Vous prendrez bien un dessert ?, Sophie Henrionnet

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Présentation de l’éditeur :

Les réunions familiales sont toujours un moment magique, parait-il. Les Labarre, en tout cas, ne sont pas prêts d’oublier celle-ci !

Paul, Charles, Nicolas, Louise, Eléonore, Jeanne et les autres appartiennent à une même famille. Réunis dans un chalet pour fêter à la fois Noël et l’anniversaire de Louis, le patriarche, ils racontent tour à tour le huis clos dans lequel ils se retrouvent, le temps d’une soirée, coincés par la neige. Ouverture des cadeaux, ivresse, retrouvailles, guirlandes et cotillons, la magie de Noël opère jusqu’à ce que les vieux démons, les secrets et les cadavres dans le placard fassent irruption.
Un roman à la Festen, à la fois cruel, acide et drôle.

On les connaît, tous et chacun. Lire la suite

L’été des pas perdus, Rachel Hausfater

Présentation de l’éditeur

lete-des-pas-perdusDepuis quelques temps, le grand-père de Madeleine perd un peu la mémoire et semble revivre sa jeunesse, confondant parfois sa petite-fille avec sa propre sœur.

La jeune fille, sachant qu’il est malade, décide de repartir avec lui dans son village natal de Normandie, où il replonge rapidement dans ses souvenirs d’enfance, revivant même le débarquement de juin 1944.

 

Le grand-père de Madeleine vit tantôt dans le présent, tantôt dans le passé. A sa décharge, difficile de Lire la suite

Comme frère et sœur, Clémence Guinot

Présentation de l’éditeur :

comme-frere-et-soeurCléo et Marin ont l’un et l’autre traversé des tempêtes, quand le père de Cléo tombe amoureux de la mère de Marin. Lorsque le couple décide de s’installer sous le même toit, leurs cinq enfants se retrouvent embarqués dans l’aventure. Mais vivre dans une famille recomposée n’est pas toujours évident. Les premiers temps sont électriques entre les deux aînés de quinze et seize ans, qui n’ont absolument pas envie de ces changements.

Cléo passe tout son temps avec ses deux amis de toujours, Nayla et Thibault. Elle a surtout un rêve : jouer Antigone dans la pièce du collège. Quant à Marin, il peint et dessine en secret. Pour réussir à passer l’audition, Cléo doit se résoudre à demander de l’aide à Marin, alors qu’ils sont comme deux étrangers sous le même toit. C’est ainsi que tout commence. Peu à peu, ces deux cœurs fragiles apprennent à se connaître, à partager leurs passions, leurs amis, à découvrir leur nouvelle « fraternité ». Un peu comme dans la tragédie grecque, quand le destin s’en mêle !

 

Alternant les voix de Lire la suite

Maman est en haut, Caroline Sers

Présentation de l’éditeur :

maman-est-en-hautQuestion : « Où est-on mieux qu’au sein de sa famille ? » Réponse : « Partout ailleurs ! »

Cerise, la quarantaine bien entamée, vit seule avec ses deux enfants, supporte sa mère, a des élans hypocondriaques, se demande si elle ne devrait pas changer de boulot et, dans les moments extrêmes, ouvre une bouteille de blanc pour réfléchir.

Un matin, lors du traditionnel appel téléphonique maternel, elle perd le fil de la conversation et n’écoute plus. Pourtant quand Marie lui assène « J’ai eu raison, n’est-ce pas ? », prise de court, elle acquiesce. Le soir même, la gendarmerie l’informe que sa mère est en garde-à-vue, et refuse de lui en dire plus… Qu’a-t-elle pu faire encore ?

Pendant les semaines qu’il lui faudra pour comprendre, Cerise traverse quelques turbulences…

Maman est en haut : perchée depuis des années ; en haut de l’arbre généalogique. Une position idéale pour lâcher quelques bombes.. !

 

Ceci est une comédie dramatique familiale qui commence comme Lire la suite

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Présentation de l’éditeur :

pardonnableUn après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.

Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?

Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?

Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Le jeune Milo est dans le coma, et autour de lui sa famille se rassemble juste avant de voler en éclats. Pour supporter la peine, il faut un coupable. On cherche, on trouve. Mais le coupable est-il bien celui que l’on croit ? Y en a-t-il seulement un ?

Il y a mille sortes de coma, et autant de façons de s’en réveiller. Valérie Tong Cuong est une orfèvre, qui maîtrise à la perfection aussi bien la construction romanesque que les nuances des sentiments. Dans Pardonnable, impardonnable, elle dit les glissements de terrain intérieurs et les silences, les digues qui cèdent, le temps perdu qui ne se rattrape pas, tout ce que l’on bâtit sur des erreurs, et les mensonges qui sauvent parfois.

Valérie Tong Cuong joue avec les émotions de son lecteur et invite à ne pas se fier aux apparences. Tout est toujours moins simple qu’il n’y paraît. Ce qu’on croit penser des personnages évolue en permanence. Rien n’est fabriqué, tout sonne juste.

Il y a mille manières de se sauver. Sauver les autres est l’une d’elles.

Pardonnable, impardonnable est une plongée fascinante dans les profondeurs abyssales de nos âmes, des secrets et des non-dits. Une spirale étourdissante dont personne ne peut s’extraire indemne. Un roman à quatre voix autour de cinq personnages qui nous accompagnent pour longtemps.

Valérie Tong Cuong fait partie de ceux qui ont compris bien des choses du monde et des existences qui le traversent. Dans son roman, elle pose de nombreuses questions. Chacun est libre d’en chercher les réponses.

Editions JC Lattès, janvier 2015, 340 pages, 19 euros

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Fragments

« Depuis qu’il a fêté ses douze ans, il n’est plus certain d’être encore un enfant. » (page 22)

« Combien de fois dans une vie l’être humain renonce-t-il à se faire confiance ? » (page 27)

« Les grandes douleurs unissent plus sûrement que les joies. » (page 30)

« On ne mesure correctement que ce que l’on perd. » (page 46)

« Les coupables ne sont pas toujours ceux qui tiennent l’arme du crime. » (page 49)

« Ce n’est qu’avec le temps qu’on mesure la profondeur de nos blessures. » (page 63)

« Il y a des secrets dont il faut parler tout de suite ou plus jamais. » (page 64)

« Tant qu’on ne sait pas que le luxe existe, pourquoi veux-tu qu’il nous manque ? » (page 102)

« La vérité est-elle un devoir ? » (page 137)

« Ce qui n’est pas encore dit n’existe pas. » (page 137)

« Il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie. » (page 156)

« C’est lorsque l’on n’a plus rien à perdre que l’on est le plus dangereux. » (page 170)

« Ce n’est pas la manière dont les choses arrivent qui compte, c’est la raison pour laquelle elles se produisent. » (page 175)

« Trop de lumière aveugle. » (page 221)

« Il y a toujours quelqu’un assis plus haut que vous pour vous regarder avec dédain. La seule façon d’y échapper n’est pas de continuer à grimper, mais de se moquer de ce regard-là. » (page 235)

« Le viol des sentiments est-il plus acceptable que celui des corps ? » (page 237)

« Être écrasée par un éboulement et vivre encore, hélas. » (page 262)

« Il y a une forme de libération à apprendre sa malédiction. » (page 267)

« Je me cogne aux quatre murs de mon isolement. » (page 295)

« Je lui ai volé ma présence, y compris lorsque j’étais là. » (page 305)

« C’est la situation qui est monstrueuse. Notre capacité commune à nous tromper sur l’essentiel. Notre manière d’enfouir nos erreurs en espérant qu’elles s’annuleront. Mais par-dessus tout : nos silences. » (page 315)

La battue, Gaël Brunet

La battuePrésentation de l’éditeur :

Le chalet est perdu dans un paysage magnifique, avec le Mont-Blanc à l’horizon. Olivier est né et a grandi là, sur l’exploitation familiale. Pourtant, cela fait des années que ce trentenaire devenu parisien n’est pas revenu au village natal. Mais, cet été-là, sur l’insistance de sa mère et celle de sa jeune compagne, il se décide enfin à renouer les liens avec les siens. Sous l’ombre imposante des montagnes, arriveront-ils à desserrer les tenailles du passé ?

 

 

Olivier n’a plus parlé à son père depuis 17 ans. La chèvre Caramel, qui appartient au trentenaire désormais Parisien, et dont s’occupe le patriarche, est le seul lien qui subsiste entre eux.

La montagne, c’est plus près du ciel et l’on y respire mieux qu’en ville. Mais dans le chalet, l’atmosphère est suffocante des non-dits apparus avec le drame familial qui a creusé entre les membres de la famille d’infranchissables fossés. Marc, l’aîné, et mort accidentellement des années auparavant. L’absent est au cœur de tous les silences ; l’absent prend toute la place.

Le passé est un volcan, explosif et menaçant, dont chacun veille à se tenir éloigné.

 

Comment se faire sa place dans un tandem père-fils si fusionnel ? Comment exister dans l’ombre du frère prodigue ? Comment rompre un silence installé depuis trop longtemps ? Faut-il seulement le rompre ? Autant de questions que pose Brunet dans son deuxième roman. Il dresse le portrait de deux frères aussi dissemblables que le sont les chevreaux, et entraîne le lecteur dans une famille banale qui n’a jamais surmonté la perte de l’un des siens.

 

L’on devine rapidement ce qui va se passer ; mais cela n’empêche pas la tension de s’installer entre les pages et d’aller crescendo. Gaël Brunet dépeint à merveille les atmosphères pesantes, rendant très réaliste ce presque huis clos. Malgré un style parfois ampoulé, les images sont fortes et marquent durablement.

Il campe des personnages attachants, en particulier ce narrateur qu’on a envie de secouer, comme le fait à sa façon sa compagne, plus effacée et moins incarnée.

Et de même que les combats les plus violents peuvent se mener sans que ne coule le sang, la battue ne sera pas forcément celle qu’on croit.

 

La battue a reçu le prix Alain-Fournier 2014.

 

Le Rouergue, collection La brune, 2013, 216 pages, 19 euros

 

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Phrases choisies :

 

« Le temps défait les liens, même les plus étroits. » (page 14)

 

« Je vais retrouver la montagne comme on plonge dans un bain d’eau glacée. Sans un bruit, en aveugle, la respiration presque coupée. » (page 15)

 

« J’aurais aimé être l’aîné ou bien fils unique, pour vivre autre chose et ne pas connaître ce rôle du cadet, un rôle de figurant, loin de la lumière et des paires d’oreilles attentives. » (page 76)

 

« Comme si la vie n’était finalement qu’un épuisement des ressources affectives dont chacun semble doté à la naissance. » (page 76)

 

« Nous ne sommes pas venus ici pour en arriver là. » (page 86)

 

« Mon existence ne suffit pas. Et elle ne suffira jamais. Je le sais et cela me dévore. » (page 104)

 

« Je suis né second, dès le départ un handicap dont il est impossible de se défaire, une tare pour la vie. » (page 106)

 

« La souplesse garantit toujours la finesse. » (page 108)

 

« Je ne faisais rien d’autre que cela, rêver et observer le monde autour de moi, attendant en somme que la vie choisisse pour moi. » (page 113)

 

« Pour l’avoir longtemps cherchée, je sais que la fonction reset n’existe pas. On n’oublie jamais. » (page 160)

 

« Dans la vie, il y avait deux espèces bien distinctes : ceux qui apparaissaient toujours sur le papier glacé et puis les autres, derrière les appareils. » (page 169)

 

« J’en suis venu à penser qu’il valait parfois mieux vivre en l’absence de réponses qui peuvent faire plus de mal que de bien. Et avec le temps, on oublie tôt ou tard les questions. » (page 177)

 

« Elle est aujourd’hui mon unique monde connu. » (page 178)

 

« L’hiver ne me semble pas être la seule saison. Au fond de moi, je sais qu’il y a aussi l’été. » (page 184)

 

« Un mouvement, quelques pas sur le quai, deux marches et c’était toute la vie qui changeait. » (page 189)

Nous étions une histoire, Olivia Elkaim

Nous étions une histoireJ’ai dit sur My Boox tout le bien que j’ai pensé du roman d’Olivia Elkaim (Stock, février 2014, 256 pages, 18,50 €).

 

« Nous sommes une famille sans histoire. », c’est ce que répète la mère d’Anita à qui veut bien l’entendre. Anita pourtant en raconte, qui est scénariste pour la télévision. « T’as plein d’histoires à raconter, mais tu veux pas fracturer ta carapace. » lui reproche le producteur avec qui elle travaille. 

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Depuis la naissance de son fils Orson, Anita a l’impression de se « trimbaler le ventre ouvert », toutes ses tripes à l’air libre. Et elle se sent « aspirée dans un trou de mégot », les trous des mégots de l’enfance et des souvenirs, ceux qui maculaient la toile cirée dont était recouverte la table de chez sa grand-mère, cité des Lierres.

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Ce n’est pas d’hier que l’on sait qu’il est difficile de savoir où l’on va sans savoir d’où l’on vient. Mais on a beau le savoir… Anita s’en va. Marseille. La cité des Lierres. Le psychiatre à Belsunce. Qui finira par lui rappeler le proverbe yiddish : « Sept fois à terre, huit fois debout. » Anita est la fille de Rosie, qui a épousé le folklore juif en même temps que son homme. Rosie qui, petite fille, a lâché « Il y a un monsieur qui habite avec nous. » à son père venu les retrouver, sa mère et elle, après deux ans de séparation.

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J’ai beaucoup aimé le récit du périple d’Anita partie enterrer ses morts. D’autant plus que je connais bien certains des lieux par lesquels passent les personnages.

Ci-dessous, pour compléter, un florilège de passages choisis.

 

« Il est attendu que je m’extasie.

Rien ne m’émerveille.

Je guette l’instant, millième de seconde, où je serai secouée, transportée, convertie. J’attends que l’amour maternel tombe sur mes épaules comme l’amour du Christ, en une colonne de lumière, de joie irradiante.

Mais rien.

Je suis seule, chair corrompue et vide. » (page 33)

 

« Nous ne partirons plus à l’aventure, c’est fini. » (page 37)

 

« Je n’écris jamais, d’habitude. Rien ne me vient en mots. Tout me vient toujours en images, en séquences de films. » (page 50)

 

« Ma mère ne parle jamais de sa mère. A personne. Ni à ses amis, ni à mon père, ni à moi, comme si elle n’avait pas de mère, comme si elle ne s’inscrivait dans aucune histoire familiale.

Odette est le tabou absolu. » (page 56)

 

« Ma mère, mes amis, mes collègues, les commerçants, des inconnus au square, dans l’autobus, un chauffeur de taxi, tout le monde me pose cette question : « Alors, c’est le bonheur ? », sans attendre de réponse.

Que leur dire ? » (page 73)

 

« Quand tu deviens médecin, tu ne peux plus t’empêcher de voir, de voir nettement ce qu’il y a derrière la peau des gens, l’emboîtement de leurs os, leurs viscères, le flux permanent de leur sang. Tu te mets à entendre tous les bruits infimes de leurs corps. Tu caresses une femme, et tu penses aux contours de son foie, à la qualité de ses reins, à la place de son utérus. » (page 79)

 

« A chaque déménagement, je distribuais mes livres, mes habits. Je voulais être légère. Surtout n’être propriétaire de rien. N’avoir rien à perdre, rien qu’on puisse un jour me prendre ou m’arracher. » (page 84)

 

« L’envie de balancer Orson par la fenêtre ou de l’étouffer sous un oreiller se transforme en une épouvante sourde. » (page 94)

 

« Qu’est-ce qui t’oblige à aimer ton fils ? » (page 131)

 

« Je marche dans les pas d’Odette. » (page 133)

 

« Aucun souvenir n’est vrai. » (page 142)

 

« Il était un homme libre. Il n’avait jamais rencontré une femme aussi libre que lui. » (page 147)

 

« Pourquoi pas lui ? Juste un peu, juste là, contre ce mur du dancing de Carthage, allez, pour un soir, un seul soir, le début d’une nuit étoilée. » (page 183)

 

« Tout aurait pu être différent. » (page 223)

 

Nous étions une histoire - Copie - Copie« Rosie, souvent, elle l’aurait préféré muette, et même, elle l’aurait voulue morte, en robe de communiante allongée dans un cercueil capitonné.

Odette aurait porté le deuil de sa fille. Mais dans sa vérité intérieure, elle aurait été tranquille, parce que les enfants vous dévorent, grignotent la plus petite parcelle de votre sérénité et ne vous donnent jamais rien en retour. Parfois même, au lieu de vous vénérer, ils finissent par vous ignorer, et vous crevez seul et sans amour, quand ils n’agonissent pas d’injures votre tombeau encore ouvert. » (pages 225-226)

 

« Qu’est-ce qu’on risque à se fâcher avec sa mère ? » (page 239)

 

« Quand disparaît la matrice, d’où vient-on ? Erre-t-on indéfiniment à la recherche d’un lieu où se cacher ? » (page 250)

Conception, Ariane Zarmanti

ConceptionPrésentation de l’éditeur :

On ne choisit pas sa famille. Mais qui n’a pas rêvé de la réinventer ? Qui n’a pas tenté au moment de devenir parent de faire « autrement » que ceux qui nous ont précédés ?

Conception est le roman d’une de ces tentatives, celle d’une famille composée à partir de l’amitié, plutôt que de l’amour. Signe d’un monde en bascule, l’ouvrage ne prescrit rien. Il se contente de constater, pêle-mêle : la fin du patriarcat, les failles du mariage d’amour, la difficulté d’accorder nos vies multiples (amoureuse, parentale, professionnelle…).

La langue d’Ariane Zarmanti est âpre, comme le sont parfois nos déclarations de principe et nos brusques résolutions. Elle laisse entendre, une fois de plus, que l’autofiction ne consiste pas à fantasmer à partir de soi, mais à dire nos arrangements avec les autres, et à les transformer.

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Quatre parents pour un seul enfant. Et pourquoi pas ?

Dans ce livre à la frontière du roman et du récit, Ariane Zarmanti expose ses choix de femme et de mère : elle a décidé de dissocier sexualité et parentalité. Le père de son enfant ne sera donc pas son amant. Elle raconte un parcours en marge des schémas traditionnels sans chercher à convaincre quiconque. Il n’y a pas de mieux ou de moins bien, juste une volonté de trouver sa propre formule, et une trajectoire personnelle, une décision mûrement réfléchie, prise en pleine conscience.

 

Dans le débat actuel sur la famille, ce que la notion regroupe, la légitimité de permettre à certains d’y accéder, etc., ce livre pose des questions pertinentes et invite à intellectualiser l’acte reproductif, à dépassionner  l’enfantement.

 

Le point de vue défendu par l’auteur est présenté sous la forme originale de missives adressées à l’entourage, proches ou environnement social. Le ton est on ne peut plus juste, le rythme entraînant, la plume est délicate, l’écriture à vif. La sincérité du « produit livre » est à la hauteur de la démarche exposée.

 

Une lecture utile, un livre symptôme des interrogations contemporaines, qui s’inscrit déjà dans une époque.

 

Editions Omniscience, coll. Littérature du réel, mars 2014, 192 pages, 17,90 €

 

 

Fragments choisis :

 

« Ton père, tu veux vraiment que je te dise, je l’ai trouvé dans le journal. » (page 9)

 

« Si t’es fait pour quelqu’un, t’es fait comme un rat. Statistiquement parlant, je veux dire. » (page 11)

« Mieux vaut s’accommoder de l’idée que t’es fait pour personne. Surtout, prendre ce qu’on te donne, sans demander ton reste. » (page 11)

 

« Depuis longtemps déjà la décision était prise. S’agissait de ne pas se planter. De dissocier nettement sexualité et parentalité. Savoir couper le cordon. Anticiper la séparation. Tracer une ligne de démarcation. D’un côté, l’homme que tu désires. De l’autre, celui dont tu désires un enfant. Pas mélanger, jamais. » (page 12)

 

« La famille parfaite n’existe que dans les contes et dans les magazines. » (page 12)

 

« Je n’ai jamais cru qu’on pouvait fonder quoi que ce soit sur l’amour. » (page 13)

 

« Aimer au présent, sans faire peser sur l’amour le poids de l’avenir. » (page 13)

 

« Souvent amour varie. L’amitié, moins fébrile, ne nie pas la solitude que chacun porte en soi. » (page 14)

 

« Une de mes amies, mère depuis peu, m’avait avoué quelques temps auparavant : « Les parents divorcés, on les envie. La garde partagée, ça permet de respirer. » Dans la coparentalité – le mot commençait à infuser – je voyais enfin la possibilité d’un véritable partage des tâches, en évitant la brisure, les coups bas, la culpabilité, la suspicion, les rancunes. » (page 37)

 

« Comme si le père avait un rôle à remplir, qui ne lui collerait pas tout à fait à la peau, alors que la mère a le rôle incarné comme un ongle, avec l’enfant coincé sous sa peau bien tendue. » (page 39)

 

« J’en sais rien, moi, si c’est possible de prévoir ce qui nous advient face au marmot, une fois qu’on y est, et qu’il est là, pas du tout comme on avait imaginé, il est là, qu’y peut-on. » (page 40)

 

« Le genre de personne qui mange en premier ce qu’il y a de meilleur dans l’assiette, j’ai pensé, alors que moi, je garde toujours le meilleur pour la fin, après avoir rempli toutes mes obligations, la priorité étant d’être efficace, pas de se faire plaisir. » (page 52)

 

« La fidélité est une valeur spécieuse. Les amis ne vous demandent pas l’exclusivité, je ne vois pas pourquoi les amants l’exigeraient. » (page 62)

 

« Parfois je me demande de quel droit vous laissez encore vos noms traîner en moi, ça m’exaspère, ce manque d’égard, vous auriez quand même pu prendre toutes vos affaires en partant, il paraît que c’est comme ça qu’on fait, on évite de laisser des traces, on nettoie derrière soi, on laisse les lieux aussi propres qu’on les a trouvés. » (page 68)

 

« J’ai à l’intérieur de moi bien plus que la terreur de tes coups potentiels. J’ai la trouille de porter ton enfant. » (page 82)

 

« Les hommes se retirent toujours en emportant des morceaux imprévus de moi. » (page 83)

 

« Je préférerais que tu sois un garçon, pour te soustraire aux articles de magazines, ceux qui te traquent à coups d’enquêtes médicales, ceux qui t’affirment que l’heure biologique tourne, tic tac, que ton capital fécondité s’effrite, tic tac tic tac, qu’attention tu seras moins fertile après trente ans, tacatacatac. » (page 90)

 

« C’est ainsi que cela se présentait à mon esprit : si je n’arrivais pas à écrire, pour une raison ou pour une autre, je me replierais sur la maternité. » (page 95)

 

« Enfanter nous infantilise. » (page 98)

 

« Si on peut baiser sans faire un enfant, je ne vois pas pourquoi c’est si choquant de faire un enfant sans baiser. » (page 108)

 

« Je crois qu’il n’y a pas une seule façon de faire et d’élever un enfant dans la joie, de la même manière qu’il n’y a pas une seule et unique façon de faire l’amour, ou d’entrer en amitié. » (page 108)

 

« Si je n’avais pas vécu sous le même toit que mes parents, je crois que j’aurais eu une meilleure opinion de la famille. » (page 110)

 

« S’estimer, parfois, c’est moins nocif que s’aimer. » (page 111)

 

« Il y a ceux, aussi, qui me demandent si j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, et je sens pointer là un léger soupçon d’égoïsme. Oui, j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, puisque je ne lui choisis pas pour père l’homme que j’aime, celui avec qui j’aime coucher, moi, personnellement, mais celui dont j’estime qu’il sera le père qu’il lui faut. Et qu’il compensera mes défauts. » (page 111)

 

« Enfanter, c’est se confronter à l’inattendu. » (page 112)

 

« Mon sexe a un cerveau et mon cerveau un sexe. » (page 114)

 

« Tu es mon utopie. » (page 116)

 

« Vous préférez quoi, une petite épisio ou une grosse déchirure ? Qu’on coupe son nez ou votre clitoris ? » (page 130)

 

« Le repli n’est pas la solution, sais-tu, nous ne pourrons pas éternellement nous planquer toi et moi dans notre cocon, il faudra bien se frotter au monde. » (page 155)

 

« Je suis là pour cela, faire nombre, garnir la foule. Et je rejoins un cortège, au hasard. Je regarde les banderoles, en spectatrice. Quand on chante, quand on crie des slogans, je me tais , les larmes aux yeux, la respiration heurtée, sans participer de vive voix, mais présente. J’aime bien ces moments-là. Cela m’émeut. Je trouve ça beau d’être plusieurs. » (page 156)

 

« Les tout petits, de quelques jours à peine, porte sur eux le cadavre de leur vie prénatale. » (page 160)

 

« Tu es une enfant très entourée. Nous te couvrons d’appréhension. » (page 164)

 

« Faire confiance aux inconnus, c’est ma devise, sinon on ne s’en sort pas. » (page 167)

 

« Faudra se surveiller. C’est elle, désormais, notre surmoi. » (page 174)

 

« Tellement plus facile de parler aux absents. Les présents ont toujours tort. » (page 186)

Petites scènes capitales, Sylvie Germain

Présentation de l’éditeur :

petites-scènes-capitales-germain« L’amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l’enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu’elle croit l’approcher au plus près, au plus brûlant. L’amour, un mot hagard. »

Tout en évocations lumineuses, habité par la grâce et la magie d’une écriture à la musicalité parfaite, Petites scènes capitales s’attache au parcours de Lili, née dans l’après-guerre, qui ne sait comment affronter les béances d’une enfance sans mère et les mystères de la disparition. Et si l’énigme de son existence ne cesse de s’approfondir, c’est en scènes aussi fugitives qu’essentielles qu’elle en recrée la trame, en instantanés où la conscience et l’émotion captent l’essence des choses, effroi et éblouissement mêlés.

 

 

 

 

Parfois, la scène paraît tout en insignifiance. Ainsi la troisième, qui débute par « Un bestiaire sonore enchante sa petite enfance. »et se termine par « Voix de sa solitude avec son père. ». Entre ces deux phrases, presque rien d’autre que des bruits d’oiseaux. Dispensable, dirait le lecteur qui a abandonné depuis trop longtemps l’enfant en lui, ou celui qui n’a jamais connu le silence des taiseux.

 

Et puis parfois, un monde se déroule en quelques lignes. Un micro événement qui marquera éternellement celle qui le vit. La découverte de son véritable prénom, la rencontre avec un exhibitionniste. « La scène est très brève et se joue à la muette, mais elle l’affecte durablement. » Les petits instants touchent, troublent, frappent souvent plus que les grands. La mort qui s’invite, à plusieurs reprises. Les grands drames aussi forgent l’identité.

 

 

Au fil de ces 49 scènes, l’histoire familiale de Lili-Barbara se déroule, nourrie de tragédies domestiques et de grandes dates d’une époque en ébullition. L’écriture lumineuse de Sylvie Germain dessine les ombres et les lumières d’un effondrement qui a commencé très tôt dans l’enfance – et dont il faudra bien tenter de se relever.

Son style éblouit aussi bien dans la construction du livre, cette sélection apparemment aléatoire dans laquelle, cependant, rien n’est laissé au hasard, que dans la prose presque musicale ; le titre déjà en était une figure.

 

Un roman tout en fragilité et en fausse candeur.

 

 

Albin Michel, août 2013, 256 pages, 19 euros

lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten 

 

 

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Toute la rentrée littéraire 2013

 

Quatre phrases :

 

« Le jour où son père lui annonce la mort de cette inconnue qui lui est d’une intimité lancinante et dont elle attend le retour avec une patience inébranlable, elle ne dit rien, ne demande rien, elle court faire de la balançoire à en perdre le souffle. » (page 15)

 

« Elle est un petit animal humain surpris par un goût fade et visqueux, saisi par une pensée bien trop vaste pour lui. » (page 18)

 

« Deux élans inverses se disputent en elle : celui d’un tenace désir de vivre, celui d’un violent attrait de la mort. » (page 46)

 

« Elle mange sans faim, le silence qui sature la chambre de sa grand-mère se transforme lentement en nœud dans sa gorge ; mais elle mange en abondance, pour lutter contre ce nœud, précisément. » (page 49)

[Prix du Style 2013] Petites scènes capitales, Sylvie Germain

seconde-selection-2013Comme l’année dernière, j’ai le plaisir de lire la sélection du Prix du Style, qui sera remis le 19 novembre prochain au Palais de Tokyo. Six titres figurent sur la deuxième liste et seront ici présentés. Les voici par ordre alphabétique d’auteurs :

 

Trois grands fauves – Hugo Boris (Belfond)

Petites scènes capitales – Sylvie Germain (Albin Michel)

La première pierre – Pierre Jourde (Gallimard)

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître (Albin Michel)

Faillir être flingué – Céline Minard (Rivages)

Une année qui commence bien – Dominique Noguez (Flammarion)

 

Présentation de l’éditeur :

 

Sacha Lenormand pour le Prix du Style www.sachalenormand.com

« L’amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l’enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu’elle croit l’approcher au plus près, au plus brûlant. L’amour, un mot hagard. »

Tout en évocations lumineuses, habité par la grâce et la magie d’une écriture à la musicalité parfaite, Petites scènes capitales s’attache au parcours de Lili, née dans l’après-guerre, qui ne sait comment affronter les béances d’une enfance sans mère et les mystères de la disparition. Et si l’énigme de son existence ne cesse de s’approfondir, c’est en scènes aussi fugitives qu’essentielles qu’elle en recrée la trame, en instantanés où la conscience et l’émotion captent l’essence des choses, effroi et éblouissement mêlés.

 

 

 

 

Parfois, la scène paraît tout en insignifiance. Ainsi la troisième, qui débute par « Un bestiaire sonore enchante sa petite enfance. »et se termine par « Voix de sa solitude avec son père. ». Entre ces deux phrases, presque rien d’autre que des bruits d’oiseaux. Dispensable, dirait le lecteur qui a abandonné depuis trop longtemps l’enfant en lui, ou celui qui n’a jamais connu le silence des taiseux.

 

Et puis parfois, un monde se déroule en quelques lignes. Un micro événement qui marquera éternellement celle qui le vit. La découverte de son véritable prénom, la rencontre avec un exhibitionniste. « La scène est très brève et se joue à la muette, mais elle l’affecte durablement. » Les petits instants touchent, troublent, frappent souvent plus que les grands. La mort qui s’invite, à plusieurs reprises. Les grands drames aussi forgent l’identité.

 

 

Au fil de ces 49 scènes, l’histoire familiale de Lili-Barbara se déroule, nourrie de tragédies domestiques et de grandes dates d’une époque en ébullition. L’écriture lumineuse de Sylvie Germain dessine les ombres et les lumières d’un effondrement qui a commencé très tôt dans l’enfance – et dont il faudra bien tenter de se relever.

Son style éblouit aussi bien dans la construction du livre, cette sélection apparemment aléatoire dans laquelle, cependant, rien n’est laissé au hasard, que dans la prose presque musicale ; le titre déjà en était une figure.

 

Un roman tout en fragilité et en fausse candeur.

 

 

Banniere Px styleAlbin Michel, août 2013, 256 pages, 19 euros

 

 

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« Le jour où son père lui annonce la mort de cette inconnue qui lui est d’une intimité lancinante et dont elle attend le retour avec une patience inébranlable, elle ne dit rien, ne demande rien, elle court faire de la balançoire à en perdre le souffle. » (page 15)

 

« Elle est un petit animal humain surpris par un goût fade et visqueux, saisi par une pensée bien trop vaste pour lui. » (page 18)

 

« Deux élans inverses se disputent en elle : celui d’un tenace désir de vivre, celui d’un violent attrait de la mort. » (page 46)

 

« Elle mange sans faim, le silence qui sature la chambre de sa grand-mère se transforme lentement en nœud dans sa gorge ; mais elle mange en abondance, pour lutter contre ce nœud, précisément. » (page 49)

 

 

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