iM@mie, Susie Morgenstern

Présentation de l’éditeur :

 

imamieÀ seize ans, Sam est un junkie, un accro, un drogué d’internet et des jeux vidéos. Pour le sevrer de l’écran et sauver son âme, ses parents ont décidé de l’envoyer à Nice, en pension chez Martha, sa grand-mère, qui coule une retraite paisible, sans ordinateur ni télévision ni portable.

Arrivé là-bas, Sam n’a rien d’autre à faire que de lire, réviser son bac français et jouer du piano tout en se faisant dorloter par sa grand-mère. Comme cure de désintoxication, on a connu pire, et Sam admet qu’il n’est pas vraiment malheureux… Juste terriblement en manque des moyens de communication que des milliers d’années de progrès technique ont mis à la disposition de l’homme moderne.

Mais ça, comment le faire comprendre à Martha ?…

 

Pour Martha, l’ordinateur est « le diable, l’ennemi du bien, la démolition du cerveau, la désintégration sociale, la fermeture à tout… » Ce qu’elle aime, c’est lire, faire les choses à son rythme, et cuisiner des farcis.

 

Sam passera le bac de français à la fin de l’année. Martha espère bien lui transmettre sa passion des livres. Et lui permettre de travailler son piano. Un Steinway à queue atterrit dans le salon de Martha ; pour les livres, on verra plus tard.

Sans écran d’aucune sorte, Sam ne ressent qu’un grand vide. Il ne sait comment s’occuper. Le piano ne remplit pas une vie en dehors du lycée, ce « palais de l’ennui ».

 

Seulement Sam a tellement vanté à sa grand-mère les mérites de l’ordinateur et de ce miracle nommé Internet que Martha va y succomber… Voilà que l’écran rythme désormais son existence – en cachette de Sam, évidemment.

 

Martha a-t-elle eu une vie avant l’ordinateur ? Si c’est le cas, elle ne s’en souvient pas…

Et que se passera-t-il si son petit-fils découvre qu’elle s’adonne précisément à ce qu’elle lui interdit ?

 

Un roman moderne et connecté, tout en dialogues et en situations cocasses, et riche de cette tendresse caractéristique de Susie.

 

Médium de l’école des loisirs, mars 2015, 208 pages, 14,80€

 

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Messages instantanés :

 

« Elle est contente quand les enfants viennent, mais encore plus contente quand ils partent. » (page 11)

 

« L’humour saute volontiers une génération. » (page 36)

 

« Tout est supportable quand on le fait à son gré. » (page 44)

 

« Les riches aussi ont leurs problèmes. » (page 49)

 

« Rien de valable ne se fait sans fatigue. » (page 50)

 

« Pourquoi les profs vous demandent-ils d’ingurgiter des œuvres dont on n’a pas les clefs ? » (page 56)

 

« L’habitude d’être seul vous enferme à triple tour. » (page 58)

 

« L’avantage avec la douleur, c’est qu’on s’y habitue. » (page 66)

 

« La rime ne fait pas le poème. » (page 98)

 

« L’ordinateur n’est bon que pour les vieux. » (page 124)

 

« Souvent, les vieux, qui ont pourtant été jeunes, renoncent à se mettre à la place de leurs enfants. » (page 183)

 

« Les grands-mères sont une denrée périssable. » (page 184)

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Fake, Giulio Minghini

FakePrésentation de l’éditeur :

Suite à une rupture douloureuse, un jeune Italien installé à Paris s’inscrit, sur le conseil d’une ancienne maîtresse, sur un site de rencontres fondées sur les affinités culturelles. Il va découvrir une sorte d’univers parallèle, où la prétention intellectuelle est de mise et dont il sera vite le prisonnier. Dans une langue limpide et nerveuse se succèdent des portraits de femmes crus ou poignants, des morceaux choisis, d’une lucidité grinçante ou d’un humour corrosif. Les innombrables faux profils, prothèses identitaires, sorte de double virtuel dont l’existence ne peut qu’être éphémère, fakes, dont le narrateur finira par se servir pour manipuler ses interlocutrices, achèveront d’usurper sa vraie identité. Spectateur impuissant de sa propre perdition, il sera embarqué dans une vertigineuse fuite en avant aux confins du virtuel et du réel. Succession hallucinante de mises en abîme littéraires et virtuelles, ce roman pourrait se lire comme une véritable odyssée contemporaine chorale. À la fois roman picaresque et vibrant «j’accuse» porté au système spectaculaire qui envahit désormais la sphère des sentiments, «Fake» est surtout une chronique politiquement déjantée du nouveau désordre amoureux.

 

On dénombre 100 millions de célibataires en Europe. En France, 12 millions de personnes vivent seules. La moitié d’entre elles s’est déjà connecté à un site de rencontres.

« Exilé érotique », le narrateur a « toujours préféré la fiction à la réalité ». En ligne, il est tout à son aise : sur la toile, ce vaste espace où tous les joueurs avancent masqués, il se vautre dans des sites aux allures de miroirs déformants – sur lesquels, cependant, des modérateurs veillent.

 

La drague sur Internet, c’est un « exercice d’équilibrisme psychique ». On vibre pour des inconnus aussi facilement qu’on les relègue à la catégorie des spams.

Mais à aller toujours plus loin, à vouloir toucher à tout(es), notre pauvre dandy virtuel ne risque-t-il pas de se prendre à son propre piège ? Et de se déconnecter pour de bon du réel ?

 

Fake est un roman de la déshumanisation des relations amoureuses et du marchandage du sexe. La facilité avec laquelle le narrateur obtient et consomme ses rendez-vous fascine autant qu’elle dégoûte. Un concentré de misère sentimentale et sexuelle sur fond de solitude des grandes villes – encore elle-, qui jaillit par salves et laisse des traces sales. Un anti mode d’emploi écrit dans une prose nerveuse, agitée, pressée, où l’on entrevoit parfois, comme une éclaircie, un peu de poésie. L’amour alors n’est pas totalement mort, ose-t-on rêver.

 

Le premier roman de Giulio Minghini est tristement contemporain. Il sonne le glas de l’implication amoureuse et l’entrée dans l’ère du plaisir solitaire à deux. Lucide mais pas désespéré : il reste toujours la possibilité de débrancher.

 

Editions Allia, 2009, 144 pages, 9 euros

 

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Tous les premiers romans

 

 

Messages instantanés :

 

« L’espace est rempli de nos mouvements invisibles. » (page 29)

 

« Devant l’écran, j’apprends les rudiments de l’art de la manipulation, qu’avec le temps j’affinerai jusqu’à la maîtrise. » (page 31)

 

« L’invisibilité réciproque favorise la procréation immodérée de fantasmes. » (page 32)

 

« Le discutable avantage de vivre plusieurs histoires parallèles consiste à n’en vivre aucune pleinement. » (page 55)

 

« L’immense fatigue que représente le fait d’entrer, ne serait-ce que le temps d’une nuit, dans la forêt psychique de quelqu’un d’autre. » (page 58)

 

« Et si chaque nouvelle rencontre n’était exactement que cela, un petit suicide ? Un acte irréfléchi d’abdication de soi ? » (page 63)

 

« L’abondance comme dimension paradoxale de la solitude. » (page 69)

 

« Je peuple ma solitude d’autres solitudes. » (page 71)

 

« Aucune rencontre ne peut se suffire à elle-même. Chacune est le maillon d’une chaîne. Ou le grain d’un chapelet de désespoir. » (page 72)

 

« Des cœurs et des sexes qu’on réchauffe au micro-ondes virtuel des sites de rencontres. » (page 80)

 

« Aucun raffinement intellectuel n’est requis pour pousser la porte d es Chandelles. » (page 82)

 

« Il est plus facile de multiplier le mirage de la découverte, beaucoup plus simple d’exploiter la source intarissable des possibles, plutôt que d’essayer d’épuiser le regard d’un seul être aimé, infiniment proche et lointain. Partie de nous qui nous complèterait en nous transformant. » (page 88)

 

« Pourquoi être soi si l’on peut être un fake ? » (page 128)

Enfants perdus, Claire Berest

enfants-perdus-enquete-a-brigade-mineurs-1493170-616x0Présentation de l’éditeur :

Claire Berest a suivi pendant des mois le travail des policiers de la brigade des mineurs de Paris. En immersion, à travers de longs entretiens, elle est partie à la découverte de leur métier, de cette mission unique qui fait d’eux les témoins privilégiés de la vie des adolescents d’aujourd’hui, de ce qu’ils subissent et font subir.

Une évidence s’est imposée à elle en écoutant leurs histoires : de plus en plus de jeunes sont, toujours plus tôt, emportés dans une dérive où la violence tient lieu de lien social, où la pornographie remplace la sexualité, balayant au passage tous les acquis du féminisme. À ces enfants perdus, rien ne semble plus permettre de se construire, de se projeter dans l’avenir.

Pour comprendre ce phénomène, elle a poursuivi son enquête auprès de magistrats, d’enseignants, d’un homme politique, d’un pédopsychiatre. À tous elle a posé la même question : qu’est-il en train de se passer dans la jeunesse française ?

Les réponses pourront effrayer. Mais on ne pourra plus dire, après avoir lu Claire Berest, qu’on ne savait pas.

 

Ceux que Claire Berest nomme les « enfants perdus », ce sont « nos adolescents égarés ou blessés par d’autres, par les institutions, par eux-mêmes. Et d’abord, peut-être, par notre époque. » Des enfants « qui se perdent en étant trop pressés de grandir. »

L’adolescence est cet âge passionnant « où il y a en même temps un risque d’aller très mal et des chances d’aller très bien. », selon la formule qu’emploie un pédopsychiatre. A l’adolescence en 2014, on est connecté en permanence et on envoie en moyenne 84 SMS par jour. Ainsi c’est une « jeunesse surexposée » dans une société où se mettre en scène a pris le pas sur vivre que Claire Berest donne à voir dans cette enquête à la brigade des mineurs. Ce qu’on expose d’abord, dans une schizophrénie de plus en plus fréquente, c’est son enveloppe. L’acte sexuel est banalisé, les corps sont consommés. A la brigade des mineurs, toutes les affaires touchant à la sexualité sont liées aux réseaux sociaux d’une manière ou d’une autre.

 

« Peut-être faut-il, pour essayer de saisir tout ce qui, chez ces adolescents, nous échappe, aller interroger leur réalité là où la rupture est la plus brutale, dans l’espace où elle s’exprime avec le plus de violence – la brigade des mineurs. » (page 25)

 

Claire Berest a pénétré un univers peu connu avant que le film Polisse ne le mette en lumière. Ce sont des enquêteurs qui passent davantage de temps avec les enfants des autres qu’avec les leurs, au sein d’une brigade qui joue aussi les standards téléphoniques sur l’enfance et l’adolescence.

En œuvrant pour le progrès, l’on court à notre perte. Internet est une avancée mais il concourt aussi, dans certains cas, à faire reculer la civilisation. A empoisonner les rapports réels. On recense de plus en plus de cas de suicides liés à la cyberintimidation.

Et les jeunes inculpés, eux préfèrent les semaines de prison aux heures de travaux d’intérêt général. En prison au moins, la paresse est autorisée.

 

Dans cette enquête, l’auteur s’implique. C’est aussi ce qui fait la force de son livre. Elle est un personnage à part entière. Des difficultés apparaissent sur le chemin de l’écriture de ce livre « conçu comme un exercice de lucidité sur des réalités habituellement masquées ». Des difficultés logistiques – les rendez-vous avec les enquêteurs de nuit annulés au dernier moment car il y a une urgence à gérer – mais pas seulement.

« Ecrire ce livre devient une gageure un peu vertigineuse. Je malmène mes propres tabous pour dévoiler un dévoilement qui me répugne. » (page 73)

« La vérité que je suis venue chercher s’est révélée plus brutale encore que ce dont j’avais l’intuition, et cette enquête née d’une colère n’aura fait que l’amplifier. » (page 86)

 

L’on suit, tristement fasciné, les pérégrinations de l’écrivain qui se perd en rencontrant, directement ou indirectement, tous ces enfants perdus.

Et l’on se demande ce que l’on fait de nos jeunes, et si le pire n’est pas encore à venir.

Un ouvrage nécessaire, au style très personnel, dont on ne sort pas indemne.

 

 

Editions Plein jour, janvier 2014, 192 pages, 18 euros

 

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L’orchestre vide

 

Phrases choisies :

 

« A la brigade des mineurs, il y a toujours de la lumière. » (page 33)

 

« On sait que l’on est au bon endroit quand on est dépassé par son objet de recherches. Débordé. » (page 43)

 

« A force de nier le réel, il va nous exploser au visage. » Un enquêteur (page 58)

 

« La droite va privilégier l’efficacité, la gauche la justice, et à chaque fois au détriment de l’autre exigence. » (page 92)

 

« Ce qui n’a pas encore été scientifiquement étudié peut cependant exister, et que vaut une pensée qui refuse le réel ? » (page 101)

 

« A 14 ans, on tombe en amitié aveuglément, absolument, avec la très vague conscience que certaines de ces amitiés naissantes vous suivront peut-être toute votre vie. » (page 127)

 

« Des copains morts avant 20 ans, qui resteront éternellement adolescents. » (page 128)

 

« La jeunesse est une permanence. » (page 129)

 

« Internet échappe à toute maîtrise, telle est son effrayante beauté. » (page 133)

 

« L’écran permet de se libérer de la normalité éthique et sociale. » (page 139)

 

« Le féminisme est un combat toujours recommencé. » (page 149)