supporter en tant qu’homme pour la suite de sa vie, après la sauvagerie qui entoure les grilles. Et ce qu’on laisse de soi et de son âme en passant de l’autre côté…

Il convoque Massambalo, dieu fantasmé des émigrants, pour que les hommes aient quelque chose à quoi se raccrocher.

Il dit, aussi, ce qu’il advient quand l’esprit abdique, quand la vie se retire et qu’on ne vit plus pour rien. Ce qu’il advient quand on choisit l’évanouissement au monde. Ce qu’on fait pour tenter d’encore appartenir à l’humanité.

 

Un grand roman, à l’écriture qui coule avec précision, découpé en courts chapitres dans un rythme très cinématographique, auquel il reste à ajouter des images qui, hélas, appartiennent à notre réalité.

 

Actes Sud, 2006, 240 pages, 19 €

 

En chemin :

 

« Nous n’osons plus. Nous espérons. » (page 61)

 

« Les hommes, sur le dos bombé de la mer, ne sont rien. » (page 71)

 

« Je veux savoir qu’un d’entre nous a échappé à la laideur de ces vies gâchées. » (page 93)

 

« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. » (page 99)

 

« Il était vide et plein de silence. » (page 119)

 

« Je suis parti il y a sept ans. Chaque kilomètre parcouru durant ces sept années m’empêche à jamais de rebrousser chemin. » (page 133)

 

« Les passeurs, en me prenant tout ce que j’avais, me condamnent au voyage. » (page 133)

 

« Ils ne peuvent plus rien atteindre en moi. » (page 138)

 

« On ne fait pas ce métier si c’est pour essayer de sauver ceux qu’on arrête. » (page 138)

 

« Quitter sa vie demande beaucoup d’obstination. » (page 140)

 

« Les hommes ne sont décidément beaux que des décisions qu’ils prennent. » (page 141)

 

« Dans combien de vies peut-on être soi-même ? Dans combien d’existences qui n’ont rien à voir les unes avec les autres et sont peut-être même parfaitement antinomiques ? » (page 143)

 

« Nous sommes des hommes fatigués qui ne peuvent plus dormir. » (page 153)

 

« Le voyage impose ses épreuves et nous vieillissons à chacune d’elles. » (page 159)

 

« Une fois passés, nous ne pouvons plus être renvoyés. » (page 189)

 

« Il suffit d’un pied posé sur la terre derrière les barbelés, un petit pied pour connaître la liberté. » (page 189)

 

« Nous nous en remettons à Dieu parce que nous savons que nous ne pouvons pas compter sur nous. » (page 193)

 

« Je n’ai réussi que parce que d’autres ont échoué. » (page 223)

 

« Nous ne laissons rien derrière nous, qu’un manteau lourd de pauvreté. » (page 225)

 

« Il avait quasiment disparu de lui-même. » (page 230)

 

« Les hommes allaient peut-être continuer à mourir en mer, mais cela ne dépendait plus de lui. » (page 232)

 

« Il n’est pas de mer que l’homme ne puisse traverser. » (page 237)

Les échoués, Pascal Manoukian

Présentation de l’éditeur :

Les-echoues-jpg_3010637« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »

1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

Chanchal est arrivé du Bangladesh caché dans un camion-citerne. Virgil a fui la Moldavie après l’éclatement du bloc communiste, et désormais, tel une bête sauvage, il vivait dans les bois. Assan est parti de Mogadiscio avec Iman, sa fille excisée, mutilée, déguisée depuis en garçon, dans la benne d’un camion, avant de voguer au large du Yémen le temps d’une traversée longue des 296 kilomètres qui séparent les côtes libyennes de l’île de Lampedusa, ces 296 kilomètres qui séparent l’Afrique sans espoir de l’Europe de toutes les attentes.
Ces êtres venus du chaos partent à la recherche de leur Amérique, porteurs des espoirs de tous ceux qui ne partent pas – uniques porteurs. Sacrée responsabilité. L’exode prend des allures de « course d’obstacles entre désespérés ». Mais il existe d’autres façons de survivre qu’en piétinant les autres, et c’est ce que cette poignée de personnage va apprendre, avec courage et patience, dans de remarquables démonstrations d’humanité.

Dans ce premier roman au thème particulièrement fort et qui, treize ans plus tard, est plus que jamais d’actualité, Pascal Manoukian met en scène les rêves illégaux, ces grammes d’humanité qu’on sème en route, perdus à jamais, et la vie nouvelle dans la clandestinité, cet état où tout est menace, où l’on risque à chaque pas le retour à la case départ. Il met en scène les rares appels au pays, au cours desquels d’un côté comme de l’autre on enjolive la situation, la solitude, des heures, des jours qui passent sans avoir quiconque avec qui échanger une parole, et la quête ultime – celle de l’affranchissement.

Manoukian est journaliste, il a témoigné dans de nombreuses zones de conflits. Son roman est aussi le récit des politiques d’accueil et d’immigration de l’Europe, de la France, et le portrait de ces proxénètes de la sueur, négriers de la misère, de la clandestinité et de l’espoir pour lesquels les hommes ne sont pas moins qu’autre chose une marchandise.

Un roman coup de poing qui révèle des ombres qu’on ne voit pas, mais que Pascal Manoukian parvient à faire formidablement exister.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister #MRL15

Lecture commune avec Martine

.
Éditions Don Quichotte, août 2015, 304 pages, 18,90 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Toute la rentrée littéraire 2015

Tous les premiers romans

.

Errances :

« Croiser leur regard, c’était déjà mourir. » (page 21)

« La géographie modèle les caractères. » (page 32)

« Avant de sauter le pas, Chanchal avait tout envisagé du voyage : la crasse, la peur, la violence des passeurs, les vols, la faim, la cupidité, les risques de noyade, les poux, la gale. Pas cette solitude-là. » (page 37)

« C’était à chaque fois pareil, personne ne comprenait rien. Les hindous devaient être indiens, les musulmans arabes et les Noirs africains. » (page 40)

« Côtes, bleus, fractures, plaies : tout se répare avec de la souffrance et du temps – mais pas les dents. » (page 43)

« L’obscurité, c’est la première chose à laquelle doit s’habituer un clandestin : vivre loin des lumières, dans la pénombre, à la marge, en arrière-plan. Ne jamais attirer l’attention pour ne jamais s’attirer les ennuis. » (page 45)

« Trois choses importent quand on est clandestin. Conserver de bonnes dents pour se nourrir de tout, avoir des pieds en bon état pour être toujours en mouvement, se protéger du froid et de la pluie pour rester vivant. Le reste est superflu. » (page 47)

« On croise trop d’injustices pour s’apitoyer sur chacune d’elles, trop de morts pour les enterrer tous. » (page 55)

« Les gens d’ici n’appréciaient pas assez l’asphalte : ils le considéraient comme un dû. » (page 64)

« Il s’adaptait à la forêt comme il s’était adapté aux années de communisme, aux hivers en Sibérie et à la misère. » (page 84)

« Les animaux et les clandestins ont des besoins communs : vivre cachés au milieu des vivants, à proximité d’une source d’eau et de deux lignes de fuite. » (page 84)

« Désormais, son dictionnaire remplaçait le Coran. » (page 108)

« Chaque fois qu’un clandestin réussissait à entrer en Europe, dix nouveaux prenaient la route et cent préparaient leurs sacs pour Chypre ou l’Italie. » (page 132)

« On ne pouvait demander aux assoiffés de vivre près d’une source sans venir s’y désaltérer. » (page 132)

« Même si tous les poissons avaient soif en même temps, ça ne viderait pas l’océan. » (page 133)

« Tous les hommes à bord trimballaient leurs propres cauchemars. » (page 151)

« Un tigre est un tigre, même à l’intérieur d’une cage. » (proverbe afghan, page 172)

« Seul le sommeil leur rendait la liberté. » (page 183)

« Dieu a inventé les mères parce qu’il ne peut être partout. » (proverbe juif, page 192)

« Chaque nouvel obstacle lui faisait presque regretter le précédent. » (page 195)

Les chiffres, « quand on sait les faire parler, [sont] le meilleur rempart contre la bêtise et l’ignorance. » (page 202)

« Des hommes alignés sur la même ligne de départ mais pas sur la même piste. » (page 206)

« Les Français ne se rendaient pas compte du bonheur de vivre dans un pays achevé. » (pages 209-210)

« Iman sentit une chaleur autre que celle du soleil. » (page 217)

« Personne ne souhaitait la fin des filières, tout le monde espérait seulement tomber sur la bonne. » (page 233)

« Ça ne s’arrange que pour les morts. » (page 253)

« Il ne fallait jamais forcer la beauté. » (page 258)

« Personne ne peut passer sa vie à vivre pour les autres. » (page 274)