La traversée du chien, Pierre Puchot

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Quatrième de couverture :

« Elle se tient là, à trente kilomètres de Paris, cette immense ville-cité de la Grande Borne, fleuron architectural des années 1970, projet unique au monde tombé en lambeaux sous le poids des ans, des absences de politiques publiques et de l’errance sociale. Pourtant, quinze mille personnes y habitent, et la vie y bouillonne.

Pour les beaux yeux d’une jeune journaliste, Bruno, mécano du quartier des Radars, entend ranimer la flamme des origines, les espoirs d’un architecte qui voulait enchanter le quotidien en construisant des nouilles géantes de béton, des pigeons de pierre hauts de deux mètres pour les enfants et des labyrinthes, surtout des labyrinthes, comme autant de lignes de fuites par lesquelles les braqueurs sèment désormais les policiers à travers la cité.

Dans la ville-Basse, quartier pavillonnaire de la Borne, Bruno trouve l’espoir d’une séduction, et d’un accès rapide à sa propre permanence. Mais lorsqu’il s’envole pour Berlin, ville dont les plaies béantes de l’histoire ont façonné une nouvelle douceur de vivre, Bruno perd pied, tout nu sans sa carapace de pâte de verre et de béton. Il échoue finalement à Tunis, ville démembrée qui s’éveille elle aussi à l’histoire, où il s’accomplit le temps d’une révolution. » – Pierre Puchot

 

Ce roman est un petit OLNI. L’on croit lire un roman sur une cité, celle de La Borne, « quinze mille personnes, une presque-ville rattachée à la terre par une longue étendue d’herbe molle, une avancée urbaine irrémédiable, un îlot dans le flot massif de véhicules en perpétuel transit. », et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire une histoire d’amour, d’un amour qui se fonde aussi sur une certaine admiration professionnelle, et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire le récit partial des débuts du printemps arabe, et puis ça n’est pas vraiment ça non plus.

Ou peut-être est-ce tout cela à la fois.

 

Pierre Puchot, en tout cas, nous emmène là où l’on ne s’y attend pas. Journaliste de profession, il fait aussi le récit de la rencontre d’un individu avec un métier. Presque une déclaration d’amour à un art, alors que dehors sonne une déclaration de guerre.

Un premier roman curieux et inclassable, à l’écriture aérée, extrêmement court, très fluide, qui laisse un arrière-goût de pas assez.

 

Editions Galaade, mars 2014, 124 pages, 14 euros

 

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Quatre extraits :

 

« Ça rassure tout le monde de savoir que l’on souffre ailleurs, pas trop près de chez soi mais pas trop loin non plus. » (page 23)

 

« L’architecte a construit une œuvre, un empilement d’œuvres, un musée en plein air, pour nous faire vivre dedans. Mais les pierres, les dalles et les façades en pâte de verre s’usent, comme les gens. » (page 51)

 

« Même en dictature, surtout en dictature, il y a un rapport personnel entre les gens et le chef de l’Etat. Toute la société, tout repose sur cela, sur cette relation à deux. » (page 99)

 

« On dit qu’un chien ne traverse jamais la route tout droit, jamais de la même façon, mais qu’il arrive toujours sur l’autre trottoir. » (page 111)

Un été, Tuna Kiremitçi

TAUSSIG- capitale-dev1Présentation de l’éditeur :

 

« Cette douleur de l’exil, d’être loin d’une terre mais aussi d’une époque, et celle de se réveiller chaque ma-tin, l’œil dans la nuit sombre, en pensant au retour… »

Yakup a vingt-cinq ans, il étudie à l’université d’Istanbul. Lors d’une conférence, il fait la connaissance de Leyla, de treize ans son aînée. Le même jour, celle-ci apprend que son mari, Halil, souhaite la quitter.

Les mois passent et c’est l’été. Yakup sort pour la première fois de Turquie, il se retrouve pendant la Coupe du monde de football à La Rochelle, où il rencontre des jeunes gens originaires de toute l’Europe. Ce sont le Serbe Goran, un ami aussi sincère qu’encombrant, ou la Tchèque Marketa, avec qui il découvre un plaisir érotique encore insoupçonné. Très vite, ce voyage se révèle être, au-delà du dépaysement, une véritable épreuve initiatique.

Pendant ce temps, Leyla erre dans les rues d’Istanbul, essayant de se remettre du suicide de son père. Doit-elle se réjouir de la mort de celui qui a brisé son enfance ? Sa disparition lui rappelle l’absence de Halil, son époux. Qu’est-il devenu ? Pourquoi l’avoir abandonnée ? Quel secret cache-t-il ?

D’Istanbul à La Rochelle, du Kurdistan à la Bosnie, voici Yakup, Leyla et Halil, trois êtres liés par l’histoire, l’exil, l’amour et les blessures intimes. Après Les Averses d’automne, Tuna Kiremitçi incarne plus que jamais avec Un été cette tendance récente de la littérature turque à l’ironie romantique.

 

De Tuna Kiremitçi, j’avais dévoré, adoré Les averses d’automne, publié par Galaade en 2011. Un été, le deuxième de l’écrivain turc traduit en français, a ceci de particulièrement réjouissant qu’il nous livre le point de vue d’étrangers sur des lieux et des évènements plus proches de nous qu’ils ne le sont de l’auteur. La Coupe du monde 1998, ce 12 juillet qu’aucun Français n’oubliera jamais, les résidences d’étudiants aux portes de Paris, la ville de La Rochelle et son Festival International du Film. Ce point de vue est multiple, ce regard sur la France, sur ses voisins, sur l’Europe en construction et en mouvement constant est cosmopolite. Yakup est Turc, ses camarades sont Serbes, Bosniaques, Tchèques, Marocains. Mais ce sont avant tout des jeunes gens pleins peut-être plus que d’autres de la conscience des limites de leur existence, et animés d’une volonté pas si paradoxale de dépasser ces limites.

 

Le lien entre Yakup, en voyage le temps de l’été, et Leyla, restée à Istanbul, est révélé au fil d’un roman construit avec méthode.

Pour le lecteur, le voyage est d’une grande fraîcheur, le dépaysement est remarquable, et se double d’une réflexion sur les rapports entre les peuples, la jeunesse désillusionnée, l’amour contrarié et la faculté de diriger son existence.

 

Roman d’apprentissage, ce nouvel opus de Tuna Kiremitçi est encore une très belle découverte.

 

Traduit du turc par François Skvor

Galaade Editions, mai 2013, 368 pages, 22 €

 

Citations choisies :

 

« L’aéroport était le lien entre ce qu’il avait vu lui-même et ce que la télévision lui avait montré. » (page 23)

 

« La seule chose qui puisse nous convaincre de l’existence d’une ville, c’est la carte, par vrai ? » (page 25)

 

« Tous semblent s’apercevoir qu’ils forment un couple et se métamorphosent en une réalité tierce qui leur échappe. Cette réalité dépasse la somme des deux personnes qui la composent, elle prend une importance à part. Les vrais couples le savent et agissent en fonction. Aussi, former un couple est-il bien plus déterminant que de traîner en groupe. Cela montre qui nous avons élu ; avec qui nous comblons une lacune personnelle, sur qui nous comptons, en cas de problème notamment. Pour se faire une petite idée sur quelqu’un, on regarde d’abord son entourage. Sachons qui sont ses amis et nous saurons qui il est. » (page 53)

 

« Aussi sympathique que puisse paraître un couple amoureux, on y trouve toujours quelque chose de déplaisant. » (page 77)

 

« Certaines personnes ne pardonnent pas aux témoins de leurs faiblesses. » (page 81)

 

« Aimer qui l’on est au côté de quelqu’un, c’est bien souvent le premier pas vers l’amour. » (page 88)

 

« On ne conquiert pas le temps. » (page 109)

 

« Chaque génération pense être une génération sandwich… Et à juste titre, la plupart du temps. » (page 117)

 

« En balayant un disque de la main, nous ne touchons pas qu’à la musique qui y est gravée. Nous touchons aussi au temps où nous l’avons écouté pour la première fois, à ce que nous étions à cette époque, au monde tel qu’il était. […] Au fond, c’est cela la nostalgie ; non pas les vieux jours, mais cette absence de ce que nous étions. » (pages 139-140) 

Les averses d’automne, Tuna Kiremitçi

 

Attention, coup de coeur.

 

Pelin, jeune turque envoyée étudier en Suisse par son père, répond à une petite annonce trouvée au hasard dans un journal : Rosella Galante, Juive née à Berlin qui a fui pendant la guerre l’Allemagne pour Istanbul, cherche quelqu’un avec qui converser en turc.

Le turc est la langue de ses souvenirs, d’un amour perdu, d’une part entière de son existence.

Au fil des rendez-vous au domicile de Rosella, une étrange amitié se noue entre les deux femmes. Car la discussion n’est évidemment pas à sens unique, et il est très vite établi qu’elles parleront chaque fois à tour de rôle. Lire la suite