Voyage à Pitchipoï, Jean-Claude Moscovici

Présentation de l’éditeur :

voyage-a-pitchipoiVoyage à Pitchipoï raconte la tragédie d’une famille juive, en France, pendant la guerre, une tragédie qui fut celle de millions d’autres familles. En 1942, l’auteur de ce livre avait six ans. Sa famille fut arrêtée, par des gendarmes allemands et français, et dispersée. Le narrateur et sa petite sœur furent d’abord confiés à des voisins jusqu’à ce que le maire du village fasse appliquer la décision du capitaine S-S, Commandeur de la région et responsable des mesures de répression antisémite : « L’accueil d’enfants juifs dans des familles françaises est indésirable et ne sera autorisé en aucun cas. » Les deux enfants furent alors enfermés dans une prison, puis transférés au camp de Drancy, où la petite fille tomba malade, par malnutrition. Pendant toute cette période, ils restèrent sans nouvelles de leur mère, qui avait miraculeusement réussi à s’échapper et n’avait pas été reprise, malgré les portes qui s’étaient souvent fermées lorsqu’elle avait demandé de l’aide. Après des mois de vie clandestine, à la Libération, ils retrouvèrent leur maison. Ils ne devaient jamais revoir leur père.

Pitchipoï est un néologisme apparu parmi les enfants dans le camp de Drancy, pendant la Seconde Guerre mondiale, pour désigner la destination inconnue, à la fois mystérieuse et effrayante, des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l’Est », au pays de nulle part.

Jean-Claude Moscovici est, avec Henri Raczymow, auteur des Contes d’exil et d’oubli (Gallimard, 1979), l’un de ceux qui ont rapporté ce surnom. En 1942, Jean-Claude Moscovici, âgé de six ans, a été détenu à Drancy.

« Chaque souvenir était une douleur. »

Voyage à Pitchipoï est le récit de cette enfance arrachée, de cette famille séparée, de la survie d’un petit garçon qui tient plus que tout à protéger sa petite sœur de quatre ans sa cadette, un petit garçon qui est loin de tout saisir aux événements – si ce n’est leur gravité, et leur caractère irrémédiable.

« Plus tard seulement, je sus qu’il revenait de ce lieu que nous appelions Pitchipoï,

et dont le véritable nom était Auschwitz-Birkenau. »

Un récit nécessaire, dont la nécessité est soulignée par les mots de Georges Perec, cité en exergue : « L’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. » (W ou le souvenir d’enfance)

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, 1995, 138 pages, 7,10 euros

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L’enfant sans étoile, Raphaël Delpard

Présentation de l’éditeur :

L enfant sans etoileMai 1943. Louise Leblanc, habitante de Parigné-l’Évêque, village de la Sarthe, accepte d’héberger un orphelin de six ans, rescapé du camp de Gurs. L’enfant, qui semble traumatisé, ne se rappelle rien, pas même son prénom.
Néanmoins, Louise l’élève comme son propre fils, et le garçon, prénommé Jean, parvient à se faire peu à peu accepter par la communauté. Tant est si bien que, s’acclimatant à son nouvel environnement, il commence à retrouver progressivement quelques fragments de sa mémoire…
Pourtant, quelque temps après, Louise apprend qu’on l’a dénoncée auprès de la gendarmerie. Le village se divise alors entre ceux qui choisissent d’être solidaires, et ceux qui dissimulent leur complicité… Mais c’est surtout pour Louise et Jean le début d’une course contre la montre

 

Ce que signifie grandir en tant qu’enfant caché, Raphaël Delpard le sait : lui-même était enfant lorsque ses parents, résistants, ont été enlevés par la Gestapo. Il a été recueilli par une seconde famille qui l’a élevé.

Dans la Sarthe, où se déroule l’action de L’enfant sans étoile, ce sont plus de 700 enfants, répartis dans 17 communes et 22 hameaux, qui ont vécu dans la clandestinité pendant quatre ans.

Ce roman est le récit de l’intégration de l’un d’eux, à qui l’on attribue ne nom de Jean Leblanc, dans le petit village de Parigné-l’Évêque où la curiosité des mauvaises langues et des potentiels délateurs n’a d’égal que la détermination des membres du réseau de la Résistance à protéger ces enfants qui n’ont rien demandé.

On est embarqué dans les tribulations de Jean, on partage ses angoisses et ses espoirs. Le récit est trépidant, l’écriture rythmée. Cette histoire d’enfant est bel et bien destinée aux adultes, qui connaissent les risques et les enjeux, et qui sont sensibles aux questions que se pose le jeune héros sans être en capacité de les formuler : comment grandir, lorsqu’on est un enfant du vide ? Comment se construire une identité, quand on n’a aucune idée de ses origines ?

Une très agréable lecture, pour un roman historiquement passionnant.

Archipoche, mars 2015 (et Calmann-Lévy, 2010), 288 pages, 7,65 euros

 

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Cinq extraits :

« Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettre forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. » (page 124)

« Que reste-t-il de l’enfance quand on devient adulte ? » (page 148)

« On ne choisit pas toujours le moyen qui vous fait revenir à la vie. » (page 205)

« Elle était devenue adulte sans cesser pour autant d’être une enfant, une adulte en permanence sur le qui-vive, une enfant en quête d’affection. » (page 225)

« Il y a une différence entre comprendre la nécessité du départ et le vivre. » (page 250)

Du soleil sur la joue, Marilyn Sachs

Du soleilPrésentation de l’éditeur :

Comment grandit une petite fille entre enfance et adolescence, entre huit et treize ans… en temps de guerre. L’histoire de Nicole est une histoire vraie.

Nicole vit une enfance joyeuse entre sa petite sœur et ses parents, dans la ville d’Aix-les-Bains. En 1939, Nicole n’a pas encore onze ans quand elle voit son père partir à la guerre. Tout commence à changer autour d’elle… Comment Nicole fera-t-elle face aux dangers qui les menacent, elle et les siens ?

 

 

Au seuil de l’adolescence, il s’est trouvé une période où, en dehors des lectures scolaires obligatoires, je ne lisais que des livres se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, Du soleil sur la joue est celui qui m’a le plus marquée.

Le relire vingt ans plus tard, après avoir rencontré des survivants de la guerre et écrit Max et les poissons, est une expérience étonnante, mélange d’inédit et d’immense familiarité.

 

Il y a vingt ans, j’ai été bouleversée par le drame, celui qui termine le roman, rebondissement qui agit comme une justification de la tension qui sous-tend tout le livre. Dans mon souvenir, ce drame était central. Vingt ans plus tard, je (re)découvre que plus qu’un roman du drame, Du soleil sur la joue est un roman d’avant le drame. C’est un roman de la vie heureuse, joyeuse, rieuse en temps de guerre, malgré les privations et les pénuries de nourriture ou de laine. Un roman de la découvert de sa judaïté par les autres – la famille de Nicole Nieman n’est pas pratiquante. Un roman qui dit le quotidien, l’école, les amitiés et les haines fondées sur les points communs ou les différences, la fraternité, les questionnements adolescents, un roman qui raconte la famille qui accueille Nicole et sa petite sœur quand ses parents doivent courir les marchés de la région pour vendre leur marchandise.

 

L’émotion est intacte. Les images n’ont pas changé.

En termes d’orthotypographie cependant, j’ai noté qu’en 1980, on écrivait le substantif juif sans majuscule ; en 2015 – j’ai assez abordé ce point avec les correcteurs de Max et les poissons – l’on met une majuscule lorsque ce même substantif est employé relativement à la Shoah.

 

Ce roman est toujours aussi fort, le langage très daté ajoute à la dimension de témoignage historique, et Nicole reste ce personnage inoubliable qui vit depuis longtemps dans mon souvenir. Sauf que depuis j’ai appris mille choses sur ce qu’elle traverse, j’ai aussi vu Drancy, Auschwitz et Birkenau, le bout de la route, et mon regard à moi a changé, grandi.

Je n’avais pas retenu, cependant, qu’il s’agissait d’une histoire vraie. Cela rend d’autant plus intéressante cette nouvelle lecture.

 

« Tant que les humains peuvent se raccrocher à un espoir,

ils peuvent survivre au pire. » 

 

A partir de 9 ans

Traduit de l’américain par Rose-Marie Vassallo

Castor Poche Flammarion, 1980, 224 pages

 

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Max et les poissons, Sophie Adriansen

Max et les poissons. Sophie ADRIANSENIl s’appelle Max. Il est bon élève. Il a reçu un prix d’excellence, et un poisson en récompense.

Il a 8 ans. Enfin pas complètement. Il doit les fêter le 16 juillet 1942, mais ce jour-là a lieu un événement bien plus important.

Du Vel’ d’Hiv’ au camp de Drancy, du camp de Drancy à la campagne où il apprend à pêcher, Max traverse la deuxième moitié de la guerre au rythme de son jeune âge.

Avec un poisson comme bonne étoile.

Max et les poissons est ma quatrième publication jeunesse, après J’ai passé l’âge de la colo ! (Volpilière), Le souffle de l’ange (Nathan) et Drôles de familles ! (Nathan). Il paraît en librairie ce jeudi 5 février.

Ce Max qui m’est si cher, j’ai hâte que vous le rencontriez.

Editions Nathan, février 2015, 96 pages, 5 euros

Illustrations de Tom Haugomat

Voir la présentation sur le site de l’éditeur

 

Le tout début du livre :

J’ai mon poisson ! Il est rouge, avec un peu de jaune. Ils sont tous rouges ou argent, mais le mien est le seul qui soit tacheté de jaune. C’est ma récompense : à l’école, j’ai reçu un prix d’excellence.

Je l’ai appelé Auguste, parce que ses couleurs me rappellent celles du chapiteau du cirque, et que le clown si drôle s’y nommait Auguste. Je le rapporte dans une poche en plastique pleine d’eau. Je le tiens fièrement. Qu’il est beau ! Ces grandes vacances vont être incomparables.

L’eau se met à faire des petites vagues. Maman serre ma main un peu plus fort. Au bout de la rue passent des Allemands. Ça fait un bruit du tonnerre. Les Allemands, ce sont des gens en uniformes vert foncé qui portent des fusils et ne sourient jamais. Ils marchent souvent tous en même temps et font trembler les rues avec leurs bottes en fer.

La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits garçons.

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Les premiers retours de lecture sont déjà sur la toile !

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