Dominique, Cookie Allez

Présentation de l’éditeur :

DominiqueDans un avenir assez proche, l’être humain aura la possibilité de choisir son sexe : Gabriel et France en sont convaincus.

Ils décident d’offrir à leur premier rejeton une éducation déconnectée de toute référence à la réalité physiologique inscrite sur son acte de naissance. Ils s’étaient armés pour faire face aux préjugés, mais ils n’avaient pas tout prévu…

Dominique raconte avec humour les tribulations d’une famille en Utopie, dans un suspens psychologique qui se maintient jusqu’à la fin !

Puisque l’identité sexuelle peut n’être que provisoire, à quoi bon la révéler ? Les parents de Dominique ont décidé pour leur enfant d’un prénom épicène. Fille ou garçon, Dominique choisira. Mais il y a la rumeur, cette odieuse bavarde, qui court…

Tandis que tout le monde se demande, comme la grand-mère anglaise, « C’est quoi le vrai sexe de cette bébé ? », et que tout le quartier rêve de déculotter Dominique, les parents s’entêtent à ne pas vouloir divulguer son sexe. Dominique est « un bébé de sexe inconnu ». Dominique est un ange, et un ange n’a pas de sexe.

Pour tenir la ligne de conduite qu’ils se sont fixés, les parents devront se montrer créatifs (le pantalon, par exemple, est-il fondamentalement unisexe ? Il est des pays où les hommes portent la robe) – mais plus que la leur, c’est la créativité de Cookie Allez qui mérite d’être saluée. Car l’utopie résiste mal aux contraintes de la réalité, et Dominique grandit. A 4 ans arrive la lecture, et avec elle c’est le monde qui se déploie – avec l’envie pour chacun d’y faire sa place. A 7 ans, le secret commence à devenir une bombe à retardement…

« Il faut se méfier des préjugés », écrit Cookie Allez à la première page de son roman, avant de descendre en flèche celui selon lequel il est impensable de tenir 272 pages sans révéler le sexe du héros en l’absence de pronom neutre dans la langue française, comme il en existe ailleurs, en anglais ou en suédois par exemple. Véritable exercice de style, Dominique regorge de trouvailles et d’humour.

Après un ventre mou lorsque l’enfant est bébé, le suspense prend le pas sur les longueurs – et à mesure que l’enfant grandit, il devient insoutenable ! La fin donne tout son sens à cette fantaisie moins légère qu’il n’y paraît.

Reste cette question : peut-on voir grandir un enfant sans que le genre n’influe sur sa personnalité ? Après tout, « les sexes sont égaux mais pas identiques. »

Buchet/Chastel, janvier 2015, 272 pages, 15 euros

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Petites phrases :

« Rien de tel que les chevauchées pour mûrir les idées. » (page 38)

« Devenir un voisin, c’est attraper des défauts propres à l’espèce. » (page 88)

« Evidemment, au début, le sexe n’est pas toujours inscrit sur le front. » (page 95)

« L’inconscient est parfois très éloquent. » (page 116)

« Le passé, à condition de le regarder sans a priori, sans volonté de démonstration, donne de formidables leçons. » (page 120)

« Les sexes sont égaux mais pas identiques. » (page 121)

« Il faut se comparer à d’autres pour prendre conscience de dissemblances. » (page 130)

« Le masculin l’emporte toujours sur le féminin, ce serait bien la preuve qu’il y a une attitude machiste là-dessous. » (page 138)

« Que serait le piment de la vie sans la perspective de la mort ? » (page 155)

« Fallait-il bousculer l’ordre naturel pour de rares exceptions ou pour quelques désirs particuliers ? » (page 155)

« Pour accueillir des révélations, il faut être prêt à les entendre. » (page 190)

« Robe et pantalon ne sont sexués que dans les images qu’une culture leur confère. » (page 209)

« La vie est une œuvre d’art en cours. » (page 226)

« On peut faire partie des êtres célestes et croire au Père Noël. » (page 230)

« Il n’y a pas de vie en société sans un minimum de règles. » (page 256)

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Histoire de l’art d’un nouveau genre, Anne Larue & Magali Nachtergael

??????????????????????Présentation de l’éditeur :

L’art a-t-il un genre ?

Il y a eu le genre masculin pendant bien longtemps. Mais aujourd’hui, on sait que ce n’était pas un homme seul, le génial « peintre des cavernes », qui réalisait les décorations des grottes préhistoriques, mais des groupes, de surcroît majoritairement féminins. On sait qu’un soi-disant « grand maître » n’était jamais qu’un patron d’atelier, que les épouses et les élèves étaient en réalité de vraies artistes, masquées par l’hypocrisie de leur temps. La Renaissance et toutes les autres époques regorgaient de pictoresses extraordinaires ! Le temps est venu de chasser beaucoup d’idées reçues sur l’histoire de l’art.

 

Dans l’art comme dans bon nombre d’autres domaines, ceux que l’on appelle les « grands hommes » ont rarement travaillé seuls. Œuvraient à leurs côtés, sous leurs ordres, dans leur ombre, des petites mains, celles d’exécutants, d’apprentis, de mécènes, d’inspirateurs… qui étaient aussi bien hommes que femmes. Quant à l’artiste en personne, on le croit, avec le recul, plus souvent homme que femme – était-ce véritablement le cas ? (sans compter qu’il peut être né homme comme femme sans nier qu’il n’est pas seulement cela ; ainsi Marcel Duchamp laisse-t-il éclater sa féminité en Rrose Sélavy, le personnage qu’il devient en se travestissant.)

 

Anne Larue et Magali Nachtergael, qui toutes deux enseignent la littérature et les arts à l’université, proposent une chronologie de l’histoire de l’art éclairée par la question du genre. D’exemples précis à des panoramas plus généraux, s’intéressant aux œuvres comme aux artistes et à toutes les formes de discriminations subies, elles brossent un portrait original des mille façons dont le féminin s’est inscrit dans l’histoire de l’art, du néolithique à aujourd’hui.

 

Car si « génie » est masculin dans le dictionnaire, si c’est généralement le cas aussi dans la mémoire collective, la réalité du terme est loin d’être aussi catégorique et ce bel objet richement illustré redonne sa juste place au féminin dans l’histoire de l’art.

 

Un ouvrage accessible (ce qui, en ce qui concerne les beaux livres, est assez rare pour être souligné), original et passionnant, dont les courts chapitres permettent une lecture fractionnée, et dont le propos, sociologique plutôt que féministe, invite avant tout à penser autrement une histoire de l’art dont on a jusqu’à présent tenu la masculinité pour acquise.

 

S’il était avéré que c’étaient les femmes préhistoriques qui ont peint les cavernes, si l’idée était admise depuis longtemps par nos sociétés, quel serait l’état du monde aujourd’hui ?

 

Éditions Max Milo, octobre 2014, 179 pages, 29 euros

 

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