Mise au monde, Isabelle Fruchart

Présentation de l’éditeur :

Mise_au_monde_couv_medium« Lorsque j’étais enceinte, certes influencée par mon histoire familiale, accouchement signifiait drame. Et quand je me suis demandée ce que les livres m’avaient appris sur le sujet, je me suis retrouvée face au trou noir. Un seul récit est remonté à ma mémoire, de Zola, mais il était flou. En le relisant, j’ai compris pourquoi je l’avais occulté : il était effroyable. »

Comment l’enfantement est-il raconté dans les romans ? Quelle empreinte cela laisse-t-il ? Avec Mise au monde, Isabelle Fruchart explore en 100 livres le récit de naissance et sa grammaire.

 

 

En résidence d’écriture au CALM, seule maison de naissance existant à Paris, Isabelle Fruchart a établi une bibliographie subjective de cent livres autour de la naissance Lire la suite

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Guide pratique à l’usage des écrivains qui veulent (très) bien faire sans (trop) se fatiguer, Guillaume Lacotte

 

 

Présentation de l’éditeur :

1507-1Roman de guerre

Trouvez une formule qui aurait pu choquer il y a quatre-vingts ans mais qui passera totalement inaperçue aujourd’hui (et n’oubliez pas d’imiter Céline du mieux que vous pouvez) :

La guerre est une porcherie : dégueulasse !… puante !… et remplie de fange et de cochons !

 

Roman de science-fiction

Un titre de SF se compose de la façon suivante : Le/La [mot 1] de [mot 2]. Pour le mot 1, choisissez entre Trône, Terre et Tour. Pour le mot 2, entre Feu, Fer et Glace. Si vous obtenez La Planète des Singes, c’est qu’il y a eu un problème quelque part.

 

La littérature est une chose trop sérieuse pour qu’on ne puisse se moquer d’elle. Autofiction, biographie, roman de plage, pamphlet, thriller… Plus de trente genres littéraires sont passés au crible avec un brin de dérision et une pointe de cocasserie. L’écrivain en mal d’inspiration n a plus qu à se servir ! (Sans rire.) Des éditeurs aux critiques en passant par les lecteurs, ils n attendent que ça.

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Voyage au bout du livre #5 : Reconstruire l’identité littéraire d’une maison installée depuis 1852

SA-voyage-au-bout-du-livreVoyage au bout du livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

Comment donner un coup de jeune à des collections installées ? Comment faire souffler un vent nouveau dans un port littéraire bien établi ? Lisa Liautaud, 32 ans, nous raconte comment son dynamisme se répand au sein d’une maison française historique, les éditions Plon, et nous livre sa vision de l’accompagnement des romanciers.
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Établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison et trouver les gemmes à mettre dans l’écrin

Mon arrivée chez Plon en juillet 2014 était en fait un retour : j’y avais fait mes premières armes comme assistante d’édition, avant de m’occuper de la communication à la Fondation Jean-Jaurès. Retour donc, pour reprendre la fiction française dans cette maison que je connaissais bien.

 

Lisa Liautaud (c) JL

Lisa Liautaud (c) JL

Etape 1 (été 2014) : définir avec Vincent Barbare, PDG d’Edi8, et Muriel Beyer, directrice éditoriale de Plon, la feuille de route pour remplir ma mission – reconstruire une identité littéraire dans cette maison plus connue pour ses essais et ses docs. Mon idée était simple : établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison. En littérature (résolument) contemporaine : des romans qui explorent les failles et les bouleversements actuels, des textes très contemporains qui permettent de s’emparer du monde autrement et de se poser, par la fiction, des questions sur la réalité – une « évasion dans le réel ». ; côté romans historiques : développer la tradition de Plon (maison de Druon, de Benzoni…), de grandes fresques populaires avec une grande solidité historique, où le romanesque doit toujours primer sur l’Histoire ; poursuivre la collection « Miroir », dirigée par Amanda Sthers, dans laquelle sont publiés des romanciers déjà installés (Philippe Grimbert, David Foenkinos…). Un discours structuré, un plan de bataille. Trois lignes, trois chantiers menés de front, avec une attention particulière à la littérature contemporaine, qui supposait le plus de bouleversements (ligne éditoriale, charte graphique, fonctionnement) et pour laquelle nous nous étions fixé pour horizon la rentrée littéraire 2015.

Etape 2… (lire la suite)

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Voyage au bout du livre #1 : L’éditeur, passeur professionnel

Voyage au bout du livre #2 : L’atelier d’écriture, aiguillon pour l’imagination

Voyage au bout du livre #3 : Le traducteur, garant de la vérité du texte

Voyage au bout du livre #4 : L’accompagnement éditorial, du manuscrit à l’objet-livre

Tous les articles de la rubrique « Les Nouveaux Talents »

La cote 400, Sophie Divry

Quatrième de couverture :

 

la-cote-400-de-sophie-divryElle rêve d’être professeur, mais échoue au certificat et se fait bibliothécaire. Esseulée, soumise aux lois de la classification de Dewey et à l’ordre le plus strict, elle cache ses angoisses dans un métier discret. Les années passent, elle renonce aux hommes, mais un jour un beau chercheur apparaît et la voilà qui remet ses bijoux. Bienvenue dans les névroses d’une femme invisible. Bienvenue à la bibliothèque municipale, temple du savoir ou se croisent étudiants, chômeurs, retraités, flâneurs, chacun dans son univers. Mais un jour ce bel ordre finit par se fissurer.

 

Bibliothécaire depuis 25 ans, la narratrice est responsable du rayon géographie (cote 900, avec l’histoire). En arrivant sur son lieu de travail, elle trouve un individu qui s’est laissé enfermer la nuit précédente au sous-sol de la bibliothèque – le fantasme de bien des lecteurs. Elle s’adresse à lui en un monologue enlevé dans lequel elle exprime le moindre de ses sentiments sur son métier, l’impact de celui-ci sur son quotidien, son amour de la littérature et sa place à elle dans le monde.

 

La narratrice est de celles « qui pensent que l’entrée d’un livre en bibliothèque doit être une reconnaissance. Une distinction. Une élévation. » Elle se sent « « la ligne Maginot de la lecture publique »Lectrice engagée, bibliothécaire militante (et inversement), la narratrice, par cette conversation matinale, juste avant l’ouverture, donne à voir autrement ce lieu qu’est la bibliothèque. On s’amuse avec elle du classement qui place De la division du travail social juste avant Le Suicide, de Durkheim. On réalise avec elle que la bibliothèque est aussi ce lieu qui réconcilie les agoraphobes avec l’humanité. On s’emplit de ce sentiment de grandeur et de pouvoir que l’on éprouve face aux livres, face au savoir à portée de main, comme la conscience accrue de sa petitesse et de sa finitude devant la vastitude de ce savoir.

 

C’est drôle et érudit, frais et intelligent. C’est court, sans chapitres, mais les paroles de la narratrice se boivent comme du lait – et si c’était nous, finalement, le lecteur enfermé avec elle au sous-sol de la bibliothèque ?

Tout, dans la vie, n’est pas à prendre au pied de la lettre.

 

Un premier roman révélateur de cette écriture si particulière, et de cette deuxième personne du pluriel déjà (quoi qu’ici justifiée par la présence théorique d’un interlocuteur), qui fait tout le sel de La condition pavillonnaire, troisième roman de l’auteur. Une gourmandise dont se délecteront tous ceux qui ont au moins une fois poussé la porte d’un lieu où s’empruntent les livres – et tous ceux qui les aiment, simplement.

 

Ce petit livre est dédié « à toutes celles et tous ceux qui trouveront toujours plus aisément une place en bibliothèque qu’en société ». Faut-il préciser l’étiquette qui figure sur mon exemplaire, et où je l’ai emprunté ?

 

Editions les Allusifs, 2010, 66 pages, 11 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

La condition pavillonnaire

Tous les premiers romans

Tous les romans français

 

Entre les pages :

 

« Il ne faut jamais se faire remarquer dans une bibliothèque. Se faire remarquer, c’est déjà déranger. » (page 12)

 

« Savoir se repérer dans une bibliothèque, c’est repérer l’ensemble de la culture, donc le monde. » (page 15)

 

« Il n’y a pas de loisirs dans la vie : on s’abaisse ou on grandit, point final. » (page 17)

 

« On n’est jamais seule quand on vit parmi les livres. » (page 18)

 

« Une nuque, c’est une promesse, un résumé de la personne entière par sa partie la plus intime. » (page 22)

 

« Qu’est-ce qu’un Américain sinon un Européen qui a raté le bateau du retour ? » (page 25)

 

« L’histoire contemporaine tient en trois évènements qui ont bouleversé notre rapport au monde : la Révolution française, les massacres de la guerre de 14 et l’invention de la pilule contraceptive. » (page 28)

 

« Je ne voyage plus : partout où je peux aller, Napoléon est déjà passé. » (page 28)

 

« J’ai accepté de déménager parce que j’avais la mauvaise idée d’être amoureuse. » (page 33)

 

« Les classes populaires qui permettent aux rayons d’élite de maintenir leurs privilèges n’obtiennent de la part de la noblesse aucune considération. » (page 36)

 

« Ramer, il n’y a rien de mieux pour la santé. » (page 38)

 

« Si vous fréquentez quotidiennement de mauvais livres, ça ne rend pas intelligent. » (page 39)

 

« Les gens s’excusent beaucoup trop, tout le monde a peur d’être méchant et ça fait de la littérature pour bébés. Du ras des pâquerettes. Ce n’est pas comme ça qu’on grandit. » (page 39)

 

« Le pire, ce sont les livres d’actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. » (page 39)

 

« La culture, c’est un effort permanent de l’être pour échapper à sa vile condition de primate sous-civilisé. » (page 41)

 

« La révolution, ce n’est pas dans le bruit qu’on la fomente, mais dans le silence murmurant des lectures personnelles. » (pages 41-42)

 

« Je me sens la ligne Maginot de la lecture publique. » (page 42)

 

« Garder le silence en groupe, ce n’est pas naturel, mais ça fait partie de l’apprentissage de la civilisation. » (page 44)

 

« Les deux ensemble, le livre et le lecteur, au bon moment dans la vie de chacun, cela peut produire des étincelles, un feu, un embrasement, ça peut changer une vie. » (page 48)

 

« L’accumulation matérielle appauvrit l’âme, l’abondance culturelle l’enrichit. » (page 49)

 

« Ma culture ne s’arrête pas là où commence celle d’autrui. » (page 49)

 

« La vie n’est pas un programme de machine à laver. » (page 50)

 

« Jamais on ne se sent aussi misérable que dans une bibliothèque. » (page 55)

 

« Les livres ne peuvent rien pour nous. » (page 55)

 

« La bibliothèque est l’arène où chaque jour se renouvelle le combat homérique entre les livres et les lecteurs. » (page 55)

 

« Il n’y a que deux côtés à une barricade. » (page 56)

 

« L’école parfois s’est trompée, la bibliothèque répare. » (Eugène Morel, cité page 57)

 

« Pour écrire, il faut avoir un problème sexuel. Ou trop de libido, ou pas assez. C’est au choix. Mais écrire, c’est sexuel. » (page 61)

Dans un livre, j’ai lu que…

dans-un-livre-j-ai-lu-que-_9782746730007Présentation de l’éditeur :

Dans un livre, j’ai lu que le mot « canoë » est arrivé en Europe grâce aux Espagnols. En somme, « canoë » a voyagé en « caravelle »…
Dans un livre, j’ai lu que Cocteau fit rire un auditoire d’Immortels, en déclarant dans son discours de réception à l’Académie française : « Je sais que la poésie est indispensable. Mais je ne sais pas à quoi… »
Dans un livre, j’ai lu que…, ce sont les trésors de lecture d’Eugène, insolites, drôles, érudits… Embarquement pour le pays des mots !
Partagez avec Eugène vos propos trouvailles… Lisez et participez à la suite de l’aventure. Voir modalités du jeu à l’intérieur.

 

Ce petit volume est une compilation d’anecdotes au sujet de la littérature dénichées dans des livres de tous types et de toutes époques. Ces trouvailles ont été proposées par des professionnels de la littérature ou par des amateurs passionnés. Seul critère : l’originalité (au sens que le Larousse donne de l’adjectif original : Qui émane directement de son auteur ou de sa source, qui n’est pas une copie, une reproduction, une traduction, une refonte, etc. ; authentique.)

 

Cela donne un passionnant recueil de découvertes classées selon un subjectif ordre alphabétique de thèmes. Petites et grandes histoires de la littérature, vérités qu’il était nécessaire de rétablir et explications enfin obtenues, anecdotes à produire dans les dîners et leçons de choses… c’est une mine.

A offrir aux amoureux de la littérature et aux autres, pour lire et faire lire toujours davantage.

 

Éditions autrement, mars 2011, pages, 10 euros

 

Quelques découvertes :

 

Dans un livre, j’ai lu qu’on peut avaler une formule magique comme on avale un médicament. Par exemple, des souffrants placent sur leur langue une pierre de jade sur laquelle une formule magique est inscrite. Ils laissent les mots se mélanger à leur salive, qui coule dans l’estomac et de là se répand dans tout le corps.

 

Dans un livre de médecine, j’ai lu que « le placebo est un mensonge qui guérit ». Je me demande s’il ne s’agit pas de la plus belle définition de la littérature.

 

Dans un livre, j’ai lu cette mise en garde d’un professeur de littérature à ses jeunes étudiants : « Si vous croyez avoir inventé quelque chose, c’est que vous n’avez pas encore assez lu. »

Gare à l’écrivain !, Jurek Becker

Gare a l ecrivainPrésentation de l’éditeur :

En pays totalitaire comme dans les sociétés libérales, bien des périls menacent aujourd’hui la « vraie » littérature — celle dont l’impulsion essentielle est, selon Jurek Becker, le besoin de prendre position et donc le besoin de contradiction.

De la censure officielle naguère exercée derrière le rideau de fer à l’autocensure favorisée, à l’Ouest, par l’omnipotence du tout-économique et ses impératifs, Gare à l’écrivain ! dénonce la fragilité de la « chaîne du livre ».

Dans ce texte — à lire d’urgence dans un monde qui pourrait, à terme, voir disparaître l’écrivain et son livre —, Jurek Becker, rétif aux scénarios-catastrophes comme à un périlleux angélisme, nous invite à faire montre d’une vigilance qui pourrait bien être la garantie de notre « capital » le plus précieux.

 

 

Polonais, Jurek Becker s’est installé en République démocratique d’Allemagne en 1945 après avoir survécu à la persécution nazie. En 1977, pour des raisons politiques, il quitte la RDA pour Berlin Ouest.

Au printemps 1989, quelques mois avant la chute du mur, il prononce trois conférences que ce petit opus rassemble.

 

Dans ces trois conférences, Jurek Becker interroge successivement la censure en littérature, l’influence de la littérature, la littérature comme produit de son époque – à chaque fois en général et plus particulièrement en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 80.

 

Ce faisant, il questionne le rôle de l’écrivain dans la société, sa nature, le tort de la société envers ses écrivains mais aussi le marché de l’édition et ses impératifs, le culte du livre et l’exigence littéraire en baisse constante. Instructif et bien plus d’actualité qu’il n’y paraît au premier abord.

 

Actes Sud, collection Positions, traduit de l’allemand par Jean-Claude Rambach, 1993, 80 pages, 13, 97 euros

 

Passages choisis :

 

« Il y a d’autres remèdes à l’ennui que les livres, et l’ennui est parfois même, comme vous le savez tous, une conséquence directe de la lecture de livres. » (page 11)

 

« Si vous voulez être écrivain, souffrez de quelque chose, soyez aux prises avec un effroi mortel, dressez vous contre quelque chose, soyez fou de quelque chose. Faute de quoi, vos livres seront condamnés à la médiocrité, il y manquera la fureur, l’inéluctable. » (page 13)

 

« Il est fatigant d’être courageux. » (page 28)

 

« La censure ne fait pas qu’opprimer la littérature, elle est en même temps le plus grand producteur de ce qu’elle a pour fonction d’empêcher. » (page 29)

 

« De même que toute littérature interdite n’est pas réussie, de même toute littérature qui a du succès n’est pas ratée. » (page 35)

 

« Les auteurs doivent se garder d’avoir des prétentions, indépendamment du fait que devoir prendre-garde, c’est une sorte de mort pour l’écrivain. » (page 37)

 

« L’écrivain ne vaut guère plus que son dernier livre. » (page 39)

 

« Les raisons qui poussent les maisons d’édition à accepter un manuscrit se ressemblent de plus en plus. Et ainsi, les maisons d’édition elles-mêmes. » (page 42)

 

« La plupart des livres doivent passer de force dans le chas de l’aiguille que constitue un pronostic favorable de ventes pour avoir le droit d’exister. » (page 43)

 

« Un important préalable à l’écriture a été depuis toujours le besoin de prendre parti. » (page 44)

 

« Pour ce qui est de la précision des information et de la profondeur des impressions, souvent le vécu personnel ne tient pas face de la lecture. » (page 48)

 

« Rien ne met autant la pensée en mouvement que l’exagération. » (page 51)

 

« Prétendre que n’importe quel livre donne lieu de croire d’emblée à un contenu qui impose le respect, c’est de la blague. » (page 60)

 

« La lecture n’est pas un besoin inné chez l’homme. » (page 63)

 

« Lorsque les livres cessent d’être uniques en leur genre, il faut les mettre à la cave. » (page 70)

Ecrire, Lionel Duroy

ecrireUn livre est-il capable de tuer ?

 

Marc, écrivain de son état, écrit une lettre à Curtis, son éditeur depuis vingt ans, avec qui il dialogue sans cesse, pour de vrai ou intérieurement. Quatrième d’une famille de dix enfants, le narrateur a choisi l’écriture comme arme pour se défendre contre son propre passé (a choisi, ou n’a trouvé que, à moins que l’écriture ne l’ait trouvé). Ainsi a-t-il écrit un roman pour décrire ce qu’a été son enfance, l’expliquer et se l’expliquer, s’en défaire, rendre justice à son père, perdant du duel parental, venger ses frères et sœurs aussi, qui ont comme lui souffert. Croit-il : car à l’annonce de la publication future, ses frères et sœurs les uns après les autres le conjurent d’y renoncer. Ce livre, assurent-ils, tuera leurs parents.

 

Le livre est publié, et la famille en fait payer le prix à son auteur. Celui-ci s’emploie ensuite à écrire un roman sur sa compagne qui l’a quitté, afin de comprendre les raisons de cette rupture autant que par désir de faire renaître un peu d’amour des cendres qui seules subsistent et de rester homme. Besoin viscéral d’écrire pour avancer et ne pas devenir fou. Mais ce qui est de l’ordre de la survie pour certain est plus que de l’impudeur pour d’autres – jamais un livre n’est reçu comme on croit qu’il le sera.

 

Que faire de ce que l’on a à exprimer, lorsque c’est une nécessité, une question de vie ou de mort, s’il existe une possibilité même minime que cela nuise à d’autres ? Dans ce court roman en forme de lettre, Lionel Duroy interroge sur le rôle de la littérature pour éclairer ce que l’on peine à saisir de ce qui se passe autour de soi. Ecrire est aussi une réflexion sur les dommages collatéraux de la publication d’un livre. Lui-même a fait les frais de plusieurs procès, et il est aisé d’identifier les romans (réels) dont il est l’auteur dans la bibliographie du Marc qui s’exprime ici.

 

C’est un livre à mettre entre toutes les mains qui écrivent, à donner à lire en particulier à ceux qui font fiction de la réalité – et plus encore de leur réalité.

 

Mais Ecrire est surtout un chant, la complainte magistrale d’un écrivain qui ne peut rien faire d’autre qu’écrire parce qu’il n’y a qu’ainsi qu’il peut essayer de comprendre et de tenir debout, et qui va au bout de sa démarche en donnant ses livres à la publication, quels que soient les risques, parce qu’il n’y a qu’ainsi qu’il peut espérer sauver sa peau.

 

Editions Julliard, 2005, 144 pages, 17,50 euros

 

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Vertiges

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Vertiges, mon conseil lecture sur My Boox

Citations choisies :

 

« Rien ne meurt en nous. » (page 11)

 

« La vie nous donne le désir constant de posséder l’autre, mais elle ne nous en offre pas les moyens techniques, vous l’avez certainement remarqué. A la réflexion, c’est une bonne idée, ainsi jusqu’au bout nous courons après ce rêve impossible. » (page 11)

 

« Le prochain livre, s’il y en a un, devra contenir tout ce que je suis. » (page 14)

 

« J’aimerais parvenir à montrer combien nous sommes faits des autres, ceux qu’on ne choisit pas, au début, puis qu’on décide de garder, ou de quitter ; ceux qu’on choisit, plus tard, et aussi ceux que le hasard place en travers de notre chemin. » (page 15)

 

« Les journalistes consacrent une grande partie de leur temps à cela. Ils s’enflamment, ils parlent haut d’honneur et de déshonneur, de vérité et de mensonge, de devoir, d’honnêteté, de faute professionnelle, et l’on s’étonne parfois qu’ils puissent prendre tout cela tellement au sérieux, comme si leur santé mentale en dépendait. C’est à mon sens parce que ce métier est fondé sur une imposture qui les mine secrètement, mais qu’aucun ne se décide à dénoncer : le fameux principe d’objectivité. Il s’apparente un peu à l’infaillibilité pontificale. On sent bien que si l’on commence à le déboulonner, ce principe, c’est tout l’édifice qui risque de se casser la gueule. Alors il faudra admettre que chacun écrit de sa fenêtre, selon ce qu’il a vécu ou n’a pas vécu, ce qu’il a compris ou n’a pas compris, qu’il n’y a plus de vérités, seulement des regards. » (pages 23-24)

 

« Je me mis à écrire de plus en plus vite, submergé par tout ce qui me tombait dessus, comme un type à qui l’on aurait demandé de décharger seul un wagon de marchandises, puis tout le train, puis les cinquante trains à venir. […] Ce qui me portait, c’était la nécessité absolue de sauver notre mémoire, de parvenir à dire ce qui nous était arrivé. » (page 34)

 

« Durant ces vingt années, nous ne nous étions pas donné de plaisir, ou si peu, parce que au fond elle n’était jamais parvenue à me pardonner, mais il ne fallait pas en déduire qu’elle n’avait pas d’aptitude au bonheur. La preuve ! Elle était aussi capable qu’une autre de donner du plaisir, et d’en recevoir, mais pas avec moi. Moi, j’avais fait d’elle une femme amputée, taciturne. C’était ça, le message. Et, pour me le faire entendre, il fallait bien dévoiler certains détails.

Comment n’ai-je pas compris qu’elle me disait tout simplement sa haine pour ces années à demi vécues ? » (pages 43-44)

 

« Il faut ça, la conscience aiguë qu’à un moment toute votre vie tient à un geste, pour commettre ce geste quoi qu’il vous en coûte. » (page 55)

 

« Le chagrin que me provoqua sa liaison me donna presque simultanément l’envie d’écrire sur elle, sur notre rencontre, sur mon éblouissement. D’une certaine façon, pendant qu’elle défaisait notre histoire dans les bras de l’architecte, je m’efforçais, plus ou moins consciemment, d’en sauver l’essentiel dans les dernières pages de mon roman. » (page 58)

 

« Mon livre était dans les librairies, posé sur les tables. L’incroyable s’était donc produit et il ne se passait rien. » (page 68)

 

« L’écriture n’est pas une arme à feu, elle n’est qu’une arme cérébrale, la manifestation la plus élaborée de notre profondeur, de notre richesse, de sorte qu’elle ne peut tuer que ceux qui veulent bien se laisser tuer. » (page 71)

 

« L’écriture appelle une réponse, le dialogue de deux intelligences, de deux mémoires, et je crois que seuls ceux qui refusent de répondre peuvent en être victimes. » (page 71)

 

« J’étais un presque mort continuant d’errer comme par accident dans l’espace familier de gens (mes frères et sœurs, mes parents, Agnès) pour lesquels j’étais complètement morts. » (page 77)

 

« J’espérais retrouver le fil en marchant, mais je n’étais plus dans mon livre. Petit à petit, l’idée se fit jour que je n’allais pas réussir à m’y remettre, comme si toutes les séparations accumulées ces derniers mois avaient cassé mon dernier ressort. J’avais sauvé mon livre, mais le prix à payer avait été tel qu’il n’y en aurait pas d’autres. Alors pourquoi est-ce que je continuais à vivre ? » (pages 81-82)

 

« Qu’est-ce que je n’accomplis pas, en quoi suis-je infidèle à un engagement quelconque lorsque je n’écris plus ? » (page 87)

 

« Je ne me sentais pas la permission d’user de la vie si je ne la mettais pas au propre dans mes grands cahiers à spirale, voilà, comme si je devais payer en pages d’écriture le droit d’aimer, de parler, de manger, de rire. » (page 88)

 

« Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu’on aime quelqu’un d’amour, c’est quand son visage vous inspire plus de désir physique qu’aucune autre partie de son corps. » (Michel Tournier, (mal) cité page 97)

 

« J’avais pensé qu’en écrivant mon premier roman je sauvais de l’oubli notre histoire commune, or je ne sauvais que ma propre histoire en laquelle aucun de mes frères et sœurs ne se reconnut. C’est une évidence qu’une ou deux années d’écart, dans l’enfance, peut radicalement changer notre perception d’un événement, mais je n’y avais pas pris garde. » (page 111)

 

« Vous n’aviez jamais cessé d’être mon éditeur et c’est avec vous que j’avais continué de parler silencieusement, du soir au matin, vous prêtant des réponses et des commentaires qui m’avaient constamment aidé à réfléchir. Vous étiez beaucoup plus qu’un ami. » (pages 118-119)

 

« Je n’ai jamais pu en relire aucun. Ils m’excitent et m’enfièvrent quand je les écris, bien qu’ayant le nez dans le guidon j’ai parfois la sensation grisante de pédaler dans les étoiles, mais ensuite ils me font honte. J’en ouvre un au hasard, je lis deux ou trois pages, et je voudrais ne jamais l’avoir écrit. Si bien que je le referme aussitôt et que je dois sortir marcher ou me faire un café pour oublier. » (page 119)

 

« J’entrepris immédiatement un roman qui m’était inspiré par ma rupture avec Agnès, par cette année si particulière où elle avait insensiblement introduit son amant entre nous, tout en me demandant de l’attendre, tout en m’assurant qu’elle tenait énormément à moi, je tiens énormément à toi, Marc. J’avais envie de revivre cette année, non pas seulement pour explorer ma souffrance, mais pour avoir tout le loisir de regarder Agnès aller et venir et, au fond, de l’aimer une dernière fois. » (pages 120-121)

 

« Sans en avoir clairement conscience, je confirmais à travers ce livre que l’écriture était à mes yeux le plus sûr moyen de sauver de l’oubli, du néant, certains héros et moments de notre vie. » (pages 121-122)

 

« Au moment d’écrire j’étais comme une fée devant son chaudron, balançant dedans tout ce qui me traversait, inventé ou emprunté, je n’en avais rien à faire, du moment qu’en bouillonnant le brouet donnait à l’oreille la musique que j’avais en tête. » (page 123)

 

« On n’écrit rien si l’on s’interdit de toucher à ce qui peut heurter l’éthique ou la morale. » (pages 125-126)

 

« On peut bien noter des tas de détails du monde réel, il n’en reste pas moins qu’au moment d’écrire on ne retient que ceux qui ont éveillé un écho particulier en nous. » (page 128)

 

« Je n’avais jamais approché Hélène de si près qu’en la faisant aller et venir dans les pages de mon manuscrit. » (page 130)

 

« Si un livre peut tuer, me disais-je, c’est qu’il peut aussi guérir, sauver. » (pages 130-131)

 

« Oui, moi, j’entendais être lu, et je sais bien pourquoi : parce que dès l’âge de dix-huit ans l’écriture m’est apparue comme le meilleur moyen de faire la guerre, de riposter à tous ces gros salauds, allais-je écrire, retrouvant ma colère et les mots de ce temps-là, tous ces gros salauds qui avaient voulu nous anéantir. » (page 133)

 

« À conserver plus longtemps toute cette fureur en moi je serais certainement mort d’un cancer de la vésicule biliaire. » (pages 133-134)

 

« J’ai fait d’emblée de la littérature une affaire personnelle, une affaire de règlements de comptes. » (page 135)

La vie critique, Arnaud Viviant

La vie critiquePrésentation de l’éditeur :

Il aurait voulu être rock star, il est devenu critique littéraire. Fidèle aux grands textes et aux rituels d’un métier en voie de disparition, curieux, amoureux, inconvenant, il défend les fous, les inventeurs et les modernes.

Voie facile ? Non, vie critique, où l’on compose avec stocks et désirs, découverts et découvertes, obsessions sexuelles et professionnelles.

Un texte intime et risqué, une mise à nu littéraire et politique, où tout conflue vers le désir d’être vivant. À l’ère de la littérature mondialisée et du journalisme prolétarisé, la situation est critique, mais pas désespérée.

 

Arnaud Viviant est journaliste et critique littéraire (Libération, Les Inrocks, Ça balance à Paris, Le Cercle, Le Masque et la plume, Transfuge). Un « myope sévère » à scooter (on en connaît d’autres, dans le métier) depuis longtemps installé dans le petit monde des gens de lettres et de ceux qui gravitent autour.

 

La vie critique, Arnaud Viviant la résume ainsi : « lire, vivre et conjuguer le verbe aimer. » La sienne, ainsi que le démontrent régulièrement ses interventions fracassantes, consisterait plutôt à conjuguer le verbe détester. Son roman est truffé d’anecdotes et de visages connus qui font oublier l’irrégularité du rythme et l’ennui des séances du critique chez le psychanalyste.

L’indéniable sens de la formule de l’auteur, aiguisé à longueur de papiers, et particulièrement réjouissant.

 

Mais sa réflexion sur la critique comme moyen qu’il a trouvé de rester en marge de la vie réelle, scooter-précarité-liberté plutôt que métro-boulot-dodo, est bien plutôt profonde qu’il n’y paraît. Politique, presque. « La vie critique, avec l’espèce de colossale passivité qu’elle paraissait exiger », dit-il. Même quand on a fait le choix de vivre, il faut bien bosser un ti peu.

 

L’humilité brille par son absence dans les pages de ce roman qui n’en est un qu’à moitié. Cependant, la lecture en reste un grand moment de jubilation pour qui a à faire avec la littérature française contemporaine et joue le jeu de ses mondanités germanopratines.

 

Avec ce livre, Arnaud Viviant donne le bâton pour se faire battre – et laisse un peu de soi aussi, sans doute. Bosser un ti peu, et perdre des plumes.

 

Belfond, août 2013, 188 pages, 17,50 euros

 

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Passages choisis :

 

« Jamais il n’avait succombé à une si forte addiction : pire que le tabac, le sexe, l’alcool. Il sifflait les livres les uns après les autres, alternant gins forts et bibine, mais le plus souvent les mélangeant, en habitué qu’il était des cocktails littéraires, ingurgitant deux ou trois livres en même temps, polar et philo, roman et socio, la biographie d’un facho et un essai sur les impôts, des textes de Pinguet sur le Japon et un pamphlet du collectif Pièces et main-d’œuvre sur la musique techno, une nouvelle traduction de William Blake et, en souffrant, le premier roman du comédien François Fini. » (page 21)

 

« Le roman était désormais un miroir que l’on promenait le long des autoroutes de l’information. » (page 25)

 

« Est-ce que les hommes n’ont pas le droit de vouloir des enfants autant que des femmes, à l’instar d’elles ? » (page 50)

 

« Son incompétence ne cessait jamais de l’effrayer, elle était synonyme d’imposture, il avait peur qu’on la remarque, qu’on la lise, qu’on l’entende. » (page 53)

 

« En ce temps-là, il était encore beaucoup trop démocrate pour imagine qu’un simple livre puisse changer une vie. » (page 59)

 

« La cigarette, cette utopie… » (page 69)

 

« Un bon critique est plus un bourreau professionnel qu’un bon juge. » (page 73)

 

« L’amitié : cet art qui supporte le moins la critique. » (page 91)

 

« Il rêvait d’être scripteur, il était devenu prescripteur. » (page 92)

 

« – Tu comprends, ma chérie, un critique littéraire n’est jamais en vacances, ni en été ni à Noël, jamais. Sur les sept cent cinquante-six romans qui vont être publiés, je vais en recevoir disons une centaine. Heureusement, on présélectionne pour moi, mais d’une manière ou d’une autre il va falloir que j’aille voir ce qu’ils ont dans les tripes, et j’ai bien peur que ce ne soit possible qu’en les éventrant. Cela va être une boucherie, ma chérie, une sacrée boucherie ! » (page 100)

 

« Des poètes, ces personnages en mie de pain, on s’attendait toujours qu’ils soient fluets, illuminés de l’intérieur, et le visage en vasistas avec des reflets de lune épars, biseautés. C’était Rimbaud ou bien Verlaine qui nous avaient mis dedans pour un bon bout de temps. Le poète ça faisait plus d’un siècle qu’on ne l’imaginait plus qu’en voie de disparition, famélique et aride, le poitrail concave, la peau sur les os, imperméabilisés à fond de drain. » (pages 104-105)

 

« Il feuilleta en vitesse le bottin de ses souvenirs, trop volumineux hélas pour tomber aussitôt à la bonne page. » (page 117)

 

« Un écrivain-fleuve, en crue permanente. » (page 117)

 

« Même le crayon de Dieu n’est pas sans gomme. » (Aimé Césaire, cité page 119)

 

« Il y avait quelque chose de dégoutant dans cette existence exclusivement consacrée à ingérer les œuvres des autres. » (page 122)

 

« Le métier représentait pour lui un immense pas de côté par rapport à la vraie vie, de laquelle il cherchait déjà à se faire exempter comme du service militaire. » (page 127)

 

« La vie critique s’était constituée face à la vie réelle avant de s’y opposer. » (page 127)

 

« La critique n’est pas la passion du cerveau, mais le cerveau de la passion. » (Karl Marx, cité page 129)

 

« Quelque chose hurlait en lui de devenir fou juste une fois dans sa vie, de céder à ses pulsions honteuses, d’en finir avec l’austérité qui à de rares exceptions près avait toujours régenté son existence. » (page 137)

 

« Il avait glissé dans ses bagages un roman corse écrit directement en français. » (page 140)

 

« La littérature, c’est comme la marine. L’une est marchande et l’autre est de guerre. » (page 141)

 

« Aucun dossier ne pouvait être clos à jamais. Même le pire des écrivains était capable de pondre un bon livre de nos jours. Bosser un ti peu. Il fallait toujours tout vérifier. » (page 172)

 

« Pour maintenir en vie une illusion, il suffisait de l’arroser chaque matin avec d’autres illusions, cela marchait très bien. Penser à changer la terre aussi, de temps en temps. » (page 173)

[Il y a un mois…] Festival Encres vives à Provins : littérature et création

Provins est une charmante petite ville de 12 000 habitants, à 77 kilomètres à l’est de Paris, connue pour ses vestiges du Moyen-Âge qui lui valent d’être inscrite depuis 2001 au patrimoine mondial de l’humanité. Une fois par an, la cité fait un bond dans le passé et se pare de couleurs médiévales. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

 

Provins1Une fois par an aussi, lorsque le printemps pointe son nez, a lieu le salon du livre. Lorsqu’il a été imaginé par la dynamique association Encres Vives, il était très modeste : quelques tentes plantées dans un village voisin. Avec le temps, la manifestation a pris de l’ampleur : le salon attirant chaque année plus de visiteurs que la précédente, les auteurs se passant le mot quant à la bonne humeur sous lesdites tentes, bientôt les tentes se sont trouvées trop petites pour accueillir tout le monde et il a fallu déménager.

 

Le salon est devenu festival et se tient désormais au centre culturel Saint-Ayoul où il reçoit quelque quatre mille visiteurs au cours d’un week-end très festif. Il est précédé en fin d’hiver d’évènements culturels (spectacles, projections de films, débats…) dont les acteurs se retrouvent souvent aussi au salon du livre.

 

Le salon en lui-même réunit des écrivains répartis selon quatre thématiques : littérature générale, polar, bande dessinée, littérature jeunesse. Un parrain médiatique (cette année, Patrick Poivre d’Arvor), de très jolis noms (Irène Frain, Valérie Tong Cuong, Mercedes Deambrosis, Viviane Moore…), des stars bien connues du jeune public (Geronimo Stilton, Maureen Dor, Sophie Forte…), des auteurs publiés depuis moins longtemps mais déjà auréolés de distinctions prestigieuses (Christophe Carlier, Prix du premier roman 2012, Arthur Dreyfus, Prix Orange du livre 2012…), d’autres à la production plus confidentielle mais que les visiteurs retrouvent avec le même plaisir d’année en année… Car là est la clé de l’ambiance chaleureuse qui fait le succès du salon du livre de Provins : si les visiteurs reviennent, les auteurs aussi, et il règne entre les murs du centre culturel une délicieuse impression de familiarité.

 

Le festival est également marqué par des animations en tous genres : ateliers pour les plus petits, conférences, spectacles ou projections au petit théâtre situé au sein même du centre culturel.

 

Provins2Les ateliers donnent le sourire à toute la famille, le petit théâtre ne désemplit pas. Cette année, la conférence sur les tueurs en série donnée par Stéphane Bourgoin, expert en la matière, a passionné l’assistance.

 

Samedi soir, Mathieu Simonet, à qui a été donnée en 2013 la traditionnelle carte blanche à un écrivain, a mis en scène un concert littéraire : chansons de Clarika, de Benoît Rault (composées uniquement à partir de phrases de romans) et de l’écrivain Arthur Dreyfus (qui se produisait pour la première fois), lectures de lettres écrites par les lycéens de Provins à Marc Beltra, cet étudiant disparu en Amazonie il y a dix ans et à propos de qui Mathieu Simonet a fait un livre, projection d’un film mêlant photos et voix des mêmes lycéens autour de ces lettres, adaptation en langue des signes d’une nouvelle érotique, lecture par Judith Magre d’un passage d’un roman de Nicolas Clément à paraître… Une soirée d’une grande diversité, riche en émotions, et un spectacle finalement inclassable, une expérience, jusqu’à sa toute fin – chaque spectateur est reparti avec une lettre différente donnée par un lycéen à la sortie de la salle.

 

C’est aussi cela, le festival Encres vives : beaucoup de liberté, une belle place accordée à la création, et une exigence artistique qui ravit visiteurs et intervenants.

 

affiche Provins 2013Le dimanche, la convivialité se double des liens créés, d’une manière ou d’une autre, lors du spectacle. On partage plus encore que la veille autour d’intérêts communs. Les visiteurs n’hésitent pas à revenir, car la plupart des écrivains sont conviés pour une seule journée. Les plateaux ainsi renouvelés, la nouveauté se mêle à l’habitude. François Alquier, l’animateur du salon, passe de table en table, micro à la main, pour des interviews express : le projecteur se pose ainsi sur chaque invité, pour le bonheur des lecteurs.

 

Lorsque le week-end s’achève, personne ne l’a vu passer. On repart avec qui des livres dédicacés, qui des impressions de lecture, qui des contacts pour après. On repart avec des souvenirs, des sourires, du soleil à l’intérieur. C’est beau ce que les livres permettent, ce qu’ils transmettent, dans un sens comme dans l’autre. C’est sur les salons que cela prend tout son sens.

 

S’il fallait caractériser le salon du livre de Provins en deux mots, je retiendrais convivialité et fidélité. D’ailleurs, j’ai déjà prévu d’y retourner en 2014.

 

Sophie Adriansen

 

Crédit photos : Luc Doyelle http://www.luc-doyelle.com/

Un compte-rendu en images chez François Alquier

Les romans n’intéressent pas les voleurs, Alain Rémond

« Parler des livres, c’est parler de soi, finalement. C’est parler de sa vie. » (page 39)

 

« On n’écrit pas contre ses lecteurs. On leur écrit à eux. En prenant le risque de ne pas les toucher. Ou, au contraire, de trop les toucher. » (page 158)

 

Présentation de l’éditeur :

Son métier, aux éditions Hurtebise, c’est de « mettre en forme » les romans des autres. Essentiellement, en l’occurrence, les innommables salades de Bannister, le best-seller maison. Qui produit à la chaîne des romans vaguement politiques, vaguement policiers, vaguement sentimentaux et totalement nuls. C’est à lui, Jérôme, de leur donner du ton, du style, de les faire tenir debout.
Mais sa vraie passion, à Jérôme, c’est Lire la suite