Quand Hitler s’empara du lapin rose, Judith Kerr

Présentation de l’éditeur :

Hitler lapin roseImaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort.

C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite.

Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres. Odyssée pleine de fatigues et d’angoisses mais aussi de pittoresque et d’imprévu – et toujours drôles – d’Anna et de son frère Max affrontant l’inconnu et contraints de vaincre toutes sortes de difficultés – dont la première et non la moindre: celle des langues étrangères! Ce récit autobiographique de Judith Kerr nous enchante par l’humour qui s’en dégage, et nous touche par cette particulière vibration de ton propre aux souvenirs de famille, quand il apparaît que la famille fut une de celles où l’on s’aime…

Ce récit autobiographique est celui d’une enfance en exil. Judith Kerr est née en 1923 à Berlin. Dans le roman, Judith devient Anna. Les années 30 s’ouvrent dans la joie. Mais bientôt, Hitler accède au pouvoir. Le père d’Anna est un écrivain et journaliste dont les textes ne plaisent pas à tout le monde. La famille est juive. Elle n’est plus en sécurité en Allemagne.

Anna et les siens quittent leur confort berlinois pour la chambre d’une petite auberge en Suisse. De là, ils partiront pour Paris, puis quand Paris ne sera plus sûre non plus, pour Londres.

« Eh bien alors, dit-elle, si vous ressemblez à tout le monde et que vous n’allez pas à une église spéciale, qu’est-ce qui te dit que vous êtes juifs ? Comment pouvez-vous en être sûrs ? » 

Judith Kerr raconte les constantes adaptations requises par la vie que mènent Anna et sa famille : les coutumes suisses, différentes des allemandes, la vie à l’hôtel plutôt que dans une maison, la nouvelle école ; puis la France, de nouvelles coutumes encore, un appartement exigu, un nouveau langage surtout ; enfin l’Angleterre, où il faudra à nouveau tout réapprendre.

La vie est rude mais les enfants ne sont pas si malheureux : ils se savent et se sentent aimés, et surtout la famille reste unie. Judith Kerr livre des tranches de vie délicieuse au sein de cette famille attachante, faisant de son roman une pépite pleine d’humour et de tendresse. En arrière plan se dessine l’ombre menaçante du conflit mondial qui éclatera bientôt. Mais son récit fera l’objet d’un autre livre, le deuxième des trois romans autobiographiques de l’auteur.

24 dessins de Judith Kerr, dont l’un d’eux figure en couverture de cette édition, ouvrent les 24 chapitres de cet inoubliable roman.

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, médium, 1985, 236 pages, 7,70 euros

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Voyage à Pitchipoï, Jean-Claude Moscovici

Présentation de l’éditeur :

voyage-a-pitchipoiVoyage à Pitchipoï raconte la tragédie d’une famille juive, en France, pendant la guerre, une tragédie qui fut celle de millions d’autres familles. En 1942, l’auteur de ce livre avait six ans. Sa famille fut arrêtée, par des gendarmes allemands et français, et dispersée. Le narrateur et sa petite sœur furent d’abord confiés à des voisins jusqu’à ce que le maire du village fasse appliquer la décision du capitaine S-S, Commandeur de la région et responsable des mesures de répression antisémite : « L’accueil d’enfants juifs dans des familles françaises est indésirable et ne sera autorisé en aucun cas. » Les deux enfants furent alors enfermés dans une prison, puis transférés au camp de Drancy, où la petite fille tomba malade, par malnutrition. Pendant toute cette période, ils restèrent sans nouvelles de leur mère, qui avait miraculeusement réussi à s’échapper et n’avait pas été reprise, malgré les portes qui s’étaient souvent fermées lorsqu’elle avait demandé de l’aide. Après des mois de vie clandestine, à la Libération, ils retrouvèrent leur maison. Ils ne devaient jamais revoir leur père.

Pitchipoï est un néologisme apparu parmi les enfants dans le camp de Drancy, pendant la Seconde Guerre mondiale, pour désigner la destination inconnue, à la fois mystérieuse et effrayante, des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l’Est », au pays de nulle part.

Jean-Claude Moscovici est, avec Henri Raczymow, auteur des Contes d’exil et d’oubli (Gallimard, 1979), l’un de ceux qui ont rapporté ce surnom. En 1942, Jean-Claude Moscovici, âgé de six ans, a été détenu à Drancy.

« Chaque souvenir était une douleur. »

Voyage à Pitchipoï est le récit de cette enfance arrachée, de cette famille séparée, de la survie d’un petit garçon qui tient plus que tout à protéger sa petite sœur de quatre ans sa cadette, un petit garçon qui est loin de tout saisir aux événements – si ce n’est leur gravité, et leur caractère irrémédiable.

« Plus tard seulement, je sus qu’il revenait de ce lieu que nous appelions Pitchipoï,

et dont le véritable nom était Auschwitz-Birkenau. »

Un récit nécessaire, dont la nécessité est soulignée par les mots de Georges Perec, cité en exergue : « L’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. » (W ou le souvenir d’enfance)

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, 1995, 138 pages, 7,10 euros

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iM@mie, Susie Morgenstern

Présentation de l’éditeur :

 

imamieÀ seize ans, Sam est un junkie, un accro, un drogué d’internet et des jeux vidéos. Pour le sevrer de l’écran et sauver son âme, ses parents ont décidé de l’envoyer à Nice, en pension chez Martha, sa grand-mère, qui coule une retraite paisible, sans ordinateur ni télévision ni portable.

Arrivé là-bas, Sam n’a rien d’autre à faire que de lire, réviser son bac français et jouer du piano tout en se faisant dorloter par sa grand-mère. Comme cure de désintoxication, on a connu pire, et Sam admet qu’il n’est pas vraiment malheureux… Juste terriblement en manque des moyens de communication que des milliers d’années de progrès technique ont mis à la disposition de l’homme moderne.

Mais ça, comment le faire comprendre à Martha ?…

 

Pour Martha, l’ordinateur est « le diable, l’ennemi du bien, la démolition du cerveau, la désintégration sociale, la fermeture à tout… » Ce qu’elle aime, c’est lire, faire les choses à son rythme, et cuisiner des farcis.

 

Sam passera le bac de français à la fin de l’année. Martha espère bien lui transmettre sa passion des livres. Et lui permettre de travailler son piano. Un Steinway à queue atterrit dans le salon de Martha ; pour les livres, on verra plus tard.

Sans écran d’aucune sorte, Sam ne ressent qu’un grand vide. Il ne sait comment s’occuper. Le piano ne remplit pas une vie en dehors du lycée, ce « palais de l’ennui ».

 

Seulement Sam a tellement vanté à sa grand-mère les mérites de l’ordinateur et de ce miracle nommé Internet que Martha va y succomber… Voilà que l’écran rythme désormais son existence – en cachette de Sam, évidemment.

 

Martha a-t-elle eu une vie avant l’ordinateur ? Si c’est le cas, elle ne s’en souvient pas…

Et que se passera-t-il si son petit-fils découvre qu’elle s’adonne précisément à ce qu’elle lui interdit ?

 

Un roman moderne et connecté, tout en dialogues et en situations cocasses, et riche de cette tendresse caractéristique de Susie.

 

Médium de l’école des loisirs, mars 2015, 208 pages, 14,80€

 

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Messages instantanés :

 

« Elle est contente quand les enfants viennent, mais encore plus contente quand ils partent. » (page 11)

 

« L’humour saute volontiers une génération. » (page 36)

 

« Tout est supportable quand on le fait à son gré. » (page 44)

 

« Les riches aussi ont leurs problèmes. » (page 49)

 

« Rien de valable ne se fait sans fatigue. » (page 50)

 

« Pourquoi les profs vous demandent-ils d’ingurgiter des œuvres dont on n’a pas les clefs ? » (page 56)

 

« L’habitude d’être seul vous enferme à triple tour. » (page 58)

 

« L’avantage avec la douleur, c’est qu’on s’y habitue. » (page 66)

 

« La rime ne fait pas le poème. » (page 98)

 

« L’ordinateur n’est bon que pour les vieux. » (page 124)

 

« Souvent, les vieux, qui ont pourtant été jeunes, renoncent à se mettre à la place de leurs enfants. » (page 183)

 

« Les grands-mères sont une denrée périssable. » (page 184)

Max et les maximonstres, Maurice Sendak

Max maximonstresPrésentation de l’éditeur :

Dévorer ou aimer, il faut choisir

À force de faire bêtise sur bêtise dans son terrible costume de loup, Max s’est retrouvé puni et enfermé dans sa chambre. Mais pas seulement. Voilà qu’il se retrouve aussi roi d’une armée de bêtes immondes, les Maximonstres. Max le maudit les a domptés. Ils sont griffus, dentus, poilus, vivent sur une île et ne savent rien faire que des sarabandes, des fêtes horribles où il n’y a rien à manger. Max a la nostalgie de son chez lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère. Que faut-il faire pour rentrer ? Peut-être commencer par le désirer…

 

L’ouvrage de Maurice Sendak est un classique. Publié aux Etats-Unis en 1963, il a été lu par des millions d’enfants dans le monde entier (titre original : Where the Wild Things Are). A sa parution, des parents se sont inquiétés de la façon dont les monstres, tout en dents pointus et en ongles crochus, étaient représentés. La Blanche-Neige de Walt Disney, avec sa méchante reine et son effrayante forêt, chantait pourtant son prince rêvé au-dessus du puits depuis plus d’un quart de siècle.

 

maxi_couvCette toute nouvelle édition de l’album le plus célèbre de Maurice Sendak, fidèle à l’originale (parue en France en 1973, déjà à L’école des loisirs), est une jolie madeleine de Proust. Et le trait, inimitable, de Sendak – dont Le Grand livre vert a, plus encore que Max et les maximonstres, bercé mon enfance -, n’a pas plus vieilli que son histoire…

Il se passe tant de choses, la nuit, dans les chambres des petits !

 

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Noël

L’école des loisirs, mars 2015, 48 pages, 12,70 €

 

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Notre camping-car !, Magali Arnal

notre camping carPrésentation de l’éditeur :

 

Au coin de la rue, l’aventure!

Chouette ! C’est aujourd’hui le grand jour: Papi m’emmène à la mer dans son camping-car, le plus beau de tous les camping-cars! Un camping-car, c’est comme une vraie maison: on peut jouer dedans, dormir dedans, y préparer des pique-niques… Mais papi ne voit pas les choses ainsi: sitôt garé, il faut sortir, partir en promenade, marcher jusqu’à la côte, chercher l’aventure… Je râle. Heureusement, une énorme tempête se lève : vite ! Il faut se réfugier… Devinez où ? Dans notre camping-car bien douillet !

 

 

Camping car 1

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Le camping-car, c’est « toute une maison rassemblée en une seule pièce ». De la vie qu’on mène à l’intérieur, même quand ça ne dure pas bien longtemps, et de la façon dont on voit le monde autour quand on est à bord, Magali Arnal fait un très joli album. Ses illustrations prennent toute leur force lorsqu’elles se déploient sur des doubles-pages.

 

Un album à (faire) lire aussi aux grands nostalgiques du camion de Barbie et du van Volkswagen en Lego.

 Camping car 2

L’école des loisirs, mars 2015, 36 pages, 12,20 euros

 

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4 auteurs L’Ecole des Loisirs

A l’occasion du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil début décembre, j’ai participé à une rencontre organisée par L’Ecole des Loisirs.

C’est Marie-Claire qui m’avait fait inviter, j’y suis allée avec George et Hérisson, j’y ai retrouvé Leiloona et Stephie, rencontré Gabriel de La mare aux mots.

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Audren, Alice de Poncheville, Malika Ferdjoukh et Colas Gutman, quatre auteurs – très différents – de la maison, nous ont parlé de leur approche de l’écriture.

J’ai relevé quelques bonnes phrases :

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Audren

« Je n’écris pas pour la jeunesse mais comme je ne suis pas une adulte, ça donne des livres pour les enfants. Lire la suite