Au feu, Gilda !, Géraldine Barbe

Présentation de l’éditeur :

au feu gilda2« Gilda, 40 ans, fraîchement divorcée, vit seule avec son fils Trévor une semaine sur deux. Ces derniers temps, son kiff serait de zoner à peu près toute la journée et de manger du sorbet le soir en regardant une bonne série américaine, projet mis à mal par la réalité sociale. En vérité elle est bouleversée par sa séparation récente, elle a envie de souffler, et surtout de profiter du seul bon côté de la garde partagée, il y en a assez de mauvais, calmez-vous, à savoir la possibilité de faire ce que l’on interdit fermement de faire à ses enfants. »

Coup de foudre avorté, rendez-vous à Pôle Emploi, bières en terrasse, fantasmes et parties de jambes en l’air, exaltation et désespoir : la fantasque Gilda passe tout au tamis de son regard loufoque. Car, pour reprendre sa vie en main, elle a décidé de se lancer dans le récit de l’idylle parfaite… et d’en faire ses choux gras !

 

 

Gilda cumule : elle est amoureuse et écrivain. Deux handicaps dont elle veut faire une force. Elle boit Lire la suite

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger

36Présentation de l’éditeur :

 

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l’heure de son anniversaire, Mortimer Décime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans.

La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?

Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d’une malédiction familiale ? Entre la saga tragique et hilarante des Décime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire.

Mais qui sait si le Destin et l’Amour, qui n’en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ? Dans son nouveau roman, Marie-Sabine Roger fait preuve, comme toujours, de fantaisie et d’humour, et nous donne une belle leçon d’humanité.

 

 

L’on sait que faire des plans précis est un bon moyen, sinon le meilleur, pour que les choses se passent tout à fait autrement. Mortimer en fait l’expérience dès le début du roman. Lui qui s’était empêché de vivre au prétexte que la mort allait arriver tente alors de s’y mettre, avec 36 ans de retard.

Et il sait par où commencer : car peu de temps auparavant, sa route a croisé celle de Jasmine, une jeune femme qui a les yeux dans le futur. Et dans ses bras, Mortimer s’est découvert pour la première fois de son existence des envies d’éternité.

 

La prose de Marie-Sabine Roger regorge d’images et d’humour. Elle « écrit comme un mec », dit Jean Becker qui a adapté plusieurs de ses romans. Et elle écrit presque comme on parle, jouant de cette gouaille à laquelle elle nous a habitués avec ses précédents romans (dont Bon rétablissement, prix des lecteurs de L’Express 2012 – j’en étais, la preuve en vidéo). Qui peut lasser si l’on n’adhère pas.

Qui fonctionne bien ici et permet de rendre léger un roman que les thèmes auraient aisément fait verser dans le pathos sans cela.

 

On referme l’ouvrage après avoir bien ri, des bons mots, des situations cocasses, de la compagnie des personnages fort attachants qui entourent le héros. Et en réfléchissant à ce qu’on ferait si on devait mourir demain, ou à 36 ans.

 

Marie-Sabine Roger nous démontre joliment qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à vivre.

En réalité, il n’est jamais trop tôt non plus.

 

 

La brune au Rouergue, août 2014, 277 pages, 20 €

 

Un roman lu dans le cadre de la 5ème édition des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten

 

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Bon rétablissement

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La remise du prix à Marie-Sabine Roger en vidéo

 

Phrases chocs :

 

« Décéder fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns. » (page 11)

 

« Lorsqu’on vit dans le désert, on finit par aimer le premier cactus qui pousse. » (page 43)

 

« Est-ce que l’adversité est dans l’hérédité comme les oreilles décollées ? » (page 46)

 

« Par chance, il y eut la guerre. » (page 81)

 

« Rien n’est plus horripilant que les gens qui vont bien. » (page 178)

 

« Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. » (page 182)

 

« Tourner la page ne sert pas à grand-chose quand c’est le livre entier qu’on voudrait changer. » (page 202)

 

« Je suis paralysé par cette perspective : je suis toujours vivant mais, pour la première fois de ma vie, je ne sais pas pour combien de temps. » (page 221)

 

« Si les liens du cœur prenaient racine au fond des estomacs, on appellerait « maman » toutes les dames de cantine. » (page 230)

La battue, Gaël Brunet

La battuePrésentation de l’éditeur :

Le chalet est perdu dans un paysage magnifique, avec le Mont-Blanc à l’horizon. Olivier est né et a grandi là, sur l’exploitation familiale. Pourtant, cela fait des années que ce trentenaire devenu parisien n’est pas revenu au village natal. Mais, cet été-là, sur l’insistance de sa mère et celle de sa jeune compagne, il se décide enfin à renouer les liens avec les siens. Sous l’ombre imposante des montagnes, arriveront-ils à desserrer les tenailles du passé ?

 

 

Olivier n’a plus parlé à son père depuis 17 ans. La chèvre Caramel, qui appartient au trentenaire désormais Parisien, et dont s’occupe le patriarche, est le seul lien qui subsiste entre eux.

La montagne, c’est plus près du ciel et l’on y respire mieux qu’en ville. Mais dans le chalet, l’atmosphère est suffocante des non-dits apparus avec le drame familial qui a creusé entre les membres de la famille d’infranchissables fossés. Marc, l’aîné, et mort accidentellement des années auparavant. L’absent est au cœur de tous les silences ; l’absent prend toute la place.

Le passé est un volcan, explosif et menaçant, dont chacun veille à se tenir éloigné.

 

Comment se faire sa place dans un tandem père-fils si fusionnel ? Comment exister dans l’ombre du frère prodigue ? Comment rompre un silence installé depuis trop longtemps ? Faut-il seulement le rompre ? Autant de questions que pose Brunet dans son deuxième roman. Il dresse le portrait de deux frères aussi dissemblables que le sont les chevreaux, et entraîne le lecteur dans une famille banale qui n’a jamais surmonté la perte de l’un des siens.

 

L’on devine rapidement ce qui va se passer ; mais cela n’empêche pas la tension de s’installer entre les pages et d’aller crescendo. Gaël Brunet dépeint à merveille les atmosphères pesantes, rendant très réaliste ce presque huis clos. Malgré un style parfois ampoulé, les images sont fortes et marquent durablement.

Il campe des personnages attachants, en particulier ce narrateur qu’on a envie de secouer, comme le fait à sa façon sa compagne, plus effacée et moins incarnée.

Et de même que les combats les plus violents peuvent se mener sans que ne coule le sang, la battue ne sera pas forcément celle qu’on croit.

 

La battue a reçu le prix Alain-Fournier 2014.

 

Le Rouergue, collection La brune, 2013, 216 pages, 19 euros

 

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Gaël Brunet flashé

 

Phrases choisies :

 

« Le temps défait les liens, même les plus étroits. » (page 14)

 

« Je vais retrouver la montagne comme on plonge dans un bain d’eau glacée. Sans un bruit, en aveugle, la respiration presque coupée. » (page 15)

 

« J’aurais aimé être l’aîné ou bien fils unique, pour vivre autre chose et ne pas connaître ce rôle du cadet, un rôle de figurant, loin de la lumière et des paires d’oreilles attentives. » (page 76)

 

« Comme si la vie n’était finalement qu’un épuisement des ressources affectives dont chacun semble doté à la naissance. » (page 76)

 

« Nous ne sommes pas venus ici pour en arriver là. » (page 86)

 

« Mon existence ne suffit pas. Et elle ne suffira jamais. Je le sais et cela me dévore. » (page 104)

 

« Je suis né second, dès le départ un handicap dont il est impossible de se défaire, une tare pour la vie. » (page 106)

 

« La souplesse garantit toujours la finesse. » (page 108)

 

« Je ne faisais rien d’autre que cela, rêver et observer le monde autour de moi, attendant en somme que la vie choisisse pour moi. » (page 113)

 

« Pour l’avoir longtemps cherchée, je sais que la fonction reset n’existe pas. On n’oublie jamais. » (page 160)

 

« Dans la vie, il y avait deux espèces bien distinctes : ceux qui apparaissaient toujours sur le papier glacé et puis les autres, derrière les appareils. » (page 169)

 

« J’en suis venu à penser qu’il valait parfois mieux vivre en l’absence de réponses qui peuvent faire plus de mal que de bien. Et avec le temps, on oublie tôt ou tard les questions. » (page 177)

 

« Elle est aujourd’hui mon unique monde connu. » (page 178)

 

« L’hiver ne me semble pas être la seule saison. Au fond de moi, je sais qu’il y a aussi l’été. » (page 184)

 

« Un mouvement, quelques pas sur le quai, deux marches et c’était toute la vie qui changeait. » (page 189)

Dossier océan, Claudine Aubrun

couv-dossier_oceanQuatrième de couverture :

Ce jour de juin, il n’y a presque personne sur cette plage des Landes, un groupe de surfeurs, quelques pêcheurs, de rares promeneurs. Et deux pieds qui dépassent d’un parasol rouge… Comme à son habitude, Brune a sorti son téléphone pour faire des photos du paysage. Rien de compromettant a priori. Mais, en fin de journée, elle apprend qu’une femme a été étranglée dans les dunes. Plongées au cœur de l’enquête, Brune et sa famille vont se retrouver confrontées à leur passé. Quels liens avaient-elles avec cette femme ? Son oncle est arrêté. Un mystérieux agresseur la traque. La police s’intéresse de très près à ses photos. Pour comprendre ce qui s’est joué autrefois sur cette plage, la jeune fille devra démêler les fils reliant tous les personnages de son « dossier Océan ».

 

« Vous ne gagnez rien en vous taisant. », dit le flic à Brune.

« Vous ne gagnez rien à ne pas collaborer. Vous avez même beaucoup à perdre. »

Mais Brune ne parle pas. Elle ne parle plus. Elle s’exprime par l’image. Les dessins. Les photos qu’elle prend pour mieux reproduire les détails. Et le silence ouvre la porte à toutes les éventualités…

 

Dossier Ocean AubrunIl faudra bien pourtant que la vérité éclate. Qu’elle soit dite. La vérité, et les vérités de l’histoire de Brune et de sa famille. Il faudra bien que la lumière soit faite sur cette obscure affaire de meurtre qui vient assombrir le début de saison d’une station balnéaire sans histoire.

Entre fausses pistes et rebondissements, Claudine Aubrun mélange les cartes d’un jeu dangereux. Les héros, très vite attachants, sonnent particulièrement justes.

 

Et l’océan bordé par les pins des Landes devient un personnage à part entière.

Du noir dans le bleu.

 

Un roman court et efficace, plein de suspens et d’émotion.

 

Le Rouergue (collection DoAdo noir), février 2014, 107 pages, 9,70 euros

 photos (c) Claudine Aubrun

 

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Trois passages :

 

Dax 065« – Fais taire ta colère, Brune, je sais ce que c’est, crois-moi, ça ne mène nulle part.

Ma colère, je n’avais pas envie de la faire taire. Elle me nourrissait, elle nourrissait mes dessins, faisait exploser des couleurs violentes. » (page 21)

 

« Je suis remontée dans ma chambre dès son départ. J’ai branché le disque dur externe à mon ordinateur. J’ai ouvert le dossier OCEAN puis le fichier OCEAN sous ciel plombé. J’ai fait défiler la série complète. Toutes les photos étaient d’assez bonne qualité. Dans le lot, cinq images auraient pu intéresser Javier et mon agresseur. » (page 50)

 

« J’étais à la limite. A la limite du défendu mais à la limite tout de même. » (page 96)

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger

A l’hôpital, les journées ont un « compte d’heures dix fois supérieur aux journées du dehors », et les nuits sont « longues comme des cours de philo ». Jean-Pierre Fabre, miraculé après être tombé dans la Seine, repêché par un inconnu sans savoir véritablement comment il s’est retrouvé dans l’eau, est « le bassin de la chambre 28 » dans ce lieu où les patients sont qualifiés par leurs maladies. De sa chambre, « devenue le salon où l’on cause », de son lit où il est cloué, il dépeint un quotidien dont il chasse l’ennui à grands coups d’humour.

 

« Il entre, dit bonjour, me demande :

– Je ne vous dérange pas trop ?

Si je lui réponds que j’allais justement sortir, ça le fait rire. » (page 32) Lire la suite