Ma vie en noir et blanc, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

ma vie en noir et blancAna, 14 ans, écrit son futur roman pendant les cours et adore les films des années cinquante. Normal, ils sont en noir et blanc ! Achromate de naissance, elle ne distingue pas les couleurs et rêve donc sa vie en gris, en noir et en blanc. En quête de son père, inconnu, elle file à Paris avec Kylian, son ami black, afin de rencontrer un célèbre photographe fasciné par le N&B. Qui sait, peut-être pourra-t-elle comprendre pourquoi la vie l’a affublée de cet étrange gène ?

 

Ana a une particularité rare, qui ne touche qu’une personne sur 33.000 Lire la suite

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Barbe rose, Mathieu Simonet

Présentation de l’éditeur :

Barbe roseAprès La Maternité, consacré à sa mère, Mathieu Simonet reconstitue dans ce livre la personnalité de son père, écrivain, fou de littérature et supportant de moins en moins la vie sociale. Dans une alternance de scènes drôles ou émouvantes, mais aussi d’extraits de lettres échangées avec le romancier et éditeur Jean Cayrol, de fragments de journaux intimes et de livres inachevés, l’auteur sonde la psychologie de cet homme angoissé et bienveillant, tolérant et fuyant, fantasque et imprévisible. Il tente de donner forme à l’œuvre virtuelle que ce père biologique et littéraire n’aura jamais publiée. Sans vouloir figer une image globale de cette figure paternelle, il esquisse un véritable manifeste de l’écriture morcelée et intime, en rendant compte des rapports complexes, d’amour et de rivalité, entre père et fils. Au point de se demander si, au fond, cette esthétique du fragment, qu’il défend jusque dans sa vie personnelle et professionnelle, il ne la tient pas de ce père, attachant et insaisissable.

 

Mathieu Simonet écrit sur son père. Pour ce faire, il propose un « polyptyque autofictionnel », d’après l’expression de Sean J. Rose (Livres Hebdo, 5 février 2016). Il assemble, rassemble, coupe et intercale, proposant un collage (lettres, pensées, dialogues, texto…) par lequel il offre au lecteur de Lire la suite

Je ne veux pas d’une passion, Diane Brasseur

Présentation de l’éditeur :

je ne veux pas dune passion-couvIl est parti, il a enfilé son caban avant de mettre son bonnet.

Pourquoi n’ai-je pas essayé de le retenir ?

Quand il s’est levé, j’ai gardé les mains dans les poches de mon manteau.

J’hésitais à lui proposer d’aller chez moi pour faire l’amour une dernière fois. Un à un, il fermait les boutons de son caban que, d’habitude, il ne ferme pas. Celui du milieu, frappé d’une ancre de bateau, était tombé depuis longtemps.

« Je vais rester un peu. »

J’ai commandé une coupe de champagne.

Elle pensait que c’était le bon, mais il la quitte. Restée seule dans un café, une jeune femme revit les derniers mois de son histoire d’amour, et la relation fusionnelle qu’elle entretient avec son père depuis l’enfance. Deux passions très différentes, qui vivent dans un seul cœur.

Ce roman est une alternance de souvenirs égrenés comme des gouttes de pluie qui glisseraient sur une vitre, vitesse, rythme et taille variables. Les souvenirs concernent les deux hommes de la vie de la narratrice, son père, ce héros, et son amoureux, qui vient de la quitter. Elle remonte dans le désordre le fil de ces deux histoires, y trouve des correspondances. Loin de s’apitoyer sur son sort, la narratrice, qui a l’impression d’être « tombée du mauvais côté de l’amour », constate, revit, s’émeut, comme pour mieux se préparer pour la suite.

Mais peut-on avoir dans sa vie deux hommes de sa vie ?

Après le dilemme épouse/maîtresse, Diane Brasseur s’attaque dans ce deuxième roman à un autre cliché, les points communs entre son père et l’homme aimé – et à nouveau, s’en sort avec brio, évitant les écueils et la facilité. C’est frais et juste, tout en délicatesse, servi par une écriture légère et sensible, pleine de respirations. C’est aussi un portrait de la fragilité des jeunes femmes modernes lorsqu’elles sont à jamais les filles de leur père.

Une réussite.

Allary Editions, août 2015, 240 pages, 17,90 euros

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Fragments :

« Il n’y a rien de plus triste que les amours fabriqués. » (page 15)

« Il n’y a pas de désir sans un peu d’inconfort. » (page 40)

« Les rencontres les plus importantes n’ont rien de spectaculaire. » (page 46)

« J’ai l’impression d’être tombée du mauvais côté de l’amour. » (page 70)

« Tous les hommes dont je tombe amoureuse portent la barbe pour que mon désir s’y accroche comme à la bande Velcro d’une fermeture à scratch. » (page 88)

« A la fin de chacune de mes histoires, j’ai fait un test HIV pour m’en libérer. » (page 100)

« La vieillesse des autres ne l’intéresse pas, la sienne est scandaleuse. » (page 105)

« Alors je sors de la salle de bains blanche comme je voudrais sortir de l’enfance, en claquant la porte. » (page 131)

« Nous attentions nos cafés comme les trois coups au théâtre pour commencer. » (page 133)

« Les amoureux ne se méfient pas, ils s’embrassent les yeux fermés. » (page 143)

« La nuit, tout est plus grave. » (page 165)

« Au cinéma, je change de rang dans la pénombre en pleine séance, mais les décisions importantes je les prends vite et sans regrets. » (page 173)

« Trop près on se dispute, trop loin on se manque. » (page 181)

« Le risque quand il y a tant d’amour, c’est de se rater. » (page 181)

Attendre, Sandrine Roudeix

couv-Attendre-GFPrésentation de l’éditeur

« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J’ai le cœur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.

Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t’attends. On est le lundi premier mai. Hier, c’était mon anniversaire. J’ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j’ai décidé de te retrouver. »

Sandrine Roudeix a choisi d’écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d’un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l’épreuve de vérité.

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » Lola, 16 ans, attend et espère son père qu’elle n’a jamais vu. Elle l’a imaginé héros, vedette, puissant ; elle se demande si la réalité sera à la hauteur – et s’il viendra seulement.

Marie, mère touchante, tente de convaincre sa fille Lola, mais surtout de se convaincre elle-même, qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la protéger. Marie, indigne à ses propres yeux d’être aimée puisqu’elle n’a pas « refait sa vie » ; Marie qui se sent coupable et qui depuis toujours se rend aux rencontres avec le corps enseignant comme d’autres comparaissent devant un tribunal.

Enfin il y a ce père qui veut avoir « la possibilité, toujours, de remonter l’ancre et de [se] barrer », mais à qui on n’a peut-être pas donné tant que cela l’opportunité de jeter l’ancre, tout simplement, en choisissant son port d’attache.

 

Dans ce premier roman, Sandrine Roudeix joue avec les hypothèses, s’amusant à imaginer ce qui serait advenu « si les dés étaient tombés différemment sur le tapis ». Ce faisant, elle interroge ce qui fait une jeune fille, une femme, un père, une famille, au travers de trois monologues servis par une plume douce et mélancolique dans lesquels elle use et abuse des comparaisons.

Sandrine Roudeix met des mots sur la peine que l’on fait parfois aux autres pour soulager la sienne, sur la peur de l’abandon, « l’une des choses au monde les mieux partagées », et campe trois personnages perdus, dépossédés d’une part d’eux-mêmes, qui, chacun à sa manière, « repoussent l’échéance des mots inévitables » et des paroles définitives.

Un premier roman dont la structure en trois temps fait tout le charme. Une approche sensible du pourquoi et du comment vivre avec ses fantômes.

 

Flammarion, mars 2010 (et J’ai Lu, 2012), 124 pages, 14,20 €

La genèse du roman 

 

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attendre pocheMorceaux choisis :

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » (page 12)

 

« J’espère que je vais te plaire. » (page 17)

 

« J’aime bien l’idée que ce n’est pas la vie qui reproduit des scènes de cinéma, mais la vie qui invente le cinéma. » (page 23)

 

« Les histoires personnelles ne sont brûlantes que pour ceux qui les vivent. » (page 27)

 

« La multitude implique un manque d’exigence et une superficialité dans les relations que je ne comprends pas. Je préfère cultiver la fidélité. » (page 50)

 

« J’étais devenue adulte en devenant mère, je n’avais pas appris à être femme. » (page 53)

 

« De plus en plus, tu réduis l’écart de génération entre nous. » (page 66)

 

« On ne retient pas les gens près de soi. Ils restent, c’est tout » (page 75)

 

« On passe parfois à côté de sa vie à force d’attendre. » (page 82)

 

« L’absent aura toujours raison. Parce que l’absent n’a pas besoin de se justifier. » (page 82)

 

« C’est parce qu’on ne pense qu’à soi qu’on fait des enfants. » (page 95)

 

« J’ai l’impression que seule la mère décide de la place qu’elle veut donner au père de son bébé. » (page 122)