Mon nom est Dieu, Pia Petersen

Mon nom est DieuPrésentation de l’éditeur :

Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane devrait a priori se méfier de ce SDF dépressif et bougon, peut-être dangereux, qui se place obstinément sur son chemin… Surtout quand il lui annonce qu’il est Dieu et qu’il l’a choisie pour écrire sa biographie ! Contre toute raison, Morgane, résolument incroyante, va se laisser captiver par ce personnage improbable. Un Dieu amer, découragé, qui ne comprend pas pourquoi les hommes se détournent de lui – à l’exception de Jansen, fondateur d’une Église aux allures de secte, qui a décidé d’en faire son icône.

À cette fable, Pia Petersen parvient à donner une étonnante réalité. Comme Morgane, le lecteur finit par se demander s’il n’a pas réellement affaire à Dieu. Et se laisse prendre au miroir d’une fiction qui en dit assez long sur notre modernité si incertaine d’elle-même…

 

Etrange roman que voilà. Le lecteur est sceptique. Dieu, vraiment, sous les allures de ce mendiant ? Un imposteur, oui ! De ce qu’il dit, le lecteur ne croit rien. Tout comme Morgane. Affabulateur. Pourtant, cet homme qui se fait appeler Dieu et qui veut vivre comme un homme pour enfin les comprendre insiste. Reste. Se fait attachant. Devient humain.

 

Et Morgane, qui avait hésité à accepter le projet de biographie par lequel il l’a abordée, propose à celui qui se fait appeler Dieu de s’installer dans le studio en face de son appartement. Pour une durée indéterminée. Alors même qu’elle ne sait pas à qui elle a affaire.

 

Avec un rythme saccadé, Mon nom est Dieu nous en dit finalement plus sur les hommes que sur Dieu. Nos peurs et nos freins, nos faiblesses et nos espoirs. Ce qui nous fait hommes, ce qui en nous parfois confère au divin.

 

Cette fable en forme de roman est aussi celle de la manipulation des hommes par d’autres hommes qui agissent au nom de Dieu.

 

En 300 pages pleines de rebondissements, l’ouvrage de Pia Petersen nous renvoie à nos croyances individuelles.

 

Editions Plon, janvier 2014, 300 pages, 19 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

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Pourquoi écrivez-vous, Pia Petersen ?

Phrases choisies :

 

« Morgane croit au coup de foudre et pense que ça va finir par lui tomber dessus un jour et qu’il faudra qu’elle soit libre ce jour-là. » (page 28)

 

« Ce n’est rien, mourir. Pourtant les gens prennent ça pour de la générosité. » (page 49)

 

« C’est étrange que le monde soit incapable de se passer d’un dieu. » (page 77)

 

« Les livres portent chance. » (page 116)

 

« Ces jouisseurs d’exotisme qui parcourent la planète pour trouver de la pauvreté et du sang afin d’avoir la sensation de vivre. » (page 116)

 

« Elle se trouve ridicule, elle ne croit pas en Dieu et devant elle, Dieu, sans aucun doute. Peut-être qu’il correspond juste à l’idée qu’elle a de lui. » (page 112)

 

« La Bible comme preuve ne suffit pas. » (page 153)

 

« Ce n’est pas une vie au sens propre mais appelons-la ainsi pour simplifier. » (page 157)

 

« Les super-héros paraissent beaucoup plus crédibles que Dieu. » (page 169)

 

« Tout est fondé sur l’idée de la foi et la foi ne s’interroge pas. » (page 170)

 

« Maintenant que j’ai la possibilité de savoir ce qui se passe dans le monde, je peux éteindre les voix dans ma tête. » (page 187)

 

« Il ne faut pas forcément résister. » (page 192)

 

« Elle se dit que c’est inévitable de s’attacher à quelqu’un qui vit sous son toit et tant pis si son nom est Dieu. » (page 207)

 

« La biographie de Dieu. Sujet dépassé, ringard, trop exploité, ou pas. A priori, plus personne ne s’y intéresse, sauf, bien sûr, les croyants mais ils sont tellement aveuglés par leur croyance, ils n’ont pas d’humour alors de toute façon ils n’adhéreront probablement pas à une biographie de Dieu. » (page 233)

 

« Pour qu’il puisse accéder au divin en lui, il doit d’abord être conscient de ce qu’il est. » (page 235)

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Instinct primaire, Pia Petersen

Instinct primairePourquoi la femme serait-elle une moitié d’elle-même lorsqu’elle fait le choix de n’avoir ni conjoint ni enfants ? Pia Petersen donne sa vision, inhabituelle mais salvatrice, de la condition féminine dans Instinct primaire, un livre sur la liberté comme mode de vie et sur la difficulté de son acceptation par une société que rien ne rassure tant que les sentiers bien balisés.

 

J’ai dit sur My Boox tout le bien que je pensais du roman de Pia Petersen paru en octobre dernier (NiL, collection Les Affranchis, 112 pages, 8,50 € – voir aussi la présentation sur le site de l’éditeur).

Ci-dessous, en complément, un florilège de morceaux choisis.

 

 

« Il est grand temps que la femme arrive au stade de l’être humain, au lieu d’être toujours coincée dans ses instincts primaires. » (pages 58-59)

 

« Ce droit de propriété, induit et bétonné par le contrat de mariage où l’on appartient entièrement à quelqu’un, où l’on est dépossédé de soi et de sa liberté élémentaire. » (page 24)

 

« Si cette institution n’est plus sacrée mais dépassée depuis un bout de temps pourquoi continuer à célébrer ce lien, en punissant ceux qui n’y accèdent pas, entre autre par des désavantages fiscaux ? » (page 30)

 

« Notre itinéraire nous change, on vit une métamorphose permanente, on n’est jamais vraiment le même, alors comment peut-on s’établir dans un lien, soutenu par un contrat ? » (page 30)

 

« Depuis mon enfance, on m’a raconté qu’une femme doit désirer se marier, elle doit vouloir des enfants et si ce n’est pas le cas, elle n’est pas normale, une vraie femme cherche l’homme avec qui construire le nid, un homme prêt à s’engager jusqu’au bout, ce bout étant la construction de la famille et accessoirement, elle peut viser une carrière mais toujours accessoirement, l’enfantement étant le but final. » (page 39)

 

« Tu as la conviction de t’y connaître en matière de femmes. Apparemment tu ignorais que je ne suis pas une femme en général. » (page 38)

 

« Etre amoureux est un état généreux. Pourquoi se priver de cela ? » (page 42)

 

« Le mariage, c’est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Est-ce que l’on a si peur de perdre l’autre que l’on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou ? Jamais je ne me suis imaginée t’enchaîner à moi par peur de te perdre. Pourquoi te contraindrais-je à rester avec moi si tu ne le veux pas ? Je ne veux pas d’un homme qui resterait par devoir. » (page 45)

 

« En guise d’excuse j’ai tenté de m’expliquer, j’ai dit que c’était un choix, j’avais décidé de ne jamais avoir d’enfants et pas de mari non plus, que je voulais mener mon existence autrement, j’étais un écrivain et j’aimais ma vie, vraiment, je n’avais jamais regretté ma décision. » (page 52)

 

« Etre épanouie sans être mère, sans avoir d’enfants, réveille presque toujours une agressivité qui ne dit pas franchement son nom. » (page 55)

 

« Je les observais et cherchais leur épanouissement mais je ne le voyais pas, elles avaient toutes les cernes marqués par tout ce qu’elles n’avaient pas pu faire et qu’elles devaient refouler à tout jamais. » (page 58)

 

« Ce qui est terrible, c’est qu’on a beau dire que le regard des autres ne compte pas, on ne peut s’y soustraire, on le sent sur soi et ce regard nous enferme dans une vision du monde si étroite qu’on a du mal à respirer. » (page 59)

 

« On ne décide pas qui on aime, ni quand. On décide seulement d’y aller ou pas et pourquoi se refuser quelque chose d’aussi essentiel que l’amour ? Il est hors de question de vivre avec des regrets rien que pour rassurer des gens qui n’ont pas le culot de vivre. » (pages 62-63)

 

« Ma liberté était une épine dans leur pied, intolérable, elle les forçait à s’observer pour découvrir qu’elles auraient pu faire autrement, choisir leur propre vie en refusant les dogmes que des exigences sociétales leur imposaient et qu’elles avaient acceptées. Je représentais pour ces femmes un autre aperçu de ce que pouvait être la vie et en cela j’étais une agression. » (page 64)

 

« Peut-être que la femme a l’homme qu’elle mérite ? » (page 74)

 

« On se définit par notre capacité à aller au-delà de notre nature première pour nous créer autrement. » (page 76)

 

« En tant qu’homme, tu te définis par tes actes, plus que par ta paternité. Tu trouves cela normal et ça doit l’être. » (page 76)

 

« Toutes les femmes n’ont pas l’instinct maternel mais elles ont toutes une amie qui dit tu vas le regretter un jour. » (page 77)

 

« C’était plus compliqué pour moi que pour toi. Etre enceinte allait changer totalement mon métabolisme, ça me paraissait évident et je ne voulais pas de ce changement-là ni de ce lien qui naîtrait entre moi et l’enfant. Toi, tu le voulais mais ce n’est pas toi qui aurais subi ce bouleversement, ce n’est pas toi qui aurais eu ce lien qui à mon avis est plus fort que tout. C’était facile pour toi de vouloir un enfant. Tu aurais continué à être qui tu étais. Pour moi, ce n’était pas pareil puisque je l’aurais porté dans ma chair. Si je choisissais d’être mère, je choisissais aussi d’abandonner ma vie. » (page 79)

 

« Et tu me dis qu’il faut enfanter ? Avec tout ce qui est à faire, à penser, à découvrir ? » (page 83)

 

« On n’est pas lié qu’à notre famille, ne vivant que pour soi, on est aussi une part de l’universel. » (page 86)

 

« Ressasser les anciens dossiers ne permet pas d’en ouvrir de nouveaux. » (page 89)

 

« Les gens dans leur bon droit sont dangereux. » (page 92)

 

« Je ne supporte plus d’être limitée à la maternité. C’est aussi ma liberté d’écrivain qui est en jeu. » (page 98)

 

« La femme devrait penser plus avec son cerveau qu’avec son utérus. » (page 102)

 

« Tu te souviens de ce que tu m’avais dit à propos de la trace, que sans enfant je ne laisserais pas de trace derrière moi ? D’abord j’en laisse une puisque j’écris des livres et d’ailleurs, qui a dit qu’il fallait impérativement laisser une trace ? » (page 105)

Sélection d’été

Sélection été 2013Le mercure monte… c’est le moment de penser aux lectures à mettre dans ses valises pour cet été.

Pour faciliter la corvée des bagages, voici une sélection uniquement composée de livres sortis en 2013.

 

 

Grosses chaleurs

L’abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher : la rencontre explosive d’un sage lycéen avec une jolie punkette. Une bombe à retardement.

Plon, janvier 2013, 240 pages, 19 euros

 

Un père en colère, Jean-Sébastien Hongre : quand un père qui a totalement perdu le contrôle de ses deux enfants laisse sa colère exploser sur la toile, le lecteur s’enfonce dans l’horreur avec fascination…

Editions Max Milo, mars 2013, 222 pages, 18 euros

 

grosse chaleurLes étourneaux, Fanny Salmeron : après une série d’attentats à Paris, trois amis trouvent refuge dans une maison de campagne. Un conte moderne et poétique à l’abri des bombes… croit-on.

Stéphane Million Editeur, janvier 2013, 104 pages, 12 euros

 

 

Coup de soleil

Un écrivain, un vrai, Pia Petersen : les tribulations d’un écrivain qui devient le sujet et l’objet d’une émission de téléréalité participative. Une réflexion efficace et rythmée sur le sens de la littérature.

Actes Sud, janvier 2013, 216 pages, 20 euros

 

Coup de soleilA qui le tour ?, Murielle Renault : cinq grands gagnants du Loto décident de passer du temps ensemble pour le meilleur mais surtout pour le pire. Un roman doux-amer et une jolie galerie de portraits.

Le Dilettante, mars 2013, 254 pages, 19 euros

 

La nuit pacifique, Pierre Stasse : en Thaïlande, un Français exilé croise celui qu’il tient pour responsable du suicide de sa sœur des années auparavant. Envoûtant.

Editions Flammarion, janvier 2013, 268 pages, 18 euros

 

L’atelier des miracles, Valérie Tong Cuong : trois êtres cabossés par la vie réunis à l’Atelier, où ils apprennent doucement à remonter la pente, ressuscitent grâce aux talents du mystérieux responsable du lieu. Un roman chorale plein d’espoir.

JC Lattès, janvier 2013, 264 pages, 17 €

 

 

A l’ombre

A l'ombreL’été slovène, Clément Bénech :  le délitement d’un couple d’étudiants en vacances pour quelques semaines en Slovénie. Désinvolte, reposant et délicieux.

Editions Flammarion, mars 2013, 132 pages, 14 euros

 

La disparition du monde réel, Marc Molk : l’été d’une bande d’amis quarantenaires dans un grand mas provençal. Un roman du désenchantement, tout en mélancolie.

Buchet/Chastel (Qui Vive), mars 2013, 154 pages, 15 euros

 

Sang d’encre, Stéphanie Hochet : un tatoueur s’immisce dans la vie de ses clients comme l’encre se répand sous leur peau. Une fiction teintée de noir, dans laquelle l’éternité est à portée d’aiguille.

Editions des Busclats, février 2013, 100 pages, 11 euros

 

Le début de la tyrannie, Tristane Banon : le bilan d’une relation mère-fille toxique fait par la fille à la mort de sa mère. A-t-on les tyrans qu’on mérite ? Une vraie bonne surprise.

Julliard, février 2013, 192 pages, 18 euros

 

Marc Beltra, roman autour d’une disparition, Mathieu Simonet : un inoubliable puzzle autour de la disparition en décembre 2003, à la frontière du Brésil, du Pérou et de la Colombie, de Marc Beltra, un étudiant français  de 19 ans, imaginé par l’avocat de sa famille.

Editions Omniscience, 10 janvier 2013, 224 pages, 16,90 euros

 

 

Chateau de sableChâteau de sable

Prends garde à toi, Fanny Chiarello : l’histoire de Louise, dont la classe de 5ème prépare pour la fin de l’année une représentation de l’opéra Carmen

Medium de L’Ecole des loisirs (9-12 ans), février 2013, 196 pages, 9,50 euros

 

Les titres de la collection L’Enigme des vacances, qui proposent de lire pour réviser (quel chouette programme !)

Nathan, collection L’énigme des vacances, du CP à la 3ème, avril 2013, 6,99 euros

 

 

601689_10151600168419835_1330994677_nBel été et belles lectures !

Pourquoi écrivez-vous, Pia Petersen ?

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Native du Danemark, Pia Petersen vit et travaille entre Paris et Marseille. Elle est l’auteur de huit romans dont Le Jeu de la facilitéParfois il discutait avec Dieu, Passer le pontUne livre de chair.

Son dernier roman, Un écrivain, un vrai, est paru chez Actes Sud en janvier 2013.

 

 

Pourquoi écrivez-vous ?

Je me suis posé la question toute ma vie. Que cache cette fureur d’écrire, toujours, sans cesse ? Pourquoi ai-je cette impression d’avoir été envahie par le besoin d’écrire ? Ma vie aurait été plus simple sans ce désir, c’est ce que je me dis quand j’essaie de répondre à cette question qui me définit. Lire la suite

Un écrivain, un vrai, Pia Petersen

un-ecrivain-un-vraiPersonnalité complexe, Gary Montaigu oscille entre la recherche d’absolu, sa vocation d’écrivain, son dévouement total à son art, et les volets mondain et lucratif de son activité, encouragé en cela par son épouse, Ruth, fascinant personnage qui est elle totalement dévouée au talent de Gary, qu’elle fait rentrer avec brio dans le moule du roman populaire, se vautrant dans un succès qu’elle considère comme collectif.

 

Pia Petersen n’a pas son pareil pour mettre en mots la frénésie newyorkaise, ce mouvement constant, ces silhouettes dont on happe un détail au passage, ces figures récurrentes qui deviennent personnages – la solitude, aussi, plus douloureuse encore au milieu de la foule anonyme.

 

Avec une bonne dose de cynisme, elle pointe les dérives de l’exposition médiatique, dans un monde où tout le monde apprécie les écrivains mais où presque plus personne ne les lit. Lire la suite