Le garçon en pyjama rayé, John Boyne

pyjama rayeL’extrait :

« – Si c’est la campagne, comme tu dis, où sont les animaux ? Si c’était une ferme, il devrait y avoir des vaches, des cochons, des moutons et des chevaux, dit Bruno. Sans oublier des poulets et des canards.

– Et il n’y en a pas, reconnut doucement Gretel.

– Et si on faisait pousser des choses à manger, comme tu le prétends, poursuivit Bruno qui s’amusait comme un fou, alors le sol serait plus joli. Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire pousser dans cette poussière.

Gretel regarda à nouveau et acquiesça, car elle n’était pas assez bête pour prétendre avoir raison envers et contre tout quand il était évident que la discussion lui donnait tort.

– Alors, ce n’est pas une ferme, dit-elle.

– Non, approuva Bruno.

– Ce qui signifie que ce n’est pas la campagne.

– Non, dit Bruno.

– Ce qui signifie que nous ne sommes pas dans notre maison de vacances, conclut-elle.

– Je ne crois pas.

Bruno s’assit sur son lit avec l’envie fugace que Gretel vienne le prendre dans ses bras et lui dise que tout irait bien, qu’ils finiraient par aimer cet endroit tôt ou tard et ne voudraient jamais plus revenir à Berlin. Mais Gretel resta à la fenêtre, et, cette fois, elle ne regarda pas les fleurs, ni la bordure, ni le banc avec sa plaque, ni la haute barrière, ni les poteaux télégraphiques en bois, ni les rouleaux de fil de fer barbelé, ni le sol nu au-delà, ni les baraquements, ni les petits bâtiments, ni les nuages de fumée. Elle regarda les gens.

– Qui sont tous ces gens ? demanda-t-elle à voix basse, comme si la question ne s’adressait pas tant à Bruno qu’à quelqu’un d’autre, une personne susceptible de lui apporter une réponse. Et que font-ils là ? » (pages 39-40)

 

Comment faire pour parler de ce roman sans révéler son mystère – et ce qui fait sa puissance ? La quatrième de couverture même s’y refuse, qui indique : « Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre. On dira simplement qu’il s’agit de l’histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l’autre côté d’une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister. »

 

Le garçon en pyjama rayé est la rencontre de deux garçons de neuf ans dans des circonstances terribles qu’on ne tarde pas à découvrir. Deux garçons dont chacun, persuadé d’être du mauvais côté de la barrière, envie l’autre…

Cet inoubliable roman est publié dans une collection jeunesse, mais il s’adresse à tous, et résonne peut-être même davantage chez le lecteur adulte.

 

 

Traduit de l’anglais par Catherine Gibert

A partir de 12 ans

Folio junior, 2006, 205 pages, 6,45 €

 

 

Des phrases :

 

« Nous n’avons pas le luxe de penser. Certaines personnes prennent toutes les décisions pour nous. » (page 20)

 

« La guerre n’est pas un sujet de conversation. » (page 70)

 

« Où était la différence exactement ? se demandait Bruno. Et qui avait décrété que les uns porteraient un pyjama rayé et les autres un uniforme ? » (page 98)

 

« L’essentiel dans l’exploration est de savoir si la découverte que l’on fait en vaut la peine. Certaines découvertes sont des choses intéressantes qui se trouvent là, simplement, occupées à leurs propres affaires, en attendant d’être découvertes, comme l’Amérique. Et parfois, ce sont des choses qu’il vaudrait mieux laisser à leur place, comme une souris morte derrière un placard. » (page 111)

 

« Il y a beaucoup de garçons de ton côté ? demanda Bruno.

– Des centaines, répondit Schmuel.

Bruno écarquilla les yeux.

– Des centaines ? répéta-t-il stupéfait. C’est affreusement injuste. De mon côté de la barrière, il n’y a personne avec qui jouer. Personne.

– Nous ne jouons pas, dit Schmuel. » (page 125)

 

« Avec un bon costume, tu entres dans ton rôle. » (page 193)

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