Le goût des mères

Présentation de l’éditeur

le gout des meresQue seraient le roman, la poésie, le conte sans la toute-puissance de la figure maternelle? Sainte ou marâtre, tendre, envahissante, adorée, détestée, inconnue, recherchée, morte et pleurée, rivale ou figure unique de la féminité, courageuse ou soumise, la mère inspire et traverse la littérature dans tous ses états. Et que dire de la mère symbolique, mère Patrie ? Et de la mère Nature ou de la déesse Terre-mère des religions précolombiennes que les Amérindiens du sud nomment Pachamama ?

Qui cherche à illustrer le goût de la mère doit tracer son chemin à travers la forêt dense des figures maternelles qui, de Pétrarque à Morris et Goscinny en passant par Racine, Colette, Albert Cohen, Jules Renard, Albert Camus, Elias Canetti, Claude Simon, Roland Barthes, Annie Ernaux, Marguerite Duras, Jean Rouaud, J.M. Coetzee, JMG Le Clézio, Jean Noël Pancrazi et bien d’autres, hantent leur imaginaire d’écrivains.

 

Après Le goût de la Toscane et Le goût de l’été, j’ai découvert Le goût des mères, une anthologie de Lire la suite

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Le goût de la Toscane, Le goût de l’été

mercure_de_france_-_livre_-_le_go_t_de_la_cr_teFaut-il encore présenter cette petite collection du Mercure de France qui invite à revisiter, au fil de ses nombreux titres, une région, une saison, une ville, un pays, une activité, une époque ou une émotion ? Le principe est simple : une sélection Lire la suite

Brillante, Stéphanie Dupays

Présentation de l’éditeur :

brillanteClaire est une trentenaire comblée. Diplômée d’une grande école, elle occupe un beau poste dans un groupe agro-alimentaire où elle construit sa carrière avec talent. Avec Antonin, cadre dans la finance, elle forme un couple qui est l’image du bonheur parfait. Trop peut-être.

Soudain, Claire vacille. Au bureau, sa supérieure hiérarchique lui tourne ostensiblement le dos, de nouvelles recrues empiètent sur ses dossiers, elle se sent peu à peu évincée. Après une phase de déni, Claire doit se rendre à l’évidence : c’est la disgrâce.

Elle qui a tout donné à son entreprise s’effondre. Claire va-t-elle réussir à exister sans «briller»?  Que vont devenir ses liens amicaux et amoureux fondés sur un même idéal de réussite?

Satire sociale grinçante, Brillante traite de la place qu’occupe le travail dans nos vies, de la violence au travail – et notamment de celle faite aux femmes, et de ses répercussions intimes.

Stéphanie Dupays est haut fonctionnaire dans les affaires sociales. Brillante est son premier roman.

 

Pour Claire, la réussite est une question de volonté. Issue de la meilleure des écoles, elle est de ceux qui gèrent leur couple comme une entreprise. Mais dans l’entreprise qui l’emploie, justement, rien ne va plus. Elle avait le vent en poupe chez Nutribel, voilà qu’on lui retire son projet-phare et qu’on lui en confie un autre qui bientôt est abandonné. L’on s’aperçoit dans le même temps que son bureau mesure quelques mètres carré de plus que ce à quoi la classification de son poste lui donne droit, et l’on rapproche les murs.

A mesure que le temps passe, ce sont tous les murs qui se rapprochent, y compris les murs invisibles. Claire s’enferme dans le silence de son placard. Même à son conjoint, elle n’ose rien dire. Du lundi au vendredi, la première personne à qui elle s’adresse désormais est celle qui lui sert son plat à la cantine.

 

Dans ce premier roman bref et rythmé, Stéphanie Dupays, dont le parcours affiche quelques similitudes avec celui de son héroïne, dresse le portrait d’une jeunesse sacrifiée à l’essor de l’entreprise, de jeunes gens qui, s’ils ne sont pas bien nés, ont reçu très tôt les armes utiles aux combats de la vie, et auxquels l’entreprise donne une identité.

C’est aussi une intéressante peinture de l’entreprise, avec ses codes et ses jeux de rôle, sa logique de puissants et de courtisans, sa complaisance et sa cruauté. Et un texte qui met en scène des personnages déshumanisés : car les armes que ces jeunes gens brillants ont reçues ou gagnées ne sont utiles que pour collectionner les titres de gloire et sauver les apparences, et elles n’empêchent nullement de passer à côté de ce qui est essentiel pour vivre.

 

Mercure de France, janvier 2016, 180 pages, 17 €

 

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Extraits :

 

« Tout privilège suscite chez ceux qui en sont exclus l’envie d’y accéder ». (page 9)

 

« Les gens finissent par se ressembler à force de vouloir les mêmes choses. » (page 18)

 

« La réussite est une question de volonté. » (page 32)

 

« Le désarroi est bon pour le commerce. » (page 56)

 

« Le surmoi a remplacé le contremaître. » (page 56)

 

« Le surmoi est plus sévère que la pointeuse. » (page 104)

 

« Le vide est encore plus épuisant que l’urgence. » (page 166)

Aurore disparaît, Amina Danton

Présentation de l’éditeur :

auroreElle se sentait de plus en plus légère depuis qu’elle le connaissait, et plus forte. Elle retrouvait des contours. Quand ils allaient dîner au restaurant, elle se pendait à son bras, elle le respirait, le cri des mouettes et celui des corbeaux se mélangeaient sur les quais de la Seine où les façades de l’île Saint-Louis ressemblaient aux falaises de Normandie, blanches, poreuses et crayeuses, accrochant la lumière. Le ciel était lavé par la pluie. Roland accompagnait le mouvement, très doucement. Il l’encourageait à trouver sa voie.

 

Quand Mme Damian est sauvagement assassinée dans une villa voisine de la sienne, Aurore est obligée de sortir de la solitude qu’elle s’était choisie et qu’elle avait rendue presque parfaite. Retirée au bord de la mer, où elle se consacre à la peinture, elle vit un grand amour, qu’elle continue de porter en elle et de protéger. Une hésitation au téléphone dans la voix de son mari, le souvenir d’une après-midi vieille de quinze ans chez Maud Nancy, les visites insistantes de sa voisine Irène B. viennent déranger le bel édifice de son intimité avec l’espace et l’infini.

 

 

Aurore a bâti des remparts tout autour d’elle afin de rendre la vie moins violente, et s’est réfugiée au Moulinet, sur le bassin d’Arcachon, lieu de villégiature pour la bonne société qui a construit entre les villas des remparts d’autres sortes.

Mais les remparts sont fragiles, la mer, le vent, le temps les rendent poreux, et aucun n’est indestructible.

 

Dans son deuxième roman, Amina Danton dépeint un monde dans lequel le silence est fracassant, la représentation sociale un devoir, l’ennui une activité à temps plein, la rêverie un luxe, les regrets des compagnons de solitude animés de mauvaises intentions, et où la peinture ouvre des fenêtres. « Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » Avec une justesse implacable, elle met en mots l’absurdité des jeux sociaux, des bavardages, des maquillages, des chemisiers à fleurs, la lumière blanche et la mélancolie – et tant d’autres non-dits.

 

Aurore disparaît est l’histoire d’une femme qui a toujours pensé qu’elle n’avait pas droit à l’existence. L’histoire de ceux qui s’effacent et de ceux qui en profitent – à moins que ce ne soit l’inverse. L’histoire d’enfants qui n’ont pas grandi à l’intérieur des êtres qui pourtant sont devenus adultes. Et l’histoire de ce que peuvent faire les éternelles petites filles pour remonter sur les épaules de leur papa.

L’histoire de rendez-vous avec des fantômes, et de vies qui avancent à reculons.

 

L’écriture d’Amina Danton, superbe d’exigence, donne de la densité à ces vies dont on croit qu’elles en manquent. Sa prose ne contient pas un mot de trop, les digressions même font avancer.

Et la disparition, surtout, qui se révèle au fil des pages, qui n’est pas celle qu’on imaginait, éclate de manière inattendue et fait chavirer le lecteur, achevant d’emporter sa totale adhésion.

 

Mercure de France, avril 2014, 208 pages, 17 euros

 

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Trois phrases :

 

« Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » (page 98)

 

« Vivre était devenu un exil. » (page 159)

 

« Elle n’aurait jamais su comment le lui dire, comment exprimer ce bizarre sentiment d’avoir été à lui tout en étant sans lui. » (page 190)