Linea nigra

LINEANEGRA-HAUTEDEF« Est-ce le plus beau jour de ma vie que je viens de vivre ? »
Stéphanie est enceinte. Stéphanie est confiante. Son chemin vers la maternité semble aussi nettement tracé que la ligne brune apparue à la verticale de son ventre. Mais le doute s’installe. Et si elle mettait en jeu bien plus que prévu, dans son corps, dans son couple, dans son existence ? Est-elle vraiment prête à devenir mère et à vivre le tsunami qui s’annonce ? Peut-on se préparer à l’inconnu ?

Baby blues, jalousies, sexualité, hérédité, obstétrique, nuits blanches, ventres vides et ventres pleins, bonnes ou mauvaises raisons d’être mère. C’est tout cela et bien plus encore que raconte Linea nigra, à travers le parcours de Stéphanie et des femmes qu’elle croise. En trame de fond de ce roman kaléidoscopique, un combat : le droit de chacune à disposer de son corps.

Un vibrant état des lieux de la maternité.

Une histoire d’amour inoubliable.

Un portrait de femme libérateur.

Ce roman autour de la façon dont on donne naissance, du rapport au corps et de la construction de cette chaîne qui devient celle des générations, est désormais disponible en librairie. S’il reprend la construction et la narratrice du Syndrome de la vitre étoilée, il peut se lire tout à fait indépendamment de celui-ci.

Éditions Fleuve, septembre 2017, 496 pages, 19,90 euros

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Le cosmonaute, Philippe Jaenada

Présentation de l’éditeur :

philippe-jaenada-le-cosmonaute-9782757825518Nous vivions quelque chose d’extraordinaire. Nous nous aimions. Et puis Pimprenelle, si imprévisible, si aérienne, est devenue obsessionnelle et jalouse. Heureusement, j’ai adopté une méthode pour affronter la vie en toute sérénité : celle du chameau sauvage d’Australie. Lors des duels, il décide lui-même s’il a gagné ou non, et il se couche sur le flanc, sans se soucier de son adversaire.

 

Hector, le narrateur, a trouvé la femme de sa vie. Après deux ans d’amour, la dénommée Pimprenelle est enceinte, et bientôt Oscar agrandit le cercle. Dès lors, rien ne va plus pour Hector. Sa dulcinée, sa princesse rencontrée dans une forêt d’Allemagne, le transporte « dans une prison qu’elle a construite elle-même et dont elle a établi toutes les lois ». Voilà désormais ce qu’est le couple Lire la suite

Mise au monde, Isabelle Fruchart

Présentation de l’éditeur :

Mise_au_monde_couv_medium« Lorsque j’étais enceinte, certes influencée par mon histoire familiale, accouchement signifiait drame. Et quand je me suis demandée ce que les livres m’avaient appris sur le sujet, je me suis retrouvée face au trou noir. Un seul récit est remonté à ma mémoire, de Zola, mais il était flou. En le relisant, j’ai compris pourquoi je l’avais occulté : il était effroyable. »

Comment l’enfantement est-il raconté dans les romans ? Quelle empreinte cela laisse-t-il ? Avec Mise au monde, Isabelle Fruchart explore en 100 livres le récit de naissance et sa grammaire.

 

 

En résidence d’écriture au CALM, seule maison de naissance existant à Paris, Isabelle Fruchart a établi une bibliographie subjective de cent livres autour de la naissance Lire la suite

Enceinte, tout est possible, Renée Greusard

Présentation de l’éditeur :

enceinteNe bois pas. Tu vas manger ça ? Reste sexy. Ne prends pas trop de poids. Allez, juste un verre ! Ce n’est pas une maladie. T’es sûre que tu peux danser dans ton état ? Fais ci. Ne fais pas ça… Pendant leur grossesse, les femmes n’échappent pas aux injonctions contradictoires. D’où viennent ces interdits ? Sont-ils toujours fondés ?

En tombant enceinte, Renée Greusard, journaliste trentenaire, a tenté de répondre à ces questions et à tant d’autres, souvent taboues, mais aussi de raconter sa génération. Celle qui veut tout, tout de suite. Celle qui se noie dans les méandres d’Internet. Celle qui fait rire sa mère : « C’est quoi cette grossesse de merde où tu ne peux plus rien faire ? »

En partant à la rencontre de praticiens, de chercheurs et de femmes, elle a souhaité trouver une information plus juste pour sortir de l’infantilisation. Enceinte, tout est possible, on peut même rester maîtresse de son corps. Dingue, non ?

Une enquête féministe, drôle et décalée qui déconstruit et analyse les légendes sur la grossesse à l’heure de la génération Y.

 

Femme de sa génération, ayant choisi le moment de faire un enfant, Renée Greusard a écrit le livre qui lui a manqué pendant sa grossesse (ça, c’est sympa). Journaliste, elle est allée quérir les Lire la suite

Bienvenue au monde, Anna Roy

Présentation de l’éditeur :

Bienvenue_au_monde__confidences_d_une_sage-femme_c1_largeUn jour ordinaire pour une sage-femme, c’est l’extraordinaire sans cesse répété.

Des naissances particulières, des rencontres avec des jeunes mères émerveillées, des femmes enceintes inquiètes en consultation, sans oublier ces « nouveaux pères »… Le quotidien d’une sage-femme est extraordinaire, chaque nouvelle journée, unique.

Tel un journal intime, Anna Roy nous livre à travers des histoires vécues inoubliables, tantôt drôles, tantôt émouvantes, des bribes de son quotidien, la réalité des naissances. Elle nous fait revivre page après page le miracle de la vie.

Une lecture que vous n’oublierez pas de sitôt.

 

 

« On n’oublie pas ses premières fois. » Anna Roy en vit tous les jours. Et au quotidien, cette jeune sage-femme prend des notes pour consigner les épisodes heureux comme ceux Lire la suite

In utero, Julien Blanc-Gras

in uteroPrésentation de l’éditeur :

« Il n’y a aucune raison de paniquer. Nous allons créer et accompagner une existence. C’est une formidable nouvelle, me dis-je en tapant vol aller simple Patagonie sur mon clavier. »

Journal de grossesse d’un futur père, In utero relate cette aventure intime et universelle, avec ses joies, ses angoisses et ses questions fondamentales.

Faut-il se reproduire dans un monde surpeuplé ? Comment faire rire une femme enceinte ? Et surtout, peut-on accoucher en chaussettes ?

La compagne du narrateur, dite La Femme, est enceinte. C’est une décision prise à deux. Et, de l’aveu même du narrateur, « c’est l’histoire la plus banale du monde. »

Ecrivain-voyageur (ou l’inverse), le narrateur, comme sa compagne, appartient à cette « génération insatisfaite, qui rechigne à s’engager tout en mettant un point d’honneur à changer les couches » – ce dernier point restant encore pour lui de la pure théorie.

Et puisque « le rôle de l’écrivain, c’est de dire la vérité », il dira tout. Ou presque. On apprend ainsi qu’ « à l’échelle mondiale, 90% des naissances ont lieu à domicile. » Et aussi qu’ « à sa naissance, le girafon tombe de deux mètres de haut. »

Mais surtout que le narrateur n’est pas aussi prêt qu’il le croyait, si tant est qu’il est possible d’être prêt pour quelque chose dont on ignore tout.

Ce roman est le journal de ses angoisses, de ses enthousiasmes, de ses envies de prendre la tangente, bref, de ses états d’âme au cours de ces neuf mois pas comme les autres. La prose est fluide et facile, légère et drôle – mais pas que. Le narrateur est tantôt très détaché de son sujet et capable d’autodérision, tantôt passionné, voire terrifié, et absolument pas désinvolte. C’est parfois un peu convenu – mais peu importe : son journal se dévore.

Au Diable Vauvert, septembre 2015, 192 pages, 15 euros

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Touriste, Julien Blanc-Gras & Mademoiselle Caroline 

Toute la rentrée littéraire 2015

Échos :

utero« Attendre un enfant, c’est vieillir d’un coup, basculer de l’autre côté. » (page 15)

« Pour ne pas trahir ma jeunesse, je vais m’accrocher à l’idée qu’on peut devenir bon père et rester bon vivant. » (page 23)

« L’enfant, c’est un acte optimiste. Un pari sur l’éternité. » (page 30)

« La grossesse dure neuf mois pour permettre au fœtus de se développer et au père de se préparer. » (page 40)

« Tomber enceinte, c’est une chute qui induit l’abandon de soi, comme dans tomber amoureux. » (page 63)

« L’ironie, ça ne protège pas les autres. » (page 68)

« Le pavillon de banlieue ou le lotissement périurbain avec le feu de cheminée et la balançoire pour la marmaille représente le stade ultime de la sédentarisation, le dernier logement avant la maison de retraite. » (page 83)

« Oubliez le prestige de l’écrivain quand il s’agit de choses sérieuses comme l’immobilier. Même si vos livres se vendent, même si les critiques vous tressent des lauriers, même si vous êtes une idole dans certaines médiathèques de la Sarthe, vous restez un insolvable potentiel aux yeux des nantis, qui n’écoutent pas forcément France Culture. » (page 84)

« L’honnêteté peut nuire, c’est pour ça que le mensonge a été inventé. » (page 98)

« Le drame de l’écrivain, c’est de ne rien vivre pleinement, car il pense toujours à la façon de raconter les événements au moment où ils se déroulent. » (page 168)

« Nos destins sont manipulés par un metteur en scène dont l’existence n’est pas prouvée. » (page 181)

Mon amour, Julie Bonnie  

Présentation de l’éditeur :

Mon amour,« Nous ne nous sommes rien dit. Tess a pris toute la place. Puis tu es parti en laissant entre nous un vide silencieux. Tu sais bien faire ça. Ce que tu choisis d’ignorer disparaît. Si on n’en parle pas, ça n’existe pas. Tu dis qu’il ne faut pas se gâcher l’existence. Tu as raison. Nous gardons la tête haute en nous aimant sans parasites.   La trotteuse tremblote, sautille, et continue de tourner en rond. Je suis immobile. Au moindre mouvement, quelque chose va commencer et j’ai l’intuition qu’il vaudrait mieux que tout s’arrête. » J. B.

 

Un homme et une femme s’écrivent. Ils s’aiment, elle vient d’accoucher de leur enfant et lui, pianiste, est parti en tournée. Passion amoureuse, fusion maternelle, engagement artistique s’entremêlent et s’entredévorent tandis qu’un autre homme entre en jeu. Au fil des lettres et de l’inéluctable chassé-croisé amoureux, chacun se découvre livré à sa solitude.

Julie Bonnie saisit avec une extrême sensibilité une histoire qui s’écrit autant dans les mots posés sur le papier que dans les marges d’échanges impossibles. Un regard bouleversant sur la fugacité des rencontres, la transmission et la force des silences.

 

 

La narratrice est la femme d’un marin restée au port : son homme, pianiste de jazz, s’est envolé pour jouer ailleurs, quatre jours seulement après qu’elle a accouché de leur fille, Tess. A lui les paillettes de la tournée – croit-on-, à elle une vie qui « se résume à un bébé, du lait, du sang » – croit-on encore.

 

page 58Ils n’ont pas eu le temps de devenir une famille, il faudra attendre la fin de la tournée pour cela. Entre eux, Tess prend toute la place. Ou pas. Car il y a aussi le monde autour d’eux, le monde qu’ils offrent à leur fille, la pluie qui soulage Paris et le début de l’effacement de la réalité.

 

Ils (s’)écrivent ce qu’ils ne peuvent se dire. Pendant que le père se raccroche aux photos reçues via son téléphone, sa messagerie, pour ne pas oublier le visage de l’enfant qu’il a entraperçue avant de filer, le corps de la mère devient sanctuaire, en attendant que les sensations reviennent. Mais les amants sauront-ils se retrouver, de n’avoir pas vécu ensemble cette période consécutive à tant de bouleversements, cette période qui en contient tant de nouveaux ?

 

Parfois, des tiers interviennent dans cette non-correspondance. Un ami, un parent – ou alors une lettre s’adresse à Tess. Il y a parmi ces morceaux d’autres la bouleversante missive de la mère de l’homme qui, écrivant à sa bru, confesse qu’elle ne peut se réjouir de la naissance de Tess, ni ne veut se lier à la fille d’un fatalement mauvais père, à la femme d’un fatalement mauvais conjoint. Le malheur, la défection, l’abandon en forme de fatalités.

 

Les placards sont vides, les corps sont pleins, mais que devient le couple qui a voulu se multiplier ? « Nous étions heureux, parfaitement, mais nous ne pouvions pas nous contenter de ça. », écrit Julie Bonnie. Le mieux est parfois l’ennemi du bien.

 

Mon amour,, c’est l’histoire de l’apprentissage par une femme d’une autre forme de solitude, puisqu’elle est désormais deux, et l’histoire d’une réconciliation avec son corps bouleversé. Mais ce n’est pas seulement cela. Il y a des sanglots longs et la musique, des couleurs pâles et la peinture.

C’est l’histoire d’une transformation. D’une virgule, et de tout ce qu’il y a après.

 

Après Chambre 2 que j’avais tant aimé, voici un livre à la construction tout aussi maîtrisée, et au style qui confirme le talent de son auteur.

Mon amour, est un roman qui dit ce que d’autres n’osent pas – que de la vie, on ne se remet pas.

Et que ce n’est pas si grave.

 

 

Grasset, mars 2015, 224 pages, 17,50 €

 

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En marge :

 

« Quand tu n’es pas là, je me mets à t’aimer comme une folle. » (page 12)

 

« Ce que tu choisis d’ignorer disparaît. » (page 20)

 

« Maintenant, je suis la mère de ton enfant. Je suis la femme qu’on trompe. » (page 27)

 

« Je suis passée de l’autre côté d’une barrière dont j’ignorais l’existence. » (page 40)

 

« C’est ça mon talent. Un père qui ne croit pas en moi et qui m’ordonne d’être meilleur que lui. » (page 44)

 

« Tu es loin et je ne veux pas t’aimer au téléphone. » (page 46)

 

« C’est fou ce que le corps traverse. » (page 53)

 

« Nous étions heureux, parfaitement, mais nous ne pouvions pas nous contenter de ça. » (page 69)

 

« Les pavés me rappellent comme le monde est vieux et j’aime ça. » (page 71)

 

« Rien ne se peut qui ne soit pas sorti d’une femme. » (page 71)

 

« Je me débrouille comme je peux avec ma trahison. » (page 74)

 

« Je cherche la couleur de cet instant. » (page 108)

 

« On ne s’inquiète pas si quelqu’un meurt de peindre, il n’a qu’à arrêter. » (page 120)

 

« Nous voilà à mi-parcours. Plus qu’à redescendre vers ton retour. » (page 122)

 

« Les femmes pleurent, les hommes disparaissent. » (page 131)

 

« Je n’ai plus de larmes, je les ai toutes pleurées. » (page 131)

 

« La couleur peut rendre fou, elle n’est jamais juste, et profonde comme un puits. » (page 142-143)

 

« Si le sol tremble sous nos pieds, c’est pour tester notre équilibre, pas pour que l’on se jette à corps perdu dans la première faille tectonique. » (page 152)

 

« Je voudrais que ma maison, ce soit toi. » (page 179)

Attendre, Sandrine Roudeix

couv-Attendre-GFPrésentation de l’éditeur

« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J’ai le cœur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.

Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t’attends. On est le lundi premier mai. Hier, c’était mon anniversaire. J’ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j’ai décidé de te retrouver. »

Sandrine Roudeix a choisi d’écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d’un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l’épreuve de vérité.

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » Lola, 16 ans, attend et espère son père qu’elle n’a jamais vu. Elle l’a imaginé héros, vedette, puissant ; elle se demande si la réalité sera à la hauteur – et s’il viendra seulement.

Marie, mère touchante, tente de convaincre sa fille Lola, mais surtout de se convaincre elle-même, qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la protéger. Marie, indigne à ses propres yeux d’être aimée puisqu’elle n’a pas « refait sa vie » ; Marie qui se sent coupable et qui depuis toujours se rend aux rencontres avec le corps enseignant comme d’autres comparaissent devant un tribunal.

Enfin il y a ce père qui veut avoir « la possibilité, toujours, de remonter l’ancre et de [se] barrer », mais à qui on n’a peut-être pas donné tant que cela l’opportunité de jeter l’ancre, tout simplement, en choisissant son port d’attache.

 

Dans ce premier roman, Sandrine Roudeix joue avec les hypothèses, s’amusant à imaginer ce qui serait advenu « si les dés étaient tombés différemment sur le tapis ». Ce faisant, elle interroge ce qui fait une jeune fille, une femme, un père, une famille, au travers de trois monologues servis par une plume douce et mélancolique dans lesquels elle use et abuse des comparaisons.

Sandrine Roudeix met des mots sur la peine que l’on fait parfois aux autres pour soulager la sienne, sur la peur de l’abandon, « l’une des choses au monde les mieux partagées », et campe trois personnages perdus, dépossédés d’une part d’eux-mêmes, qui, chacun à sa manière, « repoussent l’échéance des mots inévitables » et des paroles définitives.

Un premier roman dont la structure en trois temps fait tout le charme. Une approche sensible du pourquoi et du comment vivre avec ses fantômes.

 

Flammarion, mars 2010 (et J’ai Lu, 2012), 124 pages, 14,20 €

La genèse du roman 

 

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attendre pocheMorceaux choisis :

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » (page 12)

 

« J’espère que je vais te plaire. » (page 17)

 

« J’aime bien l’idée que ce n’est pas la vie qui reproduit des scènes de cinéma, mais la vie qui invente le cinéma. » (page 23)

 

« Les histoires personnelles ne sont brûlantes que pour ceux qui les vivent. » (page 27)

 

« La multitude implique un manque d’exigence et une superficialité dans les relations que je ne comprends pas. Je préfère cultiver la fidélité. » (page 50)

 

« J’étais devenue adulte en devenant mère, je n’avais pas appris à être femme. » (page 53)

 

« De plus en plus, tu réduis l’écart de génération entre nous. » (page 66)

 

« On ne retient pas les gens près de soi. Ils restent, c’est tout » (page 75)

 

« On passe parfois à côté de sa vie à force d’attendre. » (page 82)

 

« L’absent aura toujours raison. Parce que l’absent n’a pas besoin de se justifier. » (page 82)

 

« C’est parce qu’on ne pense qu’à soi qu’on fait des enfants. » (page 95)

 

« J’ai l’impression que seule la mère décide de la place qu’elle veut donner au père de son bébé. » (page 122)

 

Chambre 2, Julie Bonnie

Présentation de l’éditeur :

chambre-2Une maternité. Chaque porte ouvre sur l’expérience singulière d’une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.

Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d’autres encore, compagnons d’une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale.

Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l’hôpital.

Un hommage poignant au corps des femmes, et un regard impitoyable sur ce qu’on lui impose.

 

 

Chambre 2 est un roman de femmes. En alternance, Béatrice rapporte ce qu’elle voit, ce qu’elle vit dans cette maternité où elle travaille faute d’autre chose, et revient sur sa propre histoire qui l’a menée jusque là.

 

Tellement de souffrance accompagne la naissance, consacrée moment de bonheur à un point tel qu’il est indécent d’oser aller mal. L’accouchée peut ressentir quelque douleur dans sa chair, mais sa félicité pleine et totale est l’assurance d’une âme sans fêlure ; tout juste lui accordera-t-on la grâce du baby-blues un peu plus tard, loin des regards et des appareils photos, sous réserve qu’il ne l’empêche pas de se reproduire encore. En France, le confort de l’équipe médicale passe bien souvent avant celui de la mère et du bébé (sinon, aucun accouchement ne se ferait sur le dos) – mais chut.

 

La naissance est Le Grand Secret. Les femmes qui sur tant de sujets se disent tout, les mères qui n’ont de meilleure ambition que de transmettre à leurs filles ce que la vie leur a enseigné, toutes aiment mieux enfermer la venue au monde dans le mystère d’une béatitude conséquence du bonheur conjugal. Il n’y a pas de raison que tu n’en passes pas par là toi aussi. Rejoins mon camp, ce territoire dont on ne revient pas. Et donne-moi des petits-enfants.

 

Parfois, bien sûr, les choses se passent bien, les êtres et la terre sont connectés, et cela réconcilie avec l’humanité toute entière.

 

Le parcours amoureux et physique de Béatrice est complexe mais rien n’est jamais définitif, et même à l’hôpital le mieux sécurisé, même à la vie la plus cadenassée il se trouve toujours une issue de secours.

 

 

Ce roman rassemble tous les thèmes qui me préoccupent ces temps-ci. La maternité (le désir de maternité, l’absence de maternité, la légitimité de la maternité, son intérêt, la façon dont on accouche les femmes en France), le corps (ce qu’il dit, ce qu’il cache, son pouvoir, la capacité de l’esprit à le laisser décider ou au contraire à prendre l’ascendant), le désir (comment on l’écoute, comment on le canalise, comment on le nie, ce qu’on en fait), l’amour (comment il naît, pourquoi il part, et la plus grande injustice de tous les temps : sa fatale asymétrie), le sens de la vie (trouver sa place au monde, cocher ou non les cases, désobéir, s’affranchir, être).

 

Dans l’écriture de Julie Bonnie perce l’urgence – ou jaillit, plus encore que perce. Urgence de dire pour ne pas oublier, nécessité de consigner pour faire exister, urgence d’extérioriser pour sauver sa peau, dans un mélange de violence et de tendresse, de larmes et de sourires, de sang et de baisers.

Prix FnacCar c’est bien cela dont il s’agit. Sauver sa peau. Pour Béatrice, la narratrice, préservons le mystère. Mais il semble que Julie Bonnie, elle, y soit parvenue. En nous livrant un cri – un grand roman. Champagne.

 

Chambre 2 a reçu le prix du Roman Fnac 2013

 

Belfond, août 2013, 188 pages, 17,50 €

 

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Citations choisies :

 

« C’est dingue l’énergie que je déploie pour être lisse, transparente. Il me faut contenir, afin de ne pas exploser, car exploser ne fait pas partie du travail d’auxiliaire de puériculture. » (page 19)

 

« Le soir, quand je rentre, je pleure, d’une fatigue nerveuse intense et de toutes les émotions, toutes les femmes en larmes, tous les bébés hurlants, les pères agressifs, les médecins odieux. » (page 22)

 

« Je ne peux pas tout réparer d’un coup. » (page 26)

 

« Gabor était maître de l’humour absurde, probablement parce qu’il naviguait depuis toujours sur un bateau qui n’allait nulle part. » (pages 49-50)

 

« Mon amour est parti par la fenêtre, et il a emporté mes ailes. » (page 51)

 

« Les chirurgiens ne savent pas ce qu’ils découpent. On leur a appris la chair, la peau, l’utérus, le muscle.

Pas l’âme.

Ils ne savent pas du tout ce qu’ils font. Ils remettent une dame dans un lit, avec des agrafes elle a l’air entière.

L’opération s’est bien passée, la cicatrice est belle, le bébé va bien. Pourtant ils ne remettent pas l’âme. » (page 53)

 

« Comment on fait pour avoir une âme en béton ? Comment vivent les gens qui n’ont pas peur ? » (page 57)

 

« On en veut vite à ceux qui n’ont pas besoin de nous. » (page 71)

 

« J’ai bien compris que ce n’est pas mon boulot de dire ou même de penser quoi que ce soit. » (page 82)

 

« Ce qu’elle a pleuré, ce jour-là, dépasse l’entendement si l’on n’a pas soi-même vécu la mort d’un bébé, si malade ou monstrueux soit-il.

Le cerveau passe de oui à non en une fraction de seconde et c’est de l’énergie nucléaire qui le fait trembler dans la boîte crânienne. » (page 89)

 

« J’aime particulièrement que Gabor sache se taire. » (page 102)

 

« Il pousse des ailes à tout le monde sauf à moi. » (page 115)

 

« Plus le temps passe, plus j’étais heureuse à l’époque, par contraste. » (page 118)

 

« Elle, elle veut changer le monde quand moi je ne peux que le subir, mais elle m’entend. Je trouve cela précieux. Très précieux. […] Elle se sent à sa place, les pieds bien ancrés dans le sol, sûre de ses positions et de son travail. Du coup, elle me laisse une place, si précieuse, une place avec mon nom dessus avec moi dedans, une place que je peux prendre sans décevoir personne. » (page 138)

 

« En restant, il aurait tout détruit, même les souvenirs. » (page 156)

 

« Se taire est un meurtre de soi-même. » (page 162)

 

« On n’est seul que dans sa propre tête. » (page 166)

 

« A l’hôpital, on se protège comme on peut, mais on est tous au bord du gouffre. » (page 181)