Pour qui écrivez-vous, Jean-Philippe Blondel ?

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Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003.

 

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Vous qui avez d’abord publié en littérature générale, comment êtes-vous arrivé à la littérature jeunesse ? Lire la suite

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Sélection été 2016

lire chapeauCe rendez-vous est désormais récurrent : deux fois par an, avant Noël et avant les vacances d’été, je rassemble selon un ordre très personnel des ouvrages présentés sur mon blog au cours du semestre écoulé, et à côté desquels je considère qu’il serait dommage de passer.

Voici donc ma sélection de 13 livres à glisser dans vos bagages, quelle que soit la destination – que du bon, pour plonger dans le bleu.

 

les-mijaurc3a9esICI

Les mijaurées, Elsa Flageul

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel

Les échoués, Pascal Manoukian

Venus d’ailleurs, Paola Pigani

 

 

eldoradoAILLEURS

Eldorado, Laurent Gaudé

J’ai toujours ton cœur avec moi, Soffía Bjarnadóttir

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

L’Arabe du futur 2, Riad Sattouf

 

 

A L’INTÉRIEUR

le-choeur-des-femmes-folioLe chœur des femmes, Martin Winckler

Bellevue, Claire Berest

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, Éloïse Lièvre

Barbe rose, Mathieu Simonet

La vacation, Martin Winckler

 

Bonnes lectures, bonnes vacances !

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel

Présentation de l’éditeur :

Mariages de saisonJuillet 2013 en province. Comme chaque été, Corentin retrouve, au côté de son parrain, Yvan, son emploi saisonnier de vidéaste de mariage. Chargé d’accompagner les couples des premières heures de la journée la plus importante de leur vie jusqu’au matin suivant, il recueille leurs espoirs et leurs désillusions, leurs joies et leurs détresses, parfois. Mais à vingt-sept ans, il est temps de faire des choix, amoureux tout autant que professionnels. Corentin a devant lui cinq mariages et aucun enterrement pour trouver sa voie.

Analyse des sentiments, amertume et plaisir, empathie pour les personnages… On retrouve dans Mariages de saison tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel.

 

 

Prisonnier volontaire d’un job provisoire qui s’éternise, Corentin, chaque week-end en saison, filme des mariages. Des mariages qui sont des revanches, des cérémonies où s’étalent les rancœurs, des buffets chargés de jalousies, des tenues gansées d’hypocrisies. Corentin fait des films dans lesquels il remplace la réalité par une fiction acceptable, il est payé pour cela.

 

Son job fait naître dans son couple une faille que chaque absence élargit. Avec celle-là comme avec les autres. Car personne, au fond, n’a envie de vivre avec quelqu’un qui travaille le samedi et le dimanche.

Mais si Corentin a choisi la position d’observateur, n’est-ce pas pour mieux retarder Lire la suite

15 livres pour l’été

Reading a book at the beach.

Pour cet été 2015, 15 livres – et pas un de plus. Mais que du bon !

15 romans récents, dont 12 parus au cours du premier semestre de cette année, qui méritent que l’on s’y attarde, même s’ils ne sont plus sur les tables des libraires.

Présentés par nombre de pages, pour simplifier votre choix en fonction de votre destination.

 

Faites vos valises ! Et passez un bel été, avant la déferlante de la rentrée littéraire.

Crédit photo (creative commons) : Simon Cocks

LA COTE 400, SOPHIE DIVRY : 66 pages

LE PUITS, IVÁN REPILA : 112 pages

C’EST DIMANCHE ET JE N’Y SUIS POUR RIEN, CAROLE FIVES : 160 pages

DEBOUT-PAYÉ, GAUZ : 192 pages

LE CAILLOU, SIGOLÈNE VINSON : 200 pages

Aurore disparaitAURORE DISPARAÎT, AMINA DANTON : 208 pages

LA GAIETÉ, JUSTINE LÉVY : 216 pages

MON AMOUR, JULIE BONNIE  : 224 pages

UN TOUT PETIT RIEN, CAMILLE ANSEAUME : 252 pages

JOURNAL D’UN INTELLECTUEL EN CHÔMAGE, DENIS DE ROUGEMONT : 268 pages

UN HIVER À PARIS, JEAN-PHILIPPE BLONDEL : 272 pages

LA CONDITION PAVILLONNAIRE, SOPHIE DIVRY : 272 pages

JE SUIS UN DRAGON, MARTIN PAGE : 288 pages

LA POLITESSE, FRANÇOIS BÉGAUDEAU : 304 pages

PARDONNABLE, IMPARDONNABLE, VALÉRIE TONG CUONG : 340 pages

 

Cliquez sur les liens pour savoir ce que j’ai pensé de chacun.

Pourquoi écrivez-vous, Jean-Philippe Blondel ?

portrait de Jean-philippe Blondel

portrait de Jean-philippe Blondel

Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, père de deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes.

Il publie en littérature générale (Et rester vivant, Le baby-sitter) et en littérature jeunesse depuis 2003.

Son dernier roman, Un hiver à Paris, est paru en janvier 2015 chez Buchet/Chastel.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je n’ai aucun message à faire passer. J’écris parce que, d’une certaine façon, je ne peux pas faire autrement. Je ne parviens pas à imaginer ma vie sans l’écriture (sans publier, c’est autre chose, c’est tout à fait possible). J’ai écrit dans Un Hiver à Paris que l’écriture était une façon de lancer des filets au-dessus du gouffre, et je le pense sincèrement. BlondelDès que quelque chose bouge mes terres intimes, que ce soit en bien ou en mal, que ça me blesse ou que ça me donne de la joie, j’ai besoin de l’écrire. Je pense aussi que j’essaie de tisser des liens, de ces liens intimes et discrets tout à la fois, avec ceux qui me liront peut-être, de créer une sorte de cohorte diurne ou nocturne, de me sentir épaulé. C’est en tout cas ce que je ressens en tant que lecteur quand je plonge dans ce que les autres écrivent. L’écriture, c’est réellement ma façon de me sentir vivant et de prendre part au monde qui m’entoure.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De la lecture et de la ténacité. De la lecture parce qu’elle est le ciment de l’écriture, et que c’est en lisant que l’écriture se construit. Je lis de tout, tout le temps, avec une prédilection marquée pour les romans de mes contemporains, d’où qu’ils viennent, à ceci près que je lis peu de thrillers et de science-fiction, et peu de romans à arrière-plan historique (même si cela m’arrive). La lecture forge la voix et la voie. Il ne faut pas croire ceux qui déclarent qu’elle inhibe ou qu’elle décourage. Elle enrichit. Elle enrichit les rêves, les histoires que l’on se raconte, et celles qu’on va raconter. Ensuite, de la ténacité. Il faut de la ténacité pour mener à bien le roman, pour le sentir prendre son envol, pour que les personnages s’étoffent. Il en faut pour écrire, aussi souvent que possible, même si on a l’impression de tourner en rond, même si on a l’impression que tout a déjà été dit, même si on a l’impression que c’est mauvais. J’écris tous les jours, je jette beaucoup, mais ce n’est pas important – petit à petit, ce que je souhaite raconter se précise, les phrases deviennent plus tranchantes, le ton se dessine. Il faut encore plus de ténacité pour être publié. Pendant vingt ans, j’ai déposé mes manuscrits (vingt différents) dans les maisons d’édition et pendant vingt ans j’ai été refusé. Vraiment, l’important c’est de ne pas se décourager. Et de ne pas rêver. D’être conscient que la majeure partie des manuscrits sont refusés, qu’on n’y changera pas grand chose, c’est comme ça, point. Cela fait partie du jeu. Si on le trouve trop cruel, alors, on se contente d’écrire pour soi et c’est très bien aussi. Si on veut se jeter dans l’aventure de la publication, alors on en accepte les règles. Mais on essaie quand même. Et surtout, on continue d’écrire – et de lire. De toute façon, on n’a pas le choix.

 

Précédent rendez-vous : Claude Clément

Prochain rendez-vous : Alexandre Lacroix

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A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Un hiver à Paris

Et rester vivant

Le baby-sitter

5 questions à Jean-Philippe Blondel

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Un hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel

Présentation de l’éditeur :

un hiver a parisJeune provincial, le narrateur débarque à la capitale pour faire ses années de classe préparatoire. Il y découvre une solitude nouvelle et un univers où la compétition est impitoyable… Confusion des sentiments, attirance pour la mort et pour la vie, succès gagné sur un malentendu, amertume et plaisir… On retrouve dans Un hiver à Paris tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel.

 

 

Victor, pas encore vingt ans, démarre sa deuxième année de classe préparatoire à Paris. Invisible, il se laisse porter et regarde la vie passer. Un jour, Mathieu saute, et l’ordre du monde s’en trouve bouleversé.

Pour Victor, le temps s’arrête alors que pour tant d’autres, la vie continue normalement.

Cependant que ne pas s’être tué ne signifie pas nécessairement rester vivant.

 

Mais Victor qui était transparent la première année, parce qu’il a vu la chute de Mathieu, parce qu’il lui avait déjà parlé, devient soudain l’objet de l’attention collective. Tout le monde s’intéresse à celui qui a connu le suicidé, qui était son ami. Peu importe que ce ne soit pas tout à fait exact : Victor ne parvient pas à refuser le beau rôle qui tout à coup s’offre lui, lui qui n’en cherchait ni n’en attendait aucun. Il choisit d’en profiter pour vivre enfin.

 

Jean-Philippe Blondel raconte les classes prépa, ces rites de dévalorisation qui perdurent chez les professeurs, tout comme les profils-type de certains élèves. Lui qui sait si bien saisir les instants minuscules, les silences et les attentes, lui qui met du Véronique Sanson dans ses romans, raconte aussi cette impression de décalage horaire quand l’étudiant revient en terres familiales et retrouve les camarades d’hier déjà entrés dans cette vie que l’on dit active.

 

Ce roman dit cet instant précis, précieux, où l’on découvre que l’on est un individu à part entière. Pas seulement un fils, une fille. Un individu à part entière. Apte à décider de la couleur à donner à son existence, et du chemin à prendre. Apte à désobéir, le cas échéant. Décevoir, si c’est nécessaire. Le poids et la culpabilité de la transgression sociale.

Etre adulte et vacciné ne suffit pas toujours pour être un individu à part entière.

 

Et si les meilleures décisions étaient celles qu’on prenait sur un coup de tête ?

Tandis que le père de Mathieu fait de Victor le suppléant du fils disparu, plane au-dessus de l’étudiant le fantasme de disparaître pour se réinventer une existence différente ailleurs. Certains l’ont fait, et il n’est jamais trop tard pour changer d’existence.

Il s’agit de penser au présent et pas seulement à l’avenir

 

Un hiver à Paris pose la question de sa place dans l’existence – celle qu’on se fait, éventuellement différente de celles que les autres envisagent pour soi. Il met des mots sur un rapport familial qui change, dépeint l’étudiant qui soudain a honte de ses parents, qui prend conscience de tout ce qui sépare les deux mondes – le sien et le leur -, du fossé qui se creuse irrémédiablement.

Les regrets des possibles sont lourds à porter. Et il y a mille façons de sauter par-dessus la rampe.

 

Ce roman doux-amer est aussi le portrait d’un jeune homme qui découvre son penchant pour le monde des vivants. Ecrire est le moyen qu’il a trouvé pour ne pas sauter. A chacun, à tout âge, d’inventer le sien.

 

Editions Buchet/Chastel, janvier 2015, 272 pages, 15 euros

 

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Et rester vivant

Le baby-sitter

5 questions à Jean-Philippe Blondel

 

Instantanés :

 

« Nous sommes beaucoup plus résistants que nous ne le croyons. » (page 13)

 

« Vomir la jeunesse pour son inculture n’est qu’une ultime preuve de la détestation de soi. » (page 50)

 

« Au fond d’eux-mêmes, la sélection naturelle, ils y croyaient ; et ils étaient contents que quelqu’un d’autre se charge du sale boulot. » (page 53)

 

« Dehors, c’était jeudi. » (page 61)

 

« Je n’étais peut-être pas très sain, mais j’étais sauf. » (page 72)

 

« La vie d’un étudiant de classe préparatoire se résumait à une série d’anecdotes décalées. » (page 81)

 

« Je me suis entendu me taire. » (page 117)

 

« Un peu plus et je me serais cru vivant. » (page 143)

 

« Je ne pouvais pas changer d’existence. » (page 144)

 

« Est-ce qu’on pourrait passer une vie comme ça, à l’écart du monde, dans un no man’s land de confort et de chaleur, à regarder les autres s’échiner à trouver un sens à leur existence ? » (page 165)

 

« Les langues étrangères, vivantes ou mortes, apaisent la réalité. » (page 170)

 

« Parfois, on ne voit dans les promesses des autres que le chemin qu’on a fait soi-même. » (page 189)

 

« Mieux vaut devenir le maître des illusions que le jouet de ceux qui vous entourent. » (page 194)

 

« J’étais comme le milieu dont j’étais issu – populaire. » (page 200)

 

« Dans les familles où les sentiments s’expriment, les enfants doivent être moins enclins à escalader les rampes et à se jeter dans le vide. » (page 224)

 

« Vivant ou mort, cela ne faisait aucune différence. Alors autant vivre. » (page 226)

 

« Pourquoi se jeter dans la fiction quand on a la réalité en face de soi ? » (page 226)

 

« Le monde bouge imperceptiblement, la Terre tourne et ses habitants ne s’en rendent pas compte ; c’est la même chose, parfois, pour les êtres humains. » (page 251)

 

« Les Etats-Unis, ce pays où les couleurs sont si vives qu’elles délavent automatiquement les souvenirs européens. » (page 256)

 

« C’est le propre du roman d’amener le lecteur à renoncer au sommeil. » (page 261)