In utero, Julien Blanc-Gras

in uteroPrésentation de l’éditeur :

« Il n’y a aucune raison de paniquer. Nous allons créer et accompagner une existence. C’est une formidable nouvelle, me dis-je en tapant vol aller simple Patagonie sur mon clavier. »

Journal de grossesse d’un futur père, In utero relate cette aventure intime et universelle, avec ses joies, ses angoisses et ses questions fondamentales.

Faut-il se reproduire dans un monde surpeuplé ? Comment faire rire une femme enceinte ? Et surtout, peut-on accoucher en chaussettes ?

La compagne du narrateur, dite La Femme, est enceinte. C’est une décision prise à deux. Et, de l’aveu même du narrateur, « c’est l’histoire la plus banale du monde. »

Ecrivain-voyageur (ou l’inverse), le narrateur, comme sa compagne, appartient à cette « génération insatisfaite, qui rechigne à s’engager tout en mettant un point d’honneur à changer les couches » – ce dernier point restant encore pour lui de la pure théorie.

Et puisque « le rôle de l’écrivain, c’est de dire la vérité », il dira tout. Ou presque. On apprend ainsi qu’ « à l’échelle mondiale, 90% des naissances ont lieu à domicile. » Et aussi qu’ « à sa naissance, le girafon tombe de deux mètres de haut. »

Mais surtout que le narrateur n’est pas aussi prêt qu’il le croyait, si tant est qu’il est possible d’être prêt pour quelque chose dont on ignore tout.

Ce roman est le journal de ses angoisses, de ses enthousiasmes, de ses envies de prendre la tangente, bref, de ses états d’âme au cours de ces neuf mois pas comme les autres. La prose est fluide et facile, légère et drôle – mais pas que. Le narrateur est tantôt très détaché de son sujet et capable d’autodérision, tantôt passionné, voire terrifié, et absolument pas désinvolte. C’est parfois un peu convenu – mais peu importe : son journal se dévore.

Au Diable Vauvert, septembre 2015, 192 pages, 15 euros

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Échos :

utero« Attendre un enfant, c’est vieillir d’un coup, basculer de l’autre côté. » (page 15)

« Pour ne pas trahir ma jeunesse, je vais m’accrocher à l’idée qu’on peut devenir bon père et rester bon vivant. » (page 23)

« L’enfant, c’est un acte optimiste. Un pari sur l’éternité. » (page 30)

« La grossesse dure neuf mois pour permettre au fœtus de se développer et au père de se préparer. » (page 40)

« Tomber enceinte, c’est une chute qui induit l’abandon de soi, comme dans tomber amoureux. » (page 63)

« L’ironie, ça ne protège pas les autres. » (page 68)

« Le pavillon de banlieue ou le lotissement périurbain avec le feu de cheminée et la balançoire pour la marmaille représente le stade ultime de la sédentarisation, le dernier logement avant la maison de retraite. » (page 83)

« Oubliez le prestige de l’écrivain quand il s’agit de choses sérieuses comme l’immobilier. Même si vos livres se vendent, même si les critiques vous tressent des lauriers, même si vous êtes une idole dans certaines médiathèques de la Sarthe, vous restez un insolvable potentiel aux yeux des nantis, qui n’écoutent pas forcément France Culture. » (page 84)

« L’honnêteté peut nuire, c’est pour ça que le mensonge a été inventé. » (page 98)

« Le drame de l’écrivain, c’est de ne rien vivre pleinement, car il pense toujours à la façon de raconter les événements au moment où ils se déroulent. » (page 168)

« Nos destins sont manipulés par un metteur en scène dont l’existence n’est pas prouvée. » (page 181)

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Touriste, Julien Blanc-Gras & Mademoiselle Caroline

TOURISTE - C1C4.indd« Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage. Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Touriste, ça me suffit. »

 

Touriste est le troisième roman de Julien Blanc-Gras, écrivain-voyageur. Sa découverte du monde, avec Paris comme base et lieu d’interludes, est ici adaptée par Mademoiselle Caroline, dont on a déjà apprécié les albums Enceinte et 3 kilos avant le maillot (et qui m’a fait l’honneur de répondre en dessins à mes 5 questions en 2011).

 

« Voyager seul, c’est le meilleur moyen de ne pas le rester très longtemps. »

 

Julien Blanc-Gras a fait du voyage, de la découverte de l’autre, un mode de vie. Il sait l’importance des conditions du voyage, lui qui a fait l’expérience du club de vacances en Tunisie.

 

« Prendre une photo, c’est prévoir de se souvenir du passé dans un avenir prochain. »

 

Il pose son regard sur le monde autant que sur ceux qui le visitent. Le rapport de l’homme à l’homme est un sujet fascinant. Les appareils photo, les hôtels de luxe et les véhicules climatisés sont autant de remparts que le visiteur bien souvent érige en les niant.

 

« Le touriste ne sauve pas le monde, il n’est pas là pour ça. »

 

tourist 1Julien Blanc-Gras donne des pistes quant à ce que le voyage permet. Quant à ce qu’il permet d’apprendre sur soi. Quant à ce qu’il offre, quand on ne part pas pour de mauvaises raisons. Il y a autant de touristes, et de façons de voyages, qu’il y a d’individus.

 

« Le touriste finit toujours par rentrer chez lui. »

 

Cet album est un très bel objet. En plus des jolies phrases s’y sont cachés des clins d’œil, des patronymes pas tout à fait inconnus, des visages familiers, de ceux qui boivent sans soif, qui voyagent, comme le narrateur, plutôt hors saison, ou qui préfèrent rester au chaud sous les couvertures. (Et puis, dans l’interview déjà, Mademoiselle Caroline parlait de son amour pour la prose de Philippe Jaenada.)

 

Les dessins sont superbes, drôles et justes à la fois, comme toujours avec Mademoiselle Caroline, et les planches donnent à ressentir les lumières, les couleurs, les sensations visuelles des lieux visités de par le monde.

Malgré tout, le récit en lui-même laisse un peu sur sa faim. Les limites des choix que l’adaptation a requis ? Sans doute que pour être rassasié, il faut lire le roman.

 

Editions Delcourt, mars 2015, 208 pages, 23,95 euros

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