Guide pratique à l’usage des écrivains qui veulent (très) bien faire sans (trop) se fatiguer, Guillaume Lacotte

 

 

Présentation de l’éditeur :

1507-1Roman de guerre

Trouvez une formule qui aurait pu choquer il y a quatre-vingts ans mais qui passera totalement inaperçue aujourd’hui (et n’oubliez pas d’imiter Céline du mieux que vous pouvez) :

La guerre est une porcherie : dégueulasse !… puante !… et remplie de fange et de cochons !

 

Roman de science-fiction

Un titre de SF se compose de la façon suivante : Le/La [mot 1] de [mot 2]. Pour le mot 1, choisissez entre Trône, Terre et Tour. Pour le mot 2, entre Feu, Fer et Glace. Si vous obtenez La Planète des Singes, c’est qu’il y a eu un problème quelque part.

 

La littérature est une chose trop sérieuse pour qu’on ne puisse se moquer d’elle. Autofiction, biographie, roman de plage, pamphlet, thriller… Plus de trente genres littéraires sont passés au crible avec un brin de dérision et une pointe de cocasserie. L’écrivain en mal d’inspiration n a plus qu à se servir ! (Sans rire.) Des éditeurs aux critiques en passant par les lecteurs, ils n attendent que ça.

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Dominique, Cookie Allez

Présentation de l’éditeur :

DominiqueDans un avenir assez proche, l’être humain aura la possibilité de choisir son sexe : Gabriel et France en sont convaincus.

Ils décident d’offrir à leur premier rejeton une éducation déconnectée de toute référence à la réalité physiologique inscrite sur son acte de naissance. Ils s’étaient armés pour faire face aux préjugés, mais ils n’avaient pas tout prévu…

Dominique raconte avec humour les tribulations d’une famille en Utopie, dans un suspens psychologique qui se maintient jusqu’à la fin !

Puisque l’identité sexuelle peut n’être que provisoire, à quoi bon la révéler ? Les parents de Dominique ont décidé pour leur enfant d’un prénom épicène. Fille ou garçon, Dominique choisira. Mais il y a la rumeur, cette odieuse bavarde, qui court…

Tandis que tout le monde se demande, comme la grand-mère anglaise, « C’est quoi le vrai sexe de cette bébé ? », et que tout le quartier rêve de déculotter Dominique, les parents s’entêtent à ne pas vouloir divulguer son sexe. Dominique est « un bébé de sexe inconnu ». Dominique est un ange, et un ange n’a pas de sexe.

Pour tenir la ligne de conduite qu’ils se sont fixés, les parents devront se montrer créatifs (le pantalon, par exemple, est-il fondamentalement unisexe ? Il est des pays où les hommes portent la robe) – mais plus que la leur, c’est la créativité de Cookie Allez qui mérite d’être saluée. Car l’utopie résiste mal aux contraintes de la réalité, et Dominique grandit. A 4 ans arrive la lecture, et avec elle c’est le monde qui se déploie – avec l’envie pour chacun d’y faire sa place. A 7 ans, le secret commence à devenir une bombe à retardement…

« Il faut se méfier des préjugés », écrit Cookie Allez à la première page de son roman, avant de descendre en flèche celui selon lequel il est impensable de tenir 272 pages sans révéler le sexe du héros en l’absence de pronom neutre dans la langue française, comme il en existe ailleurs, en anglais ou en suédois par exemple. Véritable exercice de style, Dominique regorge de trouvailles et d’humour.

Après un ventre mou lorsque l’enfant est bébé, le suspense prend le pas sur les longueurs – et à mesure que l’enfant grandit, il devient insoutenable ! La fin donne tout son sens à cette fantaisie moins légère qu’il n’y paraît.

Reste cette question : peut-on voir grandir un enfant sans que le genre n’influe sur sa personnalité ? Après tout, « les sexes sont égaux mais pas identiques. »

Buchet/Chastel, janvier 2015, 272 pages, 15 euros

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Petites phrases :

« Rien de tel que les chevauchées pour mûrir les idées. » (page 38)

« Devenir un voisin, c’est attraper des défauts propres à l’espèce. » (page 88)

« Evidemment, au début, le sexe n’est pas toujours inscrit sur le front. » (page 95)

« L’inconscient est parfois très éloquent. » (page 116)

« Le passé, à condition de le regarder sans a priori, sans volonté de démonstration, donne de formidables leçons. » (page 120)

« Les sexes sont égaux mais pas identiques. » (page 121)

« Il faut se comparer à d’autres pour prendre conscience de dissemblances. » (page 130)

« Le masculin l’emporte toujours sur le féminin, ce serait bien la preuve qu’il y a une attitude machiste là-dessous. » (page 138)

« Que serait le piment de la vie sans la perspective de la mort ? » (page 155)

« Fallait-il bousculer l’ordre naturel pour de rares exceptions ou pour quelques désirs particuliers ? » (page 155)

« Pour accueillir des révélations, il faut être prêt à les entendre. » (page 190)

« Robe et pantalon ne sont sexués que dans les images qu’une culture leur confère. » (page 209)

« La vie est une œuvre d’art en cours. » (page 226)

« On peut faire partie des êtres célestes et croire au Père Noël. » (page 230)

« Il n’y a pas de vie en société sans un minimum de règles. » (page 256)

Garçon manqué, Liz Prince

Garçn manquéPrésentation de l’éditeur :

 

Liz Prince a grandi dans la banlieue de Santa Fé, au Nouveau Mexique, à la fin des années 1980. Elle n’était pas du tout girly et détestait s’habiller « en fille », mais elle n’était évidemment pas non plus un garçon, comme lui fit clairement comprendre le coach de base-ball de l’équipe junior locale. Elle était quelque part entre les deux. Et ce n’était pas une zone très confortable, avec les forces de l’école primaire, du collège, de ses parents, de ses amis et de ses amours qui la tiraillaient dans un sens ou dans l’autre… Petit à petit, au fur et à mesure de ses rencontres, elle apprend à composer avec les réactions de son entourage et à se construire une identité propre.

 

Au fil de cet album, un véritable roman graphique, avec son découpage en chapitres qui sont autant d’étapes initiatiques pour la narratrice, Liz Prince aborde avec légèreté les difficultés, tout sauf légères pourtant, qu’elle a connues en tant que « garçon manqué », du moins en tant que fille, incontestablement fille, qui se trouvait bien des points communs avec les garçons… (et pas seulement parce qu’elle détestait porter des robes)

 

Ce n’est pas une leçon, rien d’autre qu’un récit autobiographique, donc forcément personnel et subjectif. Cela n’empêche pas de susciter la réflexion sur cette question du genre qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci.

garconmanque1Liz Prince fait montre d’un sacré recul, d’un indéniable sens de l’autodérision, et d’un humour à (presque) toute épreuve – pour le plus grand plaisir de son lecteur.

 

Un ouvrage rythmé, des dessins simples mais efficaces, et un livre réussi qui ne parlera pas qu’aux adolescents en pleine quête identitaire.

 

Lire un extrait ici.

 

Editions ça et là, octobre 2014, 256 pages, 20 euros

 

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