Pourquoi écrivez-vous, Gaëlle Renard ?

Gaelle Renard

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Journaliste de formation, Gaëlle Renard a travaillé dans la culture et dans la presse.

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Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages pratiques : Comment j’ai surmonté ma timidité (éditions Milan), Au secours, je suis maman ! et Au secours ! Elle veut des fraises (la grossesse expliquée aux garçons) (éditions Leduc.s).

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Son premier roman, Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans), est paru aux éditions Charleston en mai 2015.

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. Photo © Patricia Franchino

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Pourquoi écrivez-vous ?

RenardJ’écris pour ranger ma tête. Mes idées, mes colères, mes angoisses, et mes enthousiasmes flottent dans mon esprit comme les herbes de la mare de mon enfance, comme le brouillard de la plaine où je suis née. Alors je me pose. Et je transpose. L’écriture est la flamme qui rend soudain visible l’encre sympathique de mes pensées. J’écris comme je range mes placards, comme je fais le ménage, pour être contente après. J’écris comme une fille du Nord, comme une femme de mineur, qui refuse de laisser la poussière de charbon ternir son quotidien. J’écris parce que j’aime quand c’est propre.

J’écris pour fixer les moments, pour arrêter le temps. Pour garder à tout jamais l’odeur des cheveux, la douceur de la main de ma grand-mère qui s’éteint, la petite musique de la voix de mes fils, le goût du premier baiser de mon homme au son des boums boums de mon cœur. J’écris comme je prendrais un polaroïd. D’ailleurs souvent, c’est une image qui motive ce que j’écris. Ecrire me permet de redonner le son, l’odeur, le toucher à cette image. L’écriture c’est comme une photo magique de l’instant.

Renard1J’écris parce que ça rend tout moins grave. C’est plus fort que moi, il faut que je glisse de l’humour partout. Humour acerbe ou tendre, humour qui grince ou lubrifie, je ne peux pas m’empêcher de tout assaisonner, comme une cuisinière qui a parfois la main lourde, je le sais. Les histoires de la vie bouleversent beaucoup moins la grande sensible que je suis quand je sais que je vais pouvoir les extrapoler, les distendre, les bousculer, et les dédramatiser par un sourire.

J’écris parce que j’ai une toute petite voix que bien souvent on n’entend pas.

J’écris parce que jouer avec les mots, leur sonorité, et leur rythme me console de ne rien y connaître en musique.

J’écris parce qu’on m’a trop bien appris à ne pas mentir, mais qu’à l’écrit, c’est permis.

J’écris parce que M. Breton, en cours moyen, avait dit à mes parents qu’il gardait mes rédactions comme un bonbon, à la fin de ses corrections. J’écris pour qu’on me dise que c’est bien, ce que j’écris.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De ne pas penser à ceux qui vont le lire. Je crois qu’il faut d’abord écrire pour soi, quitte à arrondir les angles au polissoir de la diplomatie après.

De ne pas se regarder écrire. Je crois que c’est le plus difficile. Il faudrait idéalement écrire comme on déborde, sans essayer de faire professionnel, ou poétique, ou joli.

De s’acheter des cahiers, des carnets, et d’y noter des phrases qui lui viennent, et des idées même mal ficelées, sans trop savoir ce qu’il ou elle en fera après.

D’écouter, d’observer, d’espionner les conversations, d’imaginer la vie des gens. Bref, de fréquenter beaucoup les cafés et de regarder, l’hiver, à travers les fenêtres éclairées.

 

 

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Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans), Gaëlle Renard

40 ansPrésentation de l’éditeur :

 

On dit que 40 ans, c’est le nouveau 30. Certes, mais c’est quoi avoir 40 ans pour une femme aujourd’hui ? Un livre désopilant sur vous, les jeunes quarantenaires, mais aussi un peu sur vos hommes (l’ancien et le nouveau), votre belle-mère (ou ex.), vos copines qui s’appellent toutes Véronique ou Virginie… Sans oublier vos enfants qui grandissent, votre banquier, votre cher patron, votre panier à provisions, la CPAM, l’URSSAF, votre miroir, votre self-control, votre estime de vous-même, votre crème de jour… Et la question qui taraude l’héroïne : et si je faisais un dernier bébé pour la route ?

Drôle et sensible, un livre qui dresse le portrait d’une génération de femmes, et de toutes les femmes.

 

 

Véronique, « celle qui porte la victoire » en grec, voit soudain venir la quarantaine au moment où elle divorce du père de ses deux garçons. Elle décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et, de psys en dîners avec les copines, de dédramatiser son statut de quadragénaire. La voilà qui part en quête du nouvel homme de sa vie…

 

Dans ce livre qui se situe quelque part entre le roman et le journal intime, l’album photo et le carnet fourre-tout, Gaëlle Renard raconte ce que c’est que d’avoir quarante ans quand cet âge a toujours paru lointain, vaguement inaccessible. Car quand on passe de jeune dynamique à pré-senior, presque has been, ça ne fait pas de bruit, il n’y a pas d’avertissement. On se réveille un matin en en prenant conscience, et le choc est brutal.

 

Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans) raconte un quotidien de femme moderne, Parisienne, qui n’échappe pas à certains clichés, avec le spectre effrayant de la ménopause qui rôde et l’enfance qui file, le désir de nouvelle maternité in extremis et l’amour qui n’a pas d’âge… Révélation : Bridget Jones a 40 ans (depuis 4 ans), elle a deux enfants et elle vit à Paris !

 

L’humour est le moyen que la narratrice a choisi pour compenser sa fragilité, qui oscille entre détermination et fatalité. Gaëlle Renard use et abuse des jeux de mots, s’adresse directement à son lecteur (sa lectrice, plus certainement) et atteint l’objectif supposé de son livre : partager sa situation et ses états d’âmes pour les rendre moins lourds à porter.

 

Un roman à offrir à celles qui approchent des quarante ans, celles qui ont passé le cap et ne s’en remettent pas, et à celles qui, tant elles ont cru ne jamais atteindre cette décennie canonique, ne savent toujours pas s’il faut dire quadragénaire ou quarantenaire…

 

Editions Charleston, mai 2015, 224 pages, 17 euros

 

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Sept phrases choisies :

 

40« La thérapie de couple est à l’homme d’aujourd’hui ce que la machine à laver était à l’homme des années soixante : une promesse, un symbole pour tout arranger, une façon de dire : tu vois bien que j’en fais, des efforts ! » (page 17)

 

« C’est comme le sexe quand ça fait du bien et du mal en même temps, j’ai envie que ça continue et que ça s’arrête bientôt. » (page 39)

 

« Ce n’est pas parce que l’autre est jeune que toi, tu deviens vieille. » (page 47)

 

« A quel moment a-t-on donné aux bébés les prénoms de nos pépés et mémés ? » (page 88)

 

« Le jeunisme m’énerve. Surtout depuis que je ne suis plus jeune. » (page 98)

 

« A quel moment ai-je attrapé l’âge des amis de mes parents ? » (page 113)

 

« Dans mon corps de femme adulte, épanouie, y a une petite fille pas très gaie qu’est coincée. » (page 131)