Mabrouck Rachedi : l’interview que vous n’auriez jamais dû lire

Mabrouck-Rachedi_c-Sophie-AdriansenIl y a quelques mois, j’ai proposé à  Mabrouck Rachedi de participer à ma rubrique « Pourquoi écrivez-vous ?« . Il m’a répondu très sérieusement… mais pas du premier coup. Voici ce que j’ai d’abord reçu, et que je n’ai finalement pas résisté, avec l’accord de l’auteur, à partager ici. L’humour est à la hauteur du personnage !
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Hello Sophie,
Voici mes réponses. Je me suis permis de changer quelques-unes de tes questions, j’espère que ça ne te dérangera pas.
Question : Mabrouck, tu es un écrivain brillant, intelligent, profond et, en plus, tu es bel homme. Qu’est-ce qui te manque dans la vie ?
Réponse : Je pense que c’est une vision un peu idyllique. J’ai un gros problème de revers au tennis ces derniers temps.
Question : Comment expliques-tu les scandales à répétition : ta non-nomination au Prix Nobel, au Prix Goncourt, au concours Lépine, aux Oscars, au gouvernement, à la médaille Fields, à la Légion d’Honneur et ta non-sélection en équipe de France de football et de curling ?
Réponse : Les distinctions ne m’intéressent pas. Mon miroir et mon écho me suffisent.
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Question : Etre aussi brillant n’isole-t-il pas du reste du monde ?
Réponse : Ah, il y a un reste du monde ?
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Question : Penses-tu être le chaînon manquant vers une autre espèce humaine, plus évoluée ?
Réponse : On a là un exemple d’obstacle épistémologique. Il est inconcevable à l’entendement humain qu’il existe autre chose qu’un être humain. Je suis au-delà.
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Question : Quel est le titre de ton prochain livre ?
Réponse : De la nécessité d’être modeste.
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Question : De quoi parle-t-il ?
Réponse : Ce sont mes mémoires. De Gaulle et Churchill se sont bien permis d’écrire les leurs.
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Question : Quel homme !
Réponse : Ce sera le titre de mon autobiographie.
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Voilà, j’ai essayé de faire simple et accessible. J’espère – non, je suis sûr – que ça te conviendra.
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Merci de me permettre de dire enfin ce que je pense !
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Bises,
Mabrouck
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Pour découvrir les réponses sérieuses de Mabrouck, c’est par ici.
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Avant d’être écrivain #2 : De l’analyse financière à l’écriture

SA-avant-detre-ecrivain-1024x302Avant d’être écrivain, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

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Tous les chemins mènent à l’écriture ! Cette rubrique propose d’explorer les trajectoires individuelles d’écrivains pour mieux démontrer qu’il n’y a ni parcours type, ni de bagages obligatoires. Car, pour copier Simone de Beauvoir : on ne naît pas écrivain, on le devient.

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Analyste financier épris de littérature, Mabrouck Rachedi a un jour fait le choix d’abandonner la raison pour la passion. Quelques années après l’obtention de son DEA Analyse Economique, Modélisation et Méthodes Quantitatives option Finance, il tourne le dos aux sociétés de bourse. Auteur de trois romans et d’un essai, il intervient en milieu scolaire et écrit également des scénarios. Rencontre.

 

J’ai senti que vivre ma passion était le sens de ma vie

Mabrouck-Rachedi_c-Sophie-AdriansenJ’ai commencé à écrire à l’adolescence, après la lecture du Père Goriot de Balzac. J’ai été émerveillé par le style et je me suis laissé aller à des petits bouts d’écriture dont l’un des premiers fut Le poids d’une âme, mon premier roman. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ce livre, à ce moment de ma vie, m’a autant touché.

L’analyse financière était un choix de raison. Je suis issu d’un milieu plutôt modeste et, à travers la finance, j’ai cherché ce que je n’avais pas. J’étais loin d’être malheureux dans ma vie d’avant mais j’ai senti que vivre ma passion était le sens de ma vie. Je n’ai pas calculé. Cette insouciance était liée à ma méconnaissance totale de l’édition. J’ai pensé que j’écrirais puis que je publierais. Cela a été beaucoup plus compliqué que ça.

Sur le plan pratique, j’ai négocié mon départ puis j’ai… (lire la suite)

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Eloge du miséreux, Mabrouck Rachedi

Eloge du miséreuxPrésentation de l’éditeur :

Véritable manuel de survie en milieu hostile qui vous enseignera l’art de bien vivre avec rien du tout, cet Eloge du miséreux est aussi un pamphlet qui prend à rebrousse-poil les discours moralisateurs et larmoyants sur les méfaits de l’assistanat et les dégâts collatéraux engendrés par les minima sociaux. Selon l’auteur de cet ouvrage, disciple de Proudhon, le miséreux représente une résistance salutaire face à la société du travail et de la consommation. C’est le ventre fécond d’où naîtra l’espoir d’une vie basée sur le désir et la passion plutôt que sur la productivité et la compétition.

On peut être miséreux et heureux ! Mais, à une condition : au lieu de se mettre au service de la société, le miséreux doit mettre la société à son service.

 

A quoi bon travailler si c’est pour s’oublier ? Pourquoi perdre sa vie à la gagner ? A l’ère de la grande vitesse, que risque-t-on à lever le pied ? A stationner durablement sur le côté de la voie rapide ?

Federico Fellini, docteur ès dolce vita, affirmait que pour être créatif, il faut être disponible. Mabrouck Rachedi en fait la démonstration au fil de pages qui sont aussi une ode au temps libre, « ce luxe inégalable dans le monde d’aujourd’hui. ».

Dans cet essai court et très accessible, Mabrouck Rachedi use et abuse d’un humour et d’un sens de la formule que l’on a déjà pu apprécier dans ses romans. Rien cependant n’est gratuit dans ses propos, et il se révèle d’une justesse délicieuse – en particulier dans son art de croquer les pique-assiettes dont les cocktails (littéraires, mais pas que) regorgent.

Cet Eloge du miséreux invite à une vraie réflexion sur son rapport personnel au travail.

A lire pour mieux saisir ce qu’il en coûte de gagner sa vie.

 

Michalon, 2007, 172 pages, 14 euros

 

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Sortie de La petite Malika

Gagner sa vie, Fabienne Swiatly

 

Phrases choisies :

 

« Le chômage et les minima sociaux, c’est la continuation de la vie par d’autres moyens que le travail. » (page 14)

 

« Etre miséreux, ça se mérite, il faut être motivé ! » (page 52)

 

« Dans notre société, le travail est le thermomètre de la réussite – non seulement professionnelle, mais aussi sociale. » (page 68)

 

« Les petits arrangements avec la vérité sont souvent des grands dérangements évités. » (page 91)

 

« Le miséreux est à la bonne conscience de « gôche » ce que la drogue est au dealer : une came pérenne qui rapporte gros. En plus, c’est un business légal et valorisé par la société. » (page 103)

 

« L’habit ne fait pas le moine, mais il fait le travailleur. » (page 104)

 

« Le travailleur renvoie au miséreux l’image de son oisiveté, qu’il assume plus ou moins. Le miséreux renvoie au travailleur l’image de son exploitation, qu’il n’assume pas du tout. Le travailleur possède l’argent que le miséreux n’a pas, le miséreux s’arroge le temps dont le travailleur manque. » (page 111)

 

« Les activités culturelles sont comme les muscles : plus on les entraîne, plus elles se développent. » (page 125)

 

« Le buffet est l’urne la plus anti-démocratique, les premiers arrivés sont les premiers servis, c’est l’archétype de la méritocratie […] Les pauvres, même affamés, se comportent plus civilement que les nantis, même repus. » (page 127)

 

« Le cocktail est le seul marché de concurrence pure et parfaite dont le miséreux ne soit pas exclu, alors il se venge. » (page 130)

 

« Le miséreux, c’est la mauvaise conscience d’une société mal dans sa peau. » (page 161)

Pourquoi écrivez-vous, Mabrouck Rachedi ?

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Mabrouck Rachedi est l’auteur du Poids d’une âme (Lattès, 2006), d’Eloge du miséreux (Michalon, 2007), du Petit Malik (Lattès, 2008) et de La petite Malika (Lattès, 2010, écrit avec sa sœur Habiba Mahany).

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Photo :

Mabrouck Rachedi au salon du livre de Châteauroux, avril 2011

(c) Sophie Adriansen

 

 

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’ai commencé à écrire pour évacuer une frustration, m’évader. Adolescent, j’avais l’impression que quoique je dise, personne n’y prêterait attention, en particulier ceux qui ne vivaient pas la même chose que moi. C’était vers la fin des années 80 – le début des années 90 et déjà le «jeune de banlieue» était caricaturé. L’écriture était une espèce de cri sans but véritable parmi d’autres activités dont la lecture, frénétique, presque compulsive. C’était aussi une façon de me détacher du monde dans lequel je vivais, où je ne me sentais pas tout à fait à ma place. «Le Père Goriot» a été une révélation, a priori pour des raisons de pure forme – a priori car, après coup, je me dis que l’histoire de Rastignac, jeune homme ambitieux mal dans Mabrouck1son milieu a dû inconsciemment faire écho à la mienne. Le style si fluide, si élégant de Balzac a ébranlé mon rapport à l’écriture. Des pensées personnelles ou des notes faites à moi-même, je suis passé à des trames construites dont l’une des premières fut «Le Poids d’une âme», mon premier roman. J’avais le sentiment de faire quelque chose d’important. Avec le recul, je réalise que ces premiers jets étaient très maladroits, peu nuancés, marqués par le pathos de certaines superproductions américaines que je dévorais à l’époque. La parenthèse enchantée a duré le temps de l’insouciance puis j’ai suivi le chemin de la raison, l’analyse financière dans une société de bourse. Je serais probablement toujours en costume-cravate-bottines en train de m’user les yeux devant un triple écran Bloomberg si je n’avais pas conservé cette part d’adolescence en moi. Au moment où je commençais à très bien gagner ma vie, je me suis posé la question du sens de l’accumulation de valeurs matérielles sans valeurs. Dans cette quête, j’ai trouvé une certaine forme de «pureté» dans l’écriture. M’évader encore mais d’un milieu d’argent cette fois.

 

Il y a quelque chose de grisant à être démiurge, d’avoir le droit de vie et de mort sur ses personnages, de maîtriser le cours de leurs vies. Pour quelqu’un d’extrêmement pudique comme moi, c’est aussi une façon paradoxale de parler sans me montrer. Le luxe du roman est de pouvoir se dévoiler par petits bouts sans que quiconque ne puisse identifier ni où ni dans quelles situations. A l’adolescence, j’écrivais parfois des tribunes dans les journaux, toujours sous pseudonyme. J’avais aussi proposé à mon édtrice de prendre un nom de plume pour mon premier roman. L’ambivalence entre la volonté de m’exprimer et celle, contradictoire, de préserver mon anonymat m’a poursuivi. La publicité autour de mes livres, la nécessité d’intervenir régulièrement a été un bouleversement. J’ai assumé en réalisant que je pouvais aussi être moi-même devant les autres, à l’écrit et à l’oral, sans me trahir. Sans verser dans Mabrouck2l’exhibitionnisme. Aujourd’hui, je n’écris plus pour crier ou pour dénoncer, en tout cas pas systématiquement, mais pour dire, raconter. Je pose une voix, une musique. Mes premiers romans ont été marqués par l’enfance, l’adolescence, les âges de la construction et de la rébellion. Ce que j’écris en ce moment, à la fois les romans et les scénarios, est plus adulte. J’écris comme je suis, par plaisir et par nécessité.

 

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Mon expérience me laisse à penser qu’il y autant de parcours d’écrivains et qu’il y a d’écrivains. Il n’y a pas de chemin balisé. Un premier élément de réponse est dans un conte arabe. Un aspirant poète demande à son maître comment il peut accéder à son rêve. Le maître rétorque qu’il lui faudra d’abord apprendre par cœur mille vers. L’aspirant y arrive à grand peine et se présente après plusieurs mois à son maître en l’interrogeant sur les autres étapes à franchir. Le maître répond : maintenant, oublie tout ce que tu as appris.

Pour moi, il est important d’une part de lire, de regarder, d’écouter, d’observer, de s’imbiber des expériences de vie, de s’intéresser à d’autres formes de créations, de démarches, de narrations et d’autre part de s’affranchir des univers des autres pour s’en inventer un sien propre. «L’artiste doit être disponible» a dit Fellini dans un documentaire. J’essaie à la fois d’être disponible aux autres et d’être moi-même, sachant qu’être à l’écoute est dans ma nature profonde depuis toujours. Certaines rencontres réelles ou virtuelles (à travers les œuvres) auront ensuite plus ou moins d’influence, y compris littéraire.

 

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Précédent rendez-vous :  Delphine Bertholon

Prochain rendez-vous : Monica Sabolo

 

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Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Salon du livre de Provins, 13 & 14 avril 2013

affiche Provins 2013Comme en 2012, je suis cette année invitée au salon du livre de Provins organisé dans le cadre du festival Encres vives.

Il se tient ce week-end au centre culturel Saint-Ayoul, 10 rue du Général Delort à Provins (77160).

[pour les Parisiens : la cité médiévale de Provins est accessible en train au départ de la gare de l’Est]

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Est attendue, sous le parrainage de Patrick Poivre d’Arvor, une belle brochette d’auteurs : Jérôme Attal, Ella Balaert, Clément Bénech, Marie-Laure Bigand, Stéphane Bourgoin, Christophe Carlier, Ariane Charton, Sonia David, Mercedes Deambrosis, Maureen Dor, Arthur Dreyfus, Sophie Forte, Irène Frain, Renaud Hantson, Stéphanie Hochet, Jean-Sébastien HongreVictor Kathémo, Viviane Moore, Cypora Petitjean-Cerf, Mabrouck Rachedi, Fanny Salmeron, Mathieu Simonet, Myriam Thibault, Valérie Tong CuongLire la suite