L’écrivain national, Serge Joncour

Présentation de l’éditeur :

l-ecrivain-nationalParti rencontrer ses lecteurs dans une ville du centre de la France, Serge se retrouve impliqué dans un fait divers local. Un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu. Les soupçons se portent sur deux jeunes marginaux, Aurélik et Dora. Cet « écrivain national », comme l’appelle malicieusement M. le Maire, va enquêter à sa manière, celle d’un auteur qui recueille des confidences et échafaude des romans, dans l’espoir de se rapprocher de la magnétique Dora.

Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension.

Un écrivain prénommé Serge est accueilli pour quatre semaines en résidence à Donzières, bourgade où rien ne se passe jamais. Sauf en ce moment : Lire la suite

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Repose-toi sur moi, Serge Joncour

Présentation de l’éditeur :

joncour-repose-toiAurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.

Dans ce roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer semble être la dernière façon de résister.

De part et d’autre de la cour d’un immeuble parisien, les vies se devinent lorsqu’on allume les lumières le soir. Ces vies derrières les double-vitrages sont destinées à n’en pas sortir. Mais si elles se rencontrent, si l’on dépasse le fantasme et qu’on va au-delà de l’anonyme « Bonsoir ! » lancé sans intention dans le hall d’entrée ? C’est ce qui arrive à Aurore et Ludovic, pour le meilleur ou pour le pire… Lire la suite

Trois fois le loyer, Julien Capron

Présentation de l’éditeur :

Trois fois le loyerIl s’agit d’une quête. Peut-être pas la plus arthurienne des quêtes, mais pas forcément la moins épique : trouver, de nos jours, un logement à Paris. Et les moyens de se l’offrir.
C’est l’histoire d’un couple qui a commis une erreur : croire qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie. Cyril est photographe de presse, Pauline cuisinière free-lance. Ils naviguent entre Montmartre et les jolis cafés des bords de l’Ourcq. En clair, ce sont des bobos. Mais des bobos sans complexe de supériorité et qui défendent courageusement leurs rêves.
Célibataires, ils se débrouillaient avec des miettes de revenus. Ils se sont rencontrés, ils sont tombés amoureux, ils ont décidé de s’installer ensemble. Le deux-pièces où ils devaient emménager leur échappe. Ils n’ont que quelques jours pour trouver un toit.
Les agents immobiliers les éconduisent à une cadence de métronome. Bientôt, c’est la plongée dans l’envers de Paris, celui des trafics et des misères. Pauline et Cyril n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir : le poker.
Il va falloir apprendre à jouer. Il va falloir faire équipe au-delà des bonnes intentions et des jolis sentiments.

Ne parvenant à trouver un appartement par leurs propres moyens, y compris avec de faux bulletins de salaire, et ne voulant retourner vivre chez leurs parents, Pauline et Cyril s’installent dans un hôtel miteux qu’ils paient à la semaine. Cyril tente de renflouer les caisses en jouant en ligne au poker. Malgré cela, leurs économies fondent comme neige au soleil…
Jusqu’à ce que se présente ce qui apparaît comme une aubaine : un tournoi de poker avec à la clé un superbe appartement dans les beaux quartiers de la capitale. Sauf qu’il faut impérativement y participer en couple. Cyril entreprend donc d’enseigner à Pauline les règles de ce jeu qui prend cinq minutes à apprendre et toute une vie à maîtriser.
Le poker est ce jeu qui se pratique avec 52 cartes, et dans lequel il existe 1 326 combinaisons de deux cartes avec lesquelles on peut se retrouver au départ. Voici Cyril et Pauline engagés dans le tournoi.
Et si, pour se sortir de l’enfer, ils venaient de plonger dans un autre ?

Étant donné le titre – c’est lui qui m’a attirée -, j’aurais aimé que davantage d’importance soit accordée aux recherches immobilières, qui ne servent finalement que de prétexte à la suite. A défaut, j’ai découvert le déroulement d’un tournoi de poker et, même si j’ai sauté bien des pages en expliquant les règles, je me suis laissé prendre par le suspense qui rythme la compétition – et donne au roman des airs de thriller psychologique.
D’autant que Julien Capron parsème régulièrement sa prose de phrases bien senties qui disent tout son talent de fin observateur des êtres faibles que nous sommes et du ridicule de nos existences, le plus souvent.
Bien qu’il n’ait pas ressemblé à ce que j’imaginais, un très bon moment de lecture.

Flammarion, 2012, 384 pages, 20 euros

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Breaks :

« La chance ne donne jamais. Elle prête. » (proverbe suédois page 11)

« Etre adulte, c’est se rendre compte que les revenus, ce n’est pas de l’argent, c’est la définition stricte de ce qu’on pourra et de ce qu’on ne pourra pas vivre. » (page 42)

« De toute évidence, il est difficile de faire admettre à un propriétaire qu’il existe de nos jours toute une économie qui ne fonctionne pas à la paie fixe et à l’échelon hiérarchique. » (page 51)

« Le management, c’est récompenser, mais c’est aussi tenir ses employés sous pression. » (page 54)

« Sa vie est un appareil démonté qu’elle ne sait comment réparer. » (pages 136-137)

« Paris est un piège qui ne veut pas de ses habitants. » (page141)

« Selon Gore Vidal, au poker, il ne suffit pas de gagner. Il faut que les autres perdent. » (page 159)

« Pourquoi faut-il vaincre pour gagner ? » (page 175)

« D’après Walter Matthau, le poker représente le capitalisme dans ce qu’il a de pire. Et donc le meilleur des États-Unis. » (page 214)

« Ça coûte de plus en plus cher d’être pauvre. » (page 239)

« Parfois, aimer quelqu’un, ça consiste à ne pas relever ses injustices. » (page 245)

« Ainsi le grand silence se ride de nos murmures. » (page 269)

« Un couple est une religion, qui construit sans relâche son ciel et sa terre. » (pager 316)

« Pour les Américains, le poker est l’activité la plus violente qu’on puisse pratiquer assis. » (page 324)

« Ils ne jouent pas leur vie mais leur ego. » (page 326)

« Si, au bout d’une demi-heure, t’as pas repéré qui est le pigeon de la table, c’est que le pigeon, c’est toi. » (page 331)

« Comment se fait-il que nos désirs puissent être si forts et que ça ne fasse aucune différence pour la réalité ? » (page 353)

« Les finances peuvent s’effondrer, la rue peut les reprendre, tant que Cyril sera là, son monde tiendra d’un seul morceau. » (page 365)

Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain, Jean-Baptiste Gendarme

Présentation de l’éditeur :

splendeurs et miseresDu désir d’écrire à la parution du premier roman, ce livre révèle et décrypte tous les us et coutumes de la chose littéraire. Témoignages d’écrivains et d’éditeurs à l’appui, ces vingt-sept chapitres sont autant de cailloux blancs pour éviter les pièges et trouver son chemin à travers le monde des lettres.
Jean-Baptiste Gendarme accompagne avec humour et impertinence l’aspirant écrivain dans le singulier marathon qui mène à la publication d’un livre.

Ce petit livre n’est pas tant un guide pratique qu’un recueil de propos censés et d’expériences éloquentes quant à l’écriture, la publication et autres petits drames de la vie littéraire. Une compilation de bon sens qui devrait figurer en annexe de tout contrat d’édition, voire de toute lettre de refus, qu’elle soit type ou (puisque cela existe) personnalisée.

Où l’on a confirmation que l’attente de la réponse, après l’envoi d’un manuscrit, est « la partie la plus sombre de son existence, ce qui empêche toute forme de vie sociale, professionnelle et littéraire » ;
Où l’on apprend que Jean-Philippe Blondel a essuyé 236 lettres de refus (en seize ans) avant de voir son premier roman publié ;
Que les grands éditeurs parisiens reçoivent entre 3 000 et 6 000 manuscrits chaque année ;
Qu’en 1992, Le Figaro littéraire a envoyé un manuscrit de Marguerite Duras à Gallimard, P.O.L. et Minuit, ses trois éditeurs, qui l’ont tous trois refusé ;
Que « ceux qui ont pratiqué un sport de combat ou un art martial seront grandement avantagés » dans la promotion d’un livre ;
Que le fameux « droit de retour » des libraires est une invention de Louis Hachette et date du XIXème siècle ;
Qu’on compte en France près de mille prix littéraires ;
Que la vie mondaine littéraire n’est ni nécessaire ni obligatoire, et que l’on peut tout à fait « restreindre à l’occupation d’écrire le métier d’écrivain » (Fernand Divoire) ;
Que la critique littéraire engendre, tôt ou tard, la complaisance ;
Que nombre d’écrivains dont la renommée n’est plus à faire ont dans leur tiroir des dizaines de manuscrits refusés ;
Que seulement 2 % des écrivains vivent de leurs livres et seulement de leurs livres ;
Et que le livre n’est pas une fin en soi.

« Cher jeune auteur, nous avons le regret de vous annoncer que la publication de votre livre ne va rien changer à votre vie. »

Un petit livre drôle et plein d’esprit, pour se sentir moins seul, ne pas se décourager et relativiser : rien n’est grave, tout ceci n’est que de la littérature. Les illusions perdues, il n’y a plus qu’à se remettre au travail.

Flammarion, 2014, 178 pages, 13 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

La politesse, François Bégaudeau

Hommage de l’auteur absent de Paris, Emmanuelle Allibert

Tu seras écrivain mon fils, François Bégaudeau

Écrivain (en 10 leçons), Philippe Ségur

Petits bonheurs de l’édition, Bruno Migdal

Première ligne, Jean-Marie Laclavetine

Discrétion assurée, Marie-Odile Beauvais

Petites phrases :

« Lire c’est bien, mais bien lire c’est mieux. » (page 18)

« Ecrire est un besoin féroce, tragique, chez tous les écrivains et souvent davantage chez les mauvais que chez les bons. » (Raymond Queneau, cité page 34)

« Avant d’envoyer votre manuscrit, si vous avez quelques amis dans le milieu littéraire, on vous conseille de vous brouiller avec eux. » (page 42)

« L’activité principale d’un éditeur n’est pas de publier, mais de refuser de publier. » (page 53)

« Cher jeune auteur, nous avons le regret de vous annoncer que la publication de votre livre ne va rien changer à votre vie. » (page 62)

« Un article n’a jamais fait vendre un livre. » (page 103)

« L’écrivain est comme un nageur de 1 000 mètres dans sa ligne : il se croit seul dans la piscine alors qu’autour de lui d’autres nageurs enchaînent brasse coulée et papillon crawlé. » (page 105)

« La plupart des livres à succès ne doivent rien à la littérature. » (Jean Carrière, cité page 108)

« Les légendes ne naissent pas par enchantement ; elles se bâtissent. » (page 143)

« Publier son deuxième roman s’avère plus difficile que le premier. » (page 148)

« Ecrire est une longue patience. » (Albert Cossery, cité page 154)

« Ecrire, ça veut dire se retirer du monde, être replié dans un non-lieu où la vie n’a plus cours, avec à la clé cette croyance qu’il peut y avoir quelque chose de mieux que la vie. » (Bayon, cité pages 154-155)

« Ecrire est un travail d’artisan. » (Françoise Sagan, citée page 157)

« Je ne peux rester au travail pendant des journées complètes que quand le livre va vers sa fin, quand il m’intimide moins, quand je me sens plus proche de lui. » (Jean Echenoz, cité page 159)

Lève-toi et charme, Clément Bénech

Présentation de l’éditeur :

Leve-toi-et-charme-de-Clement-Benech-Flammarion_reference2Trop distrait par sa vie parisienne et sa petite amie Annabelle, un étudiant s’exile à Berlin pour finir sa thèse. Très vite, il se montre réceptif à tout ce qui peut différer le moment de s’adonner à la tâche. S’en remettant au hasard et au désir, notre jeune héros prend la vie comme elle vient, persuadé qu’il finit toujours par se passer quelque chose. Et, effectivement, grâce à son chat et à une laverie automatique, il va rencontrer Dora. « Pour se déplacer en ville, elle utilisait la marche. Pour tout le reste, Dora était invivable. » Il cherchera à aller plus loin que ce déroutant constat, quitte à troubler sa relation avec Annabelle.

Clément Bénech, avec ce deuxième livre, a écrit un singulier roman d’apprentissage, où les atermoiements amoureux et les déboires de la vie adulte ne sont pas des rites de passage mais plutôt des expériences parmi d’autres. Ce qui compte, c’est de rester curieux et de toujours se dire « Lève-toi et charme ». Et le charme opère.

Étudiant en géographie, peinant à avancer sur sa thèse, le narrateur, sur les conseils de son directeur, s’envole pour Berlin, une ville « où l’on croise l’histoire à chaque coin de rue ». Là, il fait la connaissance de Dora, jeune demoiselle invivable mais attachante, qui invente sa vie et s’immisce, doucement mais sûrement, dans la sienne. Ensemble, ils passent des moments hors du temps, improbables, mais qui font pourtant bien partie de la vie terrestre.

On retrouve dans ce deuxième roman de Clément Bénech le flegme et la désinvolture qui faisaient déjà le charme de son premier, L’été slovène. L’auteur a le bon goût, par rapport au précédent livre, d’économiser les jeux de mots et de saupoudrer ses lignes de davantage de sensibilité. Se glissent parfois, entre les paragraphes, des photographies, des schémas, des tentatives de dessins, qui ajoutent à la grâce (une forme de) qui enveloppe le texte.

Cette émotion et cette fantaisie concourent au charme et à la fraîcheur de l’ensemble, qui respire la jeunesse et la légèreté, dans un Berlin verdoyant. On s’en délecte – et on attend le prochain opus.

Flammarion, mars 2015, 176 pages, 16 euros

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L’été slovène

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Extraits :

« Il arrive ainsi que quelques mots de notre lecture du soir parviennent à traverser la nuit, pour revenir émerger sur nos lèvres le lendemain matin. » (page 41)

« Nadine aurait été capable de revendiquer son groupe sanguin. » (page 46)

« Habiter dans la même ville que Dora, c’est renoncer à faire des plans pour la journée. » (page 82)

« On oublie trop souvent que tout glisse sur le corps humain. » (page 96)

« L’amour est la seule denrée qui ne se négocie qu’une fois épuisée. » (page 116)

« Le problème de la nostalgie, c’est qu’elle est intransmissible. » (page 161)

L’homme qui aimait trop travailler, Alexandre Lacroix

L'hommequicouvQuatrième de couverture :

Sommer a un problème, mais il est le seul à l’ignorer : il travaille sans cesse. Directeur de la chaîne logistique d’une grande entreprise, il a oublié qu’une autre vie était possible. Il jongle entre les réunions commerciales, les coups de fil et les manœuvres malveillantes de son supérieur hiérarchique, et se targue de maîtriser son emploi du temps à la perfection. Bien sûr, il y a comme un paradoxe entre son engagement, à corps perdu, dans son métier et la dimension parfaitement dérisoire de celui-ci: vendre toujours plus de biscuits à toujours plus de clients. Mais il continue. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne gripper cette machine bien huilée.

En mettant en scène l’homo faber des temps modernes, Alexandre Lacroix nous offre un roman percutant sur notre relation au travail quand elle est vécue comme une servitude volontaire. L’homme qui aimait trop travailler s’ouvre comme une comédie mais pourrait bien se muer en tragédie contemporaine.

 

Nombreux sont ceux qui se reconnaîtront dans le portrait que fait Sommer de lui-même, de la permanente actualisation de ses messageries, et ce dès la première heure de la journée, à son rapport aux listes, et le plaisir inouï, presque jouissif, qu’il ressent quand il en raye les lignes.

Pour ce supply chain manager, le travail est « la clé de la construction de soi ». Hélas, la reconnaissance n’est jamais à la hauteur, et c’est ce qui conduit à l’inévitable : le burn out.

 

L’homme qui aimait trop travailler est un roman bref et rythmé sur l’un des grands maux de notre siècle. Alexandre Lacroix a la bonne idée d’émailler le monologue du narrateur de ses regrets qui prennent la forme de sujets d’études touchés du doigts et laissés de côté – des sujets d’études qui sont aussi des leçons de vie et de philosophie, des enseignements tirés de comportements animaux, végétaux, ou de peuplades plus ou moins lointaines qui valorisent le présent et dont les coutumes permettent de relativiser bien des choses à l’heure, sous nos latitudes, de l’immédiateté et de l’accumulation (des points de retraite, mais pas que).

L’ampleur du sujet aurait cependant mérité davantage de développements.

 

Flammarion, mars 2015, 174 pages, 17 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie

Frank De Bondt Le bureau vide

Laurent Laurent, Six mois au fond d’un bureau

Delphine de Vigan, Les Heures souterraines

Thomas Zuber et Alexandre Des Isnards, L’open space m’a tuer

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Un extrait :

« J’aime, j’adore travailler en open space. Eh oui, je sais ! Il est de bon ton de se lancer dans de longues jérémiades, dans de complaisantes complaintes au sujet de l’organisation décloisonnée des espaces de bureau. Adieu, la belle intimité d’antan ! L’open space soumettrait chacun à la surveillance de tous, ce serait une sorte de dictature inventée par les architectes d’intérieur. Pire, il créerait une source de distraction et de tension nuisant gravement à l’équilibre psychique. Voilà ce qu’on répète à l’envi – rien de plus faux, selon moi. Bon, évidemment, je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’apprécie d’entendre tel collègue pianoter avec nervosité sur son bureau ou tel autre faire cliqueter son stylo-bille, et je reconnais que certaines conversations téléphoniques extraverties neutralisent l’étage pendant plusieurs minutes. Pourtant, j’aurais du mal à me passer de l’open space, auquel je me suis accoutumé comme à une drogue. Si je me retrouvais seul dans un bureau parallélépipédique, les symptômes du manque ne tarderaient pas à se manifester, j’aurais la sensation de manquer de liberté comme un hamster trottinant dans sa roue ; je serais moins en forme, aussi, car j’ai remarqué que les bureaux paysagers permettaient une circulation invisible de l’énergie : quand tout va bien, c’est-à-dire lorsque le brouhaha de l’étage est maîtrisé, régulier comme le ronronnement d’un vieux matou sympathique, il y a une sorte d’électricité palpable dans l’air, chacun est porté par la présence des autres, nous ne faisons plus qu’un seul corps, nous participons à une dynamique unique. Et c’est encore mieux que dans les sports d’équipe. Au volley ou au foot, on n’a la balle que pour de courtes apogées, et l’on est obligé de la repasser rapidement à un partenaire, sous peine d’être houspillé ; les vrais moments d’intensité sont rares. Travailler en open space, c’est pratiquer un sport collectif où il serait possible de jouer perso à l’infini, d’être sans cesse à l’attaque face aux cages. Qui dit mieux ? »

 

Post-it : 

« Un mail est infiniment plus propre qu’une poignée de main. » (page 25)

« On ne peut jamais comprendre ce dont on n’a pas joui. » (page 40)

« Jamais les bonnes manières ne s’affichent de façon aussi éclatante chez un être humain que lorsque la supériorité lui est acquise. » (page 68)

« J’ai compris qu’on pouvait parler en se jetant pour ainsi dire au milieu du silence qui nous sépare de nos interlocuteurs, comme sur un ring. » (page 91)

« Il y a des êtres qui ne peuvent devenir humains que s’ils en bavent. » (page 120)

Attendre, Sandrine Roudeix

couv-Attendre-GFPrésentation de l’éditeur

« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J’ai le cœur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.

Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t’attends. On est le lundi premier mai. Hier, c’était mon anniversaire. J’ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j’ai décidé de te retrouver. »

Sandrine Roudeix a choisi d’écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d’un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l’épreuve de vérité.

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » Lola, 16 ans, attend et espère son père qu’elle n’a jamais vu. Elle l’a imaginé héros, vedette, puissant ; elle se demande si la réalité sera à la hauteur – et s’il viendra seulement.

Marie, mère touchante, tente de convaincre sa fille Lola, mais surtout de se convaincre elle-même, qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la protéger. Marie, indigne à ses propres yeux d’être aimée puisqu’elle n’a pas « refait sa vie » ; Marie qui se sent coupable et qui depuis toujours se rend aux rencontres avec le corps enseignant comme d’autres comparaissent devant un tribunal.

Enfin il y a ce père qui veut avoir « la possibilité, toujours, de remonter l’ancre et de [se] barrer », mais à qui on n’a peut-être pas donné tant que cela l’opportunité de jeter l’ancre, tout simplement, en choisissant son port d’attache.

 

Dans ce premier roman, Sandrine Roudeix joue avec les hypothèses, s’amusant à imaginer ce qui serait advenu « si les dés étaient tombés différemment sur le tapis ». Ce faisant, elle interroge ce qui fait une jeune fille, une femme, un père, une famille, au travers de trois monologues servis par une plume douce et mélancolique dans lesquels elle use et abuse des comparaisons.

Sandrine Roudeix met des mots sur la peine que l’on fait parfois aux autres pour soulager la sienne, sur la peur de l’abandon, « l’une des choses au monde les mieux partagées », et campe trois personnages perdus, dépossédés d’une part d’eux-mêmes, qui, chacun à sa manière, « repoussent l’échéance des mots inévitables » et des paroles définitives.

Un premier roman dont la structure en trois temps fait tout le charme. Une approche sensible du pourquoi et du comment vivre avec ses fantômes.

 

Flammarion, mars 2010 (et J’ai Lu, 2012), 124 pages, 14,20 €

La genèse du roman 

 

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attendre pocheMorceaux choisis :

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » (page 12)

 

« J’espère que je vais te plaire. » (page 17)

 

« J’aime bien l’idée que ce n’est pas la vie qui reproduit des scènes de cinéma, mais la vie qui invente le cinéma. » (page 23)

 

« Les histoires personnelles ne sont brûlantes que pour ceux qui les vivent. » (page 27)

 

« La multitude implique un manque d’exigence et une superficialité dans les relations que je ne comprends pas. Je préfère cultiver la fidélité. » (page 50)

 

« J’étais devenue adulte en devenant mère, je n’avais pas appris à être femme. » (page 53)

 

« De plus en plus, tu réduis l’écart de génération entre nous. » (page 66)

 

« On ne retient pas les gens près de soi. Ils restent, c’est tout » (page 75)

 

« On passe parfois à côté de sa vie à force d’attendre. » (page 82)

 

« L’absent aura toujours raison. Parce que l’absent n’a pas besoin de se justifier. » (page 82)

 

« C’est parce qu’on ne pense qu’à soi qu’on fait des enfants. » (page 95)

 

« J’ai l’impression que seule la mère décide de la place qu’elle veut donner au père de son bébé. » (page 122)

 

Le dico du running, Mathieu Le Maux

Dico du runningPrésentation de l’éditeur :

De A comme Ampoule à Z comme Zàtopek, en passant par B comme Banane ou Bière, C comme Courbature, E comme Endorphine, F comme Fréquence cardiaque, M comme Marathon, R comme Régime ou Rocky, S comme Sexe, T comme Trail…

Ce premier Dico du running rassemble tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la course à pied. Il raconte aussi les destins méconnus de ceux qui ont fait l’histoire de cette discipline : Steve Prefontaine, le James Dean du running, Kathrine Switzer, la première femme à courir le marathon de Boston…

Pour les débutants comme les confirmés, un dictionnaire aussi indispensable qu’une paire de running.

 

 

10% des Français s’adonneraient à la course à pied, aka le jogging, aka le running. Effet de mode, prise de conscience ? Les Américains se sont mis à courir dans les années 1970, obsédés par cette idée que le sport, c’est la santé. « Mangez (5 fruits et légumes par jour), bougez ! » nous répète-t-on ici à longueur de campagnes institutionnelles. La course, c’est le sport le plus accessible, celui qui demande le moins d’investissement, qui peut se pratiquer à la porte de chez soi où que soit le chez-soi, quand on veut, de jour comme de nuit et par tous les temps. Une paire de baskets suffit (en plus de la motivation).

 

Running2Mathieu Le Maux, l’auteur de ce dictionnaire, est journaliste, chef de la rubrique Sport à “GQ”. Pendant trois ans, il a consigné dans un carnet toutes les références à la course à pied qu’il notait dans les chansons qu’il entendait, les films qu’il voyait, les livres qu’il lisait. C’est ce qui donne à l’ouvrage une dimension sociétale plutôt que strictement sportive, avec des entrées variées et parfois surprenantes. Sans oublier la dimension politique d’un sport dont un certain Nicolas Sarkozy a fait un outil de communication, comme l’avait fait avant lui l’Américain Jimmy Carter…

 

« Quand Sarko courait beaucoup et le mettait en scène, des papiers sont sortis dans la presse sur le thème : courir est-il de droite ? La thèse peut se défendre puisque le running illustre des valeurs qui forment habituellement le champ lexical de la droite : l’effort, l’individualité… Alors qu’à la base, la course à pied a une origine prolo ! Voyez Michel Jazy, Michel Bernard, Alain Mimoun. »

(extrait de l’interview donnée par l’auteur aux Inrocks)

 

Running1Que ma devise soit plutôt le « No sport » de Churchill ne m’empêche pas de saluer le travail de Mathieu Le Maux dont le produit, ce bel objet à la fois pratique et inattendu, comblera les adeptes du running, ceux qui aiment à intellectualiser le sport et tous les bipèdes friands d’anecdotes.

 

Et vous, est-ce que vous (re)mettre au sport fait partie de vos nouvelles bonnes résolutions ?

(hey, bonne année !)

 

Flammarion, octobre 2014, 393 pages, 19,90 €

Ecriture, écritures #1 : Faire d’une nouvelle un roman

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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

Le premier roman publié de Sandrine Roudeix était au départ une nouvelle écrite d’un seul jet. Comment transforme-t-on une nouvelle de 20 pages en un roman de 130 ? La romancière nous raconte l’histoire d’un changement de format et de genre qui n’a pas dénaturé le texte d’origine.

 

 

Attendre était une nouvelle. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café… 

Roudeix-200x300-c-FlammarionAu départ, Attendre était une nouvelle. L’histoire de Lola, 16 ans, qui attend son père qu’elle ne connaît pas. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café un jour où j’attendais un amoureux à qui j’avais donné rendez-vous un an avant. Vingt pages transformées retravaillées quelques mois après sur le thème de la jeune fille pour une revue. Vingt pages finalement jamais publiées. Elles ont dormi pendant deux ans dans un tiroir, cimetière des manuscrits refusés, jusqu’à ce que je croise le chemin de Patrice Hoffmann, éditeur chez Flammarion, au Salon du livre de Paris en 2009. Je venais de lui adresser deux romans que j’avais terminés et attendais avec impatience son retour pour une éventuelle publication. Nous nous sommes entretenus dans un coin du stand. Il m’a donné son sentiment, pas franchement enthousiaste (!), mais m’a encouragée à lui faire lire d’autres textes car il trouvait « qu’il y avait quelque chose d’original et de singulier dans mon écriture ». Il recevait le soir même Lola sur son ordinateur. Et moi, Sandrine, quelques jours après dans son bureau. Cette fois, il était emballé. Il y avait selon lui une voix, une écriture, une promesse, et il était d’accord pour me signer un contrat d’édition, charge à moi de transformer cette nouvelle en roman ou en recueil. Attendre est aujourd’hui un roman à trois voix autour de la naissance non désirée de Lola. Trois voix mais aussi trois attentes, psychologiques et physiques. Celles de Lola, adolescente en quête d’identité, de Marie, fille-mère culpabilisée qui fait ce qu’elle peut, et de Pierre, jeune homme dépassé par les événements. La force du texte est, je crois, … (lire la suite)

 

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Le livre qui console, Marie-Salomé Peyronnel & Joann Sfar

livre-qui-consolePrésentation de l’éditeur :

Le livre qui console est une promenade graphique, joyeuse et poétique aux pays des larmes pour mieux apprendre à les sécher.

 

 

Les larmes couteaux, les larmes qui brûlent, les larmes indélébiles ; les larmes contagieuses, les larmes amoureuses, les larmes malheureuses ; et les larmes de joie, les larmes sans douleur, les larmes qui lavent.

 

En s’appuyant sur un récit personnel, familial, mais aussi sur des cas plus génériques, ou issus de la littérature, en illustrant son propos de citations et en le complétant de listes de musiques ou films qui font passer du rire aux larmes, Marie-Salomé Peyronnel dresse un portrait de ce qui coule de nos yeux.

Tout le monde pleureC’est aussi un bref état des lieux de nos émotions. Il peut s’avérer utile de mettre de mots sur ce qui nous fait flotter à la surface de la vie.

 

Je ne crois pas que ce livre console (il est vrai que notre besoin de consolation est impossible à rassasier) mais il permet de comprendre pourquoi l’on pleure. Et l’on vogue avec délices sur les pages illustrées par Joann Sfar.

 

Flammarion, octobre 2014, 128 pages, 12 euros

 

Combien de larmes« Je ne savais pas

que je pouvais fabriquer

autant de larmes. »,

a écrit Michèle Halberstadt

dans Mon amie américaine.

 

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